Les chiffres parlent d’eux-mêmes : on recense dans le monde environ un million de suicides par an et dix à vingt fois plus de tentatives ; et en France en moyenne 10 500 décès et 220 000 tentatives, sans compter les personnes ‘seulement’ suicidaires et les cas non recensés, tels que les suicides de la route comptés comme des accidents.
Mais il est une chose qu’on oublie beaucoup trop : la souffrance et/ou le calvaire des proches. Ce sont eux in fine les véritables victimes. Si on considère les chiffres officiels, cela concerne en France 235 000 familles chaque année + celles qui gèrent leurs vrais ou faux suicidaires = des millions de personnes victimes de torture mentale et dont on ne se préoccupe pas.
Nous nageons dans un océan d’hypocrisie : on doit se lamenter sur le sort des suicidé(e) s qui n’en ont plus rien à faire et s’apitoyer sur celui des suicidaires qui, le plus souvent, sont de véritables escrocs. Quant aux familles, elles ont le mauvais rôle puisqu’on s’interroge sur leur degré de responsabilité, ce qui, le plus souvent, est parfaitement injuste. Sans compter qu’elles peuvent être accusées de non-assistance à personne en danger puisque la loi nous oblige à protéger l’autre de lui-même, par tous les moyens.

Le suicide d’un proche

Le mort soudaine d’un proche est toujours un traumatisme , mais c’est encore pire en cas de suicide : c’est l’un des drames les plus ‘fracassants’ qui soient. D’abord, presque toujours, on se sent coupable de ne pas avoir détecté la souffrance du défunt et/ou de ne pas l’avoir assez soutenu. C’est encore plus douloureux s’il s’agit d’un jeune : des parents ne s’en remettent jamais tellement ils culpabilisent. Le summum est atteint lorsque, à tort ou à raison, on s’estime responsable du malheur de l’intéressé(e). Par exemple : un homme doit gérer le suicide de son ex-femme qui n’a pas supporté la séparation ; et une fille celui de son père incestueux qu’elle a dénoncé. C’est aussi le cas de jeunes enfants qui se sentent responsables du suicide d’un parent, parce qu’ils n’ont pas été sages la veille, par exemple.
De plus, le suicide étant considéré comme une faute morale et même un crime devant Dieu, beaucoup de personnes éprouvent de la honte qu’un de leurs proches soit concerné. De ce fait, encore aujourd’hui, on ne parle pas facilement des suicidé(e)s de sa famille : dès qu’il en est question, on perçoit un profond malaise, même chez des personnes athées et/ou si la cause du suicide est honorable.
Mais aussi – et peut-être surtout – on peut se sentir nié, rejeté, sans aucune valeur car abandonné de la sorte : c’est presque systématique. Des proches, surtout des enfants, le vivent comme une négation d’eux-mêmes. De ce fait, bien souvent, les proches ont un profond ressentiment vis-à-vis du défunt sans vraiment le savoir. Car il est en quelque sorte interdit d’en vouloir à un mort, d’autant plus dans ce cas.
Je conseille aux familles d’admettre que l’autre a le droit de se suicider et de réaliser combien c’est un acte courageux et même parfois très noble. Si, après cela, vous êtes toujours en souffrance, je préconise de faire une très grosse colère vis-à-vis de cette personne : c’est infiniment thérapeutique et ne fait de mal à personne. Et si elle s’est suicidée pour vous faire souffrir, alors je préconise d’aller pisser sur sa tombe, en sachant que c’est interdit par la loi. Quant aux personnes suicidaires, je vous invite à faire en sorte que vos proches soient traumatisés a minima si un jour vous passez à l’acte, sauf si, bien sûr, votre but est de les faire souffrir. Laissez-leur un petit mot gentil et déculpabilisant ; évitez qu’ils aient à vous dépendre ou nettoyer votre cervelle sur le mur comme une patiente me l’a raconté ; et faites en sorte que la police ne puisse pas soupçonner que l’on vous a aidé, surtout si vous êtes riche.

La tentative de suicide d’un Proche

C’est forcément un choc si c’est la première tentative de l’intéressé(e), surtout si son état de santé est préoccupant. Ensuite viennent le questionnement, éventuellement la culpabilité, et bien sûr la peur que cela ne se reproduise. Mais aussi s’installe le doute. Car en fonction du contexte et surtout si ce n’est pas la première fois, on envisage être victime d’une escroquerie relationnelle pour attirer notre attention ou faire pression sur nous, voire pour nous faire souffrir. Le problème étant qu’on n’en est jamais sûr : seule la personne sait s’il s’agit d’une vraie ou pseudo tentative et, dans ce cas, il est peu probable qu’elle dise la vérité, car alors sa démarche est caduque.

La gestion des suicidaires

Avoir un proche réellement suicidaire est un véritable calvaire, un stress permanent. C’est une épée de Damoclès au-dessus de la tête : on s’attend au pire à chaque instant, dès que le téléphone sonne. En théorie – et sans contrevenir à la loi évidemment – je conseille de donner à l’autre le droit de choisir sa destinée et d’envisager cette éventualité comme on le fait pour une personne en fin de vie. Mais c’est en pratique beaucoup plus compliqué, d’autant plus si la personne est jeune et/ou si à l’évidence elle traverse seulement une mauvaise passe.

La gestion des escrocs

C’est une immense prise de tête, même lorsque l’escroquerie est clairement avérée : on alterne entre le ressentiment vis-à-vis de la personne , l’envie de lui tourner le dos et le devoir de l’aider , la peur qu’elle passe réellement à l’acte , la culpabilité lorsqu’il s’agit de nos enfants , etc. Que faire ? En théorie ces personnes méritent au moins des gifles, sinon plus. Mais la loi l’interdit.

La gestion d’un chantage au suicide

C’est malheureusement fréquent et très efficace : des enfants menacent de se suicider s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent de leurs parents ; idem pour des conjoints quand un des deux veut rompre la relation. Alors plutôt que d’avoir la mort de l’autre sur la conscience, on préfère céder. L’idéal reste de ne pas s’y laisser prendre, en sachant que l’intéressé(e) peut éventuellement passer à l’acte : quelques enfoiré(e)s en sont parfaitement capables. Cela sous-entend qu’il faut être prêt à l’assumer le cas échéant : plus facile à dire qu’à faire.

Utopie

Je propose d’ajouter aux Droits de l’Homme celui de choisir l’instant de sa mort, de dépénaliser le suicide au plan spirituel et de voter une loi condamnant sévèrement les suicidé(e) s et les suicidaires (vrais ou faux) coupables de torture mentale à l’égard de leurs proches.

Laurent Daillie

laurentDaillieNaturopathe causaliste et consultant en Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels (Paris et Bourgogne), Laurent Daillie est passionné par les origines de l’Homme et par ses réflexes de survie primitifs. Il anime des formations et des conférences en France et en Belgique. Il est l’auteur du livre « La Logique du Symptôme », publié aux éditions Bérangel. Info : www.biopsygen.com
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