Nous y sommes tous confrontés d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement, qu’il s’agisse de nous-mêmes, de nos proches ou de nos patient(e)s si nous sommes thérapeutes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’OMS recense plus d’un million de suicides par an dans le monde et dix à vingt fois plus de tentatives.
Selon le Ministère de la Santé, on dénombre en France chaque année environ 10 500 décès par suicide et 220 000 tentatives. Très accessoirement cela coûte environ 5 milliards d’euros par an à la collectivité, en frais directs et indirects. Sans compter l’inquantifiable : la souffrance des familles qui doivent gérer leurs suicidé(e)s et leurs vrais ou faux suicidaires.

La misère humaine

Il y a bien des raisons de vouloir en finir avec la vie mais le dénominateur commun est évident : la misère, ou plus précisément la souffrance, physique et/ou morale. On se suicide pour échapper à une douleur physique insupportable ou à des conditions de vie telles que la mort est préférable ; mais le plus souvent on se suicide pour échapper à une souffrance morale. Cela dit on peut se suicider pour bien d’autres raisons, souvent fort honorables mais quelquefois parfaitement scandaleuses.
À l’étude des chiffres, on constate plusieurs choses : les pays où on se suicide le plus ne sont pas les plus pauvres ; les personnes homosexuelles, surtout des hommes, se suicident ou tentent de le faire bien plus en proportion du fait d’une mauvaise estime de soi et/ou en conséquence de l’homophobie ; et surtout on constate que les hommes se suicident plus souvent que les femmes, de façon plus ou moins flagrante en fonction des pays, le seul où la parité est respectée étant la Chine. En France, 75 % des décès par suicide concernent des hommes.
Que peut-on en déduire ? Que les hommes sont plus compétents que les femmes ? Disons plutôt que pour une part cela s’explique par le choix du modus operandi : les hommes préfèrent la pendaison et les armes à feu, ce qui laisse peu de chances ; et les femmes la voie médicamenteuse, ce qui permet d’en sauver davantage. En France également, 65 % des tentatives de suicide concernent des femmes. Que peut-on en déduire ? Difficile à dire, et d’autant plus en considérant la suite de mon propos.

Les dommages collatéraux

S’il est bien attristant, le suicide d’une personne est surtout un traumatisme pour ses proches, bien plus que son décès : c’est l’un des drames les plus ‘fracassants’ que l’on puisse vivre. En général, on ne s’y attend pas ; souvent on culpabilise de ne pas avoir perçu la souffrance du défunt et/ou de ne pas l’avoir assez soutenu ; parfois on se sent responsable de son malheur, à tort ou à raison ; et presque systématiquement on se sent nié, rejeté, sans aucune valeur car abandonné de la sorte. Il en va de même en cas de tentative de suicide, que la démarche soit authentique ou simulée : c’est un calvaire pour les familles. Sans compter qu’on peut être la victime d’un chantage au suicide.
À juste titre on consacre beaucoup d’argent et d’énergie pour aider les personnes suicidaires ou ayant fait une tentative de suicide ; on devrait en faire autant pour leurs proches. En théorie et si on prend en compte les chiffres officiels, cela concerne en France quelque 235 000 familles chaque année : elles aussi ont besoin d’aide. Sans compter que parfois le drame affecte les générations suivantes.

Suicide ou tentative de suicide ?

C’est à chaque fois la grande inconnue puisqu’il existe quatre cas de figure : la tentative de suicide réussie (on reste en vie) ou ratée (on meurt ‘accidentellement’) ; et le suicide réussi (on meurt) ou raté (on survit ‘accidentellement’). De ce fait il est toujours très difficile de savoir ce qu’il en est vraiment : seule la personne concernée connaît la vérité et peut la dire si elle a survécu.
Bien que le sujet soit très sensible, mieux vaut-il être objectif : si certaines personnes veulent effectivement en finir avec la vie avec ou sans succès, le plus souvent c’est un simulacre qui parfois tourne au drame. Dans ce cas on en parle très pudiquement comme d’un ‘appel au secours’ et on accorde à l’intéressé(e) le statut de victime : c’est être bien naïf à mon avis.
Car de très nombreuses tentatives de suicide sont des simulacres, des ‘numéros de claquettes’ : au mieux, c’est un acte de séduction pour attirer l’attention de l’autre ; et au pire, c’est du terrorisme relationnel pour faire pression sur lui. Sans compter que parfois la TS (et même le suicide) a pour objectif de se venger de l’autre. Quant au statut de victime, il revient plutôt à l’entourage dans tous les cas de figure.

Le suicide

Il est selon les points de vue et/ou les circonstances considéré comme une lâcheté ou au contraire un acte très courageux. En tout cas il faut avoir une excellente raison, bonne ou mauvaise, pour choisir de se donner la mort considérant la force de notre instinct de survie. À noter qu’il est une particularité humaine puisqu’on ne l’observe pas chez l’animal, le fameux suicide de masse des lemmings étant un mythe.
Le suicide est depuis toujours un tel fléau qu’on a fait en sorte de l’interdire, à l’origine probablement pour éviter l’hécatombe et surtout pour empêcher les personnes soutiens de famille d’abandonner leur poste. Car si aujourd’hui en Occident les enfants d’une personne ayant choisi d’en finir sont ‘seulement’ en grande souffrance psychologique, c’est en d’autres temps et lieux beaucoup plus grave.
Alors on en a fait un crime devant Dieu : encore aujourd’hui des prêtres conservateurs refusent de donner les derniers sacrements aux suicidés. Jadis, ils étaient interdits de séjour au cimetière et leur famille souvent mise à l’index. Le suicide est même parfois un crime devant les hommes : ainsi par exemple en Chine, on peut être condamné à mort pour avoir tenté de se suicider !
Il est en revanche très honorable au Japon dans certaines circonstances. C’est même parfois une faute morale de ne pas en avoir le courage et l’intéressé en est fort honteux, ainsi que sa famille. Quant aux résistants ayant choisi cette solution pour ne pas risquer de parler sous la torture nazie, ils sont considérés comme des héros.

À suivre

Nous verrons le mois prochain combien il y a de raisons plus ou moins valables de se suicider : il y en a beaucoup. Et nous verrons aussi ce qu’on peut dire des tentatives de suicide, sans langue de bois.

Laurent Daillie

laurentDaillieNaturopathe causaliste et consultant en Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels (Paris et Bourgogne), Laurent Daillie est passionné par les origines de l’Homme et par ses réflexes de survie primitifs. Il anime des formations et des conférences en France et en Belgique. Il est l’auteur du livre « La Logique du Symptôme », publié aux éditions Bérangel. Info : www.biopsygen.com
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