En première partie de cet article (voir Néosanté n° 24), j’ai dit que peu importe le nom qu’on lui donne – compulsion, addiction, dépendance, assuétude, obsession ou monde refuge – ce phénomène est toujours orchestré en dehors de notre contrôle (i.e. par notre ‘cerveau’) pour nous aider à gérer notre stress en nous procurant du plaisir. Même si certaines peuvent nuire gravement à la santé, l’intentionnalité ‘bio-logique’ d’une compulsion est toujours positive au départ. Mais fort heureusement, elles ne sont pas toutes mauvaises pour la santé ; certaines d’entre elles nous font même beaucoup de bien .

Les mondes refuges

Je nomme ainsi l’ensemble des activités humaines de loisir et quelques autres que nous pratiquons pour notre bon plaisir sans être en souffrance si nous en sommes privés. On en parle aussi en termes d’activité extra-professionnelle, de centre d’intérêt, de hobby, de violon d’Ingres ou de passion. C’est une des meilleures choses qui puissent nous arriver que d’avoir un ou plusieurs mondes refuges qui nous procurent du plaisir. J’envisage même qu’ils soient indispensables à notre équilibre psychique, et aussi à notre santé physique en conséquence. Le seul inconvénient étant que certaines de ces activités de plaisir sont parfois très coûteuses.
La liste de ces ‘refuges’ est infinie puisqu’allant de la simple lecture d’un livre à la collection d’un objet particulier, en passant par les voyages touristiques et la pratique de l’ukulélé à cinq cordes. Par définition, il s’agit de tout ce pour quoi nous avons de l’intérêt – voire une passion – et qui ne soit pas réellement indispensable : toutes les activités culturelles, artistiques ou sportives , toutes les collections , toutes les activités manuelles de loisir (art floral japonais, réseau ferré miniature, etc.) , certaines activités domestiques (jardinage, bricolage, cuisine, etc.) ; certains engagements (politiques, associatifs, etc.) , l’intérêt pour un objet particulier (les voitures de la marque Ferrari, les locomotives à vapeur, l’aéronautique, etc.) ou pour un thème (la faune du Cambrien, l’histoire de France au Moyen Âge, la conquête spatiale, le championnat du monde de pétanque, etc.) , tous les ‘passe-temps’ (sudoku, mots croisés, etc.) et tellement d’autres, comme la télévision ou l’internet. Le nec plus ultra étant de pouvoir faire de sa passion son gagne-pain.
En principe, un monde refuge ne génère pas d’état de manque s’il n’est pas satisfait ; mais en principe seulement, car on peut vite y être ‘accro’. Aussi, il est des cas où une activité de plaisir n’est plus praticable pour une raison ou pour une autre, par exemple parce que l’on vieillit ou parce que l’on n’en a plus les moyens financiers. Enfin, parmi tous, il est deux très grands mondes refuges qui nécessairement un jour ne sont plus praticables : l’élevage des enfants (au sens le plus noble) et l’activité professionnelle. C’est pour cela qu’il est préférable d’avoir plusieurs centres d’intérêts.

Habitudes et petites manies

Entre monde refuge et addiction, il y a aussi toutes nos habitudes et petites manies sans lesquelles il nous manque quelque chose : le café noir du matin avec un sucre dans notre tasse préférée , un moment de silence avant que les enfants se réveillent , le rituel du bain le soir en rentrant du travail , la lecture de notre quotidien préféré au moment de la pause déjeuner , l’accès à notre messagerie électronique , la promenade du week-end en forêt , le séjour à la neige en février ou à la plage en août , etc. Bien sûr, une insatisfaction à ce niveau n’induira pas de grand malaise mais sera quand même source de contrariété et/ou de frustration.

Plus facile à dire qu’à faire

Comme je l’ai dit en première partie, la seule vraie question est évidemment de savoir quelles sont la nature et la cause du stress que nous devons gérer, ce qui est bien plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsque son origine est transgénérationnelle, intra-utérine ou encore survenue dans les tout premiers temps de notre vie. Cela dit, la quasi-totalité de nos stress sont, dans notre monde moderne, liés à seulement trois grandes thématiques : l’insécurité affective (et donc rejet), l’insécurité matérielle et la frustration. Il est rare aujourd’hui que notre stress soit lié à une affaire de vie ou de mort comme c’est le cas dans la nature.

La culpabilité

Dans tous les cas de compulsion ‘négative’, la priorité absolue est de nous déculpabiliser. Car le plus souvent on se reproche d’être incapable de se maîtriser, ce qui ne fait qu’aggraver notre état de stress. Car la culpabilité est justement un stress majeur puisqu’elle est considérée par notre cerveau archaïque comme synonyme d’une éventuelle sanction, laquelle peut être mortelle de son point de vue (voir mon article à ce sujet dans le n°16 de la présente revue).
Il ne faut jamais oublier que c’est notre cerveau qui mène la danse et qu’une intentionnalité ‘bio-logique’ positive est à l’origine de nos compulsions : faire baisser notre niveau de stress. Je me souviens du changement dans le regard d’une jeune femme boulimique à laquelle j’ai dit en substance : « Vous ne commettez aucune faute lorsque vous vous jetez sur la nourriture : vous ne faites qu’obéir à votre cerveau ».
Bien sûr, cela peut être encore plus compliqué lorsqu’une addiction ou un monde refuge est en rapport avec la sexualité, considérant tous les tabous liés à la chose. Sur ce thème aussi, que l’on soit un homme ou une femme, il faut accueillir avec bienveillance tous nos petits secrets tant qu’ils génèrent seulement du plaisir et qu’ils ne nuisent à personne. C’est en tout cas ce que j’ai expliqué à un homme qui se reprochait beaucoup d’avoir pour monde refuge une collection d’images érotiques, qui plus est dans le registre ‘BDSM’. La seule chose que je lui ai conseillée est d’être très vigilant quant à sa prostate, qu’un tel passe-temps pourrait mettre en ‘surchauffe’.
Sauf cas extrêmes, je préconise donc la plus grande indulgence pour soi-même et pour les autres, quelles que soient la compulsion, l’addiction ou l’obsession. Cela ne sous-entend pas non plus qu’il faille être laxiste, d’autant que certaines sont authentiquement néfastes à la santé et/ou peuvent nuire gravement à l’ordre public.

(À suivre)

Je vous parlerai la prochaine fois des troubles obsessionnels compulsifs (T.O.C.) puisque la logique de ce symptôme est finalement la même.

Laurent Daillie

Naturopathe causaliste et consultant en Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels (Paris et Bourgogne), Laurent Daillie est passionné par les origines de l’Homme et par ses réflexes de survie primitifs. Il anime des formations et des conférences en France et en Belgique. Il est l’auteur du livre « La Logique du Symptôme », publié aux éditions Bérangel.
Info : www.biopsygen.com
Partager