ARTICLE N° 43 Par Jean-Brice Thivent

En mars 2012, un évènement a eu lieu à la télévision française : la chaîne Arte a diffusé un reportage sur le jeûne et ses effets thérapeutiques. Il s’intitule « Le jeûne, une nouvelle thérapie ? ». Il s’agit d’un évènement, car l’émission s’est attachée à présenter sans préjugés une technique de santé alternative habituellement dénigrée par l’establishment médical. Sans chercher à faire du journalisme à sensation, les reporters avaient au contraire comme ambition de comprendre objectivement et à travers le regard de scientifiques reconnus, comment le jeûne pouvait influer sur notre santé et être à l’origine de nombreuses guérisons.

Bien sûr, on peut lire ça et là sur internet les réactions de certains adeptes du jeûne estimant que les scientifiques du reportage « n’ont fait que redécouvrir l’eau tiède », parce que cette pratique existe dans la nature depuis toujours chez les animaux et est pratiquée dans un but thérapeutique par l’homme depuis des millénaires. En tant qu’adepte du jeûne depuis plus de 10 ans, dans un premier temps, j’ai eu aussi cette réaction. Cependant, je me suis dit que si des scientifiques s’intéressent au jeûne, peut-être pourra-t-on en finir avec les préjugés et enfin redonner ses lettres de noblesse à une « méthode » prescrite par la nature. Avant de voir quelles ont été les découvertes récentes sur le jeûne faites par ces chercheurs, essayons de comprendre ce que représente le jeûne dans la nature.

Le jeûne dans la nature

Spontanément et pour des raisons diverses, les animaux qui ont gardé un instinct intact ( cela exclut un bon nombre d’animaux domestiques) s’abstiennent de manger durant certaines périodes de leur vie. Bien sûr, on connait les longues périodes d’hibernation que traversent de nombreuses espèces (ours, rongeurs, chauves-souris…) grâce à des mécanismes bien identifiés comme la mobilisation de réserves qu’ils emmagasinent en eux-mêmes et la diminution de leur métabolisme. C’est aussi le cas pour les animaux à sang froid (reptiles, grenouilles, certains poissons, escargots, araignées…) qui se cachent ou s’enfouissent pour vivre cette période isolés du monde extérieur. D’autres, plus rares, jeûnent durant la période d’accouplement. C’est le cas du jars qui perd durant cette période le quart de son poids, ou du pingouin qui va s’abstenir de nourriture durant les quatre mois durant lesquels il couve son œuf. Le phoque à fourrure d’Alaska est sans doute l’un des jeûneurs les plus actifs puisqu’il s’abstient de nourriture durant la période du rut. Pendant les trois mois entiers que durent la période d’accouplement, il ne mange ni ne boit. Il passera son temps à se battre pour obtenir une place sur le rivage ainsi que pour constituer son harem de six femelles. A la fin de cette longue période de débauche, de lutte et d’amour, toute sa graisse a disparu. Il est exténué. Il s’isole alors dans les hautes herbes et s’étend au soleil pour dormir trois semaines sans se réveiller, s’il n’est pas dérangé. Il y a des moments où le sommeil est plus important que la nourriture !
Hormis ces périodes d’hibernation ou de reproduction, il existe un autre état particulier poussant l’animal à jeûner ; les animaux sauvages s’abstiennent de manger s’ils sont malades, blessés ou simplement stressés. Un chien ou un chat blessé ou confronté à une maladie aiguë, se mettra à l’écart de son clan afin de se reposer et jeûner jusqu’à ce qu’il aille mieux. Il refusera avec persistance la nourriture la plus tentante qu’on puisse lui offrir et se contentera d’un peu d’eau. C’est ce que constata le Dr Félix Oswald (cité par Herbert Shelton (3)) lorsqu’il observa un daim blessé se retirant dans un antre écarté et s’abstenant de manger des semaines de suite . Le Dr Erwin Liek observe que « les petits enfants et les animaux, guidés par un instinct infaillible, limitent le plus possible leur nourriture s’ils sont malades ou blessés ».(3)
L’homme d’aujourd’hui, à la différence de ses lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs, est sans doute le seul animal à ne jamais connaître de période de repos digestif volontaire. Face à la maladie, notre réponse est de manger à tout prix, même si nous n’avons pas d’appétit, en croyant que l’aliment va nous aider à vaincre la maladie. « Mange, il faut reprendre des forces ! ». On a, en effet, tendance à confondre les périodes de restrictions alimentaires qui sont encore présentes dans la mémoire de nos parents et grands-parents, avec le jeûne qui doit être vécu comme une véritable retraite organique volontaire, un temps de pause nécessaire à la régénération tissulaire.
Alors, face à la maladie, en période de stress ou de fatigue, faut-il absolument manger même si le corps ne réclame pas d’aliment, ou faut-il s’isoler, se reposer et s’abstenir de nourriture comme le font les animaux ?
L’homme, à la différence de l’animal, n’est plus guidé par son instinct. C’est notre mental, c’est-à-dire nos connaissances mais aussi nos préjugés, nos peurs, notre histoire… qui nous guident dans nos choix. Pour savoir ce qui est bon pour sa santé, l’homme est obligé de se référer à des théories (plus ou moins scientifiques et la plupart du temps contradictoires) ou des croyances, si bien qu’il devient impossible de savoir ce qui est réellement bon pour lui. Le débat opposant les différents régimes et nutritionnistes à la mode comme Dukan, Montignac, Cohen… en est la parfaite illustration. Heureusement, l’observation de la nature nous donne des informations merveilleuses qui sont maintenant objectivées par la science.

Les origines modernes du jeûne thérapeutique.

Comme bien des découvertes scientifiques, c’est le hasard ou quelques heureuses distractions qui ont mis en lumière les effets bienfaisants du jeûne. Nicole Boudreau(1) relate l’histoire du Dr Isaac Jennings, médecin américain, qui en 1830 soigna une jeune fille atteinte du typhus ; pour cette patiente qui souffrait beaucoup, même la prise de médicaments s’avérait dangereuse. Le Dr Jennings se résigna à l’« abandonner » à son sort après avoir recommandé de lui faire boire de l’eau pure et de la laisser au repos. A sa grande surprise, la jeune fille se rétablit complètement. Le médecin comprit, par la suite, que le corps travaille avec dynamisme à son propre rétablissement et qu’il ne faut pas aller à l’encontre de ses propres intentions. « Laisser le corps combattre la maladie » devint l’un des préceptes de la médecine du Dr Jennings. Pour rassurer ses patients, il leur donnait des pilules de pain et de l’eau colorée (comme placébo) afin que personne ne se méfie de son « laisser faire ». Il obtint des succès phénoménaux et après vingt années d’ « imposture », il confessa le secret de ses réussites : l’usage illusoire des placébos et sa conviction profonde que le corps se guérit de lui-même. Ses aveux lui firent perdre sa clientèle, car rares étaient les malades qui pouvaient croire que le corps est capable de s’autoguérir.
Toujours au 19ème siècle, le Dr Tilden puis le Dr Trall firent par « distraction » les mêmes découvertes. Ce dernier ouvrit une maison de santé à New York proche d’un hôpital et y recueillit les cas désespérés qu’il décida de soigner en excluant l’usage des médicaments. L’eau pure et le repos constituaient ses seules ordonnances. Il obtint des résultats spectaculaires qui l’amenèrent à fonder en 1853 la faculté hygiéniste de New York, reconnue par l’état, où il délivra des centaines de diplômes.
Plus récemment, le reportage d’Arte a relaté les travaux exceptionnels du Dr Youri Nikolaev qui dirigeait un centre de psychiatrie en URSS dans les années 60. Ce médecin eut le courage et la curiosité de suivre une intuition étonnante. Confronté à un patient schizophrène qui refusait la nourriture et qui restait prostré dans son lit, il décida de ne pas le nourrir de force ni de lui donner les médicaments qui faisaient partie du protocole habituel (camisole chimique). A son 5ème jour de jeûne, ce psychiatre constata que le patient « sortit de son négativisme et ouvrit les yeux » (note du médecin), le 10ème jour « il alla marcher mais gardait toujours le silence », le 15ème jour « il but un verre de jus de pommes et revint à la vie sociale ». Le Dr Nikolaev fit jeûner (entre 10 et 40 jours) plus de 8 000 patients issus de la grande psychiatrie ; 70 % d’entre eux s’améliorèrent nettement et 40 % retrouvèrent une vie sociale normale. Il constata aussi de nettes améliorations sur le plan somatique : asthme, hypertension, rhumatisme… évoluaient positivement, si bien qu’il interpella les pouvoirs publics et reçut un écho favorable de la part de médecins militaires qui reprirent ses travaux. Depuis, dans certaines régions de la Russie, le jeûne est devenu un élément central de la politique de santé publique. Les cures de jeûne sont même remboursées lorsqu’elles sont faites dans le cadre d’un suivi médical, comme c’est le cas au Sanatorium de Gorinschinsk (Sibérie).
Depuis plus de cent ans, certains médecins (peu nombreux il est vrai !) ont réalisé des jeûnes expérimentaux. Le Dr Luggi Lucciani, professeur de physiologie à l’Université de Rome, étudia un jeûne de trente jours entrepris par Succi en 1889. Le Professeur A. Levanzin, de Malte, vint en Amérique en 1912 afin d’être observé pendant qu’il faisait un jeûne d’une durée de 31 jours tout en subissant une batterie d’examens médicaux (pouls, pression sanguine, taux respiratoire, analyse sanguine et urinaire, mesures anthropométriques, étude de la pousse des cheveux…).
Mais si le jeûne favorise des adaptations organiques particulières et apporte fréquemment des améliorations physiques et mentales spectaculaires, ainsi que des guérisons « quasi inimaginables », les raisons de ces guérisons restent toujours mystérieuses pour la médecine officielle. Les dix mille dossiers conservés au Sanatorium de Gorischinsk témoignent de ces résultats extraordinaires (voir le film d’Arte).
Alors quels mécanismes physiologiques président à l’amélioration des états morbides lors du jeûne ?
Les médecins se trouvent désemparés face à un organisme qui se guérit par lui-même (sans aucune intervention médicale) alors qu’il est privé de ce qui est sensé lui apporter de l’énergie (dans la conception allopathique): l’aliment. Nous pensons que la clef de cette compréhension ne pourra advenir que dans le changement de conception de la santé et de la maladie : -« Il faut être capable de se mettre « la tête à l’envers » pour admettre les bienfaits du jeûne » affirmait le fils de Nicolaev dans le reportage d’Arte.
Nous allons poser l’hypothèse que l’une des clefs de la compréhension des mécanismes physiologiques qui favorise la guérison durant le jeûne repose sur la capacité du corps à utiliser à bon escient la force vitale (énergie nerveuse et glandulaire). Voyons comment.

Comment le jeûne favorise la guérison

Le reportage d’Arte s’intitulait « Le jeûne : une nouvelle thérapie ? ». Cependant, le jeûne n’est pas une thérapie. Il n’est qu’un repos physiologique qui permet à notre corps de rattraper des éliminations en retard et qui favorise la régénération cellulaire. Il n’est en fait qu’un moyen de placer l’organisme dans des conditions qui vont favoriser les réparations tissulaires. Comment cela est-il possible ? Ce phénomène d’autorégénération dépend de la répartition de notre énergie nerveuse et glandulaire (plus communément appelée énergie vitale) dans l’organisme.

Chaque fois que nous digérons, que nous avons des soucis ou simplement un travail intellectuel, que nous faisons de l’exercice physique ou que nous réalisons un travail d’élimination (rein, intestin, peau..), nous mobilisons une partie de notre énergie vitale. Le mode de vie occidental est fait de longues et pénibles digestions, de stress psychologiques répétés alors que le sommeil n’est plus aussi récupérateur. Il en résulte une dérivation de l’énergie nerveuse vers les organes digestifs et le cortex. Cela a pour conséquence un déficit en énergie nerveuse pour les organes de l’élimination et pour la régénération cellulaire. Ce que l’on prend d’un côté n’est plus disponible d’un autre.
Lors du jeûne, quasiment toute l’énergie vitale doit être économisée et ramenée vers la fonction émonctorielle (l’élimination). C’est pourquoi, pour jeûner, outre le fait d’arrêter de manger, il est important de vivre dans un environnement favorable au travail interne du corps : contact avec la nature, climat agréable, loin de ses préoccupations quotidiennes, entouré de personnes de confiance… On veillera à ne pas dépenser son énergie inutilement : le repos est indispensable (nous reviendrons sur ce point très controversé ultérieurement).
Mais il ne faut pas croire que durant cette période l’organisme reste inactif. Bien au contraire, un énorme chantier de régénération tissulaire et d’élimination est alors entreprit au cœur de nos cellules.
Comment est-il possible de guérir ou d’améliorer sa santé par le jeûne ? Combien de temps peut-on rester sans manger ? Ne risque-t-on pas d’être carencé ou épuisé ?…
Nombreuses sont les interrogations et surtout les craintes concernant le jeûne. Ces « peurs » et autres préjugés sans fondement, sont même parfois véhiculés dans les médias par des médecins de grande notoriété, qui n’ont pourtant aucune expérience du jeûne. C’est par exemple le cas du Dr Cohen (nutritionniste) qui affirme que « si le corps ne reçoit plus d’aliment il va dégrader ses tissus protéiques (les muscles) et en particulier le muscle cardiaque avec pour conséquence des risques de pathologie ». De telles affirmations n’ont aucun fondement scientifique et témoignent d’une méconnaissance totale de la physiologie du jeûne. Le reportage d’Arte a pour mérite d’expliquer, à travers de nombreux travaux scientifiques, notre parfaite capacité d’adaptation au jeûne. Les croyances et les peurs du Dr Cohen sont ainsi balayées par la thèse de doctorat du Dr Lemar qui note : « L’épargne protéique représente le mécanisme fondamental de l’adaptation au jeûne, permettant une survie de plusieurs semaines à plusieurs mois. »(2)
Voyons maintenant comment cette adaptation se réalise.

L’autolyse : le recyclage du corps

Notre organisme, pour fonctionner, a besoin (en plus des micronutriments tels que vitamines, oligoéléments…) de glucose, d’acide gras et d’acides aminés. Ces éléments sont aussi nos constituants et ils nous servent de réserves énergétiques pour assurer nos fonctions vitales. Pour vivre, notre organisme s’évertue à maintenir un taux de glucose sanguin compris entre 0.7 et 1.1 g/l de sang. Ce taux doit rester constant afin d’alimenter entre autres, notre cerveau et éviter un coma. Le carburant de base de notre organisme est donc le glucose. Lorsque nos réserves en glucose (stockées dans le foie et les muscles) s’épuisent, le corps est capable d’en fabriquer à partir des réserves protéiques. Mais le glucose peut aussi être remplacé par un carburant issu de la dégradation des lipides : les corps cétoniques. La question qui se posait alors au chercheur Yvan Le Maho (CNRS Strasbourg) était de savoir si, sans apport nutritif, le corps utilisait en priorité les réserves de graisse ou les réserves protéiques. En observant le métabolisme des manchots puis celui d’autres animaux (souris) lors du jeûne, Yvan Le Maho observa qu’après plus de 24h de jeûne, les réserves en glucose étaient quasiment épuisées. A ce moment-là, l’organisme met en place un mécanisme d’adaptation universel pour toutes les espèces. Il va transformer les graisses en corps cétoniques qui constitueront le carburant de substitution aux molécules de glucose. Le chercheur constate que les cellules cérébrales sont particulièrement bien adaptées à ces corps cétoniques. Durant toute la période (quatre mois) que dure le jeûne des manchots, leur corps n’utilise quasiment pas les réserves protéiques, préservant ainsi l’intégrité physique de l’animal qui peut continuer à vivre normalement. Ce n’est que lorsque les réserves de graisse sont pratiquement épuisées (après plus de trois mois de jeûne pour le manchot) qu’un signal est envoyé à l’hypothalamus (centre de régulation des fonctions vitales) et pousse l’animal à partir chasser pour se réalimenter.
Ces mécanismes de préservation viennent compléter ceux déjà bien identifiés par certains hygiénistes et scientifiques, il y a déjà quelques décennies. C’est le cas de H.M Shelton qui cite les travaux du Professeur Yeo et de Chossat pour expliquer en détail les deux phases du jeûne.(3)

Les deux phases du jeûne

Phase 1 : phase constructive du jeûne
La première phase du jeûne dure entre 20 et 70 jours chez l’homme suivant ses réserves et sa capacité à les mobiliser. Elle représente la période durant laquelle l’organisme va vivre sur ses réserves de graisses en s’adaptant aisément. Les scientifiques parlent d’une moyenne de quarante jours pour rester dans des normes de viabilité (cela nous renvoie en passant aux quarante jours de jeûne de Jésus dans le désert ou ceux de Moïse avant de recevoir les tables de la loi). Durant cette phase, l’organisme va chercher, dans ses tissus, le carburant et les matériaux nécessaires pour survivre. Un jeûneur continue donc d’être nourri mais uniquement à partir de ses propres réserves. Heureusement, cette autonutrition ne se fait pas de façon anarchique, bien au contraire. Il existe en nous une forme d’intelligence archaïque orientée vers la survie, si bien que notre corps va recenser et désintégrer prioritairement ses tissus usés ou excédentaires pour les recycler en matériaux réutilisables et en éliminer les déchets. On appelle « autolyse » ce processus de désintégration tissulaire. Les tissus malades les plus inutiles sont remplacés par des tissus neufs que l’organisme synthétise lui-même. Donc, qui dit « autolyse » dit « rajeunissement ». Le corps « se mange lui-même » pour se régénérer. Il ne pourrait construire des tissus neufs sans éliminer au préalable ses tissus croulants : on ne bâtit pas du neuf sur du vieux.
Ce qu’il y a de formidable dans ce processus d’autolyse, c’est que le corps ne consomme jamais ses tissus de façon indiscriminée. Fidèle à sa règle de toujours préserver au maximum son intégrité (programme de survie), il utilise en priorité les tissus les moins vitaux. « L’économie la plus sévère est exercée dans l’appropriation des réserves nutritives pour entretenir le cœur, les poumons, le cerveau, les nerfs et autres organes vitaux » nous dit H. Shelton. Le physiologiste Yeo et le professeur Chossat ont autopsié des personnes mortes d’inanition c‘est-à-dire qui ne se sont plus alimentées durant des périodes dépassant le cadre du jeûne thérapeutique (c’est-à-dire bien au-delà de ce que leurs réserves leur permettaient d’aller). Les pertes suivantes ont été observées :
graisse 97%
muscle 30%
foie 56%
rate 63%
sang17%
cœur 0.2%
centres nerveux 0.1%
La nature favorise donc bien les organes les plus vitaux. La graisse disparaît d’abord, et ensuite les autres tissus dans l’ordre inverse de leur utilité vitale. Les tissus essentiels (cœur et système nerveux…) obtiennent leur nutrition des moins essentiels, par action enzymatique.
Dans cette première phase, de nombreuses autres adaptations témoignent encore de cette intelligence biologique qui nous anime : le corps passe en mode économique. Le Professeur Levanzin constate une diminution significative de la consommation d’oxygène qui, après trois semaines de jeûne, passe de 352,6 l/jour à 272l/jour. Ceci s’accompagne d’une légère baisse de la température interne du corps.
La tension artérielle est aussi légèrement abaissée car la concentration en sel, dans le sang et les liquides extracellulaires diminuent. Ainsi, le volume sanguin diminue tout comme les phénomènes de rétention d’eau. Nombreuses sont les personnes souffrant d’hypertension, surprises de voir leur tension ramenée vers la « norme » durant le jeûne et ce, bien sûr, sans médication.
La pratique du jeûne déclenche l’élévation du zinc au dessus des normales sanguines(4). Or, le zinc est un élément actif dans la croissance et la multiplication des cellules. Cette élévation du zinc augmente l’affinité des globules rouges pour l’oxygène, facilitant ainsi le transport d’oxygène et favorisant aussi la cicatrisation des tissus, puisque la synthèse du collagène est reliée au meilleur fonctionnement de la peau. Mosséri écrit « Le jeûne permet le rajeunissement de dix ans au moins …une langue propre, des yeux brillants, une peau claire et les rides autour des yeux disparues, tous ces changements ne sont pas uniquement superficiels, mais bien le miroir de changements profonds… »(5).
Le corps montre des signes de son adaptation au jeûne. Le premier, c’est la disparition de la faim. En moins d’une journée de jeûne, la sensation de faim disparaît. Ce phénomène est accompagné d’une diminution importante des sécrétions enzymatiques (la bouche devient sèche, l’estomac se rétracte…). Contrairement à ce que l’on peut croire, l’appétit s’estompe et on se trouve même parfois écœuré à l’idée de manger. Bien sûr, on peut avoir quelques envies de grignotage, surtout dans les premiers jours du jeûne, quand le mental prend le dessus ou pour sortir de l’état de lassitude caractéristique du jeûne Mais il ne s’agit pas d‘une vraie faim. D’ailleurs, il suffit d’attendre un peu ou de boire pour que cette envie s’estompe rapidement. En Occident, nous ne connaissons pas la vraie faim. Celle-ci vient d’une demande cellulaire, du plus profond de nos tissus et ne doit pas se confondre avec l’appétit que nous avons parce que vient l’heure de manger ou lorsque nous faisons une hypoglycémie. Il est d’ailleurs remarquable de constater que l’hypoglycémie n’existe pas durant le jeûne puisque nos cellules sont parfaitement (auto)nourries et que notre taux de sucre sanguin s’autorégule parfaitement. Après plus de dix ans de pratique du jeûne sur plus de 150 jeûneurs suivis, je n’en ai jamais vu un seul souffrir d’hypoglycémie. Pourtant, certains d’entre eux étaient sujets à ce genre de crise lorsqu’ils se nourrissaient normalement !
Le deuxième signe de l’adaptation du corps au jeûne, c’est la désassimilation. Lorsque l’intestin est vide (arrêt de l’assimilation), la langue, comme toute la muqueuse du système digestif, se tapisse d’un mucus blanchâtre, signe que le corps entre dans une phase de désassimilation. Le corps modifie son activité dans le système digestif. Cela se manifeste parfois par des gargouillis, petites aigreurs, nausées…signes d’un travail d’élimination et de régénération tissulaire (phase de réparation). L’haleine devient alors plus forte à cause de la formation des corps cétoniques et la peau peut devenir aussi plus odorante. Durant cette phase, il est normal d’éprouver parfois une sensation de lassitude et le besoin de se reposer. Cela est dû à la dérivation de l’énergie vitale vers les fonctions d’élimination et de régénération ainsi qu’à l’accroissement du travail des émonctoires (en particulier des reins qui vont filtrer davantage de déchets acides et du foie qui travaille différemment).
Phase 2 : l’inanition
Certains médecins ignorants pensent que si l’on prive le corps de nourriture, il rentre immédiatement dans cette phase (à ne pas confondre avec le jeûne thérapeutique) et dépérit en quelques jours. Bien sûr, nous avons vu qu’il n’en n’est rien. Cette phase ne doit pas être considérée comme faisant partie du jeûne puisqu’à la différence de la phase 1 de l’autolyse, qui est une phase de (re)construction, l’inanition est une phase destructive qu’aucun animal dans la nature ne vivra (sauf s’il ne trouve plus de nourriture). En effet, lorsque les réserves en graisses et autres éléments comme les vitamines, minéraux et oligoéléments ne sont plus disponibles en quantité suffisante, la nature ne nous laisse pas sans signal. Ce n’est qu’entre le 25ème et le 70ème jour de jeûne pour l’homme (suivant les réserves de chacun) que le corps entre dans cette seconde phase. A ce moment précis, notre corps nous indique, par des signaux particuliers, que le nettoyage interne est terminé et que les réserves sont épuisées. Les indications habituelles pour rompre un jeûne et qui aident à déterminer la limite entre le jeûne et l’inanition sont les suivantes (*) :
la langue redevient propre et la salive redevient abondante dans la bouche.
l’haleine devient douce et légère
les excrétions perdent leur odeur : l’urine devient claire
la température retourne à la normale
les yeux deviennent brillants et la vue s’améliore
Mais le principal signe indiquant que le jeûne doit être rompu est le retour de la faim (toutes les autres indications sont secondaires). C’est cette faim qui pousse instinctivement l’animal à aller chercher sa nourriture. Ce besoin irrésistible de se nourrir survient alors qu’il lui reste encore quelques jours de réserves, comme si la nature se réservait une marge de survie. A ce moment précis, il est alors primordial de rompre le jeûne sous peine de voir l’organisme commencer à chercher des nutriments en désintégrant des tissus vitaux comme les muscles. Suite à cette fonte musculaire, l’affaiblissement serait alors très rapide et préjudiciable. Mais n’oublions pas que cette phase d’inanition ne survient qu’au bout de quarante jours de jeûne complet en moyenne pour les hommes.
Malheureusement, rares sont les centres de jeûne dans lesquels on peut jeûner jusqu’au retour de la faim. En effet, pour des raisons d’organisation, de moyens finaciers ou de méconnaissance des processus du jeûne, que ce soit en Russie, Allemagne, en Suisse ou même en France, les séjours durent entre 5 et 21 jours. On est alors obligé d’interrompre le jeûne alors que le travail de régénération ne s’est pas complètement accompli. Néanmoins, les bénéfices d’un jeûne court (moins de 7 jours) sont tout de même conséquents, même si bien sûr, il n’égale pas complètement ceux d’un jeûne long (plus de 20 jours). Outre les améliorations physiologiques que nous analyserons le mois prochain, Carrington décrit les sentiments du malade arrivé à ce stade : « Un rajeunissement soudain et complet ; une sensation de légèreté, de vivacité et de bonne santé submerge le malade ; apportant un contentement et une sensation générale de bien-être, et l’impression d’une surabondance de gaité animale »(5)

(*) N’ayant jamais personnellement jeûné au-delà de 11 jours je n’ai pas connu ces signes. C’est pourquoi je me réfère au vécu du Dr Shelton et aux découvertes de Yvan Le Maho).

Bibliographie

« Jeûner pour sa santé, le secret du rajeunissement biologique », Nicole Boudreau, le jour éditeur.
Thèse de doctorat en médecine « L’appellation jeûne thérapeutique est-elle fondée ou usurpée ? » Faculté de médecine de Grenoble – année 2011
« Le jeûne » H.M Shelton, Ed le courrier du livre.
Phénomène spécifique au jeûne selon Michel Duvernay-Guichard ,« Le jeûne, approche médicale et scientifique », faculté de médecine de Grenoble, 1985
« Jeûner pour revivre », Albert Mosséri, Le courrier du livre.
« Fasting and cancer treatment in humans: acase series report » longo and co, 2009
« Cancer : les ravages du dépistage », Pryska Ducoeurjoly, revue Néosanté Mars 2012
Nous pensons que l’alimentation spécifique de l’homme est proche de celle de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs avant l’ère glacière (alimentation à dominante crudivore et à 80 % végétarienne)

Avertissement ! En aucun cas le jeûne ne saurait se substituer à un traitement médical.
Cet article pose certaines hypothèses qui n’engagent que son auteur
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