Un cheminement
 
C’est vers la fin de notre formation psychiatrique, psychologique et psychanalytique, qu’est née en nous une « certaine idée » de la thérapie, et ce à la suite de questionnements sur l’efficience de la pratique psychanalytique et psychothérapique : pourquoi celles-ci pouvaient se révéler opportunes, aboutir à un changement et une guérison pour certains, alors que, pour d’autres, on se trouvait confronté à une analyse ou une psychothérapie interminable, sans changement majeur ?

 Questionnements auxquels  nous nous sommes  efforcés de répondre tant dans notre pratique que dans les formations  que nous proposons dans notre Institut.
De ce fait, nous avons toujours eu le souci de ne jamais nous laisser inféoder à une école, à un mode de pensée ou de pratique, restant ouvert à la part de vérité présente chez l’autre, que cet autre soit un auteur, une école, ou le tenant d’une méthode thérapeutique, ceci pour ne pas enfermer nos patients dans un lit de Procuste. Ce n’est pas parce qu’on a assimilé l’héritage freudien que l’on doit pour autant tourner le dos à celui de Jung,  ou stigmatiser le mental parce qu’on favorise l’expression émotionnelle, ou se fermer au décodage biologique…
     Ce faisant, d’autres  dimensions de la vie psychique nous sont apparues, qui, pour être insolites, n’en sont pas moins essentielles, que nous avons appelées « Champs Limites de la Psyché » (du nom de notre institut). Limites,  parce qu’au-delà de ce qui est acceptable par une certaine bienpensance,  au-delà également  aussi de ce qui est conceptualisable, et qui pourtant apparait primordial pour mieux comprendre le fonctionnement psychique (et ses dysfonctionnements) et permettre à un processus de guérison[1] de s’enclencher, de se mettre en place, de se déployer. Rappelons ici que processus signifie en effet, ensemble de mouvements intérieurs, conscients et inconscients, qui s’intriquent mais aussi se succèdent en différentes étapes.
            Cette exploration nous a amenés dans un premier temps et après une longue formation psychanalytique, à l’hypnose, classique d’abord, puis éricksonienne, première vraie ouverture sur  la question des états de conscience, ordinaires et  modifiés et donc de la transe. Transe ou transire, c ‘est-à-dire  passer d’un état à un autre, d’un état de la conscience à un autre,  vers d’autres réalités psychiques et inconscientes.
Si plusieurs approches thérapeutiques utilisent l’induction  de  la transe (Rebirthing par exemple), l’approche qui nous est cependant apparue la plus efficiente, la plus complémentaire de d’un travail thérapeutique habituel centré sur la prise de parole (psychanalyse, psychothérapie) fut et demeure le Travail de Respiration Holotropique (TRH ou holotropie).  Ceci nous a mené à l’expérimenter pour nous-mêmes et avons eu la chance de pouvoir nous y former à San Francisco pendant de longs mois, auprès de Stanislav Grof, psychiatre à l’origine du TRH ou Holotropic Breathwork[2]. Expérience marquante, bouleversante même  qui a profondément modifié notre conception de la thérapie, et éclairé différemment les liens entre le verbal, l’infraverbal et le corporel.
 
Notre intérêt pour l’holotropie :
 
  C’est pour tout un ensemble de raisons, toutes plus essentielles les unes que les autres que nous nous sommes engagés dans cette pratique, et l’avons intégrée à notre conception de la thérapie :

  • Le TRH permet l’accès à des matériaux rigoureusement inaccessibles (vécus périnataux ou transgénérationnels par exemple), que ce soit par la parole ou les récits de rêves,
  • Il est totalement non directif : de la même façon qu’en psychanalyse la règle de la libre association garantit une certaine liberté de penser et de s’exprimer par la parole, la règle de la libre expression affective permet aussi au corps (réel) de s’exprimer librement,
  • Le TRH se joue pour l’essentiel dans la relation du sujet à lui-même et ce sont les thérapeutes, les accompagnants, le cadre et l’ensemble du groupe (appareil psychique groupal) qui seront, le temps de l’expérience, les garants  de cette relation, assumant de ce fait une fonction qui a pu se révéler défaillante dans les premiers âges de la vie. Une porte s’ouvre ainsi pour l’exploration et la reviviscence de ces vécus archaïques toujours présents en nous,  
  • Fondé sur l’ouverture de l’état de conscience, le TRH n’est pas synonyme d’un total abandon de soi-même. Une partie du sujet, reste présente en tant qu’observatrice, à la fois lucide et discrète. Un  observateur caché  en quelque sorte, à l’instar de ce qui se vit dans une projection cinématographique : on peut certes être (presque) totalement absorbé par le film mais l’on garde la possibilité d’en sortir instantanément si on le juge nécessaire. De ce fait les résistances (qui ont leurs raisons d’être) sont totalement respectées. Savoir cela garantit la sécurité intérieure avec laquelle cette expérience peut être abordée.  

 
La transe,  nouveaux paradigmes
 
       La réintroduction de la transe dans le champ de la thérapie implique un changement  conceptuel important, impliquant tout un mode d’appréhension de la vie psychique, du psychocorporel et du psychosomatique.
La transe, ce qu’elle révèle, son utilisation en thérapie ne sont pas sans susciter de nombreuses résistances ; car admettre sa réalité et ce qu’elle implique bouleverse les paradigmes habituels:

  • La psyché et la conscience peuvent exister même lorsque le cerveau est hors fonction (coma) ou lorsque le cerveau est encore très immature. D’où l’existence d’une mémoire, d’une engrammation, de ce qui a pu être vécu dans les tous premiers âges de la vie : gestation, naissance,  
  • Le fœtus est capable de ressentis et d’éprouvés qui seront déterminants dans la suite de son existence. Il n’est pas la tabula rasa comme on l’avait longtemps cru (ou comme on le croit encore maintenant)
  • La conscience peut fonctionner au-delà de tous les filtres habituellement mis en place et qui peuvent être levés plus ou moins partiellement par la transe. En d’autres termes la conscience peut avoir accès à l’inconscient.
  • La  conscience peut donc s’expandre et accéder à des informations totalement inaccessibles aux sens habituels, etc.

 
Le Travail de Respiration Holotropique – une ouverture  de la conscience.
 
            Les frontières entre conscient et inconscient sur lesquels se fondent la psychanalyse et les systèmes topiques qui la caractérisent, se dissolvent. Tout se passe comme si les limitations habituelles dont la conscience est l’objet (le refoulement – dit primaire – et sur lequel se fonde la notion d’inconscient,  le corps, le temps, l’espace, la logique) se levaient transitoirement pour nous faire accéder à un inconnu sur nous-même. Ces matériaux, ces reviviscences de vécus jusque-là inconscients sont en lien avec l’histoire du sujet, dans ses différentes dimensions : biographique, périnatale (la naissance elle-même et ses différentes phases), gestationnelle, transgénérationnelle (vécu et épreuves subies par les ancêtres) mais aussi transpersonnelle – expériences dites spirituelles, mythes, archétypes relevant de l’inconscient collectif, ainsi que  les résonnances que ce type de matériel éveille en nous.
 
 
 
 
 
Que signifie le terme Holotropique ?
 
  Etymologiquement Holotropique signifie se mouvoir vers la totalité ou vers l’unité. On peut ainsi, à l’instar de Jung, décrire trois premiers types de totalité :

  • celle de l’esprit et du corps qui conditionne la qualité de notre « incarnation ». Bien souvent en effet notre corps, ce qu’il vit, ce qu’il éprouve et ce qu’il exprime, n’est pas en correspondance avec ce qui se vit dans notre psyché du fait de certains barrages (armure de Reich). 
  • la totalité de notre conscient et de notre inconscient assez souvent en désaccord du fait de conflits (intérieurs) et que le travail de la thérapie doit permettre de dépasser pour qu’une certaine unité fonctionnelle (forme de totalité) soit rétablie entre conscient et inconscient
  • et la totalité formée entre le sujet et son environnement physique et humain. Jung a d’ailleurs pointé les subtiles correspondances de sens entre ce qui peut être vécu, mobilisé et élaboré  dans le monde intérieur d’un sujet et ce que lui renvoie le monde extérieur. Phénomènes dit de synchronicité ou de coïncidences extraordinaires.

 
 En TRH, la notion de totalité se réfère à la première totalité connue dans notre existence : celle que nous formions, étant fœtus, avec le corps et la psyché de notre mère.  Quitter cet état lors de notre naissance,  engendre une expérience de deuil, mais aussi parfois  un évènement traumatique, qui sera réactivé à l’occasion de tous les changements importants qui jalonnent inévitablement le cours de notre existence : entrée à l’école, émancipation, mort d’un proche, départ d’un conjoint, départ à la retraite, expatriation, etc… Chacune de ces épreuves est à la fois une mort à ce que nous étions avant, mais aussi une invite à renaître à ce qui doit advenir. En d’autres termes, un processus mort/renaissance nous renvoyant aux aléas de notre naissance réelle. On comprend dès lors le rôle thérapeutique de l’holotropie. En revivant notre naissance, l’épreuve que cela a pu représenter, en déployant les émotions qui y sont reliées, en les exprimant, en les vivant « jusqu’au bout », un dépassement s’opère, et les grands changements de l’existence cessent d’être vécus comme des traumas. La respiration holotropique prend ainsi valeur  initiatique  dans la mesure où elle met en place ce processus de mort / renaissance, mais cette mort est  toute symbolique : il s’agit de mourir à un certain passé, pour naître à ce qui peut et doit advenir, à la vie, au statut et à l’identité d’une personne adulte devenue plus lucide.
Lorsque la gestation et la naissance se sont déroulées dans l’harmonie, la sérénité et la joie, s’inscrit en nous l’idée et surtout le vécu d’un paradis à jamais perdu. On comprend dès lors que revivre en holotropie, ces moments heureux de notre gestation, le triomphe de sa naissance,  équivaut à la proposition : j’ai été rejeté du paradis mais je sais maintenant, qu’y retourner est chose possible. Réassurance hautement sécurisante pour le reste de notre existence mais qui peut aussi être renforcée par le simple fait de revivre sa gestation dans l’expérience holotropique
 
La totalité en tant qu’expérience spirituelle
 
. Ce terme de totalité peut aussi avoir une autre acception : celle d’une expérience spirituelle, ouvrant aux niveaux les plus élevés de l’être avec:

  • accès à l’ensemble d’une situation (une totalité) avec tous ses tenants et ses aboutissants (vision et appréhension holotropique),
  • dépassement des positions égotiques (centrées sur le moi et le moi seul),
  • découverte et prise en compte de l’être de l’autre et de la souffrance de l’autre,
  • sentiment d’amour inconditionnel qui s’oppose à l’amour dans son sens le plus habituel, synonyme de nécessité à combler un manque à être. L’amour inconditionnel peut être corrélatif d’une capacité nouvelle à établir des liens de sens, à penser ou repenser la totalité d’une situation que nous pouvons alors définir avec l’autre et avec l’environnement. A minima il s’agit de bienveillance (Mathieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance, 2013).

 
 
Ce qui peut être vécu en holotropie
 
Le gestationnel.  Il est fréquent en Respiration Holotropique que soient revécus les différents moments de notre gestation, qu’il s’agisse de moments heureux ou de vécus traumatiques inhérents aux problèmes qui auraient pu advenir chez la mère au cours de la grossesse :

  • Félicité, grossesse désirée et se déroulant harmonieusement, 
  • Maladie, accident,  ou deuil de la mère durant cette gestation,
  • grossesse non désirée avec grande difficulté à investir (à aimer) cet enfant à venir,
  • conflits familiaux, conjugaux,
  • situation de guerre, etc…

Autant de vécus et de ressentis maternels qui « passent » dans la psyché du fœtus, car en cette période,  psyché de la mère et psyché du fœtus ne sont pas différenciées (il serait à cet égard intéressant de se pencher sur les destins des enfants nés dans le cadre d’une grossesse pour autrui (GPA). Si les  épreuves et donc les ressentis, vécus par la mère sont trop intenses, il pourra en résulter chez le fœtus/futur adulte,  un vécu d’insécurité fondamentale qui deviendra une sorte de toile de fond dans l’existence du sujet. Ce qui se joue en ces périodes a effectivement tendance à se fixer pour s’intégrer au fonctionnement psychique ultérieur. De fait, ce sentiment d’insécurité fondamentale encore appelé insécurité affective de base, sera immanquablement retrouvé chez les adultes dits psychotiques ou « border line ».
A contrario, des vécus positifs,  tels ceux d’une grossesse heureuse, se déroulant dans les meilleures conditions physiques et psychiques, constitueront autant de ressources qui seront à la disposition du sujet enfant puis adulte.
 
La naissance elle-même est une grande source potentielle de vécus traumatiques :

  • contractions prolongées sans ouverture du col : vécu de catastrophe qu’on ne peut que subir,
  • descente de la filière pelvi-génitale avec ses vécus de blocage, de lutte contre des forces perçues comme titanesques, parfois strangulation (quand il y a circulaire du cordon) avec tous les paradoxes que cela implique : si je reste là je meurs, si j’avance je meurs.
  • La naissance elle-même au cours de laquelle le bébé (certes moins maintenant) n’est pas accueilli « comme une personne », mais comme un objet de soin, au terme de quoi il peut se sentir comme véritablement chosifié.

Ces quatre moments de la gestation et de la naissance, possiblement revécus dans l’expérience de la transe, ont été appelés par Stan Grof : « Matrices Périnatales Fondamentales » (MPNF) en référence à la matrice utérine mais aussi à la matrice d’imprimerie qui répètera à l’infini le même motif (et sur différents papiers) tout comme le sujet devenu adulte succombera à la répétition de ses symptômes, à comprendre comme expression de ces vécus primordiaux. Le revécu de ces épreuves en holotropie sera un moyen privilégié de leur donner leur pleine forme, de les penser  et de les dépasser. Des changements majeurs peuvent alors advenir.
Mais parfois, avant d’en arriver à ce déploiement et à ce dépassement, un obstacle peut surgir.
Pour le comprendre on peut invoquer un mécanisme assurant chez le fœtus un plus de survie (du corps, mais aussi et surtout de la psyché). Au vécu de détresse pouvant conduire à la mort et dont elle est un signe précurseur, se substitue un vécu radicalement inverse : la jouissance. Moyen de mobiliser d’ultimes énergies de vie dans l’espoir de surmonter l’épreuve. Mais cette jouissance se fixe. Plus encore elle s’intègre à l’organisation de la psyché et de la personnalité à venir. Telle serait la véritable origine de cette paradoxale jouissance. Réactualisée en holotropie, elle pourra prendre une place importante et sera une étape avant d’aller plus loin dans l’exploration et la découverte des traumas sous-jacents, mais parfois aussi jouissance et traumas se réactualisent simultanément.   
  L’holotropie implique donc confrontation à la jouissance jusque-là inconsciente du symptôme, mais avec un plus pour l’holotropie : la confrontation (simultanée ou secondaire) aux traumas qui en sont réellement  à l’origine.
 
Les expériences biographiques :
 
            Le TRH peut réactualiser des vécus (expériences plus affects) ayant trait à l’histoire du sujet de sa naissance à l’époque actuelle.  Comme pour les autres niveaux,  il s’agit de reviviscences et non de remémoration. Cela recoupe le champ d’investigation habituel de l’analyse freudienne et de la psychothérapie, avec ici une différence majeure : levée de l’amnésie infantile, levée des aménagements à l’égard des expériences traumatiques, souvent travestis par des clivages ( entre affect et représentation). De ce fait, l’holotropie permet de revivre, de déployer et de dépasser la réalité de ces vécus traumatiques, qui font souvent écho au premier des traumatismes, celui de la naissance.
 
Vécus transgénérationnels
Il est possible de vivre (ou de revivre en holotropie) des épreuves vécues par nos ancêtres. Ainsi ce patient atteint d’une lourde pathologie digestive qui revécut la  trahison dont ces grands parents avaient été victimes et qui fut à l’origine de leur faillite (restée jusque-là secret de famille), puis (dans une séance holotropique ultérieure) une trahison vécue par la mère pendant la période de sa gestation (l’inconduite de son mari – père du patient). Deux revécus éclairant et donnant tous son sens à l’impact d’une trahison actuelle (une « saloperie »), en lien avec sa pathologie (une rectocolite). 
  Tout s’est donc passé comme si ce patient avait retrouvé de lui-même, mais avec toute l’émotion impliquée dans ces scénarios, le décodage biologique de sa rectocolite dont il guérit… de lui-même pourrait-on dire.    
L’expérience holotropique de ce patient suggère aussi une chose : pour dépasser l’impact de ce vécu traumatique actuel, il importe  qu’il soit revécu et élaboré, pour chacun de ces niveaux de résonnance, transgénérationnel, gestationnel et biographique, l’expérience traumatique, ici centrée sur un vécu de trahison. Ce que permet la pratique de l’holotropie, mais ce sera l’inconscient du sujet (et le guérisseur interne) qui seul décidera de cette actualisation, car une expérience holotropique ne se planifie pas.
 
De la survie à la vie
            Bien souvent et à travers  ces différents revécus, un  impératif primordial, peut s’imposer à la psyché du sujet : face à ces différentes expériences traumatiques, celles des ancêtres, celles de la mère (et du fœtus) pendant la gestation, celle du fœtus pendant le processus de naissance, il s’agit d’abord et avant tout, d’assurer sa survie. Tel est le rôle de cette jouissance évoquée plus haut. Mais les choses ne s’arrêtent pas là.  Cet impératif de survie (d’abord psychique et secondairement corporel) resté présent dans les profondeurs de l’inconscient mobilise une grande partie des dispositions et ressources inconscientes du sujet. Il constitue de ce fait un obstacle majeur à la vraie vie.
L’holotropie, en actualisant les racines de ces programmes de survie, devient ainsi la méthode thérapeutique privilégiée permettant de dépasser cette entrave et vivre pleinement sa vraie vie.   
 
 
 L’expérience  holotropique se déroule sur 5 temps :
 

  1. Le  temps de présentation :
  • accueil du groupe et explicitation des rôles de chacun
  • choix d’un partenaire (l’holotropie se déroule en binôme, une session comporte dans sa forme habituelle (sur un weekend), deux séances, chacun des participants étant tour à tour celui qui fera l’expérience proprement dite et celui qui accompagnera celui qui l’a accompagné.

 

  1. Le temps expérientiel :
  • Après une courte phase de relaxation et de centrage du sujet sur lui-même, les participants sont invités à changer le rythme et l’amplitude de leur respiration.  Cette hyperventilation, soutenue par des musiques, par l’effet du groupe,  pratiquée  un temps suffisant, favorisera la modification de l’état de conscience et  l’entrée des participants dans leur voyage intérieur et holotropique,
  • Le contexte groupal et mise en place de l’appareil psychique groupal avec ses fonctions de contenant, de portance, d’amplification émotionnelle, de régulation et de résonnance, participe également  au bon déroulement de l’expérience,
  • et bien sûr la musique jouée suffisamment fort,  judicieusement choisie pour induire l’entrée en état de conscience modifié puis accompagner au mieux cet état de transe durant les trois heures ( plus ou moins une demi-heure) que dure de l’expérience.
  • Selon ce qui se joue dans l’ici et maintenant de la séance, un « travail corporel »  peut être proposé. Le moment de cette proposition est une question d’intuition de la part du thérapeute : ce qu’il observe mais surtout ce qu’il ressent en lui de ce qu’il a pu observer.  Ce sera par tout un jeu de pressions et de contrepressions que les thérapeutes pourront aider le participant à déployer, corporellement et affectivement, ce qu’il est en train de vivre ou de revivre avec toutes les émotions liées à ce revécu.
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  1. Le temps du bilan
  • En fin de séance, un bilan (premier sas de retour vers la réalité) est fait pour s’assurer que chacun revient ou peut revenir au monde extérieur dans les meilleures conditions. Eventuellement un complément de travail corporel pourra être proposé,
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  1. La réalisation d’un mandala

Après le premier bilan, chacun est invité à réaliser un dessin ou mandala (deuxième sas de retour vers la réalité) : un mouvement, des couleurs, des formes, une facture abstraite ou figurative, dans tous les cas une trace de l’expérience qui vient d’être vécue.
Le terme mandala a été choisi en référence à la représentation du monde intérieur réalisée ici très à l’insu de la partie la plus consciente du sujet.  Il centrera la prise de parole de chacun dans ce moment de la session que nous avons appelé groupe d’élaboration.
 

  1. Le groupe d’élaboration :

Moment où l’ensemble du groupe se réunit pour parler de l’expérience qui vient d’être vécue.  La parole est libre, on peut ou pas parler de son expérience, mais la participation à ces groupes permet à chacun de réaliser à la fois les résonances affectives que ces récits ont pour lui et les liens avec sa propre expérience.
Groupe d’élaboration signifie invite à un travail psychique qui permettra de sortir de la session dans les meilleures conditions possibles : remettre en fonction les processus secondaires, c’est-à-dire les processus de pensée, mettre en mots ce qui vient d’être vécu, en découvrir le sens, commencer à le penser à l’aide de quelques pistes interprétatives données  par les thérapeutes.
 
 La pratique de l’holotropie implique de nombreuses dispositions et compétences :

  • Avoir aménagé un cadre adéquat
  • Assumer la relation en corps à corps et la bonne gestion de cette relation  
  • être musicothérapeute (choisir avec pertinence les musiques qui seront diffusées),
  • mais aussi art-thérapeute (pour comprendre ce que les dessins veulent dire),
  • connaître les bases de la dynamique inconsciente des groupes,
  • les bases du fonctionnement mental (les grandes lois de ce fonctionnement telles que mises en évidence par la psychanalyse – celle de l’archaïque mais pas seulement)  
  • Savoir endosser selon les circonstances l’image du père (celui qui pose ou rappelle les règles, pose une parole juste), ou celle de la mère (qui conforte et authentifie), etc.

 
Conclusion
 
Parmi les découvertes apportées par la pratique holotropique, il en est une majeure : la propension de tout un chacun à guérir et à évoluer. Ceci recouvre plus ou moins le terme bien connu de résilience, à comprendre comme une capacité à surmonter les épreuves et à guérir (recouvrir l’état antérieur dans l’acception habituelle).  On peut souvent observer cette résilience chez certains sujets sans que l’on puisse pour autant toujours l’expliquer.     
Cette disposition inconsciente présente chez tout être humain, aussi appelée guérisseur interne, a une deuxième potentialité : celle qui nous amène à changer de mode d’être et à évoluer pour devenir véritablement nous-mêmes (processus d’individuation selon Jung). Sorte de Sage Intérieur que nous préférons appeler Evolueur interne dont on perçoit l’émergence dans la pratique et l’expérience holotropiques.
            Cet évolueur interne peut nous ouvrir à une expérience spirituelle hautement thérapeutique. C’est lui aussi qui permet la confrontation à notre souffrance, et ceci à un rythme qui n’outrepasse pas ce que nous pouvons supporter, car c’est une instance autorégulatrice.
            Cet  évolueur interne est souvent inhibé, que ce soit par la médecine, mais aussi par certaines dispositions inconscientes du sujet : résistances, bénéfices secondaires liés à l’état de maladie (l’assistance notamment, qui nous maintient dans un statut infantile), et une certaine jouissance inconsciente des symptômes et de ce qui les sous-tend. L’holotropie dans la mesure où elle nous plonge très directement aux racines de notre souffrance permet en partie de contourner ces différentes résistances et aménagements.   
Pour ce faire, il importe aussi que la relation à soi-même soit sécure (pour que place soit donnée à l’évolueur intérieur),  pour pouvoir accueillir et déployer ce que notre inconscient a à  nous faire vivre dans l’ici et maintenant de la séance.. C’est là le rôle du cadre, mais aussi des thérapeutes et de l’appareil psychique groupal qui jouent une fonction de contenant.
 Guérir c’est aussi réintroduire une certaine harmonie entre les quatre niveaux de l’être évoqués plus haut, y compris l’intellect et le mental. Ce dernier est malheureusement souvent décrié dans le milieu des nouvelles thérapies (dont l’holotropie).
 Ce qui a été vécu en holotropie doit pouvoir être élaboré et ceci au-delà de ce qui a été abordé dans la prise de parole du groupe d’élaboration. Donc un travail de thérapie verbale visant à penser (et à panser) ce qui était jusqu’alors du domaine de l’impensable. Une pensée consciente, prélude à une « pensabilité » inconsciente, seul gage de la guérison et de l’évolution du sujet.
Pour illustrer cette nécessité de prendre en compte les différents niveaux de notre être, imaginons un rameur qui décide de traverser un fleuve. S’il ne rame que d’un seul côté, il ne tardera pas à tourner en rond. C’est bien en utilisant ses deux rames qu’il pourra véritablement traverser le fleuve et atteindre l’autre rive.   
 
Pour en savoir plus :
 
« Les nouvelles dimensions de la conscience », Stanislav Grof, Le Rocher, 1989
 
« L’esprit holotropique », Stanislav Grof, Le Rocher, 1996.
 
 
« Les processus de guérison, Accueillir et déployer ses émotions pour guérir »,  Djohar Si Ahmed et Gérald Leroy-Terquem, Dangles, 2015
 
« Pour une psychanalyse des expériences exceptionnelles », Djohar Si Ahmed,  L’Harmattan, 2014
 
« Vers une psychologie de l’être, l’expérience psychique », Abraham Maslow Fayard, 1972
 
Renseignements sur les thérapies et sur  la formation à la psychologie transpersonnelle et au TRH sur : iclppsy.fr   –   Tel.  09 63 50 27 90
 
Voir aussi : https://www.mirz-yoga.com/blogs/mirz-magic/jai-experimente-transe-respiration-holotropique
 
 
 

 


[1] Voir « Les processus de guérison », Dj. Si Ahmed et G. Leroy-Terquem. Dangles, 2015
[2] Voir « Les nouvelles dimensions de la conscience », Stanislav Grof, Le Rocher, 1989.