La pénurie alimentaire

Pour compléter ce qu’a écrit mon confrère Jean-Brice Thivent au sujet de cet organe dans le n°15 de la présente revue en Septembre 2012, je me propose d’en dire un peu plus. Par la même occasion, nous autres ‘décodeuses’ et ‘décodeurs’, constaterons combien nous pouvons être myopes comme des taupes : parfois nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez !

Car devant un symptôme hépatique, nous sommes très nombreux à n’envisager qu’une seule cause : le très fameux ‘conflit de manque’ et ses corolaires ‘faim-famille-fric-foie’. C’est oublier trois choses importantes : 1) D’abord le foie a entre 250 et 500 fonctions (les avis divergent sur ce point) et donc, nécessairement, il aura d’autres causes ; 2) Le symptôme est parfois dû au mauvais fonctionnement des canaux intra-hépatiques et donc concerne la sphère biliaire ; 3) Et enfin toutes les hépatopathies ne sont pas conflictuelles.

Cela dit le ‘conflit de manque’ est incontestable dans certains cas, puisqu’une des grandes fonctions du foie est la métabolisation. Mais encore faut-il savoir ce que veut dire ce mot pour en comprendre la bio-logique et en définir les limites :

La métabolisation

En simplifiant : la métabolisation est le processus par lequel le foie transforme en glucose (c’est-à-dire en sucre) les nutriments ayant franchi la paroi intestinale afin qu’ils soient utilisables par nos milliers de milliards de cellules. C’est comme une raffinerie qui transforme du pétrole brut en essence : sans cette transformation, nos cellules n’ont pas de carburant. De plus, le foie est le gestionnaire de notre glycémie (c’est-à-dire de la quantité de sucre circulant dans le sang). Par exemple, en cas d’excédent, il transforme le sucre en graisse pour faire des réserves ; à l’inverse, en cas de pénurie alimentaire, il retransforme la graisse stockée en sucre. Mais surtout en cas de pénurie, il fait en sorte d’extraire le maximum de glucose du peu de nourriture disponible.

La pénurie alimentaire

De ce fait, notre foie est le premier concerné en cas de manque de nourriture, et donc il est parfaitement bio-logique qu’il réagisse pour y pallier. Dès lors qu’il y a une pénurie alimentaire, le foie doit être plus performant, jusqu’à augmenter le nombre de cellules hépatiques lorsque nécessaire. Entre autres, cela explique parfois pourquoi les enfants sous-alimentés ont un gros ventre.

Le problème est qu’on peut induire notre biologie en erreur dans cette tonalité de pénurie alimentaire alors que notre réfrigérateur et nos placards sont pleins : il suffit de vivre très intensément un stress dans cette tonalité. Ce peut être le cas d’une personne basculant soudainement dans le chômage et ayant très peur de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins ; ou d’une autre ayant toujours viscéralement peur de manquer de nourriture, quelle qu’en soit la raison, y compris à cause d’une situation critique dans cette tonalité vécue par un ascendant.

Le conflit de manque et ses corollaires

Il est donc certain que notre foie peut somatiser en cas de conflit de manque. Mais à nouveau, il faut en comprendre la logique pour pouvoir le prétendre ; et surtout, il faut savoir différencier ce qui est de l’ordre d’un manque et ce qui ne l’est pas. Car même si notre cerveau ne fait effectivement pas la différence entre le réel, le symbolique, le virtuel et l’imaginaire, il y a néanmoins des limites à cette affirmation.

– Par exemple, on dit qu’il peut y avoir à l’origine d’un symptôme hépatique un conflit familial. Je n’en disconviens pas, mais à condition de comprendre pourquoi : la famille est nourricière – surtout au début de notre vie – et un conflit au sein du clan peut provoquer sa disparition. Or, sans le groupe point de salut, car c’est la coopération de l’ensemble des membres du groupe qui permet la survie de tous : cela nous ramène donc au conflit de manque alimentaire.

– Par exemple, il est dit qu’on peut hépato-somatiser à cause d’un problème lié à l’argent. Je n’en disconviens pas non plus, mais à nouveau il faut comprendre pourquoi : l’argent est synonyme de nourriture puisque c’est lui qui permet de remplir le frigo. Sans argent, point de nourriture ; ce qui implique à nouveau le conflit de manque alimentaire.

– Par exemple on dit pouvoir somatiser sur le foie à cause d’un grand stress orienté sur le foie lui-même. Cela signifie biologiquement qu’il est défaillant et donc ne pourra pas traiter correctement les nutriments : ce qui nous ramène une fois de plus au conflit de manque. On dit aussi qu’un grand stress orienté sur l’intestin grêle peut aussi induire une somatisation hépatique. Effectivement, si l’intestin grêle remplit imparfaitement son rôle d’assimilation, ce sera au foie de pallier à cette déficience afin que l’individu ne soit pas en manque nutritionnel.

Quoi d’autre ?.Le manque d’Amour ou d’autre chose ? Manque réel, symbolique, virtuel ou imaginaire ? Manque pour soi ou manque pour l’autre ? J’invite à la plus grande prudence, d’autant qu’à chercher des manques dans notre histoire ou dans celle de l’autre, forcément on en trouve. C’est un piège dans lequel il est facile de tomber ; je vous raconterai le mois prochain comment je m’y suis fait prendre.

Quoi d’autre ? Rien d’autre ?! La colère ? Désolé : d’abord ce n’est pas un décodage biologique, mais un décodage énergétique ; de plus, la colère est un manifesté et non pas un ressenti : j’en reparlerai.

Polémique

Comment croire qu’un organe aussi complexe que le foie puisse réagir à un seul conflit biologique alors qu’il a des centaines de fonctions ? C’est être aveugle et/ou stupide. Je fulmine quand je me souviens que mes profs, il y a quinze ans, m’ont seulement parlé du conflit de manque pour ‘décoder’ une hépatopathie ; et je fulmine en constatant que, par conséquence, des milliers de ‘décodeuses’ et ‘décodeurs’ n’envisagent aucune autre piste de réflexion devant un symptôme hépatique, en sachant que j’ai longtemps été, moi aussi malvoyant.

Certes, on ne peut pas tout savoir sur tout ; mais un minimum s’impose quand on prétend vouloir aider les autres. Il est grand temps que nous posions nos œillères pour élargir notre champ de vision et de mettre des lunettes pour voir un peu plus loin que le bout de notre nez ; et urgent de nous procurer un bon traité d’anatomie et de physiologie pour découvrir que le foie est aussi, par exemple, l’organe de la désintoxication et de ce fait le ‘centre antipoison’ de l’organisme. Un seul chiffre pour le démontrer : il filtre chaque jour entre 1700 et 2600 litres de sang ; soit 1,2 à 1,8 litre chaque minute.

À suivre…

Laurent Daillie

laurentDaillieNaturopathe causaliste et consultant en Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels (Paris et Bourgogne), Laurent Daillie est passionné par les origines de l’Homme et par ses réflexes de survie primitifs. Il anime des formations et des conférences en France et en Belgique. Il est l’auteur du livre « La Logique du Symptôme », publié aux éditions Bérangel. Info : www.biopsygen.com