La maladie

La spasmophilie est un syndrome psychophysiologique lié à un état d’hyper excitabilité neuromusculaire chronique qui se manifeste par une tension nerveuse non contenue et des crises épisodiques de tétanie. La tétanie est l’état pathologique caractérisé par des crises de contractures musculaires pouvant toucher les mains, les pieds, les jambes, les bras, parfois le visage. Les nerfs et les muscles qu’ils commandent, deviennent trop sensibles aux diverses stimulations. Cette hyper-excitabilité peut être la cause d’une hyper-ventilation, une respiration trop ample ou rapide, qui est généralement solutionnée en urgence par le médecin en faisant respirer le malade dans un sac en plastique. Parmi les symptômes plus permanents, figurent des crampes, des fourmillements, de l’anxiété et de la fatigue.
A l’origine de la spasmophilie, on trouve une carence en calcium et/ou en magnésium. Plus précisément, il s’agirait d’un trouble des échanges des ions positifs de calcium et de magnésium entre l’intérieur (secteur intracellulaire) et l’extérieur (secteur extracellulaire) des cellules.

Si la plupart des tétanies trouvent leur origine dans une spasmophilie sous-jacente, il en existe qui sont la simple conséquence d’une diminution importante de la concentration de calcium sanguin. C’est l’importance de cette hypocalcémie qui augmente les risques en cas de crise : spasme laryngé, trouble du rythme cardiaque. L’hypocalcémie est moins importante dans le cas d’une spasmophilie et les facteurs psychologiques sont alors plus importants. Notons aussi que l’existence de la spasmophilie en tant qu’affection autonome n’est pas unanimement reconnue.

L’étymologie

Le mot spasmophilie vient du grec « spasmos » = spasme, du verbe « spân » = tirer. Le mot tétanie vient du grec « tetanos » = tension, rigidité, du verbe « teinein » = tendre. Le verbe « tétaniser » s’utilise aussi en français pour désigner littéralement l’action de mettre un muscle en état de contraction prolongée par des excitations répétées de manière expérimentale. Qui, de mon père, ma mère, mon instituteur, mon patron, mon médecin, qui s’est livré à des expériences mentales éducatives sur moi ? Comme si j’étais un cobaye de laboratoire. Ce qui a provoqué chez moi une grande souffrance morale, qui a eu pour effet bien sûr de me rigidifier, car je préférais me tendre dans un spasme que je croyais libérateur, dans la direction d’une nouvelle vie, mais je recommençais sans cesse la même vie, et à me tendre à nouveau.

L’écoute du verbe

Spasmophilie = spasme / au / feeling. Je ne peux supporter les personnes avec lesquelles je suis sensé(e) avoir le bon feeling, qui sont sensées me protéger, m’aimer. Je ne peux ni les aimer ni les quitter.

Tétanie = tête / à / nie. Ressenti conflictuel de ne pas pouvoir tenir tête à celles et ceux qui me nient. De ne pas pouvoir s’exprimer (« tais-toi »), d’être réprimé, enfermé, de devoir rester en place sans bouger et sans pouvoir se révolter, comme un esclave dont la vie est niée, ce qui peut arriver parfois dans un couple par exemple.

Le sens biologique

Selon Robert Guinée, la spasmophilie et la tétanie trouvent leur origine dans un dysfonctionnement des glandes parathyroïdes qui sécrètent deux hormones qui interviennent dans le métabolisme du calcium : la PTH qui fait accélérer, la calcitonine qui a l’effet inverse. La tétanie serait un effet d’une hypoparathyroïdie, donc un fonctionnement anormalement bas de ces glandes hormonales. La spasmophilie aussi mais avec une masse conflictuelle moindre. Le conflit biologique est proche de celui qui est relatif à la thyroïde : il faut aller vite pour attraper le morceau (à droite) ou pour recracher le morceau (à gauche), mais sans la notion d’urgence et avec un sentiment d’impuissance.

Pour Claude Sabbah, la tétanie est davantage reliée au calcium et la spasmophilie au magnésium. Le conflit de base est identique pour les deux, c’est une conjonction d’un conflit de déplacement (comme pour les paralysies) et d’un conflit de dévalorisation dans un contexte de situation oppressive à solution motrice empêchée. La tétanie se distingue par une sous-tonalité conflictuelle de structure (calcium) liée à l’échec ou la réussite de son projet de vie et du désespoir de ne pas y arriver. La spasmophilie se distingue par une sous-tonalité conflictuelle d’action (magnésium), de réussite rapide et de fierté d’avoir atteint quelque chose. Essayons de préciser cela par un exemple.

C’est l’histoire de Marc, un acteur de théâtre, qui vient de terminer ses études et répète un premier spectacle, très important pour lui, car cela peut lancer sa carrière ou au contraire la freiner, au cours duquel son personnage est entravé pendant presque toute la pièce, il a du mal à se déplacer, et les répétitions se passent mal, le metteur en scène est plus souvent hors du théâtre que dedans, le stress monte, le jour de la première approche, il a très peur de ne pas y arriver, et c’est trop tard, il ne peut pas s’en aller et laisser tout tomber, il se sent impuissant, ne sait plus quel geste faire et il ne peut pas quitter le théâtre. Un jour, dans les coulisses, on entend un « boum », c’est lui qui s’écroule et qui fait une crise de tétanie.

Gérard Athias parle d’un conflit par rapport à un ou plusieurs geste(s) qu’on ne peut pas faire, dans des situations où on a été impuissant. Face à un adversaire contre lequel je ne peux pas se battre, je me reproche de ne pas avoir eu le geste juste pour me protéger (à gauche) ou pour m’exprimer (à droite). La crise est une libération des gestes non effectués. Il est donc important pour le décodage d’observer quels sont les gestes précis faits au cours de la crise. On peut par exemple avoir des gestes incontrôlables comme pour redonner vie à quelqu’un. Cela permettra de retrouver le stress vital et ancien qui est à l’origine de la maladie et l’élément récent qui l’a re-déclenchée. Parmi les mémoires familiales qui peuvent encoder la spasmophilie/tétanie, on attire particulièrement l’attention sur les accouchements difficiles. Toutes les personnes qui souffrent de cette maladie vont retrouver un ou plusieurs accouchements difficiles dans leur généalogie, des moments où, pour une raison de survie évidente, on aurait tant voulu mettre à l’extérieur ce qui était à l’intérieur.

Le sens de la maladie est donc d’être une solution biologique parfaite pour être plus performant dans la fuite. Dans un stress intense, on prend un maximum d’air, on s’ « hyper-ventile » pour pouvoir s’enfuir en l’espace d’une seconde, si on en a l’occasion. Le mot « ventiler » signifie aussi répartir en plusieurs groupes des choses ou des personnes. Le sens profond de la maladie est donc de produire une nouvelle répartition des éléments qui nous entourent : de mettre à l’extérieur de la maison ce qui est à l’intérieur, et inversement de mettre à l’intérieur ce qui est à l’extérieur. Et ce qui est à l’extérieur, c’est l’amour.

En effet, Olivier Soulier décrit symboliquement la spasmophilie comme étant la souffrance de la non-reconnaissance de l’amour et la non-conscience réelle de ce manque. Je manque d’amour mais je ne sais pas que je manque d’amour. D’où je tourne en rond, je n’arrive pas à me définir. Il y a souvent une interdiction de s’écouter qui provient de l’éducation. Il n’y a pas d’amour de soi parce qu’il n’y a pas d’écoute de soi. Je veux à tout prix être aimé(e) et je suis dans l’impuissance totale d’être aimé(e). Il n’y a pas d’amour dans la maison et je voudrais mieux ventiler pour le laisser entrer. La solution définitive se fera en trouvant un autre et meilleur moyen d’ouvrir la porte, rien qu’un peu, pour laisser entrer la lumière de l’amour, qui l’emporte toujours sur les ténèbres de la peur.

Bernard Tihon