ARTICLE N° 39

Les troubles de l’apprentissage concernent trois enfants par classe. Selon Roy Davis, lui-même dyslexique jusqu’à 38 ans, la difficulté d’apprendre provient du phénomène de désorientation et d’une manière particulière de penser : la pensée en images. Les outils que sa méthode propose pour y remédier seraient efficaces dans 90% des cas.

Beaucoup de personnes se trouvent systématiquement en butte à la difficulté d’apprendre : en âge scolaire, confrontées à l’étude des symboles (lettres, mots, ponctuations, symboles mathématiques…), ou à l’âge adulte, confrontées au besoin de sens, dans le quotidien ou dans le milieu professionnel. Ces difficultés engendrent stress, frustration, démotivation.
Ron Davis a mis au point une méthode permettant de corriger les troubles de l’apprentissage. Il a regroupé sous le terme « dyslexie » tous les désordres liés à l’apprentissage : dyslexie, dyscalculie, dysgraphie, troubles de l’attention et/ou encore TDA accompagnés d’hyperactivité. Il nous révèle que tous ces troubles sont les symptômes d’un fonctionnement mental qu’il est possible de maîtriser.

Encore considéré comme illettré à l’âge de 18 ans parce qu’incapable de lire et d’orthographier malgré un QI élevé, étiqueté arriéré mental durant toute sa scolarité, Ron Davis s’est battu avec ce handicap jusqu’à l’âge de 38 ans. Dès le moment où il comprit qu’il était lui-même la source du problème, il a réalisé qu’il était en mesure de contrôler sa propre dyslexie.
Contre toute attente, cet homme s’est réalisé ; il est parvenu à être ingénieur, homme d’affaires, formateur et sculpteur. En 1981, il fonde le Reading Research Council avec le Docteur Fatima Ali, psychologue spécialisée en pédagogie. Les recherches qu’ils y ont menées mettent en évidence deux points communs à toutes les difficultés : la pensée en images et la désorientation.

Le travail de base

Pour corriger ces problèmes, le travail fondamental consiste à montrer à un dyslexique comment désactiver une désorientation, en identifier la cause et construire une image mentale pour comprendre le symbole (le mot écrit). Lorsqu’il contrôle ce qui déclenche la désorientation, les problèmes de lecture, de mathématique, d’écriture ou d’orthographe commencent à disparaître. Chacun d’entre nous a déjà vécu des désorientations : tourner très vite sur place et s’arrêter brusquement donne l’impression que tout l’environnement tourbillonne. Lorsqu’il y a désorientation, la perception des sens est déformée : tant la vision et l’audition que le sens du mouvement et de l’équilibre ou la perception du temps qui passe. Dans le cadre de l’apprentissage, le sujet désorienté fait inévitablement des erreurs car il comprend ce qu’il lui semble entendre et pas ce qui est dit. Il lui semble voir ce qu’il distingue et pas ce qui est écrit. Il ressent l’immobilité alors qu’il bouge, ou le contraire, et la perception du temps est altérée. Inévitablement, les perceptions sensorielles sont modifiées et inexactes.

Deux façons de penser

Selon Ron Davis, la plupart des êtres humains utilisent deux formes de pensée dans des proportions très variables : la pensée verbale (son) et la pensée non verbale (image). La pensée verbale est une technique qui se développe après avoir acquis la maîtrise du langage. Le sujet s’instruit en associant le son d’un mot à sa forme écrite et à l’image. Certains développent cette technique plus tard que d’autres. A 9 ans, beaucoup n’auront pas acquis le mode verbal, d’où la difficulté d’apprendre avec la méthode basée sur le son. C’est également à cet âge qu’apparaissent généralement les troubles de l’apprentissage parce qu’il y a un besoin d’explications distinctes et spécifiques adaptées au fonctionnement de la pensée en images. Appelé aussi « auditif/séquentiel », le mode de pensée verbale est linéaire, un mot vient après un autre, une phrase suit une autre, une idée succède à une autre. A contrario, la pensée en images s’étend en arborescence, les idées s’associent et se complètent à l’infini. La personne pense à tout en même temps et dans tous les sens. Si la vitesse de pensée en son est proche de la vitesse de verbalisation (un bon speaker s’exprime à une vitesse de 200/250 mots par minute), la pensée en images est subliminale, très rapide et inconsciente. Dès lors, les propos tenus semblent incohérents car verbaliser à la vitesse de la pensée en images est un défi inaccessible. Vu la vitesse de la pensée, le penseur en image ne sait pas et ne comprend pas son incapacité à faire face aux consignes, il est perdu et il ne saurait formuler une demande en bonne et due forme pour exprimer sa difficulté. Souvent, on lui reproche de poser des questions stupides. Pourtant, pour son évolution et son bien-être, il est primordial de répondre à son besoin de sens et de compréhension en lui permettant d’utiliser son fonctionnement de base : la compréhension en images. Actuellement, ce type d’enfants ne peut pas s’épanouir puisque ce mode de fonctionnement n’est pas repéré. Etre penseur en images, c’est être différent et cette différence n’est pas visible. Pour leur épanouissement et leur progression scolaire, il est important d’établir les caractéristiques permettant de les identifier et leur donner les outils adaptés à leur fonctionnement. j’y reviendrai plus loin.

Sortir de la confusion

Un individu qui se désoriente répond à un stimulus qui le confond. Pour reconnaître un objet qui est en 3 dimensions (3D), il le fait tourner mentalement jusqu’à 360° pour en trouver le sens. Il utilise le même procédé pour déchiffrer un symbole qui, lui, change d’identité selon sa position : « p » devient « q » et « b » devient « d », etc. Au moment où il atteint son seuil de confusion, le sujet se désoriente. Il est confondu par un élément qu’il ne reconnaît pas, mais en même temps qu’il veut comprendre. C’est le cas avec un symbole. La confusion peut entraîner des maux physiques allant de la nausée jusqu’au vomissement, en passant par les maux de tête, l’envie de dormir, le mal au ventre et autres. Générées par la confusion, les désorientations amènent inévitablement à l’erreur puisque l’information est fausse, le « b » n’est pas un « d ». Ainsi, les jeunes enfants vivent dans le sentiment d’échec permanent, entretenu par l’entourage qui se méprend sur leurs compétences. Ils sont souvent qualifiés de paresseux, pointant un manque de travail, d’effort et de persévérance, tant et si bien que leur estime de soi s’effondre complètement. Bien que fournissant de gros efforts pour acquérir une compétence, les résultats, peu concluants, ne sont pas représentatifs de leur travail. On constate également qu’ils mémorisent, grâce à leur fabuleuse mémoire, mais retiennent sans comprendre. Ce sont des personnes sensibles dont le seuil de frustration est très bas et dont l’humeur peut varier d’un moment à l’autre. On remarque aussi qu’elles s’ennuient très vite lorsqu’il faut leur répéter plusieurs fois la même chose, d’où la difficulté de retenir leur attention.
De manière automatique et systématique, l’imaginaire cherche l’information. Le mental scanne l’objet dans tous les sens et le fait pivoter mentalement. Si cette activité mentale est remarquable lorsqu’il s’agit de décoder des objets en 3D comme une tasse ou un autre objet, cela devient un obstacle lorsqu’il s’agit d’identifier des formes comme « b »ou « q » ou « p » ou « d », ou encore lorsqu’il s’agit de différencier des sons « d » et « t » ou encore, de distinguer deux sons identiques de formes différentes « c » et « s » ou « k » et « q », ou, plus subtil, lorsqu’il s’agit de mettre une définition en images sur des mots tels que « comme », « jamais » ,« si », « rien », « le », « un » ou « je ». Ces petits mots appelés déclencheurs représentent 40 à 60 % du texte. Ce sont des mots abstraits et peu définissables et qui sont aussi à l’origine de la désorientation. 
Précisons que la désorientation peut se déclarer à la lecture, à l’écrit lors du mouvement ou lors de la prononciation.


Contrôler la désorientation

Il est clair que la confusion déclenche la désorientation. Lorsque le sujet est désorienté, il n’est plus en contact avec la réalité, c’est l’imaginaire qui prend le dessus. Le sujet est absent, sa conscience est ailleurs. Le cerveau ne fait pas la différence entre l’imaginaire et la réalité. Pendant ces moments d’absence, il lui est impossible d’entendre ou de voir la réalité et donc d’intégrer les leçons pour développer l’habilité sociale ou pour suivre un cours, ou encore pour lire des consignes. Pour suivre les cours, il s’appuie sur sa fabuleuse mémoire qui toutefois a ses limites. Certains enfants qui, en primaire, excellaient, sont totalement perdus en secondaire parce que l’étendue de la matière n’est plus assimilable par mémorisation. On peut comprendre l’énergie nécessaire à un penseur en images pour assimiler une matière. Beaucoup développent des stratégies pour surmonter leurs difficultés. Par exemple, pour apprendre l’alphabet, l’enfant s’appuie sur la mélodie pour se souvenir, mais il est incapable de placer une lettre au bon endroit ou même de la reconnaître. Ou encore, il développe une écriture illisible, ce qui permet de masquer les fautes. Autre exemple, il parle très bas, ce qui lui permet de se reprendre en cas de mauvaise réponse. Les particularités énumérées plus haut n’étant pas connues, ces personnes ne sont pas identifiées et ne bénéficient pas d’une aide spécifique ou d’un enseignement adapté à leur fonctionnement. Dès lors, leur scolarité sera parsemée d’écueils et, pour bon nombre d’entre elles, c’est le « décrochage scolaire » assuré, sans parler de celles restées en marge, « les sans écoles ». Si cette description peut paraître un véritable obstacle à l’évolution scolaire, il faut mettre en lumière les capacités et les dons des penseurs en images : la curiosité, la persévérance, l’imagination, les talents artistiques et musicaux, l’intuition ; leur aptitude à survoler les situations en font d’excellents stratèges. Pour simple rappel, voici quelques personnalités qui ont les caractéristiques du dyslexique : Steven Spielberg, Winston Churchill, Henry Ford, Albert Einstein, Thomas Edison, Léonard de Vinci, Jules Verne ou Dustin Hoffman.

La Méthode

La méthode Davis permet, tout en préservant les qualités intrinsèques du penseur en images, de passer de la désorientation à l’orientation, de manière volontaire et maîtrisée. Dans cet état d’orientation optimale, les causes de la confusion sont éliminées en apportant les éléments de compréhension adaptés à la pensée en images. Ainsi, en supprimant la confusion, la personne contrôle la désorientation, ce qui lui permet de rester présente à la réalité. Dans cet état d’orientation optimale, les bases qui n’avaient pas pu être intégrées sont réapprises ; des notions comme, en grammaire, la nature et la fonction d’un mot pourront être clarifiées. L’apprenant pourra vivre sa scolarité dans des conditions idéales pour intégrer les différentes matières de son cursus.
Notre mode de vie encourage l’exode dans le monde de l’imaginaire par les jeux vidéo et les longues heures devant la télévision. Dans ces conditions, il n’est pas possible d’expérimenter la réalité de cause à effet. Le monde de l’imaginaire est magique, tout se crée et tout se détruit sans aucune conséquence. Mais ce n’est qu’en expérimentant la réalité avec son corps physique qu’il est possible d’intégrer le lien de cause à effet et de créer les leçons de vie pour grandir. Dans le virtuel, la conception de la réalité n’est tout simplement pas possible. Faire les liens de cause à effet, c’est aussi ce que permet la méthode Davis, tout comme comprendre la conséquence, un des nombreux concepts de base enseigné pour corriger, entre autres, les troubles du comportement. 
C’est au travers de créations en 3D qu’une conscientisation globale est mise en place. La relation de cause à effet devient visible et peut vraiment être interprétée.

Outils de compréhension

Il est évident que pour accéder à l’apprentissage et acquérir des compétences, il faut comprendre.
La méthode Davis® apporte les outils pour que le penseur en images contrôle rapidement son fonctionnement. Les principaux outils de cette technique sont l’orientation, la maîtrise des symboles et des exercices de lecture. Pour être en mesure de percevoir l’environnement avec exactitude, il faut être orienté. Chacun de nous a une orientation naturelle pour se situer dans l’espace, pour indiquer la droite et la gauche, pour placer dessus-dessous, avant-après, haut-bas, avant-arrière, est-ouest etc.
L’outil principal de la méthode est d’enseigner à la personne à se fixer un point d’orientation optimal. Accompagnée d’un facilitateur Davis, la manœuvre est simple à intégrer. Dès cet instant, l’orientation est volontaire et consciente. 
La perception de l’environnement est exacte. Les sens de la vue, de l’audition, du corps en mouvement et du temps qui passe sont correctement décodés par le cerveau. Ce qui est entendu est ce qui est dit, ce qui est lu est ce qui est écrit. Pour certaines personnes qualifiées de kinesthésiques, l’outil a été adapté, on parle alors d’alignement et de réglage optimal. La destination finale est la même : permettre une perception juste de l’environnement et être présent à toute instruction. Cet outil est utilisé pour les tout jeunes enfants.

L’indispensable sens

Des exercices vont permettre d’identifier la désorientation et de se réorienter à souhait. 
Dans cet état de présence, il est maintenant possible d’intégrer la matière pour s’en approprier le sens. S’en suivent quelques heures de travail accompagné, pour rendre la personne autonome. Ce travail permet de lever les confusions, d’éliminer les frustrations ou le stress liés aux symboles. La maîtrise des symboles consiste à modeler en 3D la définition d’un mot pour en intégrer le sens. En effet, lorsque les liens entre l’image (la définition), le son (la prononciation), et le graphisme (la représentation écrite) existent, le mental enregistre une donnée cohérente. Les mots déclencheurs et/ou les mots de vocabulaire seront maîtrisés de la même manière. Ainsi, l’intellect se constitue une nouvelle base de données, les mots prennent sens. Pour être en mesure de comprendre les consignes, il faut en comprendre chaque mot. 
La consigne peut être écrite mais aussi verbale. Lorsqu’elle est verbale, deux individus communiquent : l’émetteur (celui qui parle) et le récepteur (celui qui entend). C’est celui qui entend qui décide du sens de celui qui a parlé. Si l’émetteur a bien parlé et que le récepteur n’a rien compris, on peut dire que rien n’a été dit. Celui qui parle a la responsabilité de se faire comprendre par l’autre. Le besoin de sens est part intégrante de l’apprentissage et donc de l’instruction. Les frustrations, les démotivations, prennent racine à ces moments précis de l’apprentissage. Sans sens, il n’y a pas d’image créée, et sans image, aucune compréhension n’est possible.

Les facilitateurs Davis

Au fil des années, les praticiens Davis ont mis au point des techniques pour enseigner cette maîtrise. Les outils sont exposés en détail dans les ouvrages écrits par Ron Davis, « le Don de la Dyslexie », publié en 17 langues et le « Don d’Apprendre ». La méthode Davis® apporte une solution sans médicaments pour traiter, outre la dyslexie, l’hyperactivité, l’hypoactivité, l’incapacité à se concentrer, les difficultés à rester immobile ainsi que les comportements sociaux inappropriés. Depuis 1981, les praticiens développent et affinent les procédures de correction et les exercices pour d’autres handicaps, avec un taux de réussite supérieur à 90 %. La Davis Dyslexia Association a été créée en 1995 pour former des pédagogues à diffuser la méthode. Aujourd’hui, les services de formateurs sont diffusés en 27 langues dans plus de 45 pays à travers le monde et un nombre croissant de facilitateurs (plus de 400 dans le monde) s’intéresse et se forme à la méthode.
On peut imaginer l’impact de cette méthode sur l’éducation si on l’introduisait dans le système scolaire dès le plus jeune âge. Réaliser des adultes épanouis, conscients de leur fonctionnement, maîtrisant les symboles et les mots et heureux de les comprendre. Dans ces conditions, l’accès à la connaissance serait ouvert à tous.

Pour en savoir plus :
– www.dyslexia.com : le site Davis Dyslexia International (informations et témoignages sur la méthode Davis, en anglais)

– fr.dyslexia.com : page en français avec les liens pour trouver les praticiens francophones.
– www.dyslexie-tda-dyscalculie.fr : le site officiel de Davis-France

– www.infodyslexie.org : le site d’un facilitateur

Dyslexie
et autres « dys »

La dyslexie a été évoquée pour la première fois en 1897 par le Dr. Pingle Morgan. Il décrit le cas d’un jeune lecteur de 14 ans. C’est dans les années 1950, que la psychologie et la pédagogie française se penchent sur le sujet. Selon l’OMS, la dyslexie est un trouble spécifique de la lecture. Il s’agit également d’un trouble persistant de l’acquisition du langage écrit caractérisé par de grandes difficultés dans l’acquisition et dans l’automatisation des mécanismes nécessaires à la maîtrise de l’écrit (lecture, écriture, orthographe…). La dyslexie exprime plusieurs types d’affections : dysphasie, dysorthographie, dysgraphie, dyscalculie… Elle est en relation, plus ou moins proche, avec d’autres troubles comme la dysphasie, la dyspraxie, l’hyperactivité et d’une manière générale tous les troubles qui ont engendré des difficultés dans l’acquisition de la lecture. En 2009, le journal français Le Figaro annonçait que la dyslexies touche 10 à 12 % des enfants scolarisés, soit trois enfants par classe.

Femme active de 52 ans, Betty Rossitto est avant tout la maman de trois enfants. A la recherche de solutions pour aider sa fille cadette à surmonter ses difficultés scolaires, elle a rencontré la méthode Davis® et expérimenté personnellement l’efficacité de cette méthode. Aujourd’hui, elle anime des conférences pour partager ses connaissances sur le mode de fonctionnement de l’apprentissage et les difficultés que cela sous-entend.
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