S’il y a beaucoup à dire à ce sujet, il faut d’abord rappeler que l’anorexie peut avoir de très graves conséquences, en termes de carences irréversibles, ou pire encore : certains cas relèvent de l’urgence médicale. Cela dit, l’expérience prouve aussi que l’on peut en sortir «miraculeusement», à condition néanmoins de découvrir sa véritable cause. Et c’est bien là tout le problème puisque, de mon point de vue, il y a plusieurs origines conflictuelles possibles pouvant expliquer un tel comportement. Mais avant d’en faire une liste non exhaustive, il faut constater plusieurs choses. D’abord, l’anorexie est plutôt féminine (peu d’hommes sont concernés) et aussi elle apparaît le plus souvent à l’adolescence et très rarement à l’âge adulte. Il y a matière à réflexion : cette période de la vie n’est-elle pas aussi celle de la rébellion à l’autorité parentale ? Et celle de la séduction ? Le Décodage Biologique ne sera d’aucune utilité dans certains cas, lorsque la personne est dans un tel état modifié de conscience qu’elle ne peut accéder à la compréhension des tenants et des aboutissants de son comportement. J’invite donc à la plus grande prudence : il est des cas qui ne relèvent pas de la compétence de cette approche.

Le conflit sur l’estomac

Bien souvent, l’origine de l’anorexie est un «conflit sur l’estomac» causé par un profond ressentiment inconscient, le plus souvent vis-à-vis de la mère. C’est le cas d’une adolescente rencontrée dernièrement, en profonde souffrance du fait de la compulsion d’achat de sa mère qui met toute sa famille dans une situation critique sur le plan financier. Cette ado n’avait tout simplement pas compris combien elle en voulait à sa mère, qui par ailleurs est une bonne maman et qui ne peut pas vraiment être tenue pour responsable de ne pas maitriser cette pulsion.En général, il est des personnes vis-à-vis desquelles on peut avoir du ressentiment sans le savoir, le plus souvent parce que nous les aimons ou encore parce que nous les excusons. A noter que cela vaut pour la plupart des symptômes localisés sur le tube digestif.

L’insécurité

Si elle peut rendre boulimique (puisque manger est rassurant), la peur peut aussi couper l’appétit. C’est le cas d’une mère de famille qui a basculé dans l’anorexie après que son mari l’ait quittée et bien que ce dernier n’ait pas laissé sa femme et ses enfants dans le besoin. Il faut toujours se souvenir que, dans la nature, une femme lâchée par son homme se retrouve dans une situation absolument critique, et d’autant plus si elle a des enfants. L’homme est le chasseur – protecteur, sans lequel les chances de survie sont très faibles.

La dictature du 36

C’est caricaturalement ce qui arrive aux mannequins qui doivent s’abstenir de manger à leur faim afin de conserver leur taille de guêpe. Dans ce cas, c’est la peur de déplaire et donc d’être rejetée qui motive ce comportement alimentaire dangereux. Bien sûr, cela concerne beaucoup d’autres jeunes femmes qui se font piéger par la dictature du 36, consciemment ou inconsciemment. Il ne faut jamais oublier qu’être rejeté est considéré par notre cerveau archaïque comme une situation critique. Nous sommes des mammifères sociaux, cela impliquant que notre survie dépend de l’autre, de notre mère au début de la vie et du groupe toute notre existence. Dans la nature, un individu rejeté, quel que soit notre âge, est tout simplement condamné à mort.

La phobie du vomissement

Une patiente m’a permis d’apprendre que l’on peut aussi avoir un comportement anorexique à cause d’une phobie du vomissement : depuis une nuit de son enfance où elle a rendu son dîner, elle a développé une peur phobique du vomissement, vomir étant pour elle synonyme de danger de mort. Tant et si bien qu’à l’adolescence, elle s’installera petit à petit dans l’anorexie, ne pas manger étant pour elle la meilleure solution pour ne pas risquer de vomir.

De ce fait, à 18 ans, elle ne pesait plus qu’une trentaine de kilos. Mais par chance, le médecin de famille trouvera les mots justes pour provoquer l’électrochoc qui lui permit de sortir complètement de cette anorexie. Mais sa peur phobique du vomissement était toujours très présente le jour de notre rencontre.

J’ai d’abord envisagé qu’une peur annexe se soit associée au fait de vomir, par exemple parce qu’elle aurait vécu cette première fois dans la solitude ou encore parce qu’elle se serait fait fortement gronder dans ce contexte. Il n’en était rien puisque sa mère l’a accompagnée avec beaucoup de tendresse durant ce moment difficile et qu’elle était restée avec la petite jusqu’à ce qu’elle se rendorme.

Tout deviendra beaucoup plus clair quand j’apprendrai que sa mère a «dégobillé tripes et boyaux» pendant les neufs mois de la grossesse, au point même d’être hospitalisée afin d’être alimentée par perfusion. L’origine de cette phobie (et donc de l’anorexie qui s’en est suivie) est simple à comprendre : pendant toute la grossesse, la mère vit une grande peur du fait de ces vomissements, peur pour elle mais surtout pour l’enfant qu’elle porte. De ce fait, l’enfant est l’héritière de cette peur qu’elle reprend à son compte.

Échapper à la féminité et/ou à la maternité

Le fait est que l’anorexie ne laisse que la peau sur les os et qu’elle provoque une aménorrhée. On peut donc envisager qu’elle puisse aussi avoir pour «utilité» de faire fuir les hommes et/ou d’éviter la maternité. Au plus profond et pour d’excellentes raisons, l’homme est plutôt attiré par les rondeurs féminines puisque la finalité est de faire des bébés, ce qui demande au féminin d’être en pleine forme, au sens propre comme au sens figuré.

Le terrorisme relationnel

Il semble enfin que quelques
adolescent(e)s soient capables, en toute conscience, de simuler l’anorexie (ou autres) avec beaucoup de talent pour en faire une arme de terrorisme relationnel très puissante. En effet, ne pas manger et maigrir ne manquent jamais d’affoler les mères qui, justement, évaluent la bonne santé de leurs enfants en fonction de leur appétit. Evidemment, il sera très difficile de mettre en évidence un tel mensonge, et aussi, pour la personne concernée, d’en sortir : on pourrait lui en vouloir.

Et cetera

Car je suis bien certain qu’il y a d’autres causes pouvant induire un tel comportement. Mais c’est toujours l’histoire de la personne qui nous mettra sur la piste.

Laurent Daillie