portrait de Yves RasirVous avez passé de belles fêtes ? De mon côté, le réveillon de la Saint-Sylvestre fut des plus agréables. Nous étions invités à la mer chez un couple d’amis qui avait convié d’autres de leurs amis que nous ne connaissions pas. C’est toujours chouette d’élargir son cercle relationnel et c’est encore plus amusant de passer l’an neuf en faisant de nouvelles connaissances.  Parmi les participant(e)s à cette soirée festive, mes trois voisin(e)s de table m’ont épaté par leur personnalité et leurs choix de vie au service de leur santé. À ma droite, il y avait Yvan. Un grand gaillard à cheveux longs, un peu rougeaud et ventru, style joueur de rugby écossais qui abuserait quelque peu du porridge et du Scotch. Pourtant, j’ai vite remarqué que cette armoire à glace consommait nourriture et boissons avec pondération. Au dessert, il a même décliné les alléchantes pâtisseries maison, y compris la délicieuse tarte au citron confectionnée par sa charmante épouse ! Il m’a expliqué que sa famille avait pour principe de n’acheter aucun aliment transformé industriellement et  que tous les plats, chez eux, étaient cuisinés à base de produits bruts. Cet écolo pur jus bio avait décidé de s’attaquer à son surpoids en ne consommant des glucides qu’au petit-déjeuner. Le midi une simple salade et le soir, pas de sucre ni de féculents, seulement des protéines et des légumes. En somme un régime de type paléo-cétogène, celui que nous mettons régulièrement à l’honneur dans la revue Néosanté. En un an, Yvan est passé de 130 à 110 kilos et il comptait bien perdre encore 20 kilos en 2020, atteignant ainsi le Body Mass Index parfait pour sa morphologie. Naguère peu soucieux de sa ligne, il avait compris que les trop bons vivants font souvent des morts précoces et avait choisi de se fixer des limites glucidiques, jusqu’à sacrifier héroïquement sa bière journalière. Avec le bon sens et l’autodiscipline qui lui tiennent lieu de méthode diététique, je parie qu’il va arriver à ses fins et s’affiner  encore sans gros effort. Rendez-vous dans 12 mois pour vérification !
 
À ma gauche, il y avait la phénoménale Véronique. En discutant à l’apéro, je ne pigeais pas trop comment cette jeune femme pouvait savoir des choses et avoir des goûts très éloignés de sa génération. Je me suis alors risqué à lui demander son âge et lorsqu’elle m’a répondu fièrement 58 ans, je serais tombé sur le cul  si je n’étais pas déjà assis: elle en faisait allègrement vingt de moins ! Je ne suis pas du genre vil flatteur avec la gent féminine et je l’ai assurée que mon estimation était totalement sincère. Elle n’était pas étonnée du compliment et m’a bien volontiers confié son secret de jouvence : le sport ! Elle court tous les jours et s’entraine régulièrement en salle, tout en surveillant son alimentation et ne buvant de l’alcool – du champagne de préférence – qu’une fois par semaine. On l’oublie souvent, mais Dom Pérignon n’a pas seulement inventé ce breuvage divin : le moine bénédictin lui avait aussi trouvé de nombreuses vertus thérapeutiques ! Sportive acharnée, Véronique est tellement branchée sur la culture physique qu’elle vient de suivre une formation de coaching et qu’elle envisage, à son âge, une reconversion professionnelle. Sur son lieu de travail, elle enseigne déjà à des employés stressés comment se relaxer en faisant des exercices d’endurance et de résistance sans instruments, rien qu’en utilisant le corps. Mais bien que le sien lui donne toute satisfaction, sa propriétaire a quand même fait un burn-out l’année dernière. Un épuisement qui lui a valu de longs mois de mise en maladie. Je lui ai partagé mon sentiment que ce fléau moderne cachait toujours une forme de dépression liée à un conflit de territoire (entre collègues ou avec un supérieur hiérarchique) et elle était entièrement d’accord là-dessus. Mais qu’importe, puisqu’elle en est sortie grâce… à la méditation. Non contente de s’être forgée un corps incroyablement jeune et sain, Véro a en effet découvert que la pratique méditative orientale lui assainissait l’esprit en lui procurant sérénité  et équanimité (égalité d’humeur). À l’approche de la soixantaine,   elle ne s’est jamais sentie aussi bien dans sa peau et dans son cerveau ! Ce qui m’a un peu vexé, c’est que cette championne de santé globale ne connaît pourtant pas le mensuel Néosanté. Dans le numéro de février, elle ne lira pas un article expliquant  que la sarcopénie (atrophie des muscles) guette déjà  un quinquagénaire sur trois et que l’activité physique est d’autant plus bénéfique  aux séniors qu’ils avancent vers la porte de sortie. Elle ne lira pas non plus le compte-rendu d’une étude scientifique confirmant spectaculairement que le sport protège puissamment du cancer. Pour sept pathologies cancéreuses, les chercheurs ont même identifié un « effet-dose », c’est-à-dire une relation entre la protection et l’intensité ou la fréquence de l’exercice physique. Ces crabes-là,   Véronique leur fera sûrement la nique jusqu’à 100 ans au moins. 
 
En face de moi, il y avait Benoît, compagnon de Véronique et pourtant sorte d’antithèse de son dynamisme sportif. D’un naturel visiblement placide, il fait presque ses 70 ans et ne s’en porte pas plus mal. Il les porte même plutôt bien, n’ayant aucun souci d’ordre pondéral. La passion de sa vie, c’est la musique classique. Il a dirigé une radio et un festival entièrement dévolus à ce genre musical. Bien que retraité, il donne toujours un coup de main à l’organisation et à la programmation de l’événement annuel. Et c’est aussi comme bénévole qu’il anime un groupe d’aide aux migrants bloqués en Belgique sur le chemin de l’Angleterre. Avec d’autres amis, pensionnés ou non, il prépare chaque semaine des repas chauds pour des centaines de réfugiés errants !  Il faut trouver les ingrédients, louer l’équipement, réunir les équipes, assurer la distribution, bref c’est un sacré boulot. Quand il n’est pas aux fourneaux ou en coulisses de concerts, Benoît voyage aussi pas mal. Avec Véronique et d’autres couples, il était sur le point de s’envoler pour la Birmanie, à la découverte de ses trésors naturels et culturels en dehors des sentiers touristiques battus. En discutant avec lui, je me suis dit qu’il avait aussi trouvé de bonnes recettes de santé et de longévité : comme les centenaires des fameuses zones bleues, il reste physiquement actif, conserve une riche vie sociale  et profite sobrement de plaisirs simples.  Last but not least,  il donne du sens à son existence grâce à son engagement humanitaire. Malgré leurs différences d’âge biologique et arithmétique, je pense que Véronique et lui vivront encore heureux longtemps. Dans la jungle birmane, Benoît ne va en tout cas pas traîner la jambe. Le lendemain du réveillon, nous avons fait une grande balade « détox » le long de la plage et le septuagénaire caracolait en tête avec sa compagne, incapables qu’ils étaient d’adopter le rythme plus lent du groupe de quinquas et de sexas. Avec Yvan, ce duo de convives m’a semblé tellement inspirant que je leur devais bien cette lettre inaugurant la 10ème année des éditions Néosanté, millésime au cours duquel nous fêterons le numéro 100 de la revue. Encore une qui ne fait pas son âge et qui tient la forme !