Pour mettre toutes les chances de guérison de notre côté, trois piliers sont indispensables : la prise de conscience, l’action et la persévérance. C’est ce que je tente de vous démontrer depuis quelques mois maintenant. Pour compléter ce que j’écrivais dans le numéro 20 du magazine, même si décoder le sens de nos maladies n’est ni suffisant, ni même parfois nécessaire, cette démarche présente malgré tout un immense avantage que je n’ai pas assez souligné. En comprenant l’origine de ce qui nous affecte, en en décodant le sens bio-logique, nous sortons d’une posture d’impuissance face à une fatalité qui nous serait tombée dessus pour emprunter un sentier de responsabilité et de prise en charge de notre processus de guérison. Et ça, quoi qu’en pensent les détracteurs de la Médecine Nouvelle, ça fait toute une différence pour ceux qui sont aux prises avec la maladie…
Dans les numéros suivants, j’ai insisté sur le deuxième pilier d’un processus de guérison, à savoir la nécessité de poser des actes. Soit des actes extérieurs pour régler concrètement la situation qui a déclenché notre sur-stress (Néosanté n° 21). Soit des actes intérieurs pour modifier profondément notre relation à l’événement déclencheur (et notre perception subjective de celui-ci) (Néosanté n° 22). En veillant à ne nous entourer que de personnes qui nous soutiennent véritablement tout au long de ce processus de guérison (Néosanté n° 23). La plupart du temps, ce deuxième pilier n’est pas encore suffisant pour nous offrir toutes les chances de guérison. C’est là qu’intervient le troisième pilier d’un processus de guérison : la persévérance.
Pourquoi persévérer, me direz-vous ? Tout simplement parce que ce qui nous bloque souvent dans nos efforts pour guérir repose sur nos habitudes toxiques. Mais vous le savez tout comme moi, remplacer une habitude, ça ne se fait pas en un jour ! D’où la nécessité de persévérer…

L’habitude nous joue des tours…

« L’habitude nous joue des tours, nous qui pensions que notre amour avait une santé de fer… » En écho à ces paroles chantées par Maxime Leforestier en 1970, je pose la question : à quoi servent nos habitudes, à part à nous jouer des tours ? Nos habitudes sont-elles positives ou négatives ? Devons-nous conserver nos habitudes ou les modifier ? Pour répondre à ces questions, revenons à la genèse d’une habitude. Autrement dit, comment se crée une habitude ? Contrairement à ce qu’on pourrait penser, une habitude provient d’un mécanisme d’adaptation davantage biologique que psychologique. En effet, depuis l’apparition de la Vie sur Terre, le but premier des organismes vivants (du plus simple au plus complexe) est de survivre pour pouvoir se reproduire. Qu’il s’agisse d’un protozoaire, d’une amibe, d’un reptile, d’un mammifère ou d’un humain, nous avons tous en commun cette même nécessité inscrite dans nos gènes : nous devons survivre !
Si on y réfléchit bien, pour survivre, les êtres vivants doivent accomplir deux types de tâches : d’une part, ils doivent éviter à tout prix ce qui leur est préjudiciable, dangereux, néfaste ; d’autre part, ils doivent adopter ce qui leur est favorable et utile. C’est la raison pour laquelle la peur du feu est inscrite au cœur de la réalité de tous les êtres vivants : c’est parce que l’exposition au feu met en danger leur survie. C’est aussi la raison pour laquelle la recherche de nourriture est l’activité partagée par tous, car c’est elle qui assure la survie. Dans un cas comme dans l’autre (l’évitement ou l’adoption), une fonction va jouer un rôle majeur dans le maintien de notre survie : c’est la mémoire. En effet, pour survivre, nous devons absolument mémoriser ce qui nous a blessé, meurtri, affaibli, mis en danger d’une part, et ce qui nous a renforcé, nourri, avantagé d’autre part. Sans mémoire, nous répéterions toujours les mêmes erreurs et nous ne serions pas capables de survivre très longtemps dans un environnement toujours changeant, imprévisible et hostile.
De plus, cette mémorisation de ce qui est défavorable et favorable à notre survie ne s’établit pas seulement à un niveau individuel, mais peut se transmettre et se partager d’un individu à l’autre (c’est ce qu’on appelle l’éducation et la culture), dans une même espèce (c’est ce qu’on appelle l’instinct) et même d’une génération à l’autre (c’est ce qui est mis en avant par l’épigénétique et par la psychogénéalogie). En résumé, en tant qu’individu et en tant qu’espèce, nous cherchons en permanence les meilleures stratégies adaptatives qui assurent notre survie, et nous classons dans notre mémoire à long terme chacune de nos expériences dans une des deux catégories : « À ÉVITER » ou « À REPRODUIRE ». C’est sur base de cette mémorisation en deux catégories que se créent nos habitudes individuelles et collectives…

Conserver ou modifier nos habitudes ?

Revenons à présent à notre question de départ : nos habitudes sont-elles positives ou négatives ? Doit-on les conserver ou les modifier ? En se basant sur ce qui précède, on pourrait répondre sans hésiter : « En théorie, toutes nos habitudes, quelles qu’elles soient, sont nécessairement positives et favorables ! Puisqu’une habitude, c’est la répétition d’une stratégie que l’individu et/ou l’espèce ont jugée favorable à leur survie. » En effet, a priori, aucun être vivant n’adopterait une habitude qui lui serait néfaste ! Car ça va à l’encontre des lois de la biologie. Pourtant, force est de constater que presque tous les humains entretiennent une multitude d’habitudes néfastes : ils fument, ils boivent, ils mangent mal, ils négligent leurs besoins fondamentaux, ils n’expriment pas leurs émotions, etc. Et vous auriez raison de soulever ce point. Alors ? Maxime Leforestier avait-il raison ou tort ? Les habitudes nous jouent-elles des tours, oui ou non ?
Vous le savez par expérience : oui, nos habitudes nous jouent des tours parfois pendables ! Oui, nos habitudes sont à l’origine de beaucoup de nos maux, de nos malaises et de nos maladies. Explorons le mécanisme de plus près. Au niveau individuel, dès notre naissance, nous vivons en permanence des expériences nouvelles. Chacune d’elles nous procure une sensation de plaisir ou de douleur, qui s’enregistre dans notre cerveau limbique, celui qu’on appelle aussi le cerveau émotionnel ou mammalien. À chaque fois, notre cerveau va mémoriser non seulement l’événement qui a provoqué notre plaisir ou notre douleur, mais aussi certains éléments qui étaient présents dans l’environnement au moment où cet événement a eu lieu (c’est ce que le docteur Hamer appelle les « rails du conflit », pour ceux qui connaissent ce point précis de ses travaux. Mais je ne le développerai pas ici).
Prenons un exemple pour illustrer la genèse de nos habitudes. J’ai six ans et je veux prendre la parole à la table familiale. Mon père m’interrompt brutalement en se fâchant sur moi et en me menaçant de me gifler. Je persiste parce que je tiens vraiment à exprimer ce que je veux. Et je reçois une gifle. Si cette situation se répète régulièrement, mon cerveau limbique va enregistrer que non seulement « prendre la parole en présence d’une figure d’autorité est dangereux », mais qu’en plus « prendre la parole devant un groupe est dangereux. » À partir de là, pour ne plus souffrir, je vais prendre comme habitude de me taire en présence d’une figure d’autorité, surtout si ça se passe dans un contexte de groupe.
Cette habitude est-elle positive ? La réponse, à cet âge-là, est très claire. OUI, cette habitude est positive. Car elle assure ma « survie », à moi, petit garçon ou petite fille de six ans. À ce stade, aucun problème ne se pose. Je réagis comme tous les êtres vivants de la planète : j’adopte les situations qui me font du bien et j’évite celles qui me font du tort. Là où cela devient toxique, là où mes habitudes me jouent des tours, c’est lorsque je répète ces habitudes encore à l’âge de vingt, trente ou quarante ans… Souvenez-vous de l’histoire de Christian (Néosanté n° 16), mort d’un cancer de l’œsophage en quelques mois parce qu’il n’avait pas osé confronter sa hiérarchie après le déménagement brutal de son bureau. Je crois que son histoire est la plus belle (et la plus dramatique) illustration du caractère toxique de nos habitudes : lorsque nous ne les remettons pas en question, nos habitudes (toujours bonnes et adaptées au départ) peuvent devenir nos pires ennemies et peuvent nous entraîner vers la mort…
Alors, comment sortir du piège ? Il n’y a pas trente-six solutions pour s’en sortir. Je n’en connais que quelques-unes, que je développerai le mois prochain. Mais la clé sera toujours la même : si une habitude résulte de la répétition d’une stratégie adaptative de survie (pour éviter de souffrir ou pour éprouver du plaisir), nous ne pourrons la modifier qu’en RÉPÉTANT de nombreuses fois de nouvelles stratégies, plus adaptées à notre réalité présente et/ou aux situations actuelles. Sinon, aucune guérison n’est à espérer. Nous aurons beau avoir pris conscience de tout ce qui cause nos maux, nous aurons beau avoir posé des actes, si nous ne répétons pas ces actes, aucun changement à long terme n’est à espérer. Maintenant, quelles conditions mettre en œuvre pour réussir ces changements d’habitude ? C’est ce que nous verrons le mois prochain.

Physicien et philosophe de formation, Jean-Jacques Crèvecoeur promeut une approche pluridisciplinaire de l’être humain pour redonner du sens à ce que nous vivons, mais aussi et surtout pour favoriser chez chacun de nous la reprise en main de notre propre vie, de manière autonome et responsable. Formateur et conférencier de renommée internationale, il est auteur d’une dizaine d’ouvrages, réalisateur de documentaires et producteur de nombreux outils pédagogiques au service de l’ouverture des coeurs et des consciences.
Son site Internet : http://www.jean-jacques-crevecoeur.com