Ça fait longtemps que je ne vous ai plus parlé de mon chien Lucky, l’adorable Beagle qui m’accompagne au bureau et qui roupille dans un fauteuil une bonne partie de la journée,  pendant que je lui gagne sa viande quotidienne à la sueur de mes neurones.  Si je vous en reparle, c’est  parce qu’un de ses comportements courants, et dont la gent canine est coutumière, m’intrigue beaucoup : celui de s’ébrouer  bruyamment de la tête aux pattes pendant quelques secondes, même s’il n’est pas mouillé. Plusieurs fois par jour, et systématiquement au réveil, il se livre à cette curieuse autovibration totale. Au début, j’ai cru que mon clebs  se secouait les puces mais je n’en ai jamais retrouvé sur lui. Puis j’ai pensé  que c’était une manière de se dépoussiérer le pelage  tout en se dégourdissant les muscles. Mais pourquoi s’agiter de la sorte, en faisant trembler ses poils, ses os et ses viscères ? J’en croirais presque que mon Lucky  est épileptique.  Et si cette trémulation momentanée avait valeur de thérapie ?  Il y a près de deux ans, en février 2016  nous avons publié dans Néosanté, un article sur la méthode T.R.E. (Tension and Trauma Releasing Exercices), une technique consistant à déclencher des tremblements accompagnés de relâchements musculaires. Testée avec succès sur des victimes de graves traumatismes (crimes de guerre, viols, catastrophes…), cette approche a été développée suite à l’observation des gazelles échappant au lion. Lorsque le prédateur abandonne la poursuite et que la proie est saine et sauve, celle-ci évacue le stress en se faisant trembler. Une poignée de secondes plus tard, elle vaque tranquillement à ses occupations comme si rien ne s’était  passé.

Il y a six mois, en février 2017, nous avons publié un autre article sur la « Somatic Experiencing »,  une  thérapie plus ancienne élaborée par l’éthologue américain Peter A. Lévine.  Inspirée également par le comportement des animaux sauvages, cette approche vise la résolution des traumatismes psychiques par l’intermédiaire du corps. Elle part du principe que nous sommes biologiquement programmés pour sortir du figement traumatique, l’instinct principal étant  de lâcher la bride au système nerveux autonome. En « réveillant le tigre en soi » par des exercices corporels, on facilite ainsi le passage de la sympathicotonie  (stress) à la vagotonie  (détente). Of course, notre curiosité envers ces outils était guidée par leurs évidentes connexions avec la médecine nouvelle du Dr Hamer. Selon ce dernier, les maladies se déroulent en deux phases (phase de conflit actif et phase de conflit résolu) régulées par le nerf vague reliant le cerveau au ventre. Entre les deux phases, la conflictolyse ou résolution du conflit psycho-émotionnel se manifeste par une sorte de tremblement que le médecin allemand a appelé la « crise épileptoïde ». Ça peut aller du simple frisson jusqu’à la convulsion ou l’infarctus du myocarde, lequel ne serait jamais que la périlleuse réparation d’un conflit de territoire. Mon hypothèse  très personnelle, c’est que des thérapies comme la T.R.E. et la Somatic  Experiencing doivent précisément leur efficacité à la reproduction de ce mécanisme naturel. En tremblant volontairement de tous leurs membres, les patients mettraient en branle le processus nerveux  involontaire  par lequel adviennent simultanément  la solution du stress psychique et la guérison somatique. En s’ébrouant sans utilité apparente, les chiens auraient l’excellente habitude instinctive de chasser ainsi les petits conflits accumulés et de repartir du bon pied, je veux dire de la bonne patte.

Si mon hypothèse est judicieuse, la valeur curative du tremblement devrait pouvoir se remarquer empiriquement ou expérimentalement chez l’être humain. En faisant quelques recherches sur internet, j’ai découvert que les vibrations du corps entier  étaient au contraire très mal considérées par la médecine occidentale. Chez les chauffeurs de poids lourds, par exemple, on les soupçonne de provoquer lombalgies et douleurs cervicales. À l’inverse, les  kinésithérapeutes chinois ont développé un appareil qui consiste à faire trembler entièrement un patient solidement sanglé sur une plate-forme vibrante.  En Chine, cette technique fait partie intégrante de l’arsenal kinésithérapique, où elle est employée notamment pour le désencombrement respiratoire, et elle intéresse les neurologues.  Récemment, des chercheurs ont cherché à savoir si les vibrations du corps entier étaient bénéfiques aux personnes atteintes de troubles du système nerveux central comme la sclérose en plaques, l’AVC et l’ataxie spinocérébelleuse. Pour ces trois indications, les études ne sont guère probantes, mais les essais sur la paralysie cérébrale ont rapporté une réduction de la spasticité au niveau des membres inférieurs. Du fait de leur impact sensoriel et des stimulations corticales qu’elles induisent, les vibrations du corps entier  pourraient également favoriser la récupération motrice des personnes accidentées.  Et c’est tout ? J’en étais à me dire que ma piste était fausse quand je suis tombé incidemment sur cette incroyable séquence de journal télévisé https://www.rtbf.be/auvio/detail_handicap-la-danse-comme-moteur-de-la-vie?id=2276480 . Elle montre un  danseur  américain et infirme moteur cérébral qui a retrouvé l’usage de ses pieds après que la chorégraphe lui ait demandé de trembler quelques minutes sans se contrôler.  Alors que des années de soins n’avaient  abouti à rien, ce seul exercice corporel a permis au jeune handicapé de redevenir quasiment normal, à la grande stupéfaction de ses médecins. Même à Lourdes, on n’a jamais vu pareil miracle.

Le tremblement du corps entier serait-il donc  très profitable pour la santé ? La vibration globale de l’organisme permettrait-elle de déclencher des guérisons  et à tout le moins d’évacuer le stress ? C‘est une conviction qui ne me quitte plus depuis que j’ai vu ce reportage. Les animaux sauvages nous montrent l’exemple et même les animaux domestiqués semblent toujours programmés pour trembler à bon escient. Plusieurs thérapies suggèrent que l’être humain peut réactiver ce programme et soigner ses conflits en  se secouant vigoureusement. Alors qu’est-ce qu’on attend ? Personnellement, je fais actuellement le test d’imiter mon chien  chaque fois que j’y pense et que le contexte s’y prête. Je fais comme Lucky et je m’efforce de vibrer de la tête aux pieds pendant quelques secondes, histoire de voir si ça me procure un mieux-être. L’idéal, c’est qu’on soit nombreux à faire l’expérience et qu’on s’échange nos ressentis. Ce n’est pas un « truc de santé » aux effets  bienfaisants garantis mais une technique qui mérite d’être expérimentée pour faire avancer les connaissances.  Chiche ? J’attends avec impatience ce que vous me raconterez après quelques semaines de pratique régulière. N’ayez pas peur de trembler, c’est pour la bonne cause !  

Yves Rasir