« Bambou » est un jeune homme né en décembre 1967. Fils unique, il vit encore chez ses parents. Il a une petite amie. A 20 ans, il doit partir au service militaire. Rien de bien extraordinaire. Consciemment, cela ne lui pose aucun problème de partir à l’armée. Il devait faire son service dans la musique, comme son père. C’est pendant les « classes », lors des manœuvres militaires qu’il comprend que ce n’est pas sa place. C’est une véritable corvée, mais c’est une obligation. En quelques semaines, sa vie va basculer. Il apprend par courrier que son amie le quitte, il le vit comme une trahison. Il doit en faire le deuil. Il est loin et voudrait rentrer pour avoir des explications sur cette rupture brutale. Comme un animal chassé de son territoire, il est dans l’impuissance, l’impossibilité de venir se confronter à son rival. Il ne peut déserter l’armée, ce serait punissable de cours martiale ! Il ne supporte plus l’autorité. Il est coincé et c’est alors qu’il commence à avoir des douleurs de la colonne vertébrale dorsale et lombaire. Courber l’échine devient très pénible lors des manœuvres aux entraînements militaires. Il consulte le service médical de l’armée qui, à la vue des radiographies, lui signifie son exemption et lui conseille de consulter un spécialiste. Le diagnostic tombe brutalement : Spondylarthrite Ankylosante (SPA). Elle se manifeste par un blocage plus ou moins étendu des articulations du rachis, avec ce que l’on appelle la colonne « bambou ». Le spécialiste ne lui promet rien moins que le fauteuil roulant dans quelques années ! Il subit le choc de la gravité de sa maladie, le conflit de diagnostic-pronostic. Nous sommes alors en 1988.
Nous avons commencé un travail en Psycho-Bio-Généalogie en 1999. La maladie, active depuis 11 ans, est alors au stade 4 sur 5. « Bambou » souffre du rachis, est raide et a aussi des douleurs inflammatoires aux chevilles. D’après les spécialistes en rhumatologie il ne devrait pas pouvoir tenir debout encore bien longtemps. Au stade 5, c’est le fauteuil ! Il y a donc urgence à solutionner. Le conflit programmant est retrouvé à 4 ans. « Bambou » doit être opéré des amygdales. L’intervention se fera au cabinet médical d’un ORL. Accompagné par le père, et non pas par la mère comme il est d’usage, il se retrouve assis sur les genoux de son père qui doit l’immobiliser pendant l’opération en le tenant bien serré contre son thorax. Il lui entoure ses petits bras et le tronc pour éviter de bouger. Il est coincé. « Bambou » n’a pas fait le deuil de cette séance de « torture ». Il le ressent comme une contrainte de ne pas pouvoir se libérer des liens, représentés par le père. Conflit avec l’autorité, sentiment de trahison. A cet âge, comment faire ? Bien obligé de courber l’échine et de ne pas bouger ! Il faut rester digne ! Beaucoup de chagrin et surtout de la colère. Conflit qui persistera entre le père et le fils pendant des années. Il doit donc se tenir droit et ne pas bouger. C’est un conflit car il aurait voulu échapper à cette situation douloureuse.
En Projet/Sens, il devait recevoir le message du « mal-a-dit ». Les parents se connaissent depuis longtemps, mais le père n’est pas très pressé de se marier. L’attente durera dix ans. En été 1966, la mère de « Bambou » rencontre un homme qui la presse de mariage. Elle en parle à son fiancé qui est jaloux et devient plus attentif. Elle tombe enceinte de ce dernier, elle a 37 ans. Cela précipite les choses et le mariage tant attendu a enfin lieu. C’est bien la grossesse qui a permis l’union. L’enfant est le trait d’union entre les parents. La mère est enfin comblée. Elle a un enfant de l’homme qu’elle aime depuis si longtemps. Le père est fier d’être père, mais c’est quand même contraint et forcé qu’il est passé devant le maire et le prêtre. Il a dû plier, il était coincé..
Dès la conception, nous voyons que le père de « Bambou » a dû se plier aux exigences de la situation en devant se marier. L’enfant devra réparer le conflit psychologique de son père dans sa biologie. Quand on est un homme on ne doit pas plier, on ne courbe pas l’échine. On est le pilier de son clan. C’est l’enfant qui a permis au père de s’affranchir et de redresser la tête.
Quelques mois après la naissance, toujours en période de Projet-Sens, il est opéré par le médecin du village d’un kyste épidermique du bas du dos, à vif, sur la table de la cuisine. Il était maintenu par les épaules et le rachis, sans pouvoir se défendre contre ceux qui le tiennent, comme ligoté, coincé. Le programme est bien enregistré.
Le conflit programmant généalogique est le moment de l’histoire de la famille où le drame a été réellement vécu. Dans l’histoire de « Bambou », le drame s’est déroulé en Espagne pendant la guerre civile. En 1937, un oncle paternel, encore très jeune, 21 ans (âge du début de la maladie à l’armée pour Bambou » ! Quel hasard !), a été arrêté et torturé. Il n’a pas trahi le réseau et doit être fusillé par les franquistes. Devant le peloton d’exécution, il refuse de s’agenouiller devant le prêtre et d’embrasser la croix. « Protégé » des fusils par le corps du prêtre, il en profite pour tenter une évasion, en se retournant et courant droit devant, les mains liées dans le dos. Les soldats lui courent après, lui tirent dessus et il tombe à terre. Il est achevé sur place d’une balle dans la nuque. C’est le drame absolu pour la famille de ce garçon, marié et père d’une petite fille.
Le deuil n’ayant jamais été fait, le conflit va se transmettre de génération en génération. En 3° génération, pour Bambou, la peur est à son comble et en l’absence de solution, la réparation est au maximum, sous forme d’une maladie, ici une SPA. Celle-ci, on le constate, solutionne le conflit dans tous ses aspects. On ne plie pas devant l’autorité, on reste bien droit, digne devant l’adversité.
Grâce à la maladie, « Bambou » a mis fin aux exercices militaires et a pu rentrer chez lui.
« Bambou » a bien intégré son histoire et surtout celle de sa généalogie. La guerre civile est bien finie. Il a compris que tout cela ne lui appartient pas, qu’il revit inconsciemment les peurs de s’éloigner du clan, d’être coincé et de ne pas devoir plier.
Depuis que nous avançons sur le chemin de guérison, la maladie ne s’est pas aggravée, au grand étonnement des médecins. D’après les radiographies, il est toujours au stade 4 et devrait être très handicapé. Or il ne souffre plus du tout, malgré une raideur du rachis impressionnante. Il vit sa vie, travaille comme professeur de musique et musicien

Dr Jean-Claude Fajeau (suisse)