Journaliste et écrivain, Sylvie Simon milite depuis de nombreuses années pour dévoiler les vrais enjeux dans le domaine de la santé. Dans son dernier ouvrage (« Ordre et désordres », aux Editions Mosaïque-santé) , elle dénonce la chasse aux sorcières dirigée contre les médecines alternatives et le harcèlement de leurs praticiens par un Ordre des Médecins omnipotent. Après avoir donné plusieurs exemples d’acharnement contre des médecins « différents » (Martine Gardénal, Didier Moulinier, André Gernez, etc.) la journaliste appelle à s’insurger contre une justice digne de l’Inquisition. Voici quelques bonnes feuilles de ce vigoureux chapitre.

Ces très récents témoignages illustrent l’acharnement des pouvoirs publics et des Conseils de l’Ordre à poursuivre les médecins dissidents par n’importe quel moyen, allant jusqu’à utiliser des procédés policiers abusifs réservés de coutume aux grands délinquants. Les expertises sont menées par des « experts de complaisance » et, surtout, le mépris des malades auxquels on dénie le droit d’utiliser des thérapeutiques qui pourraient leur convenir parfaitement est flagrant.
Dans certains cas, les pouvoirs publics ont poursuivi leurs victimes hors des frontières, n’hésitant pas à mentir effrontément aux autorités étrangères. On retrouve aussi les jugements intempestifs portés par des politiques inconscients et des médias mal informés et, toujours, les médecins rayés par le Conseil assimilés à des « charlatans » quand ce n’est pas à des « gourous de secte », comme s’ils avaient perdu leur diplôme au cours de leur combat.
Les médecins rayés de l’Ordre et accusés ainsi d’exercice illégal de la médecine restent en possession d’un diplôme inaliénable, mais ils se retrouvent interdits de pratiquer la médecine. Pourtant, ils sont et resteront toujours médecins.
Comme le constatait le Dr d’Autrec dans les années 1930 : « On poursuit ici les gens qui guérissent sur la plainte de gens qui ne guérissent pas. Et ils ne guérissent pas, parce qu’on ne le leur a pas appris, parce que l’enseignement officiel axé sur la conquête des diplômes est farci de dogmes éculés et méconnaît les lois naturelles qui règlent la vie des humains. »
Rien n’a vraiment changé depuis 1930 et les réquisitoires des procureurs de notre époque ressemblent étrangement à ceux de leurs aînés. Chaque fois qu’un médecin comparaît devant un tribunal pour avoir soigné ses patients avec des molécules « non agréées » par la Faculté et, par conséquent, considérées comme nocives, même si les preuves de leur efficacité sont patentes, ces réquisitoires ressassent la même litanie : « La question n’est pas que vous ayez guéri mais que vous n’aviez pas le droit de le faire avec des produits illicites ! » Accusation qui aurait pu aisément laisser la place à celle de « non-assistance à personne en danger », si le médecin interdit n’était pas intervenu.

Une justice à deux vitesses

Il y a manifestement une justice à deux vitesses, comme le disait le philosophe Alain : « une justice pour les simples soldats et une autre pour les officiers ». Ainsi, personne n’a jamais poursuivi ou interdit les médecins qui ont été les complices des derniers scandales : Médiator, prothèses PIP et autres pilules… De même, comme le signalait déjà le Pr Alexandre Minkowski dans Le Mandarin aux pieds nus : « La dichotomie n’a jamais été traquée par le Conseil de l’Ordre, qui ne peut agir légalement que sur plainte et qui n’est jamais pressé, semble-t-il, de dénicher ces scandales. Ce qui n’en fait en aucune manière le garant de la sécurité du malade ». Comment alors oser encore invoquer la sécurité du patient ?
La relation médecin-malade s’exerce désormais dans un climat, non
plus de confiance, mais d’autorité et de dépendance, qui va se prolonger dans la relation thérapeutique, puisque notre système de
santé est basé sur l’autorisation médicale préalable. La liberté du
médecin dans ses choix n’existe plus, car sa responsabilité professionnelle n’est pas déterminée par une obligation de résultats mais de moyens, des moyens promus par le consensus de « spécialistes ».
Dès lors que la profession est solidaire, que la contestation est impossible sur la légitimité des solutions thérapeutiques employées, il n’est pas permis de faire valoir l’efficacité de moyens non orthodoxes, encore moins s’ils sont efficaces. L’expérience a largement démontré que ceux qui cherchent avant tout à guérir leurs patients plutôt qu’à suivre les « normes » se heurtent à des oppositions agressives de leurs confrères qu’ils dérangent, car ils remettent en question tout un système de pensée, et le Conseil de l’Ordre ne peut laisser passer l’illégale guérison.
Par ailleurs, la mise en place par la Sécurité sociale d’un tarif unique de consultation, identique quels que soient la difficulté du problème médical à résoudre et le temps nécessaire au dialogue avec le malade, contribue à ce que de nombreux médecins, cherchant la rentabilité, se spécialisent. En effet, les actes techniques bénéficient pour leur part de tarifs adaptés et homologués, et sont donc rémunérés davantage que la médecine générale.
Dépréciés et contraints à limiter la durée de leurs consultations en raison de cette « normalisation » du tarif parfaitement arbitraire, les médecins généralistes, de leur côté, se contentent souvent de distribuer à leurs patients des drogues médicales de toutes sortes, ouvrant ainsi la porte au consumérisme médical. Ce système de soin inflationniste, étatique, dirigiste qu’on nomme « médecine officielle » est donc encouragé par la Sécurité sociale autant que par les Conseils de l’Ordre.
Dans la société actuelle, la nécessité du progrès, souvent ressentie comme incontournable, amène parfois à favoriser la technique au détriment du respect de la personne. Et comme la technique peut exposer le malade à plus de risques, le médecin va chercher un certain réconfort dans son « guide de bonne pratique ». Il s’appuie sur ces pratiques codifiées, si utiles quand la probabilité est importante que le malade soit insatisfait en raison de l’insuffisance d’une thérapeutique ou des complications qu’elle risque de générer.
Ainsi, c’est paradoxalement quand le progrès technique est le moins efficace qu’il est appliqué avec le plus de rigueur et devient dangereux. Il s’y ajoute d’autres contraintes : celles de la recherche clinique pharmaceutique. Dans ce contexte, il est assez difficile au médecin généraliste – dépassé par les questions de thérapeutiques spécialisées en évolution permanente – de s’interposer pour discuter des contre-indications présentées par un malade fragile. Il est encore plus difficile de proposer une alternative personnalisée dans ce recours aléatoire aux consensus et le climat de rigidité qui accompagne ce type d’option refuge.
L’initiative médicale et l’innovation peuvent donc être compromises par un attachement excessif au progrès technique dont on peut dire qu’il ne garantit pas la sécurité et l’excellence, surtout quand il s’applique sous forme d’une médecine codifiée, aboutissant souvent à la pratique d’une médecine de masse.
La santé et la médecine sont deux notions distinctes et trop souvent confondues dans notre système de santé qui tend à identifier la santé à des soins médicaux. C’est le médecin, spécialiste de la maladie, qui doit évaluer la santé, mission qui n’est pas réellement de sa compétence. Dans ces conditions, la politique de santé se résume aux soins curatifs et à la maladie, qui sont aux antipodes de la santé.
C’est ainsi que la formation médicale, assurée par l’industrie pharmaceutique, ne concerne que la maladie et non la santé et la guérison, qui restent en marge du système de soins français. Le malade, qui est le premier concerné, n’est pas autorisé à donner son opinion sur la prestation médicale et ne peut être entendu en tant qu’usager même très expérimenté de la médecine pour dire ses préférences, et moins encore pour donner son avis sur les choix de santé publique.
Le Dr Delépine pose la bonne question :
« N’est-il pas important que l’Ordre favorise la responsabilisation individuelle, la prévention, le développement des facultés de guérison naturelle et d’adaptation ? Les résultats catastrophiques que l’on a pu constater dans la régression de la santé publique française ne sont-ils pas une raison de remise en cause profonde du système ? L’Ordre n’est pas seul en cause, la politique de santé a aussi ses ambiguïtés. »
« La législation a suivi cette idée en exigeant “l’obligation de moyens”, donnant ainsi toute liberté à la caste des médecins au pouvoir qui s’accordent pour définir ces moyens avec leurs propres critères et les imposent comme les meilleurs, n’ayant de comptes à rendre à personne, telle une autorité souveraine. »
« Par son flou, cette obligation de moyens permet des abus de pouvoirs de ceux qui la contrôlent et la surveillance des médecins par des médecins n’est pas saine car elle permet aux idéologies et pratiques dominantes de régner. Elle fait obstacle au progrès médical qui nécessite des études comparatives. Nous avons besoin de nouvelles sources d’évaluation indépendantes et contrôlées par des représentants des malades et consommateurs. »

Le non-respect du libre choix thérapeutique

La liberté du choix thérapeutique se retrouve dans tous les textes fondateurs de nos sociétés : Constitution, Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, Déclaration universelle des droits de l’Homme, Convention européenne des droits de l’Homme, et les déclarations des groupes d’éthiques qui surgissent de toute part sur notre planète vont bien dans ce sens. Respect du corps humain, liberté de choix du médecin par le malade, liberté de choix du type de thérapie, liberté aussi du médecin de soigner comme il l’entend selon des méthodes qui peuvent être inconnues ici, mais qui ont fait leurs preuves ailleurs. De tous côtés, on nous parle de liberté en ce qui concerne notre santé, alors que cette liberté n’existe que dans les textes.
En droit français, pour les médecins, la prescription d’un médicament sans AMM est un délit. Cependant, en droit européen, la Convention d’Helsinki autorise le libre choix de prescription pour le médecin et les conventions internationales devraient en principe l’emporter sur le droit national. Pour les malades, ce n’est évidemment pas un délit de prendre ces médicaments, mais le juge d’instruction a le droit de convoquer toute personne dans le cadre d’une enquête. En l’occurrence, de nombreux malades « convoqués » estiment avoir été traités comme de véritables délinquants – quatre-vingt-quatorze dans la seule affaire Beljanski(1) – et considèrent qu’ils ont été « volés » par l’État qui a ordonné la confiscation des produits leur appartenant. Or, ces produits avaient été payés par les malades, puisqu’il ne s’agit jamais, dans de tels cas, de remèdes remboursés par la Sécurité sociale.
Actuellement, contraints de faire respecter « la loi », mais conscients que ce sont les institutions médicales et non les patients qui portent plainte, certains juges se contentent de prononcer des peines symboliques et parfois même des dispenses de peine. Peut-être est-ce pour cette raison que quelques responsables de récents scandales essaient par tous les moyens d’entraver ou du moins de retarder des jugements qui risquent d’officialiser leur corruption et surtout de la sanctionner. Il est regrettable que ces juges impartiaux, sensibles aux textes conformes à l’éthique d’une démocratie et avertis de l’iniquité des jugements scientifiques et ordinaux qu’ils sont censés faire appliquer, ne représentent qu’une infime minorité, mais il faut espérer que la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui a déjà plusieurs fois épinglé l’Ordre des médecins, fera changer le comportement des tribunaux français.
En théorie, le Conseil de l’Ordre des médecins est là pour faire respecter les règles déontologiques et une certaine conception de l’exercice de la médecine. Il serait donc logique que des représentants des usagers siègent en son sein. Et tout comme l’Ordre gagnerait en légitimité s’il s’ouvrait aux patients, la médecine allopathique pourrait sans nul doute s’enrichir des savoirs ancestraux des médecines naturelles, qu’elle n’a de cesse de condamner, sans même chercher à les analyser ou à confronter les données et les expériences. Ce refus « intégriste » de la médecine traditionnelle ne peut que cacher l’échec des traitements conventionnels dans bon nombre de maladies.
Mais, comme le faisait remarquer le philosophe et écrivain Jean-François Revel : « On a souvent observé que c’est au moment où une idéologie est sur le point de disparaître qu’elle devient la plus virulente ».
Les citoyens, n’en déplaise à nos autorités scientifiques, commencent à se révolter. Ils revendiquent des droits fondamentaux et aspirent à savoir ce qu’ils mangent, à connaître le contenu d’un vaccin, à appréhender les effets secondaires d’un médicament, à agir sur leur corps et leur esprit.
Les pouvoirs publics seraient bien avisés d’entendre le bruit sourd de la grogne des citoyens qui se fait de plus en plus pressante.
Comme l’écrivait il y a dix ans l’avocat Thierry Fenoy(2) :
« Ceci étant précisé, quelle qu’elle soit, la loi qui m’ordonnera de me soigner et de soigner mes enfants avec des molécules chimiques que je récuse demeurera une loi fasciste. Je ne reconnais donc ni à la Sécu ni au Parlement le droit de choisir à ma place le style de thérapie le plus approprié à mon mal : sur quel fondement scientifique et sur quelle base légale rembourse-t-on la kinésithérapie et non l’ostéopathie ? Mystère… ou ingérence dans les droits les plus fondamentaux inhérents à la Personne Humaine.
« Je ne reconnais pas non plus aux Pouvoirs Publics le droit de m’imposer au nom de la solidarité publique un vaccin jugé inutile et dangereux : si ceux qui y croient considèrent que leur armure chimique les protège, de quoi ont-ils peur ? Mes germes terrifiants, mes horribles microbes ne leur sauteront jamais dessus, puisqu’ils sont si bien protégés.
« Aucun médecin, aucun partisan de la vaccine n’a su répondre à cet argument pourtant simple… La réflexion personnelle étant toujours l’ennemi de la propagande, tous les régimes totalitaires ont toujours brûlé les livres. Or, si nos démocraties actuelles ont un (relatif) respect de la personne dans un certain nombre de domaines, en matière médicale et surtout vaccinale, nous sommes sous dictature. »(3)

L’Ordre des médecins s’inquiète peu du bien-être

« Le médecin n’est pas au service de la science, de la race ou de la vie. C’est un individu au service d’un autre individu, le patient. Ses décisions se fondent toujours sur l’intérêt individuel », a déclaré Théodore Fox, ancien rédacteur en chef du Lancet. Selon le comportement de l’Ordre, c’est loin d’être le cas et la plupart des médecins sont, peu à peu, devenus les obligés des laboratoires.
Pour le moment, comme nous avons pu le constater, la principale préoccupation du Conseil de l’Ordre se limite à poursuivre et à faire condamner ceux qui préservent la santé du malade par des moyens non agréés par les pouvoirs en place. Il ne se soucie pas une seconde des malades. Dans la plupart des procès auxquels j’ai pu assister, il n’y avait aucune partie civile constituée par un malade, aucun malade plaignant, aucun malade témoin à charge. Les patients étaient plutôt venus apporter leur soutien au médecin inquiété, ayant souvent accompli un long et fatigant voyage à seule fin d’aider leur « sauveur ».
Autrefois, avant l’Ordre, donc au temps du désordre, le serment d’Hippocrate donnait au médecin le droit et le devoir d’exercer la médecine selon sa conscience. À présent, les médecins ne sont plus libres, puisque tout acte thérapeutique doit être approuvé par la sacro-sainte institution. Et ce Conseil de l’Ordre des médecins s’arroge le droit de faire condamner ceux qui sortent des sentiers bien balisés par son despotisme et qui guérissent en dehors des règles qu’il a édictées, méprisant ainsi les malades qui, bien que satisfaits, ne peuvent plus se soigner comme ils l’entendent.
À notre époque où les médias s’efforcent de dénoncer et de stigmatiser « l’exclusion », il est surprenant qu’aucun d’eux ne se soit intéressé à l’exclusion de certains chercheurs et aux SDF de la science, bien plus nombreux qu’on ne le soupçonne. Car les médecins rayés du Conseil de l’Ordre, tout autant que les chercheurs exclus des instances officielles de la Science, peuvent tout aussi bien jeter leurs diplômes à la poubelle puisqu’ils ne leur sont plus d’aucune utilité reconnue. Eux n’ont pas droit à une « compensation de la perte de ressources ».
Cette situation vient en grande partie du fait que nos dirigeants, politiques ou scientifiques, aussi bien que les trusts industriels, ne se soucient guère des conséquences à long terme, et bien peu de celles à court terme, de leurs décisions. Les enjeux économiques actuels les mènent à sacrifier l’être humain sur l’autel du profit et, malgré la recrudescence des scandales qui ont jalonné la dernière décennie, les citoyens ne sont pas encore parfaitement convaincus qu’ils sont les otages d’une lutte sans merci pour que certains tirent toujours plus de profit et dont les derniers scandales – et tous ne sont pas encore révélés – ne sont que des épiphénomènes.
Fort heureusement, de plus en plus de praticiens honnêtes et consciencieux se rendent compte de la faillite de certaines thérapeutiques et commencent à se poser des questions sur les mensonges des représentants des laboratoires. Il devient donc urgent, non de demander, mais d’exiger des gouvernants plus de transparence, comme l’ont fait depuis longtemps les pays du nord de l’Europe.
De nos jours et dans tous les domaines, toute démarche non
conventionnelle est sévèrement réprimée, et, dans le domaine médical, cela se produit même en l’absence de faute professionnelle ou de plainte de malade. Dans la majorité des cas, les médecins radiés sont accusés d’avoir soigné des maladies graves, particulièrement le cancer, chez des patients que la médecine officielle considérait comme condamnés, mais qui ont refusé de s’avouer vaincus et qui, naturellement, refusent de retourner chez ceux qui les avaient condamnés, puisqu’ils étaient incapables de les guérir.
Cette situation est d’autant plus ridicule que 80 % des médicaments « validés » n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité, et que nombre de substances non validées en France le sont pourtant dans la communauté européenne.

Le chercheur Mirko Beljanski a conçu des remèdes à partir d’extraits de plantes pour soigner le cancer et a été harcelé par les autorités. Les produits qu’il a conçus sont toujours employés par nombre de malades, qui les achètent à l’étranger.
Thierry Fenoy est avocat à Montceau-les-Mines (Barreau de Chalon-sur-Saône). Il a participé à la rédaction d’un livre Exercice illégal de la guérison et défendu des médecins accusés par l’Ordre national de pratiques charlatanesques ou non éprouvées scientifiquement.
Thierry Fenoy, « Les lois et la liberté » in Exercice illégal de la guérison.

Par Sylvie Simon