Si je devais établir un classement de mes « trucs de santé », l’exposition au soleil figurerait certainement à la première place. D’abord et avant tout parce que je lui dois une fière chandelle. Il y a presque 57 ans, à l’âge de 10 mois, j’ai  été hospitalisé suite à un eczéma atopique généralisé. Mes parents m’ont raconté que je me grattais de la tête aux pieds jusqu’au sang et que ma vie était presque menacée tant ma peau était ulcérée. Heureusement, les rayons ultraviolets n’étaient pas encore diabolisés à l’époque, et c’est un traitement avec des lampes UV qui m’a permis de me rétablir. Certes, la médecine de 1960 avait déjà remplacé le solarium naturel par de l’artificiel, mais elle n’avait pas encore oublié qu’elle soignait naguère le rachitisme, les maladies osseuses,  les blessures de guerre et toutes les affections cutanées par l’héliothérapie.  Grâce à cette épreuve précoce, j’ai compris plus tard que le rayonnement solaire était le grand ami de mon épiderme et que je pouvais soigner ainsi mon vieux conflit de séparation. Comme par hasard, ma  peau assez mate  tolère très bien  les bains de soleil et ceux-ci lui font énormément de bien. Ils la brunissent, mais surtout ils l’assainissent et la rajeunissent, ajoutant une sorte de lasure satinée à la couche de bronzage. Il n’est pas encore né, celui qui me fera croire que de tels effets esthétiques dissimulent des méfaits pour la santé. Son teint coloré témoigne qu’un être humain n’est pas malade, le hâle lui va bien mieux que la pâleur,  et ce qui embellit à l’extérieur ne peut qu’améliorer les choses  à l’intérieur. Chercher le soleil  et s’y dorer,  ou du moins s’y mouvoir,  c’est à mes yeux la plus utile et la plus profitables des occupations estivales. Et comme des millions de vacanciers pensent visiblement la même chose chaque année, je ne suis pas près de m’amender.

Car je ne suis pas devenu héliophile par la seule grâce d’une expérience personnelle positive.  Je me fie tout autant à la puissance de l’instinct et à la sagesse du bon sens populaire, lesquelles vont souvent de pair. Lors de leurs transhumances annuelles, les estivants occidentaux fuient les cieux gris et mettent massivement le cap vers les côtes azuréennes. Pourquoi ?  Si tant de gens éprouvent la nécessité de lézarder en été, c’est que ça répond à un profond besoin ! Lequel ?  Cela fait déjà quelques décennies que la science a partiellement répondu à cette énigme : les habitants de régions peu ensoleillées sont pour la plupart carencés en vitamine D, or cette précieuse vitamine est pour l’essentiel synthétisée au niveau de la peau sous l’action du rayonnement UV. Elle peut être apportée par l’alimentation (poissons gras, abats, jaune d’oeuf…), mais sa forme la plus disponible et la plus efficiente est indiscutablement fournie par l’astre solaire. Remède souverain de l’ostéoporose, cette vitamine considérée aujourd’hui comme une hormone protège de nombreuses maladies comme la sclérose en plaques, le diabète  ou l’hypertension.  Mieux : il est maintenant certain que cet effet préventif concerne également de nombreux cancers ! Actrice majeure du système immunitaire, la vitamine D est en outre la meilleure des parades aux attaques infectieuses. Bref, le temps de la psychose est révolu. Il est vrai que notre bonne étoile peut faire un peu de tort  aux épidermes fragiles qui en abusent.  Mais il est mensonger de la présenter comme un agresseur maléfique du corps humain. C’est au contraire sa plus fidèle alliée. Pour la santé des Terriens, cette naine jaune est une géante !

Dans le mensuel Néosanté, nous avons déjà beaucoup œuvré à la réhabilitation du soleil. Pour faire (res)sortir ses vertus de l’ombre, nous avons notamment publié un dossier de Pryska Ducoeurjoly en juin 2012. Nous l’avons mis en ligne sur notre site et vous pouvez le (re)lire en cliquant ici. En juin 2015, c’est notre journaliste  Emmanuel Duquoc qui a mené l’enquête sur les meilleurs moyens de « rayonner de santé » grâce au soleil. Riches en conseils pratiques, son dossier incitait notamment à s’exposer sans crèmes, sans lunettes solaires et (idéalement) sans vêtements. Cet article  n’est pas encore disponible gratuitement sur notre coin de toile, mais j’ai découvert que d’autres acteurs du Web avaient déjà pris la liberté de l’offrir en lecture à leurs visiteurs. Comme la source est mentionnée, je n’en prends pas ombrage et je vous file même un lien vous permettant de (re)découvrir cet article hautement mortel pour les idées reçues. En surfant, j’ai incidemment découvert qu’une blogueuse indélicate avait repris textuellement  mon tout premier article sur le soleil, co-rédigé avec le naturopathe Alain mahieu et  publié en  2005 dans le magazine BIOINFO. Là, j’étais furax. Mais comme c’est la seule trace numérique de ce travail et qu’il contient des infos qui n’ont guère vieilli, je vous dirige quand même vers ce blog usurpateur. En revanche, je ne peux pas encore vous aiguiller digitalement vers deux autres dossiers d’Emmanuel Duquoc  parus dans Néosanté, le premier  en mars 2016 consacré à la méthode France Guillain (basée, entre autres, sur le bronzage instinctif) et le second en juillet 2016 sur les méthodes thérapeutiques consistant à « regarder le soleil ». Si vous n’étiez pas (encore) abonné(e) l’an dernier et si vous désirez toutefois  lire ces textes, vous pouvez acheter les numéros qui les contiennent (Néosanté 54 et 58) dans notre boutique, en version papier ou numérique.

Le soleil de la réinformation brille aussi dans la rubrique Santéchos  du mensuel. Par exemple, dans le numéro de juin qui sort demain, nous relatons les résultats d’une étonnante étude récemment publiée dans le prestigieux journal JAMA. Elle montre que chez les femmes ménopausées, le taux sanguin de vitamine D  est inversement associé au risque de cancer. Avec un niveau suffisant, la probabilité de développer une pathologie cancéreuse est diminuée de 30%.  Rien de bien neuf là-dedans. De précédentes recherches avaient révélé que la protection anticancéreuse de la vitamine D pouvait atteindre 67% lorsque le niveau de vitamine D dans le sang est de 40 ng/ml, soit le double des recommandations officielles. Ce qui est troublant, c’est que la nouvelle étude, menée en double aveugle contre placebo, indique qu’une supplémentation en vitamine D3 et en calcium pendant 4 ans ne protège pas mieux les femmes âgées contre le cancer. On peut donc en déduire que l’alimentation et la complémentation alimentaire jouent un rôle mineur et que c’est bien le rayonnement UV qui procure le bénéfice sanitaire. Inutile de préciser que l’industrie des bancs solaires s’est empressée de répercuter l’info par voie de communiqué de presse. À ma connaissance,  cette nouvelle n’a cependant pas été reprise par les médias : trop dérangeante pour les dogmes officiels !

Par contre, les journaux et télévisions ne manquent jamais une occasion de rallumer la hantise antisolaire. Puisque les bienfaits du soleil ne peuvent plus être niés, il s’agit de dramatiser à outrance son impact potentiel sur la peau. En 2014, par exemple, les médias ont fait grand cas d’une étude américaine indiquant que 5 coups de soleils subis dans l’enfance ou l’adolescence suffisaient à augmenter de 80% le risque de développer plus tard un mélanome et de 68% celui de développer un carcinome cutané. Ce qu’on oublie de dire, c’est que cette recherche menée sur une cohorte d’infirmières (un groupe social pas vraiment représentatif de la population générale)  ne montre qu’une association entre les brûlures de jeunesse et  l’incidence des cancers de la peau.  Or un lien d’association n’est pas un lien causal. Si ça se trouve, il y avait peut être aussi plus de cancéreuses chez les mangeuses de beignets aux pommes, les joueuses de base-ball ou les chanteuses de gospel. La corrélation repérée permet d’autant moins de conclure à la causalité que l’enquête ne s’est pas intéressée à la façon dont les anciennes ados prenaient soin de leur peau et ont soigné leurs érythèmes. Bien évidemment, les chercheurs n’ont pas non plus imaginé que la vulnérabilité épidermique pouvait coïncider avec une grande sensibilité émotionnelle. De plus, l’étude n’a pas trouvé la même corrélation entre cancers et coups de soleil à l’âge adulte, ce qui est quand même curieux si l’exposition excessive est en cause.

L’année dernière, la presse a fait encore plus fort en titrant que les travailleurs travaillant à extérieur étaient plus à risque de contracter un cancer cutané que les employés de bureau. L’origine de ce cri d’alarme ? Un rapport rédigé par l’Académie Européenne de Dermatologie et de Vénéréologie (EADV). Bien qu’il ne l’avoue pas ouvertement, il faut  d’abord  noter  que ce lobby très actif à Bruxelles est financé en partie par l’industrie pharmaceutique et cosmétique.  Dans ses statuts, il est bien stipulé que les entreprises concernées par la santé de la peau  sont les bienvenues parmi les donatrices, or plusieurs gros laboratoires relaient les travaux et font de la pub pour les congrès de l’EADV. Ensuite, relevons que ce fameux rapport évoque un risque accru de carcinome  pour les travailleurs extérieurs, mais pas de mélanome. C’est encore une bizarrerie difficilement compréhensible si le rayonnement solaire est impliqué dans la carcinogenèse.  D’autre part, il saute aux yeux que les études rassemblées dans le rapport sont biaisées :  plus de la moitié des travailleurs « outdoor » suivis par les chercheurs sont des agriculteurs ! Or ces derniers, nul ne peut l’ignorer,  sont de gros utilisateurs d’engrais et pesticides chimiques.  Hier encore, dans le dossier du glyphosate,  le journal Le Monde révélait que les études cachées par Monsanto montraient chez les rongeurs exposés à l’herbicide un nombre accru de cancers, notamment de la peau.  Après les travailleurs agricoles, ce sont les ouvriers du bâtiment qui forment le contingent mis en garde par l’EADV, mais on inclut dans ce secteur  les pauvres gars qui asphaltent les routes et qui respirent des produits goudronnés toute la journée. Sous le soleil, ce métier est encore plus dangereux, mais ce sont les émanations et les particules toxiques qui posent problème, pas la source de chaleur ! Last but not least, il faut relativiser ce rapport héliophobe en soulignant que d’autres recherches ont déjà abouti à la conclusion inverse.  Par exemple, une étude  sur les militaires de l’US Navy a naguère montré que les marins opérant en cale faisaient plus de cancers de la peau que ceux travaillent sur le pont. Jusqu’à preuve convaincante du contraire, il n’y a donc pas de raison de faire paniquer les braves maçons ou fermiers qui bossent sous le soleil. Je ne changerai d’avis que si on prouve un jour un supplément de risque chez les agriculteurs bio. Ou chez les nudistes.

Ce qui me navre,  c’est que la propagande dermato-industrielle fait le buzz et qu’on oublie complètement l’étude retentissante publiée en février 2005 dans le Journal of the National Cancer Institute.  Rappelez-vous : cette recherche a été réalisée aux Etats-Unis sur 528 personnes atteintes de mélanome et suivies cliniquement pendant 5 ans.  À leur grande surprise, les chercheurs ont constaté une relation inverse entre le risque de mourir de cette maladie et l’intensité de l’exposition au soleil. Plus les patients avaient subi de coups de soleil ou s’étaient prêtés à des bains de soleil de longue durée, moins ils couraient de risque de décéder de mélanome. Les érythèmes  et l’exposition élevée les ont protégés de la mort !  Dans ses conclusions, cette étude fascinante relève même que l’élastose solaire – autrement dit le vieillissement et le desséchement de la peau induits par le soleil – semble également jouer un rôle protecteur. Or c’est le discours exactement opposé qui prévaut actuellement : on prétend que chacun d’entre nous dispose à la naissance d’un « capital solaire » et que son épuisement progressif nous rapproche inéluctablement des maladies dermatologiques. Cette affirmation sans fondement me fait penser à celle qu’on tenait auparavant sur les neurones et sur leur déclin  menant  inexorablement à la dégénérescence cérébrale. Aujourd’hui, on sait que c’est faux, que les cellules nerveuses ne périclitent pas en fonction de l’âge et que, de toute façon, les connexions synaptiques peuvent compenser un dépeuplement cellulaire. En fait, dire que la santé de la peau est limitée dans le temps et que les rides sonnent le glas de sa vitalité, c’est aussi stupide que de dire que les poumons ont un quota de respirations à ne pas dépasser ou que le cœur reçoit au départ sa réserve de battements. Il n’ y  a pas plus  de capital solaire que de capital pulmonaire ou de capital cardiaque. C’est une chimère destinée à faire peur et à faire acheter des produits protecteurs.

Bon, avec tout ça, je ne vous ai pas encore confié comment je pratiquais concrètement l’héliothérapie naturelle. C’est simple : j’applique tous les conseils prodigués  par Emmanuel Duquoc  dans son dossier de 2015 (voici à nouveau le lien), et notamment son triptyque principal : sans crème, sans lunettes et sans vêtement (à l’exception d’un maillot, je ne suis pas naturiste). Les écrans, je n’en mets jamais, sauf un indice 15 bio sur le nez aux sports d’hiver, par fort ensoleillement. Outre  leur toxicité avérée quand elles sont chimiques, les crèmes protectrices ont le grave défaut d’empêcher la synthèse de vitamine D (jusqu’à 99 % pour un écran total) et celui de tromper la peau. Sans le signal naturel du rougissement, on est plus enclin à faire la crêpe trop longtemps. Le sevrage des lunettes, j’ai essayé l’année dernière et ça marche très bien : lorsqu’ils ne sont pas abrités derrière des verres solaires, les yeux ne privent pas le cerveau de la précieuse information lumineuse et on sent beaucoup plus facilement approcher le picotement avertisseur. Bien sûr,  mes yeux bruns  et mon type de peau m’autorisent aisément cette relative insouciance. Si j’étais un blond aux yeux bleus allongé sur une plage australienne, je serais beaucoup plus prudent.   Les peaux pâles peuvent  cependant se consoler en sachant que leur « handicap » est en réalité une ingénieuse adaptation de l’espèce humaine après son départ d’Afrique : plus l’épiderme est blanc, plus sa sécrétion de vitamine D est performante. Pour un basané comme moi, le bronzage est quasiment vital. Pour les individus de type nordique, il suffit de se laisser caresser quelques minutes pour emmagasiner  à gogo la vitamine du soleil. S’ils veulent quand même bronzer, ces derniers peuvent cependant appliquer le protocole naturel tout en douceur  et progressivement.

Parmi les conseils d’Emmanuel, je vais épingler un élément  important : la peau se protège elle-même grâce à la sécrétion de sébum par les glandes sébacées.  Vu que les savons et le chlore ont tendance à décaper ce vernis protecteur, il ne faut pas s’exposer au soleil après s’être douché ou après avoir piqué une tête dans un bassin de natation. Personnellement, en bord de piscine, j’attends toujours quelques minutes à l’ombre avant de retourner à la lumière. En revanche, je ne le fais jamais après une baignade en mer.  Au contraire, je me laisse volontiers sécher au soleil après avoir nagé dans la grande bleue. Au lieu d’accélérer l’inconfort et de rapprocher le seuil de rougeur, j’ai maintes fois remarqué que cette habitude me permettait de bronzer plus vite en toute sécurité. Tout se passe comme si l’eau salée, la brise iodée et les rayons UV entraient en synergie pour me procurer bien-être et brunissement. Après ce plaisir balnéaire, je ne ressens pas non plus la nécessité de huiler ma peau. Serait-ce que chez moi, le mariage de l’eau de mer et de la radiation solaire serait particulièrement bénéfique ? À ce stade de mon infolettre, je m’aperçois que je n’ai pas encore abordé la dimension symbolique de ces deux éléments. Or il y aurait beaucoup à dire sur le symbolisme maternel de la mer et le symbolisme paternel du soleil. Les personnes allergiques à celui-ci auraient grand intérêt à s’interroger sur leur rapport au père ! Je garde ce thème pour une prochaine newsletter et je vous quitte sur une dernière réflexion de bon sens à l’approche des vacances : la place des homards et des écrevisses, c’est dans l’assiette et non devant !

Yves Rasir