La santé est dans le mouvement. Parce que le mouvement est dans la logique de la vie. Regardez gigoter un bébé, puis contemplez un vieillard se déplacer au ralenti : du berceau à la tombe, le parcours terrestre d’un être humain pourrait se résumer à un voyage allant de la motricité échevelée à l’immobilisme final. Dans son dossier (Lire page 6 et suivantes), Carine Anselme rappelle d’ailleurs que les croque-morts d’antan certifiaient le décès sur base de la rigidité et de l’absence de réaction neuro-musculaire à la douleur. Si la mort n’est heureusement plus réduite à ces seuls critères, il n’en reste pas moins vrai que les organismes vivants se définissent par l’aptitude au mouvement, si minime soit-il. Et si la capacité de bouger est le propre de la vie, il va de soi que l’activité physique agit positivement sur la santé d’un individu. C’est bien normal puisque nous avons les mêmes gènes que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs et que ceux-ci, nomades ou sédentaires, se dépensaient bien plus que nous. Cher à Néosanté, le « modèle paléo » ne consiste pas seulement à manger ce que nos lointains aïeux pouvaient trouver dans la nature, mais aussi à se mouvoir autant que les hommes (et les femmes !) de la Préhistoire. Grâce à l’article de Carine, j’ai appris l’existence des Tarahumaras, un peuple de super-athlètes qui vivent dans des contrées reculées du Mexique. Ces incroyables coureurs (et coureuses !) de fond sont la démonstration que le sport est un besoin fondamental du corps. Ce dernier ne peut être sain si on lui inflige la funeste habitude de rester statique.

OMS en tête, les autorités de santé sont aujourd’hui conscientisées à la nécessité d’encourager l’exercice physique. Si on ne compte plus les campagnes d’incitation à ce formidable moyen de prévention, on voit également poindre des initiatives mettant en exergue son intérêt médical, comme le système de « sport sur ordonnance » en France. Car les faits sont là, établis par de nombreuses études scientifiques : non contente de prévenir l’apparition des maladies, pathologies cancéreuses comprises, la (re)mise en mouvement peut permettre d’en guérir ! C’est un puissant médicament capable de prouesses curatives insoupçonnées. Or, et je le déplore, cet outil de guérison est trop souvent snobé par des personnes qui sont pourtant en quête de santé globale. Lorsque des malades me confient leurs malheurs, je leur demande systématiquement quelle(s) activité(s) corporelle(s) ils pratiquent. Et je recueille fréquemment un silence gêné indiquant qu’ils n’y ont même pas pensé. Or la médecine holistique, c’est indissociablement le psychique ET le somatique ! Ce dédain pour les efforts du corps est d’autant plus désolant qu’il est impossible d’ignorer leurs effets positifs sur le cerveau. Des tas de recherches prouvent en effet que l’exercice physique profite énormément à la santé des tissus cérébraux. Pour la tête, pas de meilleures alliées que les jambes ! Le sportif est récompensé par la sécrétion massive de bonnes hormones et de bons neurotransmetteurs. Et s’il n’y avait que ça ! Dans son dossier, Carine Anselme explique que le mouvement stimule la neurogenèse, autrement dit la fabrication de nouveaux neurones, et fait grossir l’hippocampe, cette zone centrale du cerveau émotionnel. Pour peu qu’elle fasse bouger suffisamment, la danse est particulièrement propice à ce double bénéfice cérébral. Bref, la manière de se mouvoir n’est pas sans répercussion sur la façon de s’émouvoir et sur celle de gérer les émotions. Pas étonnant que ces mots en « mo » partagent la même étymologie…

Pour mieux se porter, il est donc important de bouger. Au sens propre comme au sens figuré, celui de faire bouger les choses et d’apporter des changements dans son existence. Déménager ? Changer de métier ? Modifier ses schémas relationnels ? Briser des carcans familiaux ? Comme l’enseignait le Dr Hamer, la guérison durable implique de résoudre en pratique ce qui a mené à la situation psychiquement ingérable. Il est indispensable d’agir pour espérer guérir. Mais l’action ne relève pas nécessairement du domaine visible et du rapport à autrui. C’est à l’intérieur de soi et dans ses comportements à soi que les évolutions les plus décisives peuvent se produire. Par exemple, la perte peut être soignée par un travail de deuil, la peur supprimée par la compréhension de son origine. Décoder, c’est déjà (se) bouger. Décrypter le sens biologique de ses maux, c’est déjà se remuer pour y remédier. Certains malades peuvent « basculer en guérison » par la seule mise en conscience du choc émotionnel causal. Pour autant, et j’insiste là-dessus, cela ne doit pas dispenser de se mettre concrètement et corporellement en mouvement. Ne fût-ce que parce que ça contrarie la rumination mentale et les humeurs dépressives. L’exercice physique est indéniablement bénéfique et hautement thérapeutique. Comme je l’ai déjà souligné, il est frappant qu’aucun athlète professionnel ne soit jamais décédé du cancer durant sa carrière. Or comme tout le monde, les champions traversent des drames et sont sujets à des conflits. Grâce, entre autres, au mécanisme d’autophagie, le sport agit comme un véritable « Kärcher » cellulaire. C’est aussi une sorte de bistouri épigénétique et un remède aux déséquilibres microbiotiques. Pour mettre notre vie en mouvement, commençons donc par mettre du mouvement dans notre vie !

Yves RASIR