Aspects historiques du pasteurisme

Dans le troisième volet de cette série d’articles consacrés à la vaccination, le Dr Eric Ancelet nous livre quelques réflexions sur le contexte historique qui a vu la naissance du mythe vaccinaliste. Pour lui, le climat politique et philosophique qui prévaut à l’époque en Europe n’est pas sans rapport avec l’avènement d’une vision guerrière du système immunitaire.

Au début du XIXème siècle, l’empirisme vaccinal inspiré de Jenner provoqua une immense euphorie mondiale, malgré quelques désillusions, notamment les encéphalites mortelles lors de transmission d’homme à homme en l’absence de bovin infecté, ou le retour cyclique d’une épidémie foudroyante comme ce fut le cas en 1870. A cette époque, la France a grand besoin de nouveaux héros. Au moment où naît, Pasteur l’Europe émerge à peine de quatre siècles d’horreur. L’état sanitaire est absolument déplorable. Les grandes épidémies, dont on ignore encore les conditions d’apparition et de diffusion, constituent la hantise des populations affamées. Le choléra, la typhoïde, la peste, la variole, surgissent régulièrement et sans crier gare, sur les talons des armées en campagne, partout où sévit la peur, partout où s’entassent les ventres creux. La misère, déjà considérable, va s’aggraver du fait de l’urbanisation et de l’industrialisation. Un exode rural massif entasse des milliers de familles désespérées dans les quartiers les plus insalubres des grandes cités (comme c’est encore le cas aujourd’hui dans les pays les plus pauvres). Ce prolétariat travaille dans des conditions épouvantables et ne bénéficie d’aucun secours matériel. Il n’y a alors aucune hygiène, pas d’adduction d’eau ni d’égouts, aucune structure d’entraide médico-sociale. Songeons qu’à cette époque un enfant sur cinq est purement et simplement abandonné par ses parents !

Le besoin de victoire

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les maladies infectieuses fassent des ravages. Vaincre ces « fléaux de Dieu» constituerait donc une immense victoire scientifique, puisque ni le Roi ni l’Eglise n’y ont rien pu faire! Une victoire scientifique qui serait aussi politique et sociale, car ce siècle est particulièrement troublé dans ces deux domaines. C’est une période de luttes, de conquêtes, de colonisation, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. La France est déchirée entre l’Empire et une monarchie restaurée, à nouveau l’Empire et enfin le difficile retour à une République avide d’asseoir sa légitimité. Il y aura les émeutes de 1830 et 1848, l’écrasement de la Commune et la guerre de 1870, la débâcle militaire, avec pour conséquence un nationalisme exacerbé qui va devoir se défouler sur des terrains de bataille autres que militaires, notamment les rivalités scientifiques.
Pour la jeune République, les Lumières nouvelles du scientisme constituent le meilleur soutien de la laïcité, sous réserve toutefois d’un conditionnement précoce des masses, ce que nous nommons éducation. Le principe de l’école « gratuite et obligatoire» est généralisé par Jules Ferry dans les années 1880, et c’est par ce biais que se mettront en place diverses obligations civiques, comme l’obligation vaccinale.

La mort de Dieu

Dès lors tout le dix-neuvième siècle sera imprégné de l’affrontement du « vitalisme» et d’un matérialisme pur et dur en passe de s’imposer. A l’époque qui nous occupe, les idées de Pasteur et Darwin vont servir la cause d’un rationalisme résolument athée, devenu aujourd’hui un véritable obscurantisme scientifique négateur des réalités non accessibles aux sens et aux instruments de mesure qui les prolongent. Ce n’est pas le lieu ici de formuler des hypothèses sur cette volonté des savants de couper tout lien avec la philosophie et la métaphysique. Nous dirons que c’est « dans l’air du temps», expression qui comme beaucoup d’adages et de proverbes recèle une très grande profondeur. Aurions-nous pu faire autrement? Sans aucun doute oui, mais la France de Pasteur n’est pas prête. Elle a besoin de héros populaires pour remplacer le religieux et le guerrier dans l’adoration des peuples, et elle va se donner des « saints laïcs» dont Pasteur au nom prédestiné pour combler le vide insupportable laissé par la disparition de Dieu. Ce divorce d’avec le sacré est néanmoins unedéchirure, un sevrage infiniment douloureux dont les conflits mondiaux ultérieurs portent témoignage.

Le triomphe du progrès

C’est au dix-neuvième siècle que se développe le concept de progrès, pour Baudelaire un « fanal obscur», une idéologie par essence triomphante qui sous-entend une émancipation de l’homme par l’homme, la libération progressive mais définitive de toute contrainte environnementale, une prise en charge volontaire de l’évolution de cette Terre qui est le berceau de notre conscience. L’Evolution… Voici le fil du Temps introduit dans la magie de l’instant, intronisé, et avec lui la continuité d’une trajectoire indéfinie dont l’infinitude renforce la conscience de l’extrême brièveté de toute vie humaine. Ce qui prend de l’ampleur à cette époque dans la civilisation occidentale, c’est justement cette conscience individuelle qui amène chacun à nier l’Unité et à mettre de la distance entre Moi et la «chose» observée. L’opposition à la philosophie et à la métaphysique est clairement exprimée dans le positivisme d’Auguste Comte, une doctrine de la connaissance héritée de Descartes qui ne tient pour valable que les faits accessibles aux cinq sens par l’expérimentation scientifique. On tente «d’objectiver la subjectivité», de «rationaliser l’irrationnel», donc d’expliquer Dieu par la science, ce qui n’est pas encore tout à fait le nier.

Le réductionnisme matérialiste

Devenu sujet, le citoyen de la République va faire de chaque chose un objet de sa curiosité. Il va donc séparer le corps visible des corps plus subtils, âme et esprit, et faire des seconds de simples manifestations du premier. Le matérialisme analytique et réducteur va s’imposer, et l’homme nier purement et simplement ce qui échappe à sa Raison, ce qui échappe aussi forcément à l’économie de marché, incontournable moteur du Progrès.La Science, le Progrès, l’Economie… En 1877, «inspiré» par ses prédécesseurs, Louis Pasteur va entreprendre des recherches sur les micro-organismes «responsables» des maladies humaines et animales. Aujourd’hui encore, il semblerait que les menaces d’épidémie soient un bon moyen de détourner l’attention et d’éviter les crises politiques et sociales.
(A suivre)

Par le Dr Eric Ancelet

Auteur du livre «  Pour en finir avec Pasteur » ( Editions Marco Pietteur ) et de deux autres ouvrages sur la médecine équine, le Dr Eric Ancelet promeut une conception globale de la santé et une approche alternative de l’art vétérinaire.
Pour connaître ses activités vous pouvez visiter le site :
www.ohm-bioalternatives.com

La France au temps de Pasteur

« A quoi est confronté Pasteur au cours du dix neuvième siècle? A la peur de l’Autre, à la guerre perdue, à l’épidémie qui tue, à la nécessité impérative de réaffirmer la légitimité nationale et l’intégrité du Soi fortement ébranlées par la menace étrangère. Menace permanente, séculaire, obsédante, juste au-delà de ces frontières qui sont comme la peau d’un pays. Il faut donc ériger de solides remparts, opposer à l’ennemi un puissant dispositif défensif. Penchés sur leurs microscopes, l’allemand Koch et le français Pasteur vont incarner les héros d’un jeu de rôles qui est avant tout un exutoire aux tensions sociales de leur temps, et où le microbe tient la place centrale du bouc émissaire. Face à l’ennemi désigné va se construire peu à peu la ligne Maginot d’un système immunitaire fantasmé, ce qui favorisera l’avènement d’une médecine déshumanisée, totalement incapable de saisir la face humaine, cachée, de la maladie et de la souffrance.» (Eric Ancelet – Pour en finir avec Pasteur – Editions Marco Pietteur).