L’addiction se définit comme une forme grave d’abus d’une substance. Selon John Bradshaw (psychothérapeute étatsunien), « une addiction est une relation pathologique à toute expérience qui modifie notre humeur et a des conséquences graves sur notre vie ». Les addictions conduisent souvent à une situation paradoxale dans laquelle une personne fait ou absorbe quelque chose qu’elle croit nécessaire à sa survie, mais à un point tel que cela met sa vie en danger. Il existe de nombreuses formes de dépendance : alcool, tabac, nourriture mais aussi drogues, médicaments, dépendance affective, travail, sexe et aujourd’hui jeux-vidéos et jeux en ligne. La compulsion Besoin de faire quelque chose même si cela ne paraît pas nécessaire ou bon pour la santé. Selon le dictionnaire Webster, une compulsion est une « impulsion irrésistible d’accomplir un acte irrationnel ». L’obsession Dans ce même dictionnaire, c’est une « intrusion persistante et dérangeante ou obnubilation anxieuse et irrépressible avec une connotation déraisonnable ». L’obsession est donc liée à « des pensées que l’on rumine », alors que la compulsion est liée à « l’accomplissement d’actes ». Une addiction semble être une combinaison des deux, avec une composante supplémentaire « d’autodestruction ».

Un comportement ne définit pas l’identité de la personne

Ce qui semble commun à ces trois problèmes est une confusion entre comportement et identité. Les addictions sont particulièrement associées au processus « d’intrication » ou d’imbrication. Ce processus résulte de la croyance confuse qu’une personne, une action ou un objet fait partie intégrante de notre identité ou de notre survie. Une personne dépendante a donc un conflit d’identité. Mais être alcoolique ne définit pas l’identité de la personne alcoolique ! Tout comme être boulanger, informaticien ou homme d’affaires, ne définit pas les identités de ces personnes. Le but de la thérapie proposée est de trouver un « je » différent de la dépendance puisque l’individu n’est pas le comportement qu’il a. La thérapie va même au-delà du traitement de l’addiction, de la compulsion ou de l’obsession et amène l’individu à répondre sincèrement à la question fondamentale : qu’est-ce que je veux être pour le reste de ma vie ?

Approche thérapeutique de ces maux F

ormée à l’Hypnose Ericksonienne, au plus près de son créateur Milton Erickson, par Betty Alice Erickson, Anné Linden, Bill O’Hanlon, et Robert Dilts et aux Constellations Familiales par Bert Hellinger lui-même et Michel Diviné, c’est naturellement que j’utilise ces deux approches pour le traitement des addictions depuis 2007. Au fil des années et avec plus de 150 personnes traitées sur des Addictions de tout type, des Compulsions et des Obsessions (ACO), j’ai mis au point un « protocole » qui pendant 2 fois 2 heures de séances individuelles amène les personnes à une libération. L’efficacité de ce protocole est extraordinaire : 90% des personnes traitées ont définitivement abandonné leur ACO sans mettre en place un ou plusieurs autres substituts, 10% ont vu leur consommation baisser, aucun échec. Il permet aux individus de se reconnecter à qui ils sont vraiment. Comme pour tout symptôme, l’Hypnose Ericksonienne et les Constellations Familiales envisagent les ACO comme une tentative de satisfaire une intention positive plus grande et plus profonde. Lorsque d’autres alternatives ou d’autres choix pour satisfaire ces intentions peuvent être découverts et installés, les comportements problématiques sont alors transformés en ressources puissantes puisqu’elles deviennent des expériences qui ont été apprenantes.

Les Constellations Familiales

Selon Bert Hellinger, initiateur et créateur de cette thérapie, l’individu adopte des comportements et des attitudes par loyauté et fidélité au système familial. Le plus souvent, il rappelle des personnes exclues du système. Le travail en Constellations Familiales (CF) permet alors leur identification, et leur réintégration puisque selon la première loi mise en évidence par B. Hellinger (loi d’appartenance), chacun a le même droit d’appartenir à son système familial et personne ne peut en être exclu quoiqu’il ait fait. Le travail en CF est basé également sur l’acceptation de ce qui a été et la réconciliation.

L’Hypnose Ericksonienne

Elle a été appliquée avec succès au traitement des ACO car le savoir-faire hypnotique accroît et renforce la communication effective avec l’esprit conscient et l’esprit inconscient. Pour Milton Erickson, il y a une intention positive derrière chaque partie qui nous constitue. Chaque partie génère des comportements qui ne sont pas toujours adaptés. Il s’agit alors de dialoguer avec cette partie pour mettre en place de nouveaux comportements et ainsi transformer l’ancien comportement si cela est écologique pour la personne.

Le traitement des ACO

Il s’agit d’aider la personne à faire la distinction entre son comportement et son identité par un enchaînement progressif de 6 processus au milieu desquels j’insère les CF. Les 6 processus m’ont été enseignés4 par Robert Dilts. Je les ai adaptés au fil de ma pratique au cours de 6 années d’accompagnement de personnes. Le premier processus Il consiste à mettre la personne dans un état réceptif et dans une énergie de transformation. Elle va revisiter différents niveaux : son environnement, ses comportements, ses pensées, ses valeurs, son identité et quelque chose de plus vaste que l’on peut appeler sa spiritualité. En se connectant à ce niveau supérieur, elle formulera une intention qu’elle ramènera avec elle sur ses différents niveaux. L’intention qu’elle pose peut être pour elle ou pour d’autres personnes. Ce processus permet de montrer à la personne qu’elle a une identité propre : elle n’est pas seulement son environnement, ni ses comportements, ni ses pensées, ni ses valeurs, et il y a aussi quelque chose de plus vaste au-delà d’elle-même. Elle peut ainsi se relier à la source de ses ressources. Sur ce processus, dans ma pratique, j’ai eu deux groupes d’intentions : parfois, elles sont en rapport à la demande de libération de l’ACO et parfois elles en sont déconnectées et sont bien plus vastes. Dans le premier groupe, je peux parler de Marie (compulsion au lavage de main) : « Si je pouvais arrêter de me laver les mains ». Dans le deuxième groupe, cela démontre que ce processus va au-delà des ACO et travaille sur l’identité même comme avec Julie (compulsion alimentaire) : « Si je pouvais revenir en arrière, donner aux autres et vivre pleinement ce pourquoi je suis là ». Le deuxième processus Il consiste à demander à la personne de penser à une activité qu’elle aime faire, elle sait que cette activité lui fait du bien mais elle ne la pratique pas suffisamment. En se replongeant dans un moment où elle l’a pratiquée, elle découvre sa valeur essentielle c’est-à-dire ce qui l’anime au plus profond d’elle-même et qui peut en quelque sorte la définir. Pour Sarah (addiction à la cigarette), sa valeur essentielle est « Bien-Etre et Satisfaction » qu’elle retrouve quand elle repense au moment où elle a traversé le nord de la Martinique en 2005. Pour Jean (addiction à l’alcool), sa valeur essentielle est « Liberté-Fierté » qu’il retrouve quand il pense au moment où il chasse à l’arc, qu’il est dans un arbre et qu’il voit un chevreuil. Une fois leur valeur essentielle découverte par ce processus, toutes les personnes ont validé que la valeur essentielle s’adaptait à leur vie au-delà de l’exemple choisi au départ et qu’elle les définissait pleinement. Le travail en CF Afin d’apporter un nouvel éclairage de l’ACO grâce aux CF, je pose la problématique ainsi : « Pour quelle raison ai-je une addiction (l’alcool, la cigarette …) ou bien ai-je ces compulsions alimentaires, ou bien ai-je ce comportement de me laver les mains 50 fois par jour ou bien ai-je cette dépendance affective ? » Après avoir eu un questionnement détaillé sur le système familial, système d’origine (fratrie, parents, grands-parents) et système actuel (anciens partenaires, partenaire actuel, enfants), je demande à la personne de prendre une représentation symbolique pour elle et une autre pour la question qu’elle se pose. J’avance alors pas à pas avec elle en m’appuyant sur son ressenti, mes propres perceptions de ce qui se montre, des échanges de phrases prononcées, jusqu’à l’image finale qui a pouvoir de résolution. D’après B. Hellinger, les addictions sont l’expression d’un manque du père et cela se montre souvent quand la mère n’a pas laissé la place au père. Mais cela n’est que théorique, car les CF s’appuient aussi sur la phénoménologie c’est-à-dire ce qui se montre dans le champ (instant présent). Pour Valérie (addiction à la cigarette), la question devient le père car positionné comme tel. Valérie l’a peu connu et dans son histoire son père est parti à sa naissance, il ne s’est jamais occupé d’elle, elle l’a vu une fois à 16 ans et elle l’a eu au téléphone une fois depuis, elle en a 31 aujourd’hui. Il y a donc nécessité de réintégrer ce père dans son cœur en le remerciant de lui avoir donné la vie sachant qu’à son tour, elle l’a transmise en ayant 2 enfants, et d’accepter d’avoir un père comme lui. Ici la théorie se vérifie. Pour Fabien (addiction à l’alcool), la question devient son père, lui-même addicte à l’alcool, qui dans la résolution s’appuie sur ses propres parents (ce qui dans la réalité était difficile pour lui). Au-delà de cela, il y a alors nécessité de réintégrer le père du grand-père paternel qui était un inconnu (sans doute un châtelain) et qui n’a pas reconnu son fils. Ainsi Fabien peut s’appuyer sur la lignée des hommes c’est-à-dire son père, son grand-père et son arrière-grand-père pour prendre sa force d’homme, donc sa virilité, et se libérer de l’alcool. Le troisième processus Il intègre le fait que la personne qui a des ACO a de nombreux problèmes relationnels à affronter. Ces problèmes impliquent fréquemment des relations de co-dépendance avec d’autres individus. Il s’agit au préalable d’identifier avec qui la personne est dans une relation qui « tire vers le bas », sachant que cet individu peut être vivant ou décédé. La personne imaginera alors un lien qui la relie avec l’individu identifié et verbalisera l’intention positive qui a autorisé ce lien à s’installer. Puis la personne est amenée à imaginer la même personne qu’elle, sinon « un peu mieux » car à la place du lien, elle aura mis l’intention positive. Ce travail ne retire pas la relation d’amour à l’individu, il retire le lien « qui tire vers le bas » et apaise ce qui était souffrant dans la relation. En mettant cette intention positive à l’intérieur d’elle à la place du lien, la personne peut aller vers son destin et devenir une personne libre. Pour Catherine (addiction à la relation affective), l’individu dont elle se libère est son dernier partenaire. Son intention positive est « besoin d’amour ». Quand elle met à l’intérieur d’elle son intention positive, elle dit : « je suis bien » et quand elle se met en face de son partenaire : « c’est bien, il n’y a plus d’angoisse. » Pour Damien (addiction à la cigarette), l’individu dont il se libère est sa sœur aînée qui s’est suicidée il y a 32 ans. Son intention positive est « s’apporter du soutien mutuel dans un contexte relationnel conflictuel avec les parents ». Quand il intègre son intention positive, il a beaucoup d’émotion et exprime que cela lui a permis de faire enfin le deuil de sa sœur. Le quatrième processus Il permet de replonger la personne dans son ACO et de vérifier la portée et l’importance de sa valeur essentielle. Quand la personne possède à l’intérieur d’elle sa valeur essentielle, alors la nécessité absolue de faire ou de consommer la substance devient obsolète. Pour Nadine (dépendance affective vis-à-vis de sa famille) quand elle a sa valeur essentielle « Bien-Etre, Plénitude, Lumière, Amour, Justesse » à l’intérieur d’elle en se reconnectant à des moments partagés avec une amie alors elle dit : « je n’ai pas d’attente vis-à-vis d’eux ». Pour Sylviane (addiction à l’alcool) quand elle a sa valeur essentielle « Paix » en se reconnectant à un souvenir où elle a marché le soir de la fête de la musique au bord du Loiret, alors elle dit : « les deux ensemble, ce n’est pas possible ». Le cinquième processus Il met en évidence qu’il existe des croyances conflictuelles qui amènent les individus à des conflits d’identité. Car la personne a souvent tendance à rejeter une partie d’elle-même. Or elle est un tout. La personne à ce moment de la thérapie est projetée dans ce qu’elle veut être pour le reste de sa vie et je lui demande de l’exprimer : comment se voit-elle complètement libérée de l’ACO ? Puis elle va contacter l’identité du passé qui est à l’origine de l’ACO. Cela se fait par le ressenti comme si elle faisait une sorte de régression en âge. Elle est amenée à exprimer des éléments positifs sur cette identité alors que bien souvent elle la rejette. Ce processus se conclut sur l’intégration de ces deux identités : l’identité future (la personne libérée de l’ACO) et l’identité du passé (à l’origine de l’ACO). Pour Bérénice (compulsion à la nourriture depuis l’âge de 20 ans), l’identité passée retrouvée est lorsqu’elle avait 14 ans, elle ressent des nausées, se sent barbouillée, c’est aussi le moment où son père décède d’une leucémie. Quand elle intègre les deux identités (future et passée) : « je prends conscience de tout l’étayage que j’ai eu avant et qui me donne les capacités d’être ce que je suis aujourd’hui, mes yeux s’ouvrent. Gratitude. Des incompréhensions se dissipent ». Pour Sylvain (addiction à la cigarette), l’identité passée retrouvée est lorsqu’il avait 11ans, il a des sueurs, mal au dos, au genou droit, il ne se sent pas à l’aise : c’est quand il a déclenché un incendie dans la maison, il a eu peur et a perdu la confiance de ses parents. Ceci a enclenché un malaise à 17-18 ans avec une sensation d’ennui, il se sentait comme prisonnier et n’était pas à l’aise avec ses parents. Quand il intègre les deux identités (future et passée) : « je me sens bien, unifié ». Le sixième processus Il est l’aboutissement du travail car il refait faire à la personne l’ancien chemin de l’ACO et lui propose un nouveau chemin : celui de la libération mis en place grâce aux étapes précédentes. La personne recontacte ce qui se passe pour elle quand elle passe à l’acte, puis ce qui se passe avant et tout ce qui enclenche l’acte même de l’ACO. De là, elle a le choix de prendre le nouveau chemin en reconnectant dans un premier temps sa valeur essentielle (deuxième processus) puis la personne libre (retrouvée dans le troisième processus) avec l’intention positive qui a autorisé le lien « qui tire vers le bas » à s’installer avec l’individu de son système. La personne est maintenant libérée de l’ACO et peut aller vers son véritable destin. Pour Virginie (addiction à la cigarette), le besoin de fumer est irrésistible et il est enclenché par le stress, la colère, les rituels, la convivialité et l’ennui. Quand elle se reconnecte à sa valeur essentielle (Bien-Etre avec le souvenir de quand elle faisait du step en 2002), elle dit « c’est bien, je n’ai pas envie d’aller fumer ». Et quand enfin elle se reconnecte à son identité libre retrouvée dans le troisième processus avec l’intention positive « amour pour ma grand-mère » (relation difficile avec elle encore aujourd’hui), elle dit « cela a existé, j’ai un nouveau regard et je mets cela dans mon cœur ». Quand elle refait une deuxième fois le chemin de la libération, elle conclut en disant « je suis libérée, je suis bien ». Pour Fabien (addiction à l’alcool), le besoin de boire est comme un réflexe et il est enclenché par l’heure de l’apéritif (midi et soir), la convivialité, le côté systématique (parents, tabac, bistrot, billard). Quand il se reconnecte à sa valeur essentielle (Communion-Partage avec le souvenir de quand il a joué il y a 10 ans dans un banquet d’anciens avec un musicien nouveau dans l’improvisation), il dit « j’ai passé un moment agréable, on discute agréablement sans besoin de boire ». Et quand enfin il se reconnecte à son identité libre avec l’intention positive trouvée dans le troisième processus « le partage de ce que nous avons vécu ensemble avec Papa » (relation difficile avec lui car il y a comme une sorte de rivalité), il dit « je suis détendu, cela va bien ». Quand il refait une deuxième fois le chemin de la libération, il conclut en disant « c’est facile, c’est bien ». A noter que dans sa CF, il avait été amené à travailler sur sa lignée paternelle du côté des hommes … Il n’y a pas de hasard !

Conclusion

Travailler avec ce protocole permet d’intégrer tous ces champs : réintégrer un exclu dans le système familial ou se réconcilier avec lui en acceptant ce qui a été, se connecter à la source de ses ressources, détecter sa valeur essentielle, se libérer d’un attachement à un individu en mettant à l’intérieur de soi l’intention positive de cet attachement, se reconnecter à sa valeur essentielle dès qu’il y a présence de l’ACO, intégrer l’identité du passé qui est à l’origine de l’ACO ainsi que l’identité « de qui je veux être pour le reste de ma vie » et enfin prendre un nouveau chemin que celui de l’ACO en faisant mienne ma valeur essentielle et ma nouvelle identité. Dans ce travail, les Constellations Familiales selon Bert Hellinger et l’Hypnose Ericksonienne se révèlent être complémentaires dans le traitement des ACO et permettent une véritable libération des personnes : cela leur fait retrouver qui ils sont vraiment au plus profond d’eux-mêmes !

Isabelle Seguin Robbes

Formation en Belgique « Traiter les addictions, compulsions et obsessions avec l’Hypnose Ericksonienne » au premier semestre 2014 sur 4 jours (réservée aux praticiens en Hypnose Ericksonienne). Coût : 700€. Site : www.addiction-stop.fr

Hypnothérapeute, praticienne en Constellations Familiales et en EFT, Isabelle Seguin Robbes assure des formations depuis 2009 en Constellations Familiales et en Hypnose Ericksonienne. Elle appuie son expertise sur plusieurs centaines de personnes traitées en thérapie (www.lefildariane.eu). Elle co-anime également des stages de développement personnel avec son mari Hervé Robbes en organisant et en encadrant des voyages de ressourcement à dimension humaine depuis 2010 (www.odyssee-interieure.fr).

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