Légèrement atypique au point de vue clinique, la grippe covid se distingue par sa géométrie étonnamment variable : très généralement bénigne pour les jeunes générations, elle peut être  fatale pour les anciens  qui sont porteurs de comorbidités. Entre ces deux extrêmes, la sévérité de la maladie dépend du patient et de son terrain, c’est-à-dire de son état de forme physique et de son vécu psychique. Cette réalité m’a rapidement sauté aux yeux lorsque j’ai rencontré mon nouveau dentiste au début  de l’année 2020. En janvier, comme ma dentiste habituelle était en vacances et ne pouvait donc pas me recevoir pour une urgence, j’ai en effet paré au plus pressé en allant consulter le praticien situé le plus près de mon domicile. Et comme ce dernier avait entamé de grands travaux sur mes molaires, je l’ai vu plusieurs fois avant le premier confinement. Il est sympathique et compétent, ce jeune quadragénaire français formé aux USA et expatrié à Bruxelles pour exercer son art. Mais complètement speedé,  visiblement accro au travail et incapable de tenir deux minutes en place, à la manière des gosses hyperactifs. Ce qui m’a frappé d’emblée, c’est que ce grand « stressé de la vie », comme disent mes filles,  mâchait constamment du chewing-gum  avec la bouche ouverte. C’est un détail, mais vous verrez plus loin qu’il a son importance. 
 
Un brutal « vide de co »
 
Lorsque je l’ai revu à la mi-mai, après le lockdown, mon nouveau dentiste   était toujours aussi affable mais l’accueil  dans son cabinet avait bien changé. Son assistante a pointé un thermomètre à laser pour prendre ma température et a voulu que je me lave les mains au gel hydro-alcoolique. Lui-même m’attendait équipé de pied en cap, avec combinaison de plastique, masque FFP2  sur la truffe, gants en latex et même lunettes  spéciales de protection. Comme je m’enquérais de la raison de toutes ces précautions, il m’a alors expliqué qu’il avait fait le covid fin mars et qu’il l’avait senti passer : une énorme fatigue, une toux du tonnerre de dieu et même un bref séjour ambulatoire à l’hôpital pour un début de détresse respiratoire. Quelle chance, je ne connaissais encore personne qui avait développé la maladie et voilà un beau spécimen qui me tombait, si je puis dire, sous la dent  ! Je n’ai évidemment pas raté l’occasion de faire une discrète enquête et de « chercher le conflit » tapi en amont de sa pathologie.  Je n’ai pas dû investiguer longtemps car à ma première question (« Comment vous sentiez-vous AVANT de tomber malade ? »),  il me donnait la clé en me répondant qu’il se sentait « complètement  vidé », tant physiquement qu’émotionnellement. Pourquoi  ce gros passage à (co)vide ?  Je vous le donne en mille : il était en plein divorce depuis plusieurs mois et son ex-femme venait de faire ses valises pour le Sud de la France en emmenant leur fille unique. Il avait fait le deuil de son mariage mais l’absence de son enfant le faisait cruellement souffrir. Textuellement, il m’a dit s’être senti « trahi et abandonné » car c’est son épouse qui avait poussé le couple à jeter l’ancre en Belgique pour y créer une clinique de pointe dans la technique implantaire. Et maintenant, elle se barrait en le laissant seul ! Difficile de trouver plus bel exemple de sentiment de « solitude dans le territoire ». Et comme par hasard, c’est quand il a séjourné chez ses parents à Paris que mon dentiste « vidé de co » (Cfr mon infolettre « Covid et « vide de co ») a  développé ses premiers symptômes. N’oublions en effet jamais que les épisodes infectieux, selon le deuxième et la quatrième « lois biologiques de la nature » découvertes par le Dr Hamer, se manifestent lorsque le choc émotionnel est apaisé et que la phase de réparation a commencé. Dans la douceur du cocon familial,  entouré de ses géniteurs, mon soigneur de dents  a probablement entamé la cicatrisation de ses peines de cœur et c’est alors que des microbes amis – il faudrait prendre l’habitude de les appeler des « amicrobes » – sont entrés en scène pour suturer les tissus lésés en phase de conflit actif.
 
Le sale air de la peur
 
Malheureusement pour lui, le futur guéri   a commis l’erreur de prendre du Doliprane et de freiner ainsi l’œuvre bienfaisante de la fièvre tout en malmenant son foie. Et par malchance aussi, il a  également rencontré un copain de lycée exerçant le métier de médecin urgentiste. En l’entendant tousser, ce pote parano s’est alarmé et l’a fait paniquer en lui disant de filer à l’hosto car il était sans doute contaminé par ce terrifiant virus couronné  dont on parlait tout le temps à la télé et  la radio. À ce moment de son récit, j’ai bien sûr demandé au dentiste quel fut son ressenti  à l’annonce de ce diagnostic angoissant. « J’ai hyper-ventilé » m’a-t’-il répondu tout de go. « Et quand je suis arrivé aux urgences, il a été  immédiatement décidé de m’oxygéner, ce qui m’a encore plus apeuré » Sur fond de difficultés respiratoires, la peur a  ainsi aggravé sa dette d’oxygène  puisque l’hyperventilation est un réflexe faussement compensatoire au manque d’air. Si vous ne comprenez pas  (plus) de quoi je parle,  je vous invite à (re)lire les numéros de Néosanté hebdo que j’ai consacrés  à la problématique de la respiration,  celui du  8 juillet 2020 et celui du 13 janvier 2021. En bref, il faut retenir que la plupart des Occidentaux vivent actuellement en état d’hyperventilation chronique. Sous l’effet du stress, ils consomment beaucoup plus d’oxygène que leurs aïeux. Or cette orgie de O2  se fait au détriment du CO2, un gaz diabolisé mais très précieux car c’est lui qui assure l’oxygénation cellulaire. Tout est question d’équilibre  dans l’art de respirer et les hyper-ventilés chroniques sont des oiseaux pour le chat, autrement dit des proies faciles pour l’hyperventilation  aigüe consécutive à une peur subite. Vous vous souvenez du détail « chewing-gum » ?  À force de mâchouiller sa gomme aromatisée toute la journée sans fermer son orifice buccal, mon brave remplaceur de dents empire son déséquilibre gazeux et le cercle vicieux du stress. Il croit remédier à son agitation avec son tic mais il ne fait qu’engouffrer  encore plus d’air  par voie orale et  que creuser  ainsi le déficit carbonique qui prive d’oxygène ses mitochondries. Pour respirer mieux, mon  nouveau dentiste devrait absolument respirer moins et utiliser l’organe prévu à cet effet, à savoir le nez  !

Messages thérapeutiques
 
 Je ne suis pas thérapeute et je n’ai  pas « décodé sauvagement » son conflit psycho-émotionnel. Je lui ai seulement suggéré, et il était bien d’accord avec moi, que le contexte conflictuel plutôt violent de son covid  n’était pas étranger à  son caractère assez sévère. L’air de rien,  tous les  docteurs pasteuriens ne sont pas fermés à la notion de terrain et aux influences de l’esprit sur le corps. Quand je revois mon soignant dentaire,  j’essaie aussi de lui  faire passer quelques messages potentiellement thérapeutiques. Primo, qu’il serait indispensable de ralentir le rythme et de travailler moins. Je ne sais pas si c’est mon conseil qui a fait son chemin, mais j’ai constaté dernièrement qu’il ne bossait plus le vendredi après-midi car il prend l’avion pour passer le samedi avec sa fille en bord de mer Méditerranée. Le bougre reprend le collier dès le dimanche mais j’ai bon espoir qu’il abandonne aussi le turbin dominical. Secundo, je tente ponctuellement de l’initier aux subtilités de l’art de respirer et aux bienfaits de la respiration intermittente, qui est au système respiratoire ce que le jeûne est à l’appareil digestif. Je lui ai expliqué que les exercices d’apnée pouvaient faire merveille dans la gestion du stress et que la rétention du souffle à poumons vides était  un outil de santé multimillénaire déjà  encouragé par les inventeurs du yoga. Soucieux de ne pas l’effrayer par des thèses  trop « dissidentes » », je n’ai pas été jusqu’à lui offrir le numéro  111 du  mensuel  Néosanté comprenant un dossier sur « l’incroyable pouvoir du souffle » mais je lui distille petit à petit des petits trucs, comme celui de mastiquer sa chique plus lentement et plus discrètement. Tertio, je l’invite surtout à sortir du délire sanitariste et à rompre avec le climat de terreur covidiste. Puisqu’il avait contracté l’infection, je lui ai fait poliment remarquer qu’il était  bien protégé en mai 2020 et que seuls ses patients pouvaient avoir peur de retrouver son fauteuil.  Et à l’instar de mon coiffeur, je lui ai fait avouer qu’il n’avait  jamais « chopé » un quelconque rhume ou une quelconque grippe en faisant pourtant fi des règles virophobiques introduites il y a un an et demi. À quoi rimaient alors tous ces rituels absurdes ?  Je ne sais pas non plus si mon discours a percolé mais j’observe que l’assistante a laissé tomber le thermomètre et le gel et que lui-même se contente de se masquer au moment de se pencher sur mes dents et implants. Le masque, je ne l’ai jamais porté dans la salle d’attente ni dans son cabinet et il ne m’en a jamais fait grief. La prochaine fois, j’essaie la poignée de mains pour voir. La distanciation sociale,  les gestes barrières et le confinement, ce sont probablement les gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase de son « vide de co » et qui l’ont laissé « complètement vidé ». Pour sa santé, quelques zestes  de cordialité et de normalité ne feront certainement pas de tort….