portrait de Yves RasirDébut juillet,  les autorités sanitaires françaises ont publié les  nouvelles statistiques  sur l’incidence et la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018.  Ces données sont intéressantes puisqu’elles exposent les tendances à l’œuvre depuis une trentaine d’années dans l’hexagone. Ce rapport montre par exemple que la maladie cancéreuse  continue de frapper un nombre toujours plus grand de Français  (382.000 nouveaux cas rien qu’en 2018) malgré toutes les politiques de prévention mises en œuvre par les pouvoirs publics, ce qui reflète à tout le moins leur impuissance à endiguer le fléau. Même en faisant abstraction de l’augmentation de la population et de son vieillissement, le risque de contracter un cancer est en effet en hausse depuis trois décennies, ce qui indique bien que les causes du mal persistent et s’aggravent.  Les maigres progrès thérapeutiques ne sont que piètres victoires car les oncologues voient affluer un nombre croissant de nouveaux patients. Les aident-ils à rester en vie ?  C’est ce que semble indiquer le rapport. Quand les statisticiens neutralisent l’impact de la démographie et du vieillissement, la part de décès attribuables au cancer lui-même s’avère effectivement en léger déclin. Mais si l’on y regarde de près, on s’aperçoit que cette  diminution de la mortalité concerne uniquement  les quatre localisations (sein, prostate, colon-rectum et col de l’utérus) qui font l’objet d’un dépistage de masse. Or comme ce dernier s’accompagne de sur-diagnostics  massifs, l’évolution favorable n’est en réalité qu’une illusion. Inutile, je suppose, de vous rappeler que la détection précoce de  petites tumeurs  anodines permet de faire passer des rémissions spontanées pour des cures réussies et de justifier ainsi le business du cancer. Comme tous les autres documents du genre, le récent rapport officiel utilise habilement les chiffres pour maquiller cette mystification.
 
Ce qui est étonnant, c’est que ses auteurs ne prennent même pas la peine de dissimuler leurs contradictions. Ainsi, ils attribuent en partie l’amélioration de la mortalité aux modifications positives des comportements. Mais quand il s’agit d’expliquer la dégradation de l’incidence, ils pointent également le mode de vie et certaines habitudes funestes comme le tabac et l’alcool. Autrement dit, les Français mourraient moins parce qu’ils se comportent mieux mais tomberaient plus souvent malades parce qu’ils se comportent moins bien: allez comprendre ! Ce qui est encore beaucoup plus surprenant, c’est que le principal résultat de l’analyse statistique – une évolution divergente entre hommes et femmes – n’a pas été mis en évidence et qu’il a été accueilli dans une quasi-indifférence. Le  journal Le Monde, notamment, s’est contenté de relever que « l’incidence du cancer augmente en France »  tandis que  le Quotidien du médecin   a  discrètement titré sur «  des tendances en défaveur des femmes ».  Or cet écart entre les sexes est LA révélation explosive du rapport, celle qui aurait dû faire les gros titres de tous les journaux. Jugez plutôt :  entre 1990 et 2018, les nouveaux cas de cancer ont augmenté de 65% chez l’homme et de 93% chez la femme. En refaisant le calcul après avoir éliminé le biais démographique, les experts ont trouvé que les nouveaux cas ont augmenté de « seulement »  6% pour les hommes et de… 45 % pour les femmes.  La différence est énorme, c’est un véritable gouffre qui s’est creusé depuis la fin du siècle dernier !  Sur la période considérée, l’incidence du cancer a augmenté de 0,1% par an  chez les Français et de 1,1% chez Françaises, soit un différentiel de 1 à 11 ! Même si les femmes sont plus enclines à se soumettre au dépistage systématique (lequel, je le répète,  gonfle artificiellement les diagnostics),  il est hautement improbable qu’un tel fossé soit imputable à la mammographie ou au frottis utérin. Pour expliquer cette stupéfiante divergence entre les genres, les autorités sanitaires avancent  que la gent féminine boit et fume davantage, et que le filtre des cigarettes augmenterait le danger des fumées inhalées. Cette innovation ne date pourtant pas d’hier et il est faux qu’une foultitude de femmes, au tournant du millénaire,  serait subitement devenue alcoolo et accro à l’herbe à Nicot. Elles sont plus nombreuses  qu’avant à fumer et picoler, mais pas dans des proportions qui peuvent justifier une vulnérabilité tellement accrue face au cancer.  D’ailleurs, il n’y a pas que leurs poumons et leur foie qui trinquent : représentant  33% des cancers féminins, celui du sein demeure de loin le principal fauteur de tumeurs. Difficile de tout mettre sur le dos de la bouteille et du tabagisme. Les pollutions ? Les pilules de dernière génération ? Les traitements  hormonaux de la ménopause ?  Leurs effets  délétères pour le système endocrinien sont sans doute sous-estimés mais  le mystère n’en reste pas moins épais : aucun facteur environnemental  ne suffit à expliquer qu’une telle discrimination sexiste sévisse depuis trois décennies.  Si les cancéreux sont de plus en plus souvent des cancéreuses (45% d’augmentation !), c’est qu’il s’est produit durant ce laps de temps des importants changements au détriment des femmes.
 
L’hypothèse que je privilégie est évidemment  celle du contexte sociétal et de son  corollaire psycho-émotionnel.  Que s’est-il passé depuis 1990 ? Primo, le droit de travailler s’est mué en véritable obligation.  Rares sont aujourd’hui les couples pouvant se permettre de vivre avec un seul salaire. C’est une pression supplémentaire de devoir absolument bosser et ramener de l’argent, d’autant que l’égalité n’a pas suivi dans le partage des tâches ménagères et de l’éducation des enfants. Le phénomène des « doubles journées » reste une réalité.  En outre, les femmes  exerçant un métier accèdent beaucoup plus souvent à des postes à responsabilités, avec leur lot de stress et de conflits associés. Si elles ont investi le marché du travail, les femmes sont cependant plus nombreuses à végéter dans le chômage de longue durée, synonyme de dévalorisation et d’anxiété. Secundo, de nouvelles législations  sont apparues qui facilitent le divorce et ne désavantagent plus les unions libres, si bien que les séparations (et leurs conflits qui vont de pair)  sont devenues la norme. Les liens du mariage n’ont plus rien de solide et cette fragilité, n’en déplaise aux féministes, affecte plus durement les femmes, ne fût-ce que par le risque de basculer dans la précarité. Qui dit ruptures amoureuses dit aussi déchirement de la famille et disputes pour la garde des enfants, deux conséquences également très éprouvantes pour le ressenti féminin. La troisième évolution que je discerne découle de la deuxième, à savoir qu’un nombre croissant de femmes se retrouvent seules à un âge où elles ne peuvent plus guère espérer retrouver « chaussure à leur pied ». Pour les raisons notoires que les hommes recherchent davantage la beauté et la jeunesse chez leurs partenaires  et que celles-ci sont plus sensibles à d’autres charmes.  Monogamie et espérance de vie obligent, il y a donc beaucoup plus de cœurs  féminins en rade chez les + de 40 ans : il suffit de jeter un œil sur un site de rencontres pour s’en rendre compte.  Or la solitude sentimentale prédispose à l’isolement social, ces deux formes de carences relationnelles étant reconnues corrélées au risque de développer  un cancer.  Pour le Dr Hamer ou pour le Dr Ceulemans, la détresse émotionnelle vécue sans soutien affectif serait même une voie directe vers la somatisation cancéreuse. Est-ce là la bonne explication de la sinistre augmentation de 45% en 30 ans ? Ce chiffre interpelant devrait au minimum  mener à s’interroger sur le pouvoir cancérigène des émotions conflictuelles.