Ce n’est pas du shiatsu ni de la réflexologie. Adoptée naguère par les pères fondateurs de la naturopathie française, cette méthode inventée par le génial Gëorgia Knap consiste à
appuyer là où ça fait mal pour se faire beaucoup de bien. À redécouvrir.

Né à Troyes en 1866, Georges Knap, à qui sa famille donna le surnom de « Gëorgia » pour le différencier d’un de ses cousins, fut qualifié un jour de « plus effarant génie contemporain ». En préface d’un de ses livres, le naturopathe Pierre Valentin Marchesseau évoque pour sa part « le plus grand marchand de Miracles et d’Espérance des temps modernes ». Un autre monstre sacré de la naturopathie française, André Passebecq, ne tarissait pas d’éloges envers un homme qui avait fait sur lui-même « l’expérience la plus sensationnelle qui puisse exister en matière de rajeunissement ». Mais qui était donc Gëorgia Knap ?

Une vie incroyable

Privé de sa maman à 13 ans, cet adolescent sensible et doué pour le dessin devient apprenti ouvrier aux chemins de fer où il apprend à réparer des locomotives. Lorsque son père meurt à son tour, l’orphelin trouve un emploi dans une usine et arrondit ses fins de mois en montant des spectacles de magie. Le succès est tel qu’il met au point, pour ses tours de prestidigitateur, de nombreux appareils fonctionnant à l’électricité. Son génie inventif commence à éclore et il vient à peine d’avoir 25 ans quand il conçoit un prototype de bicyclette puis, dans la foulée, un modèle de voiture électrique. Visitée par des milliers de curieux, sa « maison électrique » de Troyes était remplie de bien d’autres inventions avant-gardistes pour l’époque, dont un lave-vaisselle, un lave-linge, un aspirateur et un moteur à réducteur pour ouvrir automatiquement les portes. On lui doit aussi la conception d’un aéroplane, de la première éolienne, de la ruche vitrée pour l’étude des abeilles, d’une fraiseuse pour dentiste, d’un pétrin mécanique, d’instruments chirurgicaux et de multiples outils. Mais cet Archimède compulsif était également chimiste, compositeur, ébéniste, horticulteur, écrivain, orthopédiste, parfumeur…A la fin de sa vie, il avait exercé pas moins de 80 métiers !

Une méthode en 3 clés

Mais le grand tournant de son existence se situe en 1916 : âgé alors de 50 ans, Knap décide de rajeunir, de perdre les kilos superflus et d’effacer sur lui les signes de l’âge, comme les rides et les poches sous les yeux. Il y parvint si bien que ses amis ne le reconnaissaient plus ! Ceux-ci affirment qu’il posséda une énergie extraordinaire, une force de travail phénoménale et l’apparence d’un robuste quinquagénaire jusqu’à son décès à l’âge 80 ans. Son secret ? Une méthode de « revitalisation totale » basée d’abord sur l’hygiène vitale et l’alimentation naturelle. Avant tout le monde, le Troyen comprit qu’il ne fallait pas fumer, boire très modérément, manger sainement et jeûner fréquemment pour se forger une excellente santé. Sa deuxième clé de jouvence, c’est un ensemble de techniques corporelles (étirements, automassage, drainage, exercices respiratoires, mouvement de gymnastique) qui ont pour objectif de détoxiner l’organisme et d’en tonifier toutes les composantes. Combinés à une nutrition riche en crudités et pauvre en viande et en sucres, ces gestes quotidiens sollicitent en effet toutes les parties du corps et lui procurent la vitalité globale tant recherchée en naturopathie. Mais la clef de voûte de la méthode, sa partie le plus novatrice et la plus importante, c’est la pression exercée sur les fameux « points de Knap ».

La douleur qui libère

Au départ, l’inventeur et naturopathe avant l’heure cherche le moyen de soulager ses contemporains de leurs douleurs rhumatismales. « Le rhumatisme, écrira-t-il, terreur de l’humanité depuis des millénaires, et encore plus maintenant à notre époque de surmenage digestif et d’encrassement humoral, est enfin vaincu par ma méthode de ponçage des émergences nerveuses ». Si la métaphore menuisière est éloquente, c’est cependant la comparaison avec l’électricité qui définit le mieux le principe de ce genre de massage : il s’agit de soulager rapidement les douleurs par la « rupture des courts-circuits de contracture », autrement dit les endroits du corps (zones très innervées, lieux de stockage des déchets, insertions musculaires sur les ligaments et tendons) qui en manifestent douloureusement les déséquilibres. Sans référence aucune à la médecine chinoise, Knap avait identifié 18 points majeurs et une cinquantaine de point mineurs qui, sous la pression des doigts, exprimaient une souffrance plus ou moins intense. En appuyant, en frottant, en « ponçant » comme il disait, la douleur fulgurante s’atténue et finit par disparaître. Il s’agit, littéralement, de mettre le doigt où ça fait mal et d’insister jusqu’à disparition de la sensation douloureuse. Selon sa profondeur, le mal met entre deux et trente minutes pour s’évanouir complètement.

En pratique

Rien à voir donc avec le shiatsu, les méridiens d’acupuncture, la réflexologie, ni avec une quelconque approche énergétique d’inspiration orientale. La méthode se rapproche plutôt de la chiropraxie et de sa prédilection pour le système nerveux. Selon Knap, toutes les informations du corps passent par les nerfs dont l’origine commune est la moelle épinière. Les nerfs sortent ensuite au niveau des vertèbres et chacun d’eux gagne une zone d’innervation bien spécifique. C’est pourquoi les points majeurs se situent principalement le long de la colonne vertébrale. Concrètement, le patient est allongé sur le ventre, à une hauteur permettant un massage sans fatigue. Le massage se fait du côté droit du malade et chaque point doit être massé bilatéralement. Les mains démarrent leur travail au niveau des lombaires et progressent jusqu’ à la fosse iliaque avant de remonter le dos jusqu’aux épaules et de descendre ensuite les bras jusqu’aux poignets. Des points capitaux se situent également sur la tête, les cuisses, les genoux et les chevilles. Les indications de la méthode ? Bien évidemment les affections de nature névralgique, musculaire ou articulaire, qu’elles soient aiguës ou chroniques. Au fil de ses consultations, Gëorgia Knap s’est toutefois aperçu que la méthode favorisait l’autoguérison de beaucoup d’autres troubles, de l’asthme au zona en passant par l’arythmie cardiaque, les maladies du foie ou les infections urinaires. Tenté(e) par l’expérience ? Les praticiens et formateurs sont devenus malheureusement très rares. Il faut surfer longtemps pour en trouver une poignée sur la toile. Heureusement, le livre renseigné ci-dessous, qui vient de paraître, permet de s’initier en toute autonomie.

Dina Turelle

A lire
« La méthode Knap », Lionel Clergeaud, Editions Dangles.