Officiellement, c’est le moment de sortir vos lunettes de soleil pour protéger vos fragiles rétines. Pourtant, deux chercheurs isolés du XXe siècle affirmaient qu’exposer ses yeux à une lumière intense améliorait la vision, la santé et les facultés cérébrales jusqu’à susciter des phénomènes tels que rêves lucides, clairvoyance et télépathie. Peu documentés scientifiquement, de tels effets de la lumière ont été décrits par l’ophtalmologiste William Bates, fondateur de la méthode de gymnastique oculaire qui porte son nom, et par un médecin français féru d’ésotérisme, Francis Lefebure, disparu en 1986. Le premier suggérait de regarder le soleil en face pour améliorer la vision. Le second préférait de courtes fixations d’une source lumineuse dans un but de stimulation cérébrale et d’initiation spirituelle. Leurs recherches restèrent ignorées de la communauté scientifique. Mais à la fin des années 2000, deux techniques venues d’Inde, le Sungazing et le Sunyoga, ont fait une apparition en Occident. Leur promesse : Expansion de conscience et fin du besoin de manger ! Intrigué par de telles allégations, Emmanuel Duquoc a mené l’enquête et tenté l’expérience…
Par Emmanuel Duquoc

Nuit du 14 juillet 2015, fête nationale française : Une foule dense se presse aux abords de la Tour Eiffel à Paris. Depuis les étages du monument, une myriade de fusées lumineuses zèbre le ciel noir, déployant une fascinante pluie d’étoiles. Captivée, la foule tout entière a les yeux rivés au firmament dans une attention calme et concentrée. Pas un visage ne regarde ailleurs pendant les 35 minutes que dure le spectacle. Après le final, grandiose, comme toujours à Paris, chacun s’en retourne chez soi, tranquille. Un divertissement qui suscite le calme, presque le silence, c’est rare… Sauf les soirs de feu d’artifice. Le même été, le long d’une plage de la Manche ou de la côte atlantique, un couple d’amoureux marche sur le sable au couchant. A l’instant où le soleil se cache derrière l’horizon, ils ne peuvent s’empêcher de contempler le flamboiement du ciel à l’ouest. Ils ne sont pas les seuls. D’autres promeneurs ont eux-aussi tourné leurs yeux vers le gigantesque brasier, comme hypnotisés. Quelles que soit leurs tensions de la journée, ils rentreront chez eux calmes et détendus. Ca se passe comme ça tous les soirs, sur toutes les plages du monde, quand le soleil se couche par temps clair…
Devenir brillant grâce à la lumière
Le point commun de toutes ces personnes ? Elles ont été éblouies au sens propre. Ce faisant, elles ont inconsciemment pratiqué le « phosphénisme », une technique à visée initiatique formalisée par un médecin féru d’ésotérisme né en 1916, Francis Lefebure. Piètre élève à l’école, le futur chercheur avait longtemps suscité l’inquiétude de ses parents. Or, à la suite d’un déménagement, ses résultats scolaires s’améliorèrent subitement. Le collégien rattrapa son retard en quelques mois, devenant un brillant élève. Admis dans un lycée réputé puis à la faculté de médecine, il abandonna rapidement la clinique pour explorer les techniques initiatiques anciennes…. Ce n’est qu’au cours de ses recherches qu’il allait formuler la raison de l’épanouissement subit de ses capacités cognitives : le nouvel appartement familial était très ensoleillé. Lorsque le jeune garçon faisait ses devoirs, la lumière directe du soleil se reflétait sur les pages de ses livres et de ses cahiers, touchait sa rétine et stimulait son cerveau, décuplant sa concentration et ses facultés de raisonnement et de mémorisation. Sans le savoir, le jeune Francis Lefebure étudiait sous phosphènes, ces impressions lumineuses dans l’œil qui ne correspondent pas à des objets regardés. Si les phosphènes peuvent se produire après un choc – lorsque l’on voit trente-six chandelles – ils peuvent également être provoqués par exposition de la rétine à une lumière intense, autrement dit sous l’effet d’un éblouissement. Marcel Locquin, mycologue et biochimiste français décédé en 2009, affirmait qu’il existe un centre de la vision dans l’occiput : « Les fibres nerveuses qui partent des cellules de l’œil sont reliées à des cellules situées dans les centres optiques du lobe occipital. Chaque cellule de l’œil ayant une direction privilégiée dans l’occiput, il existe des cellules de cette zone qui, lorsqu’on les excite, renvoient sur la rétine l’image d’un trait vertical, d’un trait horizontal, etc ». Ces formes géométriques font partie des phosphènes, des images projetées dans l’œil depuis le cerveau. « Ils peuvent apparaître spontanément lorsque celui-ci est à l’état de repos et émet des ondes alpha ou theta, ces ondes régulières lentes qui accompagnent soit l’état méditatif, soit l’état sub-vigile qui précède l’endormissement », précisait le scientifique. Mais ils peuvent également être suscités par des exercices. A titre d’initiation, on peut obtenir un phosphène facilement en fixant pendant 30 secondes une ampoule opaline de 75 watts allumée, puis en créant l’obscurité. Une tache lumineuse apparaît alors, passant du jaune au rouge-rose jusqu’au pourpre et au bleu foncé avant de disparaître. Le phénomène, qui dure environ 3 minutes, est associé à une détente physique et psychique. Cependant, un premier phosphène appelé co-phosphène, apparait dès les vingt premières secondes de fixation de la lumière. Il se superpose à la source lumineuse et en modifie la couleur. C’est ce co-phosphène qui, en s’ajoutant au texte étudié par Francis Lefebure adolescent, favorisait la mémorisation de ses leçons…
Pour Daniel Stiennon, assistant du chercheur pendant sept ans et qui assure aujourd’hui la diffusion de la méthode, la seule observation de tâches lumineuses n’a pas d’effet particulier, hormis une détente physique et un regain d’énergie mentale. En revanche, associée à une pensée sous forme d’image ou de son, elle possède une action stimulante sur les centres cérébraux, éveillant la créativité autant que la mémorisation. Il suffit pour cela de créer un phosphène ou un co-phosphène puis de porter son attention sur une idée, une image ou la leçon à mémoriser. Dans le langage Lefeburien, ce mélange de lumière et de pensée est appelé « mixage phosphénique ». Il aurait pour effet de « densifier la pensée » par « transformation de l’énergie lumineuse en énergie mentale ». Diverses pratiques peuvent également être associées au mixage phosphénique pour en accroître l’efficacité. La plus importantes d’entre elles consiste en des balancements rythmés de la tête. Effet relaxant garanti, mais pas seulement…
La magie à portée de tous
En explorant l’univers de l’ésotérisme et après avoir été lui-même initié à diverse pratiques, Francis Lefébure fut convaincu d’avoir trouvé la source de nombreuses réalisations humaines, depuis la création artistique jusqu’aux phénomènes de clairvoyance ou de télépathie. Aucun phénomène parapsychologiques ne faisait mystère à ses yeux, à commencer par l’apparition de la sainte vierge à Bernadette Soubirous à Lourdes ! En enquêtant sur place, le médecin réalisa que celle-ci avait pour habitude de prier longuement, contemplant les reflets mouvants du soleil sur le gave de Pau tout en effectuant des balancements rythmés de la tête de droite et de gauche. En priant sous phosphènes tout en massant son encéphale, la sainte aurait suscité la projection d’une image cérébrale jusqu’à son œil. Nostradamus aurait employé une méthode voisine, observant le reflet de la lune sur un plateau d’argent avant de rédiger ces célèbres Centuries. Mis au défi par Catherine de Médicis qui voulait avoir elle-même la vision, il serait parvenu à lui transmettre ses images cérébrales par télépathie. « Rien de surnaturel », explique Daniel Stiennon. « Ces images subjectives sont particulièrement faciles à transmettre de cerveau à cerveau. Aujourd’hui, des experts se perdent dans des interprétations alambiquées des prophéties de Nostradamus alors que le plus intéressant serait d’employer sa technique afin de bénéficier des mêmes capacités… » L’oracle médiéval en donne pourtant précisément le mode opératoire dans ses écrits. « Ceux qui sont parvenus à un éveil y sont parvenus par la pratique de choses simples », affirme Daniel Steinnon, « comme la fixation d’une source de lumière directe – lever ou coucher de soleil – ou indirecte – lune ou reflets du soleil sur l’eau. Ils ont pu ainsi plus ou moins consciemment stimuler leur clairvoyance et leurs facultés télépathiques. » Au même titre que les visions des grands mystiques, de Saint Jean à Sainte Bernadette en passant par les connaissances médicinales de Sainte Hildegarde, chacun aurait donc le pouvoir de susciter ces images subjectives, à condition d’un entraînement patient. « Subjective ne veut pas dire qu’elles ne sont pas réelles », précise Daniel Stiennon, « mais que la personne est la seule à les percevoir ». C’est ainsi que lorsque se manifestent ces projections de l’activité cérébrale – ou de perceptions ? – dans l’oeil, elles suscitent un tel sentiment d’évidence qu’on ne doute plus de l’existence de réalités invisibles. Le phosphénisme, c’est la magie à portée de tous ! Sans ambitionner à une destinée mystique, les exercices phosphéniques peuvent améliorer notre quotidien, « en commençant par chasser les idées noires et favoriser les pensées heureuses », précise l’actuel propagateur du phosphénisme.
Regarder directement le soleil !
Un autre chercheur isolé, célèbre ophtalmologiste, chirurgien et professeur new-yorkais des années 1900, préconisait également une stimulation des yeux par la lumière. Pour William Bates, l’écrasante majorité de nos défauts visuels ne sont pas d’origine organique mais fonctionnelle. Ils peuvent donc être corrigés au moyen d’un entraînement, ou plutôt de l’acquisition de réflexes visuels propres à la vision parfaite parmi lesquels la mobilité du regard, le cillement permanent et la détente cérébrale. Or, l’un des meilleurs moyens d’obtenir cette dernière était, selon lui, de regarder directement le soleil ! Photographies à l’appui, il montre des visages tournés vers l’astre lumineux, haut dans le ciel, sans inconvénient apparent. Aujourd’hui, les tenants de la méthode Bates se gardent bien de confirmer de telles allégations. Indiquant que l’ambiance lumineuse est probablement différente de celle d’autrefois, ils avertissent, à l’instar des recommandations officielles, qu’il serait dangereux de se livrer à de telles pratiques. Et pourtant, à la fin des années 1990, un individu s’est fait connaître, expliquant qu’il passait de longs instants à regarder le soleil en face ! Hira Ratan Manek, ingénieur indien, après avoir consulté des écrits anciens de plusieurs civilisations, avait mis au point un protocole précis d’habituation progressive de la rétine au soleil sur neuf mois appelé Sungazing (observation du soleil). Sujet à la dépression, il disait avoir, par une fixation quotidienne progressive de l’astre, acquis une santé de fer, mis fin à ses tourments et… à son besoin de manger. En 1995, sur sa proposition, deux équipes de chercheurs indiens étudièrent le cas de Hira Ratan Manek. Puis ce fut le tour des docteurs de l’Université Thomas Jefferson, Andrew Newberg, neurobiologiste, et Georges Bernard, spécialiste de la glande pinéale. Leurs analyses montrèrent que chez cet homme, non seulement la pinéale n’était pas atrophiée comme c’est normalement le cas à cet âge, mais qu’elle atteignait des dimensions hors-norme. Pour la science, la glande pinéale contient des cellules photo-réceptrices archaïques. Pour les ésotéristes, elle est responsable des phénomènes de clairvoyance…
C’est en lisant le récit de cette expérience stupéfiante dans un magazine de santé naturelle que, la curiosité piquée au vif, j’ai visité le site Internet d’un sungazer français, Sébastien Lorca, qui détaille la pratique initiée par Hira Ratan Manek. Hira Ratan Manek a mis au point un processus qui consiste, debout et pieds nus sur la terre nue, à regarder directement l’astre lumineux aux moments « sûrs », c’est-à-dire, dans l’heure qui suit le lever du soleil ou précède son coucher. La durée d’observation est de 10 secondes le premier jour puis augmente progressivement de 10 secondes en 10 secondes jusqu’à atteindre une durée totale de 44 minutes au bout de neuf mois d’observation quotidienne. Si la météo le permet… Une fois les 44 minutes atteintes, le pratiquant doit redescendre à 15 minutes maximum par jour d’observation et marcher pieds nus quotidiennement sur la terre nue pendant 45 minutes. La promesse ? Mieux-être, amélioration de la vision et de la santé et, en fin de cursus, accès à la dimension spirituelle et diminution nette, voire suppression du besoin en nourriture physique ! D’après Hira Ratan Manek, l’observation solaire, en stimulant la glande pinéale, outre l’amélioration de la santé, provoque une expansion de la conscience. Mais la diminution du besoin en nourriture est un phénomène secondaire auquel il ne faut pas s’attacher…Quant à moi, je décide de plonger dans l’expérience. A la fin de l’été 2009, je fais mes premières observations solaires en respectant scrupuleusement le protocole de Hira Ratan Manek. A la fin de mes dix premières secondes, je pose mes mains sur mes yeux pour cacher la lumière et contempler les phosphènes, ces taches lumineuses qui se déploient en volutes colorées déclinant successivement les couleurs de l’arc en ciel. Quand ils cessent, j’ouvre de nouveau les yeux et contemple les alentours…
Surprise ! J’ai l’impression que l’on m’a nettoyé les yeux. Le paysage me paraît plus chatoyant qu’avant l’exercice. C’est décidé, je continue ! Chaque jour où la météo le permet, je suis au rendez-vous du soleil après avoir dûment vérifié sur une éphéméride l’heure exacte de son apparition sur l’horizon. Chaque fois, c’est un plaisir renouvelé. L’observation solaire suscite chez moi une joie diffuse. Au fil des mois, la durée de mes expositions s’allonge : 5 minutes puis 10… Ma vision est stimulée. Surtout, le monde est plus beau à mes yeux. Même l’hiver, quand pèse un lourd couvercle de nuages, tout me paraît lumineux. Pour rien au monde je ne manquerais ce rendez-vous. Ma fidélité a des conséquences heureuses. Jusqu’alors très gros mangeur, je constate que je ne ressens plus la faim le matin. Mon attirance pour la nature se renforce. Je sens monter en moi des désirs archaïques : courir pieds nus dehors, marcher dans la boue sous la pluie. Au printemps, j’ai le sentiment d’aller vers le meilleur de moi-même, bien campé sur la terre et aligné sur le ciel. Après neuf mois, je suis à quinze minutes d’observation solaire. J’ai hâte de goûter les autres fruits du sungazing.
Ne pas s’écarter du protocole
A la fin juin 2010, après la pratique du matin, la vie me procure une sérieuse source de stress. Heureusement que le Sungazing est là ! Le soir, pour soulager mes émotions, je décide de faire une nouvelle séance, sans attendre le lendemain. Mais à la suite de cette exposition supplémentaire, je suis pris d’un éblouissement durable. Ma vision centrale est obstruée par une tache blanche. Panique ! Tel Icare, je me suis trop approché de la lumière. Au bout de trois jours, c’est le soulagement. Ma vision se rétablit. Ouf ! Je contacte Sébastien Lorca. Il me précise que cet épisode lui est arrivé aussi, qu’il ne faut ne pas s’écarter du protocole sous peine de sérieux inconvénients et que je pourrai reprendre la pratique très progressivement. Trois semaines après cette alerte, je retrouve le contact avec le soleil qui me prodigue à nouveau ses bienfaits : vision claire, énergie, humeur heureuse et des moments de félicité que je suis incapable de décrire. L’été se passe dans le calme et la contemplation. Je parviens à 20 minutes d’observation. L’automne arrive avec son cortège de tourments ordinaires. Un jour où j’ai eu quelques tracas, le soleil me semble plus agressif que de coutume. Les yeux me piquent. J’insiste un peu… Puis j’écourte ma séance. Me suis-je trompé d’heure ? Hélas ! Me voilà de nouveau victime d’un éblouissement ! Cette fois-ci, il se prolonge. Je cours chez l’ophtalmologiste. Par OCT (tomographie en cohérence optique), le médecin examine ma rétine. Je n’ai qu’une lésion très légère à l’œil droit. « Vous avez eu de la chance, ne recommencez pas ! » Je m’en tire avec une déformation de la vision mineure, médicalement considérée comme définitive mais non évolutive. Evidemment, j’abandonne définitivement la pratique. Mon impatience m’a privé de suivre cet étonnant processus jusqu’au bout.
Sans nourriture au milieu des glaciers
Les années passent. Ma vision est bonne. Mon besoin en nourriture est resté stable, plus modéré qu’autrefois. Par hasard, au printemps de cette année, je trouve sur la toile une interview du créateur du site Internet sungazing.fr. Il y donne quelques informations sur une autre méthode d’observation solaire préconisée par un yogi indien, Uma Sankar. Celle-ci serait plus puissante et plus sûre, le soleil n’étant pas regardé directement. Serait-ce pour moi le moyen de renouer avec le soleil ? J’apprends que le yogi donne un stage d’initiation au Sunyoga un mois plus tard, en mai. Contacté par téléphone, Sébastien Lorca me confirme la sécurité de la méthode. Elle consiste à observer le soleil, non pas de face, mais en focalisant le regard entre les deux sourcils quelques centimètres au-dessus du cercle lumineux. Ainsi, la vision centrale est protégée… Autre avantage du Sunyoga, celui-ci peut être pratiqué à toute heure du jour. Tout comme le centre de l’œil, la sclérotique capterait la lumière et la restituerait à la glande pinéale.
Il ne m’en faut pas plus. Je m’inscris à l’initiation d’Uma Sankar. Né au Bengale, l’homme a découvert intuitivement le Sunyoga en 1995 en contemplant le soleil sur la mer près de Pondichéry. Libéré du besoin de manger et de boire, il a renoncé à toute possession et a parcouru 62 000 kilomètres pieds nus pour faire connaître cette pratique à travers l’Inde. Dans son pays, Umasankar est connu pour avoir survécu à deux ans de retraite solitaire dans l’Himalaya à 4500 mètres d’altitude, sans nourriture au milieu des glaciers. Le jour de l’initiation, à 7 h du matin, une trentaine de personnes de tous âges, de l’adolescent au couple de retraités, sont rassemblés autour d’un homme de petite taille, fin comme une liane, à la longue barbe et aux yeux d’ébène. Pieds, nus, vêtus d’un simple dhoti blanc, l’ascète nous accueille les mains jointes et le visage fendu d’un sourire clair comme celui d’un enfant. « Good Morrrrning ! » Dans un anglais coloré d’accent bengali, il nous donne les premières consignes.
Place à la pratique ! Assis en tailleur dans l’herbe, le dos vertical, nous suivons une méditation guidée pour nous préparer à accueillir l’énergie du soleil. Puis vient le moment d’ouvrir les yeux, quelques centimètres au-dessus de l’astre. Je prends peur et sollicite les conseils de notre instructeur. Ecoutant le bref récit de mes difficultés, il me suggère d’abaisser légèrement la tête de manière à ce que ma rétine soit à l’ombre de mes arcades sourcilières, le soleil au-dessus de mon champ de vision. Je sens une chaleur agréable sur mes yeux. Il faut un certain effort pour maintenir la position. La consigne est de maintenir les yeux ouverts autant que possible, sans craindre que les larmes coulent. Au bout d’un moment, j’y parviens, puis je perçois peu à peu les volutes de couleur que je connais, entre mes sourcils. Umasankar passe un instant auprès de chacun, corrigeant une posture, la direction d’un regard ou donnant un encouragement. Au bout de longues minutes, nous fermons les yeux et nous livrons à un nouveau rituel pour intégrer l’énergie reçue puis remercier le soleil. La séance se termine. Je vois clair !
C’est le moment des présentations. Les stagiaires viennent des quatre coins de France. Beaucoup sont végétariens, certains crudivores. Tous sont venus dans une visée spirituelle. Deux couples fréquentent l’Inde depuis plusieurs années. Un homme se passionne pour les plantes médicinales. Plusieurs donnent des soins énergétiques. Quelques-uns sont musiciens, d’autres pratiquent le Sungazing. Une jeune femme dit avoir des visions et observer le soleil directement depuis plusieurs années, à toute heure, sans dommage, comme dans les traités de William Bates.
Coloré de magie, le récit d’Uma Sankar est difficile à admettre pour un esprit rationnel. Les yeux pleins de flammes, il nous raconte comment Babaji en personne, un maître vénéré par les adeptes du Kriya Yoga, lui est apparu et lui a enseigné les lois de l’univers. Le yogi complète alors sous nos yeux la formule d’Einstein ! Mais qu’importent les réticences intellectuelles. Uma Sankar nous exhorte à nous donner simplement à la pratique, sans attente. Au terme de cette initiation, j’interroge les autres stagiaires. Pour beaucoup, la pratique est difficile, exigeant une certaine détermination. Plusieurs témoignent d’une amélioration de leur vision. Un homme atteint de presbytie dit, au matin du troisième jour, n’avoir plus eu besoin de ses lunettes. Carole me raconte qu’elle a vécu plusieurs jours habités d’un sentiment d’amour à la suite de ces méditations.
Quant à moi, après plusieurs jours d’atermoiements, je renoue avec mille précautions avec la contemplation solaire. Les ressentis m’apparaissent plus doux qu’avec le Sungazing. Pas d’euphorie mais une tranquillité d’esprit et un sentiment de bienveillance nouveau. Au bout de quelques semaines, je constate de nouveau que mon envie de nourriture diminue. Je me contente d’un repas unique par jour, sans peine et sans amaigrissement. Tout de même, mon œil ayant été fragilisé, je décide d’interrompre la pratique, par précaution. J’utiliserai d’autres moyens pour atteindre l’éveil…
Après cette expérience, je ne saurais conseiller le Sungazing ou le Sunyoga. D’ailleurs, même les pratiquants réguliers se gardent bien d’être incitatifs. Selon la médecine scientifique, la fixation du soleil peut causer une rétinopathie solaire aiguë, occasionnant une altération de la vision centrale. Parmi les facteurs de risques : la durée de l’exposition, la clarté atmosphérique, la hauteur du soleil au-dessus de 60 °, ainsi que des facteurs individuels. Un avis que Daniel Stiennon, le disciple du Docteur Lefebure, ne contredit pas, estimant les longues fixations du soleil inutilement dangereuses. « Pour tirer tous les bienfaits de la lumière par l’entremise des yeux, il faut générer un nombre maximum de phosphènes pour un minimum d’éclairage ». Avec le soleil levant ou couchant, deux ou trois secondes de fixation suffisent à produire le même effet qu’une longue fixation, sans les risques. Idem pour le plein soleil au travers d’un drap. Après avoir fixé l’astre, on tourne la tête et on met les mains devant les yeux pour faire l’obscurité, « On ne verse pas plus d’eau que ce que peut contenir le verre, sinon, il déborde et il peut occasionner des dégâts ».