C’est la tête en bas, sur une barre fixe, que la vie de Paul Degryse, alors en crise, prend un autre tour… Un Chinois, le voyant dans cette étrange posture, l’invite à découvrir la voie de l’énergie, qui déploie l’homme, entre terre et ciel. D’initiation en initiation, Paul Degryse rencontre, en Chine, un chamane sino-vietnamien. Démarre alors une mue intérieure, nourrie de rencontres avec des chamanes du monde entier et de la lecture en boucle des ouvrages de Carlos Castaneda. Devenu éclaireur sur la voie de l’élargissement du champ de conscience, Paul Degryse livre, dans ses derniers ouvrages sur le chamanisme toltèque, une démarche d’autoguérison du corps et de l’esprit passant par le réveil de l’âme et le développement des pouvoirs intérieurs. Il nous met en garde contre toute vision folklorique du chamanisme : ce changement de paradigme exige réalisme et travail pour porter ses fruits. Allez ! On retrousse ses manches.

Propos recueillis par Carine Anselme

Pau, Pyrénées-Atlantiques. J’y rejoins Paul Degryse¹, grand voyageur devant l’éternel, qui a posé là ses valises, depuis quelques années. 39°C à l’ombre… Nous sommes pourtant fin septembre. Faut-il y voir les foudres du changement climatique ? Sans jouer la Pythie de pacotille, on sent bien que notre monde craque de toutes parts. Dans cette atmosphère délétère, d’une société qui « tourne résolument le dos aux fondements les plus évidents de l’équilibre personnel et le sacrifie sur l’autel d’un mythe progressiste mortifère », Paul Degryse nous invite à un éveil de conscience. Une reprise en main qui passe par un travail sur soi. Non comme une démarche égotique, mais comme une ouverture à notre quintessence, porte vers la créativité infinie de l’Univers. Ainsi, « dépasser la condition de l’homme ordinaire qui dort dans sa vie sans même savoir qu’il la rêve… » Cette approche emprunte à la tradition toltèque « une démarche structurée de développement personnel d’une efficacité impressionnante ». Une voie de maturation et d’autoguérison corps/esprit, exigeante, impliquante.
Avant d’entamer notre entretien, puisant au calme d’un salon de thé, nous mangerons en silence, « comme les chamanes », dans un restaurant bio. En pleine conscience de ce qui vient nourrir notre corps. « Guéris ton corps, cela te mènera à ton âme, cherche ton âme et cela te mènera à la guérison de ton corps, comprends que tout processus de vie est circulaire et tu connaîtras la nature magique et divine de l’Univers », écrit Paul Degryse dans son livre², en reprenant « les ultimes paroles d’un maître sur le grand départ ». Une démarche à prendre donc… à bras le corps !

Le concept d’âme est peu entendable dans notre société matérialiste, cérébrale. Que représente-t-elle pour les chamanes toltèques ?

Pour les chamanes toltèques, l’âme est un potentiel de transformation existentielle entièrement disponible à tout moment pour l’être humain désireux de s’ouvrir à l’inconnu de sa propre nature. Source initiale du corps physique et de sa conscience ordinaire (qu’on appelle le tonal), elle est aussi et surtout l’interface et la porte d’un champ de conscience non ordinaire et illimité (le nagual) où l’homme, par un travail libre et soutenu, peut pénétrer non seulement pour s’autoguérir physiquement et psychiquement mais au-delà, pour atteindre des niveaux de conscience créative qui feront de lui le magicien de sa vie.

Quels sont les maîtres mots du chamanisme toltèque ?

L’énergie et l’élargissement du champ de conscience (c’est valable, à mon avis, pour tous les chamanismes). Commençons par l’énergie. Tout ce que nous sommes (faisons, pensons, secrétons, interagissons, etc.) est énergie. Tout provient et se termine par des processus énergétiques. Les chamanes toltèques ont compris, depuis des millénaires, que toute maîtrise de soi passe par une autogestion organisée de ses énergies ; une maîtrise qui s’applique à la fois à l’esprit, au corps et à l’âme, en les reliant délibérément l’un à l’autre. Bien vivre, c’est comprendre, maîtriser et conserver ses énergies et savoir les échanger de façon harmonieuse avec le monde extérieur. Le travail de transformation existentielle du chamane toltèque, envisagé sous l’angle énergétique, a donc à la fois valeur de psychologie, de thérapie et de développement personnel, selon l’orientation recherchée.

Revenons à l’élargissement du champ de conscience. Comment le définir ?

En état de conscience ordinaire, on n’a pas accès à la totalité de la connaissance de l’univers. Il faut passer par des états de conscience dits « modifiés » ou « élargis ». Je préfère « élargis », car cet état de conscience spécifique n’est pas totalement étranger au mental que nous utilisons ici même. C’est une vision plus large. Pour imager, l’élargissement du champ de conscience, c’est comme un zoom arrière devant un tableau que l’on aurait l’habitude de regarder en posant le nez dessus. Dès lors, on n’y voyait que trois petits points de couleur, abstraits. Or, en reculant, on voit que c’est le début d’un pétale de fleur… Le tableau prend toute sa signification au fur et à mesure que l’on s’en éloigne. En chamanisme, c’est à l’intérieur de soi que l’on recule, alors que dans la métaphore on s’éloigne du tableau… On saisit l’interaction entre les éléments.

De quoi souffrent nos contemporains ?

D’un manque de confiance dans leur conscience. La religion les a dépouillés du libre-arbitre de l’utilisation de leur conscience et le matérialisme les a détournés du fait qu’ils sont des êtres conscients. Dans les deux cas, religiosité et matérialisme, l’homme a été dépossédé de sa conscience. Décentré, déçu par le matérialisme, il est morose, car il ne voit pas d’issue, ni d’alternatives. Le chamanisme, c’est retrouver le pouvoir de la conscience.

C’est donc avant tout une démarche intérieure de reprise en main, plutôt que d’aller chercher à l’extérieur le salut…

On retrouve dans le taoïsme et le chamanisme (deux voies que j’ai explorées), l’axiome que nous sommes des surhommes qui s’ignorent. Ces voies proposent donc la libération de l’infini de l’homme. Cela ne peut partir que de soi ! Pour cette raison, je ne me définis pas comme, et je ne suis pas un « chamane guérisseur ». Car, très tôt dans mes recherches, j’ai pris conscience du lien étroit entre guérison et développement personnel. Quiconque va voir un guérisseur (médecin, chamane, rebouteux…) pour chercher une solution extérieure, toute-prête, ne verra pas la nécessité de se remettre en question. Avec l’effet placebo, la blouse blanche du médecin ou l’aura du chamane pourra soulager, voire guérir. Mais cette guérison ne sera pas définitive. En tout cas, ce n’est pas dans cette direction-là que je m’inscris.

Toute guérison véritable ne peut donc être qu’une autoguérison ?

Si l’on veut aller au-delà de la guérison du symptôme et s’attaquer à la cause profonde, on doit guérir soi-même la partie psycho-émotionnelle impliquée dans le symptôme physique. Le chamanisme toltèque propose des outils efficaces, que je transmets (via des stages, livres…), pour travailler sur soi ; sur le psychologique et l’émotionnel, afin de faciliter la guérison du corps. Pour moi, c’est la clé de la véritable évolution de l’humanité. En ce sens, la crise est le fondement du progrès.

La crise, clé du progrès… C’est subversif par rapport aux croyances et au modèle de développement de notre société…

Dans les traditions chamaniques, quand il y a une épreuve, une crise existentielle, on se réjouit, si je puis dire : enfin, on va apprendre ! Quand nous baignons dans le bonheur, on en jouit (et c’est bien normal !), mais on n’apprend et on ne progresse guère. La crise (la maladie, l’erreur, l’échec, le deuil…) nous met littéralement à l’épreuve : cela vient tester notre volonté de changer. De nous dépasser. La crise existentielle sert de marchepied : c’est comme si on s’appuyait sur cette menace de non-existence pour aller au-delà du niveau de conscience normal. Au-delà de l’humain ordinaire. Pour se propulser dans une zone de la conscience où ces choses-là n’existent plus. Nous sommes en fait face à une formidable opportunité de dynamiser le négatif ; le positif et le négatif vont alors œuvrer ensemble à notre évolution. Ce principe de dualité dynamique est un pilier du chamanisme toltèque.

Il s’agit donc de partir de soi pour agir sur le monde

En effet, l’objectif phare du chamanisme est d’aider les gens à changer du dedans pour que la Terre change au-dehors. Si nous sommes des créateurs de la réalité et si nous changeons intérieurement, alors la réalité va changer. C’est pour cela que le développement personnel est tout sauf une démarche égoïste, c’est un engagement pour la planète. Travailler sur soi est la seule façon, selon moi, de faire changer le monde. Cela exige d’être implacable avec soi-même, en évitant le laisser-aller et l’auto-indulgence : « Si tu ne te fais pas de petits cadeaux pour excuser tes erreurs, en échange la vie te fera d’énormes cadeaux. »

C’est par ce biais, de la crise existentielle, que vous avez mis le pied à l’étrier de ce que vous transmettez aujourd’hui…

En effet, ça a commencé, il y a 27 ans, durant une phase de vie difficile, alors que je vivais en Espagne. Un Chinois, à Barcelone, m’a observé faire des acrobaties sur une barre fixe. Il est venu me parler dans un espagnol approximatif, alors que j’avais la tête en bas (Rire). Il m’a dit : « Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. » Une fois que j’étais debout, il m’a expliqué la physiologie du corps, l’attirance de la terre et du ciel, etc. Et il est parti vers la circulation de l’énergie. Il m’a dit : « Venez demain, à 19 h, à tel endroit… » Et j’ai découvert ses cours de Qi Gong et de Tai Chi Chuan. Je n’avais jamais vu ça ! Emballé, je lui ai demandé des cours supplémentaires, qu’il m’a donnés dans l’arrière-cour (4m2 !) de son épicerie. Au bout d’un an, il m’a dit, mystérieusement : « Tu m’en demandes trop. Va voir mon propre maître en Chine. Tu découvriras des choses que je ne peux pas te donner… »

C’est là que vous avez découvert le chamanisme ?

Oui, même si cela n’était pas nommé comme ça… Je suis parti à Taïwan, avec une lettre de recommandation en chinois. Je suis tombé sur un maître d’arts martiaux qui m’a offert son enseignement, en échange de corvées. Cet homme-là, d’origine sino-vietnamienne (de mère Hmong, de père Chinois), était chamane. Peu à peu, il m’a transmis les rudiments du chamanisme, en m’apprenant à sortir de mes routines mentales. Au bout de onze mois de travail intensif, j’ai eu envie de rentrer. De retour à Paris, déboussolé, en furetant dans une librairie du quartier latin, je trouve, par terre, un livre. Je me penche, la tête en bas une fois encore ( !), et je l’attrape… C’était L’herbe du diable et la petite fumée, le premier livre de Castaneda. Je l’ai acheté et dévoré. Après, j’ai lu tous ses ouvrages (il y en a dix). Et j’ai commencé à pratiquer un certain nombre de choses. Je lisais en parallèle d’autres livres sur le chamanisme, pour savoir ce qu’était le chamanisme en-dehors de ce que me faisait faire mon maître chinois… qui n’appelait d’ailleurs pas ça du chamanisme ! Pendant une douzaine d’années, j’ai fait des lectures et des relectures de Castaneda (j’ai lu chaque livre entre 20 et 25 fois, à présent), parce qu’il y a des choses difficiles à comprendre pour un Occidental.

C’est une vision du monde fort éloignée de la nôtre…

Absolument. Don Juan, qui a formé Castaneda, lui livre la connaissance du chamanisme, par petites doses dispersées le long de randonnées, notamment dans le désert de Sonora (Mexique). Pour extraire de ça une métaphysique cohérente, une compréhension du monde différente de celle dans laquelle j’ai été élevé (imprégnée d’une vision chrétienne et scientifique), il était essentiel de pénétrer derrière le texte pour avoir la clé. Nombre de personnes ont lu Castaneda, mais beaucoup reconnaissent qu’elles n’ont pas compris grand chose, à part les anecdotes rigolotes. J’ai réalisé, en fait, qu’il fallait que j’apprenne à lire. Bien que j’ai lu beaucoup, là j’étais face à une manière radicalement nouvelle d’appréhender les choses. C’était une lecture pénétrante : je lisais et ça rentrait dans mon cœur, au lieu de rester seulement dans la tête. Petit à petit, comme je pratiquais également des exercices ramenés de Chine, des canaux de compréhension s’ouvraient en moi, que je n’aurais pas pu ouvrir sans cette conscience du corps.

La connaissance passe-t-elle par le corps ?

Il y a une intelligence dans le corps. Quand vous travaillez à comprendre quelque chose intellectuellement et, qu’en même temps, vous faites quelque chose avec votre corps qui est en harmonie avec ce que vous apprenez intellectuellement, la compréhension galope. De l’importance de développer une conscience profonde du corps ; le chamanisme toltèque propose des exercices pour y parvenir. Au bout de quatorze ans, il me semblait que j’avais suffisamment compris et intégré de choses pour commencer à partager ça avec les gens, en organisant des stages de 1er niveau, pour apprendre les rudiments de ce qui est une autre façon de vivre. J’ai repris également les voyages, et grâce au contact que j’avais gardé avec mon maître chinois, j’ai eu des propositions de rendez-vous avec des petits groupes de chamanes (ne faisant absolument aucune publicité autour de leurs activités) qui se rassemblaient pour travailler ensemble dans la nature, en Finlande, en Europe Centrale (Tatras), au Mexique, en Mongolie, etc.

La légitimité de Carlos Castaneda est à présent contestée, et l’existence de Don Juan mise en doute… N’est-ce pas déstabilisant ?

Je dis aux gens : « Imaginons que tout cela soit imaginé… ce serait encore plus formidable ! » Pour certains, Castaneda aurait raccroché des petits bouts de connaissances – un peu de bouddhisme, un peu d’esprit taoïste, avec le yin et le yang pour la notion de dualité (entre parenthèses, le taoïsme, c’est du chamanisme ; mon maître m’a en tout cas élevé dans cet esprit-là, à Taïwan), etc. Si c’est imaginaire et que cette initiation n’a pas existé, alors c’est un rêve du futur. Il a rêvé notre futur ; voilà qui est encore plus génial !

Venons-en à la question de la réalité du monde, sujet central dans le chamanisme…

Regardez le monde qui est là, autour de nous : cette table, ces biscuits, cet arbre… Il y a un grand axe de travail intérieur pour accéder au chamanisme, qui se résume ainsi : le monde est-il objectif ou subjectif ? Le monde existe-t-il en soi, indépendamment du sujet qui l’observe ? Ou chaque conscience qui regarde le monde est-elle en train de le créer, partiellement ou totalement ? Un grand sage indien a dit : « Le monde n’est pas tel qu’on le voit mais tel qu’on le regarde… »

Tout cela nous amène à l’anneau de pouvoir, autre axe métaphysique du chamanisme toltèque…

Pour définir simplement l’anneau de pouvoir, c’est le fait de prendre conscience, qu’en toutes circonstances, nous créons la réalité que nous vivons sur plusieurs plans. Sur un plan ontologique et sensoriel, nous sélectionnons les informations qui nous bombardent en permanence avec nos outils de perception ; nous faisons un « filtrage » en extrayant une petite partie qui correspond à notre culture et à notre individualité. Puis, nous interprétons cette information extraite pour juger de la réponse que nous allons donner à la situation. Et, là aussi, il y a un filtrage à travers nos valeurs personnelles. En fait, on crée l’événement de toutes pièces. Cette création de réalité est à la fois individuelle et collective (au travers de la subjectivité partagée). On comprend mieux pourquoi nous avons tant de mal à nous entendre ! !

C’est là que la physique quantique vient à la rencontre du chamanisme…

Oui, avec Heisenberg, notamment, qui affirme que le seul fait d’observer une particule fait que l’observateur intervient dans le destin de cette particule. Et sir Arthur Eddington, physicien quantique et mathématicien, a dit en fin de carrière : « Il se pourrait que cet univers ne soit que mental. » C’est du pur chamanisme !

Si tout ça n’est pas objectif, que répondre à une personne malade qui dit : « Le cancer dont je souffre existe, lui » ?

Il peut le transformer. C’est son rêve à lui. Et il peut changer de rêve ; c’est pourquoi les chamanes apprennent à rentrer dans leurs rêves et à en modifier le contenu. En apprenant à orienter délibérément le déroulement de leurs rêves, ils mettent en place le pouvoir de modifier profondément leur existence hors du rêve… qui est un autre rêve, d’ailleurs !

C’est ce qu’on appelle « faire du rêve »…

Oui. Concrètement, les chamanes apprennent à se réveiller dans leurs rêves pour aller vérifier, valider, ce concept majeur que cet univers que nous vivons au jour le jour est un rêve, collectif et individuel à la fois. Dans le chamanisme toltèque, il y a des techniques très précises pour faire du rêve. Normalement, quand vous rêvez, vous ne contrôlez pas votre rêve, vous le subissez. Imaginez qu’un monstre effrayant fonce sur vous, vous avez une trouille d’enfer : la plupart du temps, vous vous réveillez, en sueur, avec une impression de malaise. Quand vous contrôlez votre rêve, vous vous dites : « Je suis en train de rêver, donc toi le monstre recule. » Vous avancez, le monstre se dissout… et vous vous rendez compte que c’est vous qui l’avez créé. Il est sorti de votre imagination. Cela ne se fait pas du jour au lendemain : il y a tout un apprentissage à faire dans ce nouvel état de conscience, élargi, de ce que vous êtes. Rêver n’est pas vivre une illusion, un fantasme, mais créer un événement, une réalité.

Si l’on suit la voie du chamanisme toltèque, les rituels tiennent-ils une place importante pour atteindre une transformation intérieure ?

Les rituels ont une place, mais pas aussi importante qu’on veut le croire en Occident. J’en profite pour mettre en garde les gens, afin de bien distinguer un chamanisme « bon enfant » (rattaché à une nostalgie de la vie sauvage et à une compassion pour les peuples chamaniques) – à base de rituels type « sweat lodge » (hutte de sudation), de tambourinades, de chants pseudo-indiens – et un chamanisme plus rigoureux, intérieur, très exigeant qui, lui, n’a rien à voir avec ce chamanisme folklorique. Ce dernier est très loin d’un changement de paradigme, nécessaire pour entrer dans un vrai chamanisme.

Que faut-il, alors, pour entrer dans un vrai chamanisme ?

Je le répète : il faut changer nos paradigmes métaphysiques. Par exemple, dans toutes les voies spirituelles ou presque, il y a le concept de l’Un. Tout est un. Dieu est un. Dans le chamanisme, on ne voit pas les choses comme ça. C’est le deux qui préside aux destinées de l’Univers. Parce que le deux est dynamique (c’est cette fameuse dualité dynamique, évoquée plus haut). Le un est immobile. Le bien/le mal, le féminin/le masculin, le jour/la nuit sont complémentaires, parce qu’antagonistes ; ils se dynamisent l’un, l’autre.

Vous insistez : cette transformation personnelle exige un travail intensif, pour arriver à l’autoguérison…

Il faut agir, agir, agir ! C’est la clé du changement. Le problème des Occidentaux, c’est que tout est dans la tête mais ils ne passent pas à l’action. On en vient au troisième axe métaphysique du chamanisme (aux côtés de la dualité dynamique et de l’anneau de pouvoir) : c’est le pouvoir que les chamanes toltèques appellent intento, ou « l’intention » (mais ce mot en français n’a pas la même signification). En espagnol, intento ce n’est pas seulement « avoir l’intention de », mais c’est « essayer ». Donc, il y a de l’action ! L’intention, c’est à la fois la substance du pouvoir personnel et la façon de le nourrir. Un constituant et un outil. Une forme de volonté très particulière, qui est un processus circulaire. Je fais, intento se développe, comme intento se développe, je fais encore plus… comme je fais encore plus, intento se développe encore plus, et ainsi de suite. Un cercle vertueux se met en place. On peut être un collectionneur de stages, devenir très cultivé en développement personnel… mais le vrai changement dans la vie ne se fera que si on passe à l’action. Pas besoin de faire des dizaines de stages différents : dès qu’on a trouvé une méthode complète, qui travaille sur la tête, sur le cœur et sur le corps, ce n’est pas la peine d’aller chercher ailleurs. Il faut persévérer !

Il y aurait donc un lien de cause à effet entre agir et vouloir ?

Absolument ! C’est pourquoi avec intento, on peut s’autoguérir. Parce qu’en cultivant l’intention, on a accès au fil conducteur entre ce que veut l’esprit et ce que fait le corps. Soit un couloir magique (à « débroussailler ») qui mène de l’intention de l’esprit au changement dans le corps. L’autoguérison est alors à portée de main, du moins pour tout qui travaille sérieusement le nettoyage de son tonal (qui consiste à dépister et éliminer toutes les routines mentales, émotionnelles, corporelles et comportementales, dont nous avons compris qu’elles nous font du tort et perdre de l’énergie) et sa capacité de faire du rêve. Par là-même, on développe intento. Et c’est avec intento que l’on va trouver le chemin, etc. Un nouveau cercle vertueux se met en place qui mène à la plénitude de soi.

Claude, de son vrai prénom, mais dont son premier éditeur trouvait qu’il rentrait en « collision sonore » avec la première syllabe de son nom.

POUR ALLER PLUS LOIN

À lire : Le Chamanisme toltèque et le pouvoir de l’âme – Plénitude de soi et autoguérison (Dervy, 2013) et Pratique des gestes conscients toltèques – Énergie, santé et confiance en soi (Médicis, 2012) de Paul Degryse.
Plus d’infos sur les activités de Paul Degryse (stages, coaching chamanique, conférences, livres…) : www.chamanisme-ecologie.com