portrait de Yves Rasir Réagissant à ma lettre de la semaine dernière,  certains d’entre vous se sont étonnés que je ne me range pas spontanément parmi les ardents défenseurs de  Mirko Beljanski, ce biologiste controversé dont la fille Sylvie cherche aujourd’hui à réhabiliter la mémoire et à faire reconnaître les découvertes « dont la France n’a pas voulu ».  Cet étonnement m’étonne à mon tour et me laisse penser que je ne suis pas suffisamment explicite et nuancé dans l’expression de mes opinions. Permettez-moi donc d’étayer mon point de vue et d’apporter trois réflexions supplémentaires. Primo, il ne fait pas de doute à mes yeux que Beljanski était un savant de premier plan, précurseur dans  la découverte du rôle de l’ARN et à ce titre pionnier de l’épigénétique. Avec ses 133 publications scientifiques et l’invention de son « oncontest »,  dont le principe de détection sanguine est aujourd’hui récupéré par d’autres chercheurs, l’ancien collaborateur de l’Institut Pasteur mériterait tous les honneurs de la médecine académique française au lieu de figurer au palmarès de ses pestiférés. Secundo,  je suis tout aussi persuadé que ce brillant défricheur du vivant a été très injustement persécuté. Même si  la commercialisation  de ses produits anticancéreux  constituaient  bel  et bien un « exercice illégal de la pharmacie », la répression qui s’est abattue sur lui et son équipe au début des années 90 est totalement injustifiable puisque personne n’a jamais déposé plainte à son encontre et que des centaines de malades ont même témoigné en sa faveur. Pour moi, la liberté thérapeutique implique que le patient devrait toujours avoir le choix de se soigner comme il l’entend, qu’importe si la méthode et le praticien n’agréent pas les autorités de santé. 
 
A posteriori, je pense que  Beljanski représentait une sérieuse menace pour le business du cancer (ainsi que pour celui du sida) et que les grandes firmes pharmaceutiques ont intrigué pour le mettre hors d’état de nuire à leurs intérêts. Impossible d’analyser autrement la violence et  l’acharnement avec lesquels les gens de pouvoir ont détruit la réputation de cet homme et ont obligé sa famille à s’exiler après avoir anéanti  la possibilité de poursuivre ses activités. Sylvie Beljanski a bien raison de nous rappeler cette honteuse affaire et de rendre hommage à son père,  victime d’une véritable chasse aux sorcières. Ceci dit, et c’est la troisième réflexion que je voulais vous partager, je ne pense pas que le martyr puisse être qualifié d’hérétique. Ni que ses produits représentent une réelle alternative thérapeutique. Beljanskihimself considérait ses « remèdes » comme des traitements complémentaires aux protocoles classiques, dont il n’a jamais remis en cause la logique purement allopathique. Certes moins toxiques pour les cellules saines, les plantes  entrant dans la composition de ses potions font office d’armes d’appoint à la guerre (chimique, hormonale et/ou nucléaire) déclarée au cancer mais ne sont pas destinées à  en traiter ses causes. Son produit immunostimulant  à base d’ARN bactérien a pour fonction de faire mieux supporter les lourds bombardements anti-tumoraux  mais n’ambitionne pas non plus de s’y substituer. Bref, Beljanski n’était nullement un dissident de l’oncologie et son regard sur la maladie était parfaitement conforme à la vision conventionnelle. Les recherches entreprises aux États-Unis sous l’impulsion de son épouse Monique ne sont  pas davantage de nature à soulever l’enthousiasme : elles visent toutes à débusquer un éventuel effet antimitotique sans s’écarter du modèle dominant du crabe diabolique à combattre et abattre.  Si elles montrent que les  produits Beljanski inhibent les cellules cancéreuses cultivées en éprouvette et réduisent la taille des tumeurs in vivo, les études américaines peinent à confirmer une utilité clinique et un quelconque pouvoir curatif. Rien de très convaincant là-dedans, à mon avis. 
 
Pour m’inciter à en changer, un lecteur bien intentionné m’a envoyé l’enregistrement d’une émission radio remontant à 1996 et mettant en présence trois des plus vibrants sympathisants de Mirko Beljanski, disant tous les trois avoir bénéficié de ses traitements contre le cancer ou le sida . Vérification faite, il s’avère que le premier est décédé d’immunodéficience l’année suivante,  que le second a succombé à une embolie à seulement 58 ans et que le troisième, toujours en vie, souffrait d’un cancer de l’intestin relativement anodin et finalement traité par rayons et chimio. On ne peut pas vraiment dire que ce trio de plaideurs a justifié les espoirs par eux suscités ! Atteint lui-même en 96 d’une leucémie aiguë, Mirko Beljanski n’a pas été sauvé par sa pharmacopée. À l’époque, ses supporteurs ont affirmé qu’il lui devait deux brèves périodes de rémission. Mais après son décès, deux ans à peine après le diagnostic, la légende a circulé qu’il n’avait pas pu se soigner en raison de la saisie de ses stocks.  Tentative de réécrire l’histoire ? En tout cas, le cordonnier ne disposait pas de bonnes chaussures. Comme bien d’autres prétendants à la victoire contre le cancer, Beljanski fut terrassé par lui. Ce qui est sûr et qui saute aux yeux, c’est que le savant déchu a développé son affection de la moelle osseuse consécutivement aux attaques infamantes qu’il avait subies. Ses partisans et ses proches furent les premiers  à faire le lien entre sa  foudroyante maladie et le stress intense infligé par ses tourmenteurs qui l’on traité en criminel et lui ont envoyé les gendarmes pour fermer son labo.  Selon plusieurs sources, la vue de sa femme brutalisée et menottée devant sa fille alors âgée de 10 ans  l’avait littéralement tétanisé. Certains de ses amis sont allés jusqu’à parler d’un « assassinat psychique » perpétré par ses ennemis. J’adhère complètement à cette formule et  voilà, selon moi, le précieux legs de Mirko Beljanski : par sa maladie mortelle clairement imputable à des chocs émotionnels et par l’efficacité faible, sinon nulle, de ses produits, il a involontairement donné crédit à une médecine authentiquement nouvelle et naturelle. Je présume que vous voyez laquelle et je suppose que vous comprenez mieux pourquoi je lui accorde une telle primauté rédactionnelle…