« Si on vit plus longtemps, c’est quand même grâce à la médecine moderne ». Au hit-parade des lieux communs et des idées reçues, cette ritournelle indétrônable occupe la première place depuis des lustres ! On peut la lire et l’entendre un peu partout, même sous la plume ou dans la bouche de personnes pourtant critiques envers l’allopathie. Selon cette rengaine, l’allongement de l’espérance de vie enregistré depuis deux siècles serait principalement imputable aux progrès médicaux. C’est aux innovations et aux grandes victoires médicales que l’espèce humaine devrait l’augmentation de sa longévité. Rien n’est cependant plus faux ! Il n’y a absolument aucun rapport, ou alors un rapport infiniment mince, entre la durée de vie moyenne d’une population et les prétendues avancées thérapeutiques dont elle bénéficie. Dans ce dossier, nous allons confronter la légende aux faits et montrer qu’il n’y a pas de lien de causalité entre l’évolution de la médicalisation et l’élévation de l’espérance de vie. Au contraire, il y a de bonnes raisons de penser que « l’art de guérir » avance généralement l’heure de mourir et retarde celle de vieillir en bonne santé. L’illusion du lien entre médecine et longévité est entretenue par la manipulation des chiffres et l’occultation des vrais motifs pour lesquels l’âge de décès est en recul.

En septembre dernier, tous les médias ont fait leurs choux gras d’une étonnante étude effectuée à l’Université d’Essex et qui révèle que les Européens ont grandi de 11 cm en moyenne en 100 ans ! En analysant la taille des jeunes adultes nés entre 1870 et 1980 dans quinze pays d’Europe, les chercheurs britanniques ont en effet découvert qu’elle était passée en moyenne de 1,67 m à 1,78 m. Ce qui est amusant, c’est que ces mêmes médias ont mis en exergue, parmi les nombreuses raisons évoquées pour expliquer cette augmentation, celle des « progrès de la médecine ». Mais qu’est-ce que ceux-ci viennent faire là-dedans ? Comment peut-on affirmer que les soins médicaux ont à voir avec ce gain taille ? En quoi la médicalisation de la société est-elle responsable du grandissement des individus ? Restons sérieux : si elle existe, cette relation causale est certainement très marginale. Bien sûr, une longue et grave maladie peut enrayer la croissance d’un enfant. Et il est permis de croire que le meilleur accès aux structures hospitalières a pu, de temps en temps, en sauver un du dépérissement. Mais encore faudrait-il identifier le traitement salutaire ! Prenons par exemple le rachitisme : cette maladie infantile autrefois très répandue est due à une carence en calcium, en magnésium et, surtout, en vitamine D. C’est l’interdiction du travail des enfants dans la mine, la prescription d’huile de foie de morue, l’arrivée massive de produits laitiers et l’amélioration globale de l’alimentation qui a permis l’éradication du fléau, et pas un quelconque progrès médical ! En fait, la courbe de la taille des Européens épouse parfaitement celle du progrès social en général, et celle de la consommation de denrées animales en particulier. Si les Scandinaves et les Néerlandais sont les plus grands du continent, ils le doivent à leur amour des laitages , dont on sait très bien que les protéines et les hormones, à défaut de renforcer les os, favorisent leur poussée en longueur. Mais ceux qui ont grandi le plus vite en un siècle (de 12 cm en moyenne), ce sont les Espagnols. Comme quoi, la paëlla et le soleil, c’est encore plus efficace que le lait de vache.

Non, on ne vit pas beaucoup plus vieux qu’avant !

En tout cas, c’est pur fantasme d’attribuer à la médecine un rôle majeur dans le rehaussement des toises. Et si nous avons commencé ce dossier par cette réflexion de bon sens, c’est parce qu’on peut facilement arriver aux mêmes conclusions en remplaçant « croissance » par « espérance de vie ». Ce qui est vrai pour la taille du corps est tout aussi vrai pour sa durabilité. Sauf qu’ici, la désinformation repose sur une véritable mystification, celle qui consiste à nous faire croire que nous vivons aujourd’hui beaucoup plus vieux que jadis. En fait, les chiffres de l’espérance de vie sont complètement faussés parce qu’on calcule cette dernière à la naissance. Ce faisant, on escamote complètement l’impact très important de la mortalité néonatale et infantile. « En 1909, peut-on lire par exemple sur le site capital.fr, l’espérance de vie de l’humanité était en moyenne de 33 ans. Un siècle plus tard, elle atteint 67 ans. Principale raison : les fantastiques progrès de la médecine ». Ce genre de raccourci est doublement stupide parce qu’il insinue que nous avons gagné une vie en un siècle et que le chemin entre le berceau et la tombe a été multiplié par deux grâce à l’homme blanc et à ses inventions médicales. Or ce n’est pas parce que l’espérance de vie à la naissance était de 33 ans au siècle dernier que les gens ne vivaient que 33 ans ! Le seul véritable progrès qui permet d’ éclairer cette présentation tronquée, c’est la chute de la mortalité des mamans lors des accouchements et celle des enfants pendant leur première année de vie. La mortalité infantile mondiale a encore été divisée par 2 en l’espace de 20 ans. Selon les statistiques de l’Unicef, le nombre de décès de nourrissons est passé de 12,6 à 6,6 millions entre 1990 et 2012. Petite illustration de l’impact : en République démocratique du Congo, les hommes ont une espérance de vie à la naissance de 47 ans. Chez les voisins du Congo Brazzaville, elle est de 53 ans. Pour comprendre cet écart de 6 ans, il suffit de comparer le quotient de mortalité « infanto-juvénile » qui est de 168 pour 1 000 dans l’ex-Zaïre et de 99 pour 1 000 dans l’autre Congo. En Occident, si l’espérance de vie à la naissance est passée de 33 ans en 1800 à 47 ans en 1900 et à 79 ans en 2000, c’est exactement pour la même raison, à savoir le recul des décès précoces et le mode de calcul qui le dissimule. Si on déplace le curseur, la réalité chiffrée est très différente. Depuis 1980, les Français ont gagné six ans d’espérance à la naissance, mais seulement trois à 60 ans. Selon les chiffres du CDC américain, l’espérance de vie à l’âge de 20 ans est seulement passée de 62 ans en 1900 à 71 ans en 1950 et à 78 ans en 2002. Autrement dit, on ne vit pas beaucoup plus vieux qu’avant, mais on meurt beaucoup moins jeune. Nuance !

Le révisionnisme obstétrique

La nuance est importante, car ceux qui l’évacuent partent du principe que la régression de la mortalité périnatale est de toute façon une grande victoire de la médecine. Et ça, c’est carrément du révisionnisme ! C’est en effet à la fin du XIXème siècle que la mortalité générale a commencé à décliner, tandis que la mortalité maternelle et infantile a suivi une courbe bien différente et a continué à augmenter au cours des premières décennies du XXème siècle. Alors même que les femmes enceintes avaient un meilleur accès à l’eau propre, à un logement décent et à une alimentation adéquate, elles mourraient toujours massivement en donnant la vie, et nombreux étaient les nouveau-nés qui développaient une infection souvent fatale. Dans les années 1920, la moitié des morts maternelles et infantiles était toujours imputée à cette maladie fulgurante appelée « fièvre puerpérale ». Mais ce qu’on oublie volontiers aujourd’hui, c’est que cette affection avait un autre nom, on l’appelait aussi « la fièvre des hôpitaux » ! Autrefois, lorsque l’accouchement se déroulait à la maison avec l’aide des sages-femmes, la fièvre puerpérale était relativement rare. C’est seulement lorsque les médecins s’en sont mêlés et qu’ils sont devenus obstétriciens que les choses se sont gâtées. Avec la création des grandes cliniques d’accouchement (par exemple l’hôtel-Dieu à Paris au XVIIème siècle), le mal s’est mis à flamber tant en fréquence qu’en gravité. La cause ? Un manque d’hygiène épouvantable ! Les femmes accouchaient dans la saleté, au milieu des blessés et des cadavres, et les toubibs ne se lavaient même pas les mains entre deux interventions. Pour que les habitudes évoluent, Il aura fallu qu’un médecin autrichien, le Dr Ignaz Semmelweiss, observe que ses collègues de l’hôpital de Vienne propageaient la fièvre puerpérale en enchaînant autopsies et accouchements . Et encore ! De son vivant, le Dr Emmelweiss fut tellement ridiculisé qu’il termina son existence à l’asile, où il mourut misérablement en 1865. Méprisé par ses pairs, il fut rejeté par l’institution qui contesta violemment ses idées hygiénistes. Si la propreté la plus élémentaire a fini par s’imposer dans les maternités, ce n’est qu’après une longue résistance de la médecine en place. Mais s’il n’y avait que ça ! Non contente de semer la mort avec ses mains crasseuses, la gent médicale a fait pire en multipliant les « nouvelles techniques » comme le forceps, l’épisiotomie ou la césarienne. Si elles sauvaient sporadiquement quelques vies, ces innovations provoquaient le plus souvent le décès de la parturiente par perte de sang et infection. Certes, l’arrivée des sulfamides a permis d’enrayer le phénomène par la lutte antiseptique. Mais pendant très longtemps, jusque dans les années 30 au moins, les femmes qui accouchaient à l’hôpital ont couru plus de risques que celles qui restaient à domicile. De nos jours, il semble que les premières soient légèrement mieux protégées que les deuxièmes. Et que le cadre médical des maternités et des maisons de naissance soit également plus sécurisant pour les bébés. Historiquement, il est cependant très clair que la médicalisation de l’accouchement est à mettre au passif de la médecine. A fortiori, elle n’a eu aucun impact positif sur l’espérance de vie.

Le « médicamensonge » biocidaire

On voit donc où se situe l’illusion : l’invention des antibiotiques sulfamidés n’est pas un authentique progrès mais une planche de salut qui a permis de masquer une régression. Ce qui a fait chuter la mortalité maternelle, c’est surtout un mélange de croissance économique et de progrès social. Mieux nourries, les femmes furent de moins en moins nombreuses à souffrir de rachitisme, cause de déformations osseuses et notamment de dystocie cervicale, une anomalie de l’os pelvien qui rend l’accouchement naturel très douloureux et périlleux. Parallèlement à cette amélioration de leur statut nutritionnel, les femmes ont pu choisir d’espacer leurs grossesses, ce qui est déjà en soi un critère de progrès sanitaire et qui a débouché sur une diminution des avortements clandestins, une des principales causes de mortalité chez les femmes enceintes. Au final, l’évolution favorable de la survie maternelle n’a que très peu de rapport avec l’apport des médicaments. D’ailleurs, la médecine pasteurienne et son arsenal biocide ne peuvent nullement se prévaloir d’une quelconque victoire sur la maladie. Bien sûr, il arrive que des individus échappent à la mort parce qu’un traitement antimicrobien les sauve d’un processus infectieux. Mais collectivement et statistiquement, la guerre aux germes n’a jamais triomphé de rien, même pas de la tuberculose ! Vous en doutez ? Il y a pourtant des chiffres qui ne mentent pas. Au début du XIXe siècle, on estime que la phtysie, comme on l’appelait alors, tuait 700 personnes par an par tranche de 100 000 habitants. En 1882, année ou Koch découvre son fameux bacille et lui attribue un rôle causal dans la maladie, la tuberculose avait déjà régressé de moitié. En 1910, au moment où l’on créait les premiers sanatoriums, elle avait déjà décliné de trois-quarts. Et par la suite, ni la technique du pneumothorax, introduite en 1930, ni l’antibiothérapie adoptée vers 1950 , n’ont eu d’effet sensible sur la pente de la courbe. De toute évidence, son inclinaison descendante n’est pas due à la médecine, A égalité de soins et d’infrastructures, les pauvres continuent à la contracter quatre fois plus souvent que les riches ! Certes, la science médicale a mis au point des traitements de plus en plus efficaces. Mais pour l’essentiel, la bataille a été gagnée en dehors d’elle. Le même genre de démonstration peut être fait pour d’autres grands fléaux, comme le choléra ou la fièvre typhoïde. Un simple infirmier peut traiter ces pathologies très efficacement, mais elles avaient déjà pratiquement disparu d’Europe lorsque les bactéries censées les provoquer ont été isolées. Ni la pénicilline ni aucun autre remède « antivie » n’ont eu d’influence notable sur l’évolution des grandes maladies infectieuses. Il est donc mensonger de leur attribuer un rôle dans la hausse de l’espérance de vie.

La grande supercherie vaccinale

Avec les vaccins, le mensonge confine à la manipulation des foules. On nous fait croire que leur invention a sonné le glas des grandes épidémies et qu’ils seraient donc LA cause par excellence de l’allongement de la vie humaine. Au café du commerce, c’est l’argument « tarte à la crème » favori des dévots de Pasteur. Mais ce dogme repose sur l’énorme supercherie qui consiste à faire débuter les courbes de décroissance des maladies au moment des campagnes de vaccination. Lorsque les graphiques partent de plus loin, c’est-à-dire qu’ils commencent plusieurs décennies ou plusieurs siècles avant l’arrivée des vaccins, on peut constater que le déclin des épidémies était déjà entamé, bien avancé, voire quasiment achevé. Par exemple, on peut voir que la mortalité par diphtérie, coqueluche et rougeole avait déjà diminué de 90% au moment où la vaccination obligatoire contre ces pathologies a été introduite. Et que ce fléchissement progressif ne s’est même pas accéléré après l’introduction des vaccins. Avec un tableau qui prend 1945 comme « année zéro », l’impression est évidemment très différente et totalement trompeuse : la descente semble démarrer à cette date et se prolonger en proportion de la couverture vaccinale. C’est une pure illusion ! Les prétendues victoires de l’immunisation artificielle ne sont jamais que de vulgaires tours de passe-passe statistiques. Des tours d’ailleurs mal réussis puisque, régulièrement, les faits viennent réfuter la foi pasteurienne sous la forme de flambées épidémiques dans des populations pourtant dûment « protégées ». Incapables d’escamoter ces pics récurrents de rougeole, d’oreillons ou de coqueluche , les illusionnistes vaccinalistes s’efforcent alors de détourner l’attention en nous rappelant l’éradication de la variole , la quasi-disparition de la poliomyélite ou l’extrême rareté du tétanos. Mais ce brelan n’est pas plus convaincant ! Pour ce qui est du tétanos, je vous renvoie à l’article de notre collaboratrice Françoise Joët (page 16 à 18). Le livre qu’elle vient de republier porte le juste titre de « Tétanos : l’illusion vaccinale » . En ce qui concerne la polio, Néosanté a déjà remis les pendules à l’heure en montrant que la maladie avait surtout changé de nom – depuis la « fin » de la polio, les méningites ont explosé – et qu’elle a régressé parallèlement au reflux de ses causes iatrogènes (Néosanté n° 23, mai 2013). S’agissant de la variole, je vous oriente vers les livres de la journaliste Sylvie Simon et vers celui du biologiste Michel Georget (ouvrages disponibles dans notre médiathèque) : vous y apprendrez peut-être que l’horrible maladie n’a pas été vaincue par la vaccination, mais bien par une stratégie d’endiguement et de quarantaine. Là où le vaccin avait ostensiblement échoué, quelques mesures de précaution ont fait merveille ! Au demeurant, ce fléau était aussi en perte de vitesse lorsque la médecine l’a pris pour cible. Si ça tombe, les épidémies de variole se seraient tout aussi bien éteintes naturellement avec le temps. Après tout, la peste noire a sévi pendant des siècles dans le monde entier et a totalement disparu de la planète sans l’aide d’un vaccin. Dans nos régions, le choléra, la lèpre, la fièvre scarlatine ou la malaria ont également sombré sans l’assaut des seringues. Contrairement à ce que prétend l’incessante propagande officielle, l’inoculation de microbes pour stimuler l’immunité n’a jamais démontré son utilité pour enrayer les maladies, et encore moins son impact positif sur l’espérance de vie.

La victoire des plombiers et des paysans

Et si c’était l’inverse ? Il est quand même étrange que des épidémies se déclarent encore dans des pays où la couverture vaccinale est presque totale. On voit par exemple ressurgir la diphtérie et la poliomyélite dans les pays du bloc de l’est, où l’on a pratiqué pendant 50 ans la vaccination de masse systématique. Il est légitime de penser que non seulement ces vaccins n’ont pas été aussi efficaces qu’on le dit, mais qu’ils ont aussi engendré des modifications microbiennes liées aux souches vaccinales. On assiste ainsi à un regain de pathologies infectieuses que l’on croyait avoir jugulées et qui refont surface avec plus d’agressivité. Si elles ont reflué au siècle dernier, ce n’est en tout cas pas en raison des « formidables progrès médicaux ». Chronologiquement, leur extinction est davantage liée à l’assèchement des marais, au traitement de l’eau potable, à l’arrivée de l’eau courante dans les habitations et à la généralisation des égouts, bref à une question de canalisations. Il est tout aussi limpide que la fin des grandes famines, la disparition progressive des périodes de disette et la raréfaction de la malnutrition ont pesé lourd dans le bond en avant de la longévité. De nos jours, c’est la malbouffe et les maladies de l’abondance qui font rage. Aux siècles passés, ce sont les carences alimentaires qui faisaient des ravages. A force de cultiver une certaine nostalgie et de s’indigner devant les excès de l’agrobusiness, on oublie en effet que nos grands-parents et leurs parents étaient bien moins bien nourris que nous le sommes aujourd’hui ! Prenons par exemple la vitamine C, alliée précieuse du système immunitaire. Avant-guerre, seuls les riches pouvaient se payer oranges et citrons. Les kiwis et les cerises acérola, on ne connaissait même pas. L’apport principal se situait dans les légumes verts et dans les pommes de terre, mais la cuisson la détruisait en bonne partie. A elles seules, l’arrivée des fruits exotiques sur les tables occidentales et la synthèse de l’acide ascorbique ont probablement joué un rôle bien plus important que la médecine dans l’amélioration de la santé publique ! D’ailleurs, certains chercheurs estiment que le sillon avait déjà été creusé par la pomme de terre. Bien que désactivée par la chaleur, sa vitamine C demeure partiellement disponible pour le consommateur. Et comme la patate, aliment populaire par excellence, a envahi les assiettes dans les plus humbles chaumières, c’est peut-être elle, et non les médicaments et les vaccins, qui a fait reculer les grandes épidémies ! N’en déplaise aux végétariens, on pourrait aussi parier que la démocratisation de la viande, avec ses protéines de grande qualité et sa richesse en minéraux, a joué un rôle considérable. De même, malgré tous ses défauts, le pain et son gluten protéique ont fait probablement moins de mal que de bien pour débarrasser nos régions de la malnutrition. Bref, le progrès sanitaire fut essentiellement d’ordre alimentaire et hygiénique, ce qui a fait dire au virologue Peter Duesberg, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Berkeley, que « les scientifiques et les médecins s’attribuent la gloire d’une évolution qui est due en réalité aux plombiers et aux paysans ! C’est grâce à eux que s’est développée une meilleure hygiène de vie et que l’on a pu avoir une meilleure nourriture. Avec une bonne nutrition, vous vous assurez un bon système immunitaire et vous n’êtes pas la proie des maladies ».(1)

On éloigne sa tombe avec les dents

Et jusqu’à preuve du contraire, ne pas être la proie des maladies est une bonne façon de prolonger son séjour terrestre. Comment le rôle central des habitudes alimentaires dans l’espérance de vie peut-il être négligé alors que leur influence capitale sur la longévité des peuples et des individus est allègrement prouvée ? S’il y tant de centenaires en Crète, en Equateur ou à Okinawa, ce n’est certainement pas du à leur consommation intensive de soins médicaux, mais bien à leur façon de s’alimenter. On peut résumer ces « régimes de longue vie » à trois caractéristiques principales : la frugalité, la densité nutritionnelle et la disponibilité de bonnes protéines. À Okinawa, par exemple, un habitant n’ingère en moyenne que 1 800 calories par jour, alors qu’un Occidental moyen en absorbe quotidiennement entre 2 300 et 2500. Or, on sait maintenant, par des études faites sur des rats et sur des singes, qu’un régime frugal est une clé de longue vie. Chez les animaux de laboratoire, une restriction calorique de 30% peut diviser la morbidité de moitié et doubler la longévité ! Ce qui caractérise également le régime Okinawa, c’est que les aliments y sont très peu dénaturés et qu’ils présentent une concentration élevée en vitamines, minéraux et acides gras Oméga 3. Certains d’entre eux (curcuma, ail noir…) sont même de puissants antioxydants. Rien d’étonnant donc que analyses de sang effectuées sur les centenaires japonais révèlent des taux très bas de radicaux libres, ces particules qui provoquent le vieillissement prématuré et ouvrent la porte aux pathologies dégénératives. En plus de son caractère hypocalorique et nutritif, l’alimentation traditionnelle de l’archipel présente d’énormes avantages protéiques : les laitages brillent par leur absence, le soja se consomme essentiellement sous forme lactofermentée, la viande de porc provient de cochons élevés en liberté, les algues sont omniprésentes ainsi , bien sûr, que les poissons de mer. Avec les escargots et les plantes sauvages bien plus nourrissantes que les végétaux cultivés, les ressources de la pêche sont aussi un des atouts majeurs du fameux régime crétois. En fournissant à la fois des protéines et des graisses de haute qualité, le poisson est sans doute le meilleur ami de l’espérance de vie ! La science l’a d’ailleurs bien démontré. Selon une récente étude menée à l’Université d’Harvard, la consommation de poisson gras chez les personnes âgées de 65 ans et plus réduit la mortalité globale de 27 % et la mortalité cardiovasculaire de 35 %. Les grands « piscivores » vivent en moyenne 2,2 années de plus que les non-mangeurs de poisson ! Le mois dernier, Néosanté évoquait une autre recherche, européenne celle-là, montrant que la consommation de fruits et légumes crus est également associée à une réduction importante de la mortalité. Il est probable que ces aliments végétaux ralentissent le vieillissement grâce à leur teneur en polyphénols, car des chercheurs espagnols (voir rubrique Nutri-infos en page 39) viennent de mettre en évidence que ces molécules antioxydantes pouvaient réduire la mortalité de 30 % ! Bref, il est vraiment risible de décerner à la médecine moderne des lauriers revenant manifestement aux habitudes alimentaires et aux traditions culinaires. On atteint l’âge de son assiette, point à la ligne.

Les faits qui dérangent

Imaginons un instant que ce ne soit pas le cas et que le « progrès médical » soit pour quelque chose dans le gain global de longévité. Logiquement, les statistiques par pays devraient montrer un lien entre l’espérance de vie des citoyens et leur accès à cette médecine si bienfaisante. Il devrait notamment y avoir de grandes différences entre les pays qui dépensent beaucoup pour la santé de leurs habitants et des pays qui y consacrent très peu de moyens. Ou bien des écarts importants selon le nombre de médecins répertoriés au kilomètre carré. Or, les chiffres ne reflètent jamais de telles associations ! Dans son livre Nemesis medicale (2), paru en 1975, l’écologiste Ivan Illich faisait déjà le constat que les espérances de vie sont quasiment identiques dans des pays très inégalement développés du point de vue médical. Par exemple, les Américains dépensaient à l’époque 320 dollars par tête et par an en soins médicaux, les Jamaïquains à peine 9,60 dollars. Il y avait chez les premiers 15,6 médecins pour 10 000 habitants contre 4,9 chez les seconds. Mais l’âge moyen de décès était quasiment le même en Amérique (70 ans) qu’en Jamaïque (69) ! Au vu de ces données, Ivan Illich se demandait déjà : à quoi rime, dans les régions industrialisées, l’expansion insensée des dépenses de santé ? Quel sens a la course au nombre de médecins, à la création de lits d’hôpitaux, à la production de médicaments ou à l’acquisition d’équipement coûteux si les Américains ne se portent pas mieux que les Jamaïcains ? De l’eau a coulé sous les ponts, mais les faits sont toujours aussi têtus. En allant voir les toutes dernières statistiques mondiales, j’ai par exemple appris que l’espérance de vie en Albanie (77 ans) est plus élevée qu’en Arabie Saoudite (74 ans). Il est pourtant patent que les pauvres Albanais jouissent d’un système de soins médicaux bien moins « performant » qu’au pays de l’or noir. Avec leurs pétrodollars, les cheikhs pourraient se payer un check-up par jour ! Autre fait troublant : entre 2002 et 2012, l’espérance de vie du Brésilien est restée bloquée à 72 ans alors que ce pays émergent a connu une fulgurante croissance économique et une croissance concomitante de ses dépenses de santé. Bizarre, car il y a quand même des chiffres indiquant une relation étroite entre le niveau de vie et l’espérance de vie. Par exemple, un habitant du Lichtenstein vit 3 ans plus vieux qu’un Allemand, un Monégasque meurt en moyenne à 89 ans, un Français à 81 ans ! La seule façon de comprendre ces disparités, c’est d’appréhender leur plus grande causalité, à savoir les inégalités sociales. S’il n’a jamais été prouvé que la médicalisation d’une société engendrait un gain de longévité, le lien entre l’espérance de vie et certains critères sociaux est en revanche certain. Pour vivre vieux, il est préférable d’être puissant que miséreux, alphabétisé qu’illettré, travailleur que chômeur, employé qu’ouvrier, etc. Aux Etats-Unis, Les Noirs vivent 5 ans de moins que les Blancs ! Dans nos pays, il est frappant que l’espérance de vie a augmenté au rythme des conquêtes sociales, de la scolarisation des enfants à l’émancipation des femmes, en passant par l’allègement du temps de travail, les congés payés ou le système de pension. Selon certains démographes, la retraite à 60 ans a fait gagner 7 ans de vie aux Français ! Sur le long terme, la progression de la longévité suit étroitement la décroissance du nombre d’emplois industriels au profit du secteur tertiaire. Elle suit également l’évolution favorable de la criminalité violente, celle de la sécurité routière, et même celle de l’alcoolisme, autrefois plus ravageur. C’est en additionnant tous ces petits progrès que l’on obtient l’explication de la pérennité humaine, et pas en brûlant un cierge à Sainte Médecine classique.

Mathusalem n’était pas un gamin

Mais il faut insister là-dessus : la hausse de l’espérance de vie est bien plus une fiction qu’une réalité. Rappelons que la baisse de la mortalité infantile fausse complètement le tableau. En deux siècles, on est passé de 200 décès pour 1 000 naissances en France à environ 4 aujourd’hui. Depuis 1960 (27 décès pour mille naissances), la mortalité infantile a donc encore été divisée par sept ! Si on supprime ce trompe-l’œil statistique, on ne peut pas dire que l’Homme moderne vit beaucoup plus vieux que ses aïeux. De nombreux personnages de la Renaissance du Moyen-Age dont nous connaissons la biographie ont vécu jusqu’à un âge très avancé. Au XVIe et XVIIIe siècle, malgré guerres, épidémies et famines, « un adulte sur deux approchait la soixantaine et une fraction importante la dépassait » (3). Les données que l’on possède sur l’Antiquité montrent que les Romains et les Grecs vivaient communément jusqu’à 80 ans, comme Platon et Thalès de Millet. Pythagore a eu le temps de peaufiner son théorème puisqu’il a poussé son dernier soupir à 90 ans ! Et si l’on en croit la bible, l’âge canonique était loin d’être une exception à l’aube de la civilisation. Certes, il est difficile de croire que Mathusalem a vraiment vécu 969 ans. Mais les spécialistes des mythes pensent que ceux-ci germent toujours sur un terreau de vérité. D’ailleurs, dans certains groupes humains traditionnels qui ont traversé les siècles, comme en Kabylie ou en Arménie, vieillesse et robustesse vont fréquemment de pair. C’est sur les contreforts de l’Himalaya , dans certaines vallées de la cordillères des Andes ou sur les plateaux du Caucase que l’on trouve le plus de centenaires, pas à Paris, Brooklyn ou Dubaï ! Contrairement à une autre idée reçue, nos ancêtres du paléolithique faisaient également de vieux os. En tout cas, une étude scientifique de 2007 (4) montre que l’espérance de vie dans les peuplades de chasseurs-cueilleurs vivant encore de nos jours à l‘âge de la pierre peut atteindre 66 ans, soit l’âge de décès que pouvait espérer un Français il y a seulement 20 ans. Sans Pet-scan ni bloc opératoire dernier cri, les chamans se débrouillent plutôt pas mal….

Espérance, cadre et mode de vie sont indissociables

Mais ne versons pas nous-même dans la croyance que les hommes-médecine d’ici ou d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, sont pour grand chose dans l’espérance de vie des populations. La meilleure preuve que la médicalisation d’une société et la longévité moyenne des gens ne sont pas liées, c’est que cette dernière a commencé à décliner dans les pays industrialisés ! Attention, je ne veux pas parler de l’ « espérance de vie en bonne santé ». Celle-ci, on le sait, est en repli depuis une décennie. En France, par exemple, une femme peut actuellement espérer vivre 74 % de son existence sans incapacité. En 2004, ce pourcentage était encore de 77 % . Ce que Claude Aubert avait bien prédit dans son livre « Espérance de vie, la fin des illusions » (5) est en train de se réaliser. Non, je veux parler de l’espérance de vie tout court. Aux Etats-Unis, c’est en 2010 qu’elle a commencé à fléchir, de 2,6 mois en moyenne par an. En France, selon le bilan démographique annuel publié par l’INSEE, l’espérance de vie des femmes a amorcé son déclin en 2012 (84,8 ans au lieu de 85 ans en 2011). Dans le Nord de la Chine, elle a diminué de 5 ans et demi ( !) en 20 ans à cause de la pollution au charbon. Quelqu’un en a-t-il tiré la conclusion que la médecine américaine, française ou chinoise régressait ? Non, et c’est bien normal. Ce qui est anormal, c’est de croire l’inverse et d’attribuer la hausse des deux derniers siècles aux progrès de la médecine. Le fléchissement actuel trahit toute l’absurdité de cette prétention et ramène à l’avant-plan la vérité évidente que l’espérance de vie dépend surtout du mode de vie, des variables environnementales et des facteurs comportementaux. De 1993 à 2007, une équipe de chercheurs de l’Université de Cambridge (Royaume-Uni) a suivi plus de 20 000 individus afin de déterminer l’impact du mode de vie sur l’espérance de vie. Leur étude (6) conclut que « le mode de vie idéal » (absence de tabac, consommation d’alcool égale ou inférieure à un demi-verre par jour, consommation de 5 fruits et légumes par jour, exercice physique d’une demi-heure par jour ) majore l’espérance de vie de 14 ans ( !) par rapport au cumul des quatre facteurs de risque.

En guise de conclusion

Une vie saine résumée à ce « carré d’as » peut donc suffire à retarder de 14 années le grand départ. Si l’on y ajoute les « secrets des peuples sans cancer » (7) (environnement non pollué, activité physique intense, alimentation hypotoxique, vie paisible et ignorance du stress), on dispose alors d’un jeu d’enfer pour prolonger encore la partie. S’ils peuvent retarder des échéances individuelles et sauver parfois des vies compromises, les « fantastiques progrès de la médecine » ne sont absolument pour rien, statistiquement parlant, dans l’allongement de la longévité. Le prochain qui me sort encore pareille sornette, je le mords !

Yves Rasir

Notes

  1. Cité par Sylvie Simon dans son livre « Les 10 plus gros mensonges sur les vaccins » (Editions Dangles)
  2. Vous pouvez en lire de larges extraits sur http ://lesperancedevie.sosblog.fr
  3. Claude Masset, « À quel âge mouraient nos ancêtres ? » Revue Populations et Sociétés, juin 2002.
  4. Michael Gurven & Hillard Kaplan, « Longevity among hunter-gatherers : a cross-cultural examination ». Population and Development Review 33(2) : 321–365 (june 2007)
  5. Editions Terre vivante
  6. Public Library of Medecine, jan. 2008, citée dans Le Figaro du 9 janvier 2008.
  7. Titre d’un livre du Dr Jean-Pierre Willem, (Editions Albin Michel)

La grande boucle procure longue vie

C’est une révélation assez époustouflante. Mais comme elle ne va enrichir personne, elle a été très peu médiatisée. Travaillant pour l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et pour l’IRMES (Institut de recherche médicale du sport) , des chercheurs français ont effectué une étude de longévité portant sur les 786 cyclistes français engagés dans le tour de France depuis 1947 jusqu’en 2012. Résultat : sur la période étudiée, la mortalité de ces sportifs – toutes causes confondues – est de 41% plus faible que celle des autres hommes vivant en France. Au total, la durée de vie des cyclistes ayant fait la grande boucle au moins une fois est en moyenne de 6 ,3 ans plus longue que celle de la population générale masculine ! Rayon explications, les auteurs de l’étude n’en citent aucune d’ordre médical mais énumèrent les prédispositions génétiques, les avantages sociétaux que les coureurs ont pu retirer par la suite, ainsi que les modes de vie sains qu’ils ont pu maintenir après leur carrière. En tout cas, malgré le dopage, il est bon pour la santé d’avoir été un forçat de la petite reine ! Ce qui avait déjà été démontré avec la marche et la course à pied est donc spectaculairement confirmé pour le vélo : plus on se dépense physiquement, plus on gagne en espérance de vie. Toubib ou bicyclette ? A vous de choisir … (YR)