Un sujet léger  et amusant pour cette dernière newsletter de l’année envoyée entre deux fêtes : les noms de famille prédestinés ! Je veux parler des personnes dont la vocation professionnelle semble directement  inspirée par le patronyme qu’elles portent. Un exemple ?  J’ai bien connu Michel Boulanger, un artisan boulanger bio qui a mis la main à la pâte en Belgique avant de s’installer avec succès dans le Sud de la France. Comme la plupart des noms de famille, le sien a sans doute été accolé  jadis au prénom d’un de ses ancêtres qui fabriquait du pain. Et en sautant plusieurs dizaines de générations, ce métier est redevenu celui du lointain descendant. Est-ce une coïncidence exceptionnelle ? Je me permets d’en douter.  Nous sommes tous le résultat d’une histoire familiale et le vécu de nos aïeux exerce encore son influence sur nos existences, même à des siècles de distance. Nous croyons maîtriser notre destin mais celui-ci est bien souvent dicté par des programmes inconscients transmis « transgénérationnellement ». Le poids de cette hérédité peut se manifester négativement par des problèmes de santé ou, plus positivement, par le choix d’une profession en adéquation avec nos talents. Ce n’est donc pas un hasard si certains expriment ce qu’ils font jusque dans leur nom. L’étrange et fréquente parenté entre l’activité professionnelle d’un individu et son patronyme reflète à mon sens la dimension magique de la vie, et son côté franchement comique.

 Enfant déjà, j’avais observé  que les adultes portaient parfois des noms rigolos. Dans le village voisin du mien, il y avait un boucher qui s’appelait, non  pas Boucher ni Sanzot, mais bien monsieur Gigot !  Dans la ville la plus proche, Monsieur Bartholomé gérait une entreprise de  confitures. Rien d’étonnant là-dedans, sauf que  ce brave confiturier a épousé une certaine Mme… Lepot. Preuve évidente, à mes yeux enfantins, que Cupidon ne décochait pas ses flèches au petit bonheur la chance. Plus tard, j’ai continué à m’amuser de ces curieuses collisions entre noms et professions. Et lorsque j’ai découvert la psychogénéalogie, j’ai commencé à les noter. Car pour moi, c’est une bonne manière de faire prendre conscience à mon prochain que des énergies invisibles sont à l’œuvre dans l’univers.  Si Dieu ne joue pas aux dés avec les destinées, il laisse aussi des traces verbales permettant d’enquêter sur les soucis de santé. Aujourd’hui que je possède une belle petite collection de patronymes  associés à une activité, je vous en  partage avec plaisir un échantillon. Par lequel commencer ? Allez, par le dernier en date : récemment, j’ai reçu en service de presse le livre  intitulé «  Tout déprimé est un bien-portant qui s’ignore ». C’est le dernier opus d’un médecin-psychiatre parisien qui s’est spécialisé dans le traitement naturel de la dépression et qui a fait des recherches sur l’impact des émotions positives sur la santé. Son nom ?  Michel Lejoyeux ! Ça ne s’invente pas…

Dans ma petite collection, j’ai pas mal de noms prédestinés à une carrière dans l’agriculture ou dans l’agronomie, comme si d’ancestrales racines rurales  reconnectaient leurs porteurs à la terre et ses métiers. Il y a par exemple une madame Semaillle qui travaille à la Fédération Wallonne de l’agriculture. A l’INRA, en France, un monsieur Dufumier fait des recherches sur le compost et une madame Porcher supervise les travaux relatifs à l’élevage… porcin. Un qui porte également très bien son nom, c’est le pépiniériste Christophe Pépin.  De même que Robert Green, chercheur américain mondialement réputé dans le domaine des engrais verts. En Belgique, un Luc Lepomme anime l’association Ecoculture,  un Serge Peerebooom (en flamand, ça veut dire « poirier ») a fondé le Cercle des Amis de l’Arbre et une Anne Ronse effectue des recherches botaniques sur les plantes invasives.  Dans mon pays,  j’ai aussi noté que Mr Canon vendait du vin, Mr Dubois des poêles à bois et Mr de Brauwere (on peut traduire par « le brasseur ») de la bière. En France, il y a un vigneron assez réputé qui s’appelle Vincent Pinard et un herboriste renommé qui s’appelait Ludo Chardenon (toponyme qui vient de « chardon »). Quant à Pierre Ramaut, sa profession n’a pas de rapport avec la ruralité : il est psychanalyste. Mais un psy passionné d’analyse transgénérationnelle qui aide ses patients à dessiner leur arbre généalogique. Des branches et des rameaux, c’est quand même plus décent que le nom suggestif d’Armand Lequeux, thérapeute sexologue de son état. Son confrère Salvatore d’Amore  (« sauveur d’amour ») est un psychologue liégeois considéré comme un expert dans la thérapie de couple.

Vous en voulez d’autres ? Je pourrais vous parler du bien nommé Pr Christiaen,  historien des religions,  de Christian Lagrange, constructeur de cabanes et de maisons écologiques, de Hubert Sauvage, architecte de maisons organiques, d’Yvan Mayeur, maire de la ville de Bruxelles, de Xavier Canonne, directeur du Musée de la photo de Charleroi ou de Mr Philippe Leplat, gérant d’une entreprise de plats préparés.  Mes deux préférés sont Marianne Lerouge, leader syndicale de la très socialiste FGTB, et Jean-Pierre Relier, célèbre professeur en néonatologie. La prédestination de ce dernier ne saute pas aux yeux, sauf que cet obstétricien a consacré toute sa vie à relier médecine de la naissance et spiritualité et à  faire le lien entre la prématurité et le vécu maternel. Avant-hier, une amie journaliste m’a raconté que son ancienne dentiste s’appelle Dominique Tourmente, comme dans le verbe « tourmenter ». Apparemment, ça n’effraie pas les candidats à la torture car elle exerce toujours l’art dentaire à Toulouse. Vous en voulez encore ? Désolé, je vais en rester là et ne pas exposer toutes mes perles. Mon but, c’était d’attirer votre attention sur le sens qui peut se cacher dans un destin professionnel et sur l’éclairage éventuel du passé familial. Au-delà de leur drôlerie, les coïncidences « métiers-patronymes » permettent de soupçonner une hérédité immatérielle remontant très loin dans le temps et  laissant pourtant son empreinte sur notre psychisme. C’est un pan potentiel de la psychogénéalogie qui reste à explorer.

J’en viens donc à l’objectif  final de cette infolettre : si vous voulez faire avancer la science, aidez-moi à enrichir ma petite collection ! Je suis sûr que chacune et chacun d’entre vous connaît au moins une personne au nom prédestiné dans son entourage ou son milieu professionnel. Ecrivez-moi à l’adresse info@neosante.euet donnez-moi leur identité et leur métier. Attention : je ne tiens pas  à introduire des faux dans ma collection  et je dois pouvoir vérifier que ces personnes existent et  qu’elles travaillent dans la branche indiquée. Joignez donc des liens ou des documents attestant de la véracité de vos trouvailles.  Dans une prochaine édition de Néosanté Hebdo, je partagerai le fruit de cette récolte. Sur ce, je vous salue et vous dis à l’année prochaine en vous souhaitant plein de bonnes choses en 2017.  Mais avant de vous quitter, voici LE clou de ma collection : saviez-vous que Mme Soleil s’appelait vraiment madame Soleil, Germaine de son prénom ?  Tour le monde croit que cette astrologue vedette avait choisi un pseudonyme astral pour asseoir sa popularité, mais il n’en est rien, c’était son vrai patronyme !  Rien que ça, je trouve, devrait décourager les plus cartésiens de mes lecteurs de m’envoyer des commentaires moqueurs. Car ce n’est pas parce qu’il fait beaucoup rire que mon hobby n’est pas sérieux.

 

Yves Rasir

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