Article N°16

Mise en lumière par la psychogénéalogie, l’influence de nos ancêtres sur notre propre histoire est une réalité difficilement contestable. Mais pourquoi un événement survenu avant notre naissance peut-il avoir autant d’influence sur notre vie et sur notre santé ? Et comment le vécu de nos aïeux traverse-t-il les générations pour se répercuter dans notre existence ? Fidèle à son leitmotiv bio-logique (en deux mots), Laurent Daillie nous propose quelques éléments de réponse.
Comme je l’explique dans un précédent article (1), nos symptômes physiques ou psychiques, nos blocages, nos comportements ou nos difficultés existentielles en général peuvent donc être la conséquence naturelle, bio-logique (en deux mots) d’un stress spécifique et inconscient lié à un contexte particulier ou à un événement plus ou moins grave survenu dans notre vie.

Mais parfois aussi, la cause peut être à chercher plus en amont, avant notre naissance, dans notre pré-histoire. En effet, de très nombreux cas montrent qu’un événement survenu avant même que nous ne venions au monde – pendant notre vie intra-utérine, dans l’histoire de nos parents ou celle de notre famille en général – peut avoir une influence considérable sur notre vie et même notre santé.

Car si on se transmet beaucoup de choses de génération en génération, il ne s’agit pas seulement du patrimoine génétique de notre espèce ou de notre lignée : nous pouvons aussi être les dépositaires de la mémoire d’un événement particulier auquel aura été confronté un ascendant, mémoire qui peut nous handicaper toute notre vie ou même nous rendre malade, alors que l’histoire ne nous concerne pas.

Par exemple : une jeune personne sera longtemps obsédée par la peur de manquer de nourriture au point d’avoir caché des victuailles dans sa chambre quand elle était petite et d’être toujours très angoissée dès que le réfrigérateur et les placards se vidaient. Pourquoi ? A mon avis parce qu’elle était l’héritière de la peur de la pénurie vécue par sa mère pendant la grossesse au moment de la 1ère Guerre du Golfe en 1990, cette mère étant elle-même l’héritière de sa propre mère qui eut réellement faim pendant le 2e Guerre Mondiale.

Par exemple : une femme sera très handicapée pendant presque quarante ans après chaque repas du fait d’une hyper- sensibilité hépatique qui l’empêchera de digérer normalement le moindre aliment. Pourquoi ? A mon avis parce qu’elle était l’héritière d’une intoxication alimentaire très grave qu’a subie sa mère très peu de temps après la conception.

Par exemple : une femme sera soudain très affectée dès la naissance de son premier enfant par une profonde angoisse dans une tonalité de maladie et de mort alors que rien en particulier ne le justifie dans son histoire. Pourquoi ? A mon avis parce qu’elle était l’héritière du drame vécu par sa grand-mère maternelle en 1935, très peu de temps avant la conception de sa mère, l’enfant précédent étant mort à 18 mois pour cause de maladie.

Par exemple : une femme souffrira très longtemps d’un dérèglement hypophysaire majeur ayant entre autres conséquences de lui faire produire du lait en dehors de toute maternité. Pourquoi ? A mon avis parce qu’elle était l’héritière du drame vécu par son père en 1923 lorsqu’il avait 5 ans et que sa mère est morte en donnant naissance à sa petite sœur. Dans ce contexte dramatique, tout le stress de l’enfant se cristallisera sur la nécessité de nourrir sans délai le nouveau-né qui n’a pas de mère pour l’allaiter.

Ces quelques exemples choisis parmi tellement d’autres montrent combien nous pouvons être les héritiers involontaires d’événements survenus parfois très longtemps avant notre naissance. Reste ensuite à savoir comment et surtout pourquoi.

L’adaptation à la pression du milieu

Si cette théorie de la transmission du conflit programmant d’une génération à une autre a peu de chance d’être un jour démontrée scientifiquement, elle n’en est pas pour autant une élucubration fumeuse et sans fondement : des milliers de cas concrets le démontrent.

Quant à imaginer que cette transmission est une sorte de magie inexplicable, il n’en est rien non plus puisqu’elle est la conséquence d’un mécanisme de survie strictement bio-logique (en deux mots) ayant pour objectif de nous permettre d’être au mieux adaptés à la pression du milieu. En effet, qu’il soit question de notre évolution personnelle, de l’évolution d’une génération à l’autre ou de l’évolution des espèces depuis
3,85 milliards d’années, le principe de base est finalement toujours le même depuis la nuit des temps : l’adaptation à la pression du milieu.

En fait, il faut tout simplement revenir aux thèses sur l’évolution des espèces pour comprendre pourquoi nous pouvons exprimer un manifesté physique ou psychique en rapport à un événement ou un contexte survenu avant notre naissance.

Darwin v/s Lamarck

Mais cela demande aussi de rouvrir une vieille polémique qui fait couler beaucoup d’encre depuis presque deux siècles. En effet, deux thèses s’opposent au sujet de l’évolution du vivant : celle du naturaliste français Jean-Baptiste de Monet, Chevalier de Lamarck (1744-1829) et celle du naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882). Pour résumer et en simplifiant :

• Darwin dit que l’évolution d’une espèce est d’une part le fruit de la sélection rigoureuse des individus le mieux adaptés à leur milieu et d’autre part de la sélection des meilleures variations de détails apparues par hasard et faisant triompher la lignée qui les possède : c’est la thèse de la sélection naturelle.

• Lamarck dit que l’évolution d’une espèce est induite par l’adaptation des individus à la pression du milieu et que cette adaptation est transmise aux générations suivantes : c’est la thèse de l’hérédité des caractères acquis.

Un petit exemple pour exposer ces deux thèses : un célèbre semencier américain a mis au point une variété de maïs génétiquement modifiée pour qu’il produise son propre insecticide afin de se protéger contre la gourmandise des larves de la chrysomèle du maïs. Seulement six ans plus tard, on constate que cet insecte s’est parfaitement adapté et qu’il ne craint plus l’insecticide produit par la plante.

• Le point de vue darwinien va considérer que les individus sensibles à cet insecticide ont été éliminés et que seuls les individus ayant eu la chance d’y être insensibles ont survécu, et donc engendré des petits possédant cette même caractéristique.

• Le point de vue lamarckien va considérer que la nécessité de résister à l’insecticide a induit une modification génétique allant dans ce sens chez certains individus, cette caractéristique étant ensuite transmise aux générations suivantes.

Le fait est que la thèse de Darwin est de toute évidence absolument irréfutable, tellement la sélection naturelle joue un rôle essentiel dans la nature. Tant et si bien que le point de vue de Lamarck a été complètement ridiculisé. Encore aujourd’hui, mieux vaut-il ne pas parler de Lamarck en présence des membres de l’Académie des Sciences : on vous accuserait de révisionnisme.

Autant le savoir : nous sommes donc, nous autres ‘décodeurs, d’épouvantables lamarckiens puisque nous considérons que le symptôme peut être une évolution adaptative par rapport à une difficulté survenue dans notre vie et que cette adaptation peut éventuellement se transmettre d’une génération à l’autre.

Cela dit, quelques scientifiques osent dire, preuves à l’appui, que Lamarck n’a pas nécessairement tort. En effet, on observe que certaines mutations génétiques adaptatives sont bien trop rapides et/ou simultanées pour être le fruit du hasard et/ou de la sélection naturelle. Cette thèse est celle de l’héritabilité épigénétique, c’est-à-dire de la transmission d’un acquis d’une génération à l’autre par la voie génétique. Pour ma part, je pense que Darwin a évidemment raison si on considère l’histoire du vivant depuis 3,85 milliards d’années… mais que Lamarck n’a pas nécessairement tort si on considère les quelques cas concrets exposés ci-avant. Le débat peut s’énoncer ainsi : ces variations de détails apparues par hasard selon Darwin ne pourraient-elles pas aussi, dans certains cas, être induites par l’adaptation d’un individu ou de plusieurs à un stress particulier ? Ce caractère acquis serait ensuite transmis à la génération suivante qui, ainsi, serait mieux adaptée que d’autres lignées à cette pression du milieu spécifique.

la Logique du Symptôme

Pour l’illustrer, revenons à ces quelques exemples concrets pour en apprécier la logique. Nous constaterons à chaque fois que le manifesté physique, psychique ou comportemental mis en œuvre à la génération suivante est indéniablement la meilleure adaptation possible au drame vécu à la génération précédente.

• Dans le cas de cette jeune personne obsédée par la peur de manquer de nourriture à cause de l’angoisse de pénurie de sa mère durant la grossesse : sa dynamique et son comportement qui lui fit même se constituer des réserves d’écureuil durant l’enfance était bien la meilleure adaptation possible à l’angoisse de sa mère. Ainsi, elle ne risquait pas de manquer de nourriture.

• Dans le cas de cette femme ne digérant rien à cause de l’intoxication alimentaire sévère subie par sa mère à l’époque de la conception : son hyper sensibilité hépatique était bien la meilleure adaptation possible par rapport à l’empoisonnement antérieur. Ainsi son foie était toujours en alerte maximum à chaque repas, prêt à gérer une éventuelle intoxication alimentaire (rappel : le foie est, entre autres, le «centre anti poison» de l’organisme).

• Dans le cas de cette mère très angoissée à l’idée que ses enfants puissent être gravement malades à cause du drame vécu par sa grand-mère en 1935 du fait de la maladie et du décès de son enfant : cette psychose était la meilleure adaptation possible par rapport au drame originel. Ainsi, cette femme était toujours très vigilante quant à la santé de ses enfants.
• Dans le cas de cette femme en galactorrhée permanente à cause du drame vécu par son père en 1923 du fait de la mort de la mère et surtout de la nécessité vitale de nourrir l’enfant qui vient de naître : ce dernier point correspondait à la pression du milieu et le symptôme correspondait à la meilleure adaptation possible. Ainsi, cette femme était toujours prête pour allaiter l’enfant.

Bien sûr, j’ai choisi pour illustrer mon propos ces quatre cas concrets en particulier : d’abord parce qu’ils sont très représentatifs et aussi parce que la compréhension du lien existant entre la cause et l’effet a induit la disparition du symptôme. Ainsi ces personnes ont pu couper ce lien inconscient qui les reliait au passé. Dans de nombreux cas (et donc pas toujours), c’est tout simplement la connaissance qui guérit.

A noter que ces quelques exemples et beaucoup d’autres sont «décortiqués» très en détails dans mon livre «la Logique du Symptôme»(2).

Les modes de transmission

Le pourquoi de cette transmission est donc plutôt simple à comprendre : l’objectif est de transmettre une information capitale à la génération suivante afin qu’elle soit au mieux adaptée à la difficulté existentielle rencontrée par la génération précédente. En d’autres termes, cette transmission permet tout simplement à la génération suivante d’avoir de meilleures chances de survie puisque bénéficiant de l’expérience antérieure. Quant à expliquer le comment de cette transmission, c’est une toute autre affaire : on ne peut faire que des suppositions. Dans le cas de cette femme qui ne digère rien, par exemple, on peut envisager deux hypothèses : soit l’information «il faut toujours être prête à combattre une intoxication alimentaire» a été transmise de la mère à l’enfant d’une manière ou d’une autre par la voie génétique ; soit l’enfant a capté l’information pendant sa vie intra-utérine et l’a enregistrée au niveau cellulaire. Par contre, dans le cas de cette autre femme en galactorrhée permanente, je ne vois qu’une hypothèse : l’information «il faut toujours être prête à produire du lait» était, d’une manière ou d’une autre, codée dans le spermatozoïde que son père a consacré trente ans plus tard pour concevoir sa fille. Dans le cas de ces deux femmes, la conséquence du stress vécu antérieurement s’est exprimée au niveau de leur corps. Mais beaucoup plus souvent, comme pour les deux autres cas, la conséquence s’exprime au niveau psychique sous diverses formes, telles que des comportements particuliers, des blocages existentiels, des angoisses, des phobies, des névroses ou même des psychoses relevant de la psychiatrie. Mais que le manifesté soit physique ou psychique, le mécanisme est absolument le même. Cela dit, nous pouvons aussi être conditionnés du fait de l’influence familiale suite à un traumatisme survenu avant notre naissance. Dans le cas de cette jeune personne ayant eu peur de manquer de nourriture du fait de l’angoisse de pénurie vécue par sa mère durant la grossesse au moment de la 1ère Guerre du Golfe en 1990, cette mère avait elle-même été profondément conditionnée au quotidien durant toute l’enfance par la dynamique très particulière de sa propre mère traumatisée par la pénurie alimentaire durant la 2ème Guerre Mondiale.

Le malentendu

Bien sûr, même si ces évolutions adaptatives au problème initial qu’on se transmet d’une génération à une autre sont absolument remarquables quand on les analyse du point de vue de la biologie, il n’en demeure pas moins qu’elles peuvent aussi s’avérer néfastes pour la descendance, parce que finalement inadaptées. Ces quelques exemples le démontrent : ces évolutions peuvent être très handicapantes, voire même dangereuses pour la santé.

Pourquoi ? Tout simplement parce que notre biologie réagit selon des paramètres très archaïques sans aucun rapport avec les réalités de notre monde moderne. Cela ne manque pas de provoquer de profonds malentendus entre notre biologie et notre humanité. Par exemple, la biologie ignore que nous avons «dernièrement» domestiqué quelques animaux susceptibles de fournir du lait pour nourrir nos bébés… et qu’il n’est donc plus nécessaire de mettre en œuvre une galactorrhée pour pallier la défaillance d’une mère qui ne peut allaiter son enfant, comme cela se produit très fréquemment dans la nature.

L’arbre généalogique

Il est toujours utile de savoir d’où l’on vient pour savoir qui l’on est. C’est valable pour ce qui est de nos lointaines origines animales puisque cela peut nous aider à mieux comprendre nos réflexes archaïques. Mais çà l’est aussi pour ce qui est de nos origines familiales puisque cela peut nous permettre de mieux comprendre notre structure psychique et ses conséquences sur notre vie et parfois notre santé.

Nous sommes tous, forcément, d’une manière ou d’une autre, les héritiers des difficultés existentielles et des souffrances de nos parents, de nos grands-parents, ou de nos ascendants en général. Comment pourrait-il en être autrement ?! D’une part, nous sommes génétiquement leurs descendants et d’autre part, ils nous ont influencés d’une manière ou d’une autre. Bien heureusement, nous sommes aussi les héritiers de leurs forces et de leurs excellences.

L’analyse de notre lignée familiale est l’un des aspects les plus passionnants du Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels. Avec un peu d’expérience, il est facile de voir comment les causes et les effets s’articulent d’une génération à l’autre et d’appréhender la logique des influences auxquelles nous devons d’être ce que nous sommes.

Bien évidemment, nous ne pouvons pas tout savoir sur l’histoire de nos ascendants et il est même des cas particuliers où elle est totalement inaccessible, comme pour les enfants adoptés par exemple. Mais, d’expérience, j’ai remarqué que nous en savons toujours assez sur notre pré-histoire pour comprendre le sens profond de notre héritage généalogique.

Prudence

Je nous invite d’abord à bien comprendre notre histoire depuis l’instant de notre naissance avant d’aller chercher en amont l’origine de nos difficultés existentielles et/ou de nos symptômes : la vérité n’est pas systématiquement cachée dans notre arbre généalogique, loin de là.
Je nous invite aussi à la plus grande prudence quant aux interprétations que l’on peut faire à la lecture de l’arbre. Il faut rester dans le principe de réalité et seulement prendre en compte les informations disponibles : il pourrait être dangereux d’agir autrement et de donner du sens à ce qui n’en a pas.
Et je nous invite enfin à ne jamais oublier l’essentiel : le Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels est précisément une affaire de logique et il est seulement miscible dans la Science. Il ne faut pas mélanger ce qui ne peut pas l’être. Il n’y a rien de magique dans tout cela : il s’agit seulement d’un mécanisme naturel d’évolution pour la survie.

(1) « la Logique du Symptôme » – NéoSanté n°2 – Juin 2011- page 30
(2) « la Logique du Symptôme – Décodage des Stress Biologiques et Généalogiques» par Laurent Daillie – Editions Bérangel – Sept 2006 – 368 pages

Naturopathe causaliste et consultant en Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels (Paris et Bourgogne),
Laurent Daillie est passionné par les origines de l’Homme et par ses réflexes de survie primitifs. Il anime des formations et des conférences en France et en Belgique. Il est l’auteur du livre « La Logique du Symptôme », publié aux Editions Bérangel.
Info : www.biopsygen.com

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