L’homme est-il par nature végétarien ou omnivore ? Partout où c’était écologiquement possible, nos ancêtres du paléolithique ont consommé de la viande.

Dans le domaine de l’alimentation naturelle, de la santé, et du bio, un débat récurrent est celui entre végétaliens (ou végétariens stricts) et mangeurs de viande. Les premiers affirment que l’Homme devrait se nourrir uniquement d’aliments d’origine végétale ; les seconds affirment qu’une part (à définir) d’aliments d’origine animale doit faire partie de notre alimentation. Personne n’affirmant que notre alimentation devrait être uniquement animale, la question est donc de savoir si l’Homme est «par nature» végétarien ou omnivore.

Homo habilis

S’il peut être concevable de ne pas manger de viande pour des raisons éthiques (en particulier par rapport au traitement infligé aux animaux dans l’industrie de la viande) ou pour des raisons écologiques (le bilan carbone de la consommation de viande n’est pas bon), il est par contre plus difficile de justifier un régime végétarien sur des raisons médicales. En particulier lorsqu’on adopte un point de vue évolutionniste.Il est maintenant montré qu’Homo Habilis, il y a plus ou moins 2,5 millions d’années, avait une alimentation basée à près de 40% sur des aliments d’origine animale. Les paléontologues se basent en fait sur des preuves chimiques : le ratio Strontium/Calcium dans des os fossilisés montre que l’alimentation des premiers hominidés était aussi faite de chair animale. Ces études chimiques sont corroborées par des études de l’usure de dents retrouvées, montrant également la consommation de viande.

Homo erectus

Chez Homo Erectus (1,7 millions d’années), les activités de la chasse augmentent, et sa consommation d’aliments d’origine animale augmente quelque peu (>40%). L’étude des dents d’Homo Erectus a montré des traces d’usure typiques d’animaux carnivores, comme les hyènes, même si le végétal reste majoritaire dans son alimentation. Entre 2 millions et 10 000 ans d’ici, on trouve des os d’animaux présentant des marques de coupures, montrant que la chair a été enlevée de l’os, avec des outils également retrouvés à proximité. D’autres recherches montrent des restes d’os broyés avec des outils primitifs pour en extraire la moelle. On pense en fait que, pour Homo Erectus, la chasse a permis de se nourrir dans les nouvelles contrées, européennes et asiatiques, où les hivers, plus rudes, plus froids, ne laissent que peu de végétation pour se nourrir. Homo Erectus apprend également à se nourrir de noix, bulbes et autres tubercules dès l’automne. L’évolution est une question d’adaptation à son environnement. En Chine, des traces d’Homo Erectus, datant d’il y a 400 000 ans, montrent un régime omnivore, composé de viande, de fruits sauvages et de baies, de pousses, de tubercules, et d’autres aliments d’origine animale, comme des œufs, des insectes, des reptiles, des rats, etc.

Homo sapiens

Durant la dernière période du Paléolithique (40000 av. J.C. – 10000 ans av. J.C.), on commence à trouver des traces claires de traitements appliqués à la nourriture, comme le pilage, des formes de cuisson, des formes de grillades, etc. C’est aussi à cette période, en Europe, en Asie du Nord, et plus tard en Amérique du Nord, que l’Homme s’adapte en augmentant la chasse de grands mammifères comme les mammouths, les chevaux, les bisons et les caribous, qui se multiplient dans les prairies ouvertes, la tundra et les steppes, qui s’étendent à cette période.
En Europe, les Homo Sapiens (hommes modernes) arrivés sur le continent durant cette dernière période du Paléolithique, longtemps appelés « Cro-Magnons », avaient un régime alimentaire composé à part égale d’aliments d’origine animale et végétale.

Le tribut des tribus

Une étude publiée en 2000 dans l’American Journal of Clinical Nutrition, analyse, parmi les 1 267 sociétés recensées dans le célèbre Atlas ethnographique de Murdock, l’alimentation des 229 tribus de chasseurs-cueilleurs qui ont perduré. Cette étude montre que partout où c’est écologiquement possible, la part de calories d’origine animale varie entre 45 et 65% des calories consommées par les chasseurs-cueilleurs. 73% des tribus de chasseurs-cueilleurs dans le monde basent, à plus de 50%, leur subsistance sur des aliments d’origine animale, alors que seulement 14 % de ces tribus basent majoritairement leur alimentation sur la cueillette des plantes. Aucune de ces sociétés n’est dépendante, pour sa subsistance, de la cueillette des plantes à plus de 86%. A fortiori, aucune ne se nourrit que de plantes.
La consommation de viande ne semble pas varier selon les latitudes. Inversement, la consommation de plantes diminue au fur et à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur, au profit d’aliments issus de la pêche.

Conclusion

Il est donc relativement clair que les aliments d’origine animale (et donc la viande) ont toujours fait partie de notre alimentation. Bien sûr, le ratio animal/végétal fut différent selon les périodes et les aires géographiques dans lesquelles nous avons évolué.
Une question qui persiste est de savoir si les premiers hominidés étaient de vrais chasseurs ou plutôt s’ils récupéraient, de manière opportuniste, de la viande d’animaux tués par d’autres prédateurs, c’est-à-dire s’ils étaient des charognards ou, en anglais, des « opportunistic scavengers ». Il semblerait en fait que cela dépendait du degré de développement de chaque culture, les plus avancées maîtrisant mieux les techniques de chasse.

Yves Patte

Sociologue de formation, Yves Patte enseigne en Belgique le travail social et l’éducation à la santé. Il est également coach sportif et nutritionnel. Le mode de vie paléo représente la rencontre entre ses différents centres d’intérêts : un mode de vie sain, la respect de la nature, l’activité physique et sportive, le développement individuel et social. Il publie régulièrement sur « http://www.yvespatte.com et http://www.sportiseverywhere.com »