Au commencement, la vie est fragile, vulnérable, faible. Si fragile que la moindre agression peut la faire disparaître, la faire retourner au néant. La seule solution est une protection extérieure, la carapace du crabe, les piquants de l’oursin, la coquille de l’huître, … le Code Civil, la loi, la jurisprudence, le bon sens, la permission familiale ou sociale, autant d’attributs qui sont comme un EXO-SQUELETTE : « c’est l’extérieur qui me soutient, me protège, me rassure, me sécurise. Sans lui, je meurs. » On peut le vérifier chez les animaux inférieurs ( la carapace du scarabée ) ainsi qu’au premier stade de la vie humaine. Les protections de l’embryon sont nombreuses : les membranes placentaires, l’utérus, la peau et la graisse du ventre maternel et, en transposé symbolique, la tendresse et l’attention, plus ou moins sereine de la mère ( ce qui est pris par le bébé pour de l’amour, même dans ses formes angoissées ).
Soutien intérieur
Dans l’évolution de la vie ( phylogenèse ) comme dans l’évolution de l’enfant ( embryogenèse ), cette force de soutien extérieur est progressivement relayée par l’apparition du soutien intérieur : l’ENDO-SQUELETTE, c’est-à-dire l’ensemble de nos os. Imaginez un être humain sans un seul os et vous aurez une idée de l’importance de ce squelette intérieur. D’ailleurs, certains dépressifs, certains adolescents qui n’ont pas de projet, ressemblent à cela, eux qui refusent toute aide extérieure alors qu’ils n’ont pas encore trouvé leur solidité intérieure.
Dans nos vies, selon le domaine d’expérience, nous pouvons alterner d’un état psycho-biologique d’endo-squelette à un état psycho-biologique d’exo-squelette. Chaque fois que nous nous sentons confiants, sûr de nous, capables d’aider et de soutenir l’autre, nous sommes psycho-biologiquement dans la stratégie de l’ endo-squelette.
Chaque fois que nous demandons de l’aide, que nous nous en remettons à autrui, que nous devenons dépendants de l’autre dans notre vie, nous sommes psycho-biologiquement dans la stratégie de l’exo-squelette, car mous à l’intérieur.

Besoin de protection
L’excès de ce mode psycho-biologique ( être dépendant de l’extérieur ) donne des tempéraments fragiles, influençables, sans personnalité.
( cf. la métaphore du gant retourné dans le livre «  Mon corps pour me guérir ». L’Exo-squelette s’appelle en P. N. L. la référence externe,. Exemple : « Toute ma vie j’ai cru ce que les autres ont dit sur moi. » Il est bon que les parents répondent à un moment : « Je ne sais pas. Et toi, qu’est-ce que tu en penses  ? »  L’enfant peut alors commencer à regarder en lui. Cela permet son autonomisation. Dans l’exo-squelette, l’animal est structuré sur la peur donc, par voie de conséquence, il se met à se protéger de tout. Nous sommes dans le 2ème étage de la biologie : le besoin d’enveloppe, de protection. Au 3ème étage :
« j’ai conscience de ma valeur ». Cela nous permettra de passer au 4ème étage : la vie sociale. Non seulement nous pouvons être sûrs de nous ( système immunitaire ), mais les autres également se sentent par nous épaulés ( épaules droite et gauche ), soutenus ( rachis ) et peuvent s’appuyer sur nous ( clavicule ). Notre compétence concerne parfois le futur ( tendon ), la puissance ( muscles ) ou la capacité de relier deux domaines différents ( ligaments ). L’excès de l’endo-squelette, de référence interne de confiance en soi,  est la mégalomanie, la psychorigidité qui ne supporte aucune remise en question.
Question de valeurs
Si l’os casse systématiquement, c’est parce que nos vieilles valeurs vont à la poubelle et ne sont pas remplacées par de nouvelles. Nos valeurs sont ce qui nous construit. Mais ce qui avait de la valeur à une époque de notre vie n’en a plus ensuite. Nos valeurs changent. Elles ne sont nos valeurs qu’autant qu’elles sont utiles, utilisées, stimulées ( la passion est un stimulant ). En apesanteur, le cosmonaute se décalcifie. Pourtant,  il ne se dévalorise pas, bien au contraire  ! C’est simplement que dans l’espace, ça n’a plus de valeur de fabriquer de l’os.
Il en va de même pour l’ostéoporose chez une femme en ménopause. Elle ne se réinvestit plus, elle ne remplace pas son ancien rôle par autre chose : elle ne stimule plus ses ostéoblastes. Elle manque parfois aussi d’appui, de soutien, d’exo-squelette, de mari, de fonction : « Je ne sais pas par quoi remplacer le départ des enfants et, en conséquence, mon rôle de mère. C’était bien de s’occuper des enfants, du ménage, des courses, etc., mais si je ne mets rien à la place, c’est le vide,… ».
Toute notre vie, nous remplaçons les anciennes valeurs par des nouvelles valeurs, les poupées par la dînette, la dînette par le vélo, le vélo par les flirts, …  sinon c’est là qu’arrivent ostéoporose, rachitisme, ostéolyse. Le squelette va disparaître.
Evolution
Les valeurs sont considérées dans leur premier sens : cela a-t-il de la valeur de garder des orteils très articulés pour décortiquer les cacahuètes  ? Si oui : on les garde ; si non : on évolue, les orteils se simplifient … les dents de sagesse disparaissent, les muscles fondent et de plus en plus d’éléphants ont une agénésie de leurs défenses.
Ou bien c’est  l’inverse, c’est  le sarcome, on fait plus d’os. Car il faut que cette zone soit plus forte, il y a un conflit, un drame, tournés vers le futur, ( « je dois être plus costaud » ). Cet os va avoir de la valeur, va être utile dans le futur. C’est un conflit par anticipation : « je me prépare à cela, car je m’estime, mais je suis en stress ».

Et au final, du corps, il ne restera de nous que cette trace ultime, l’os, cette relique résistant à l’épreuve du temps. Le corps réduit à sa part minérale fossilisée, traverse les âges pour témoigner de notre histoire éphémère. Ce sont nos valeurs les plus denses qui vont nous survivre, et c’est aussi celles que nos ancêtres nous ont transmises.
Christian Flèche

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