Lorsque l’enfant vient au monde, il n’a pas de dents en bouche. Les dents de lait sont présentes sous la forme de germes dans des cloches dentaires sous sa gencive. Et horsmis les germes de la première molaire définitive, qui fera éruption à l’âge de six ans, aucun germe de dents définitives n’est en développement à la naissance. Tout se fera après la venue au monde. Au niveau du cerveau, il en est de même pour les cellules du néocortex qui se mettent en place après la naissance. Cette étrange synchronicité établie entre ces deux structures du corps humain un lien très étroit, lien renforcé par la concomitance d’activité électrique dans les deux tissus : dents et neurones.

Lors de la naissance, l’os maxillaire ne comporte que l’os basal. C’est dans cet os basal que sont placés les germes dentaires en minéralisation. Puis, lors de l’éruption, la dent va entraîner la fabrication d’un os particulier qui lui est propre : l’os alvéolaire. On dit que l’os alvéolaire nait et meurt avec sa dent. Cet os alvéolaire est apposé au-dessus de l’os dit basal. La dent représente dans le regard posé par le décodage dentaire, la dimension verbale de l’être humain. Toute la structuration de la psyché trouve dans les dents un élément corporel d’ancrage. Le décodage dentaire annonce la dent comme le miroir dans lequel se reflète l’esprit. Ainsi, la dent est-elle particulièrement liée à ce langage complet et articulé qui distingue l’humain des autres animaux. La structuration de l’identité se faisant sous l’effet des mots reçus des autres et des images mémorisées du monde et de ses acteurs. Chaque mot et ensemble de mots, ainsi que chaque image et ensemble d’images informent et construisent l’identité mentale par leurs valeurs dites « émotionnelles » associées.

Les gencives-images

Nous pouvons maintenant reprendre ce qui a été dit dans les deux articles prédédents. « Ce que je suis », le corps biologique, vient au monde sans sa dimension verbale en fonction. Cette activité verbale, outil de l’existence de l’identité corticale, se déploie bien après la naissance, et ce sont des mots qui annonceront au monde « qui je suis ». Nous ne pouvons pas, malgré cette spécificité humaine du verbe, négliger le fait qu’avant d’y arriver et de le vivre, l’humain de nature animale se positionne dans son monde par un comportement. Souvenons-nous, pour le comprendre, de l’injonction faite par nos parents de bien nous tenir en société pour dire à cette société qui sont ces enfants et surtout, qui sont leurs parents… Les protocoles « mondains » sont légion ! Ce « qui je suis » se déploie donc par-dessus la structure biologique, tout comme l’os alvéolaire se déploie sur l’os basal. Le décodage dentaire associe spécifiquement les dents à l’activité et à la nourriture verbale apportée par les autres dans notre monde afin d’élaborer, de bâtir, d’ériger l’identité, ce catalogue empli d’adjectifs et d’épithètes à la suite de la locution « je suis … ». Et le décodage dentaire associe spécifiquement la gencive à l’activité et au lien par les images avec notre biocénose. La gencive représente cette particularité du système de réagir et de s’informer par des « signes ». Un signe est et a une valeur « image », que cette image soit figée, ou qu’elle soit une scène dans laquelle un « comportement » corporel d’un « autre » a été isolé. Nous sommes donc en permanence dans un dialogue comportemental avec les autres, comportement faisant intervenir des images, par-dessus lesquelles nos mots s’inscrivent en accord ou en dissonance avec ces images.

La souffrance associée à la dimension identitaire du mental, ce catalogue empli de déterminants à « qui je suis », conflit ressenti au plus haut point comme une souffrance d’être, ne peut se soulager que par de l’avoir. Ainsi, lorsque l’être souffre, il lui faut attraper ou réaliser quelque chose. Cet instinct est propre, non pas à la nature élevée de l’Esprit à laquelle l’Humain est promis, mais à la nature inférieure de cet Esprit qui se touche consciemment dans la strate mentale, laquelle n’existe que par l’activité spécifique des neurones du néocortex, dans les zones temporales et préfrontales en particulier. L’atteinte d’une partie, d’un déterminant de l’identité et l’impossibilité d’y remédier, la souffrance ressentie dans ce « qui je suis » sans notre conscience attentive posée sur ce trouble, va entraîner une atteinte de l’os alvéolaire, comme pour dire : à partir de « ce que » je suis, un autre « qui » je suis devrait se manifester. Dit autrement cela donne : avec ce corps et ses capacités, un tout autre manifesté de moi devrait se produire. Le manifesté que je vois de moi ne correspond pas à l’image que j’ai de ce que je suis capable de faire. Or, ce que l’on voit de nous est utilisé pour dire de nous « qui » nous sommes. Souvenez-vous de ce geste fait par votre main qui a renversé un verre de vin sur la table, et de ces mots sanctions reçus : tu es maladroit ! Un « faire » a mené à un adjectif identitaire. Et « maladroit » devient une étiquette posée sur « qui » je suis. Or, maladroit est aussi gauche, et gauche est sinistre. Gauche est l’opposé de « droit », et celui qui est droit est « bien », honorable, vertueux… Voilà comment une souffrance identitaire s’insinue dans notre catalogue. Nous n’aurons alors de cesse, à notre insu, de prouver au monde que nous sommes devenus « adroits », droits, honorables et vertueux… Bref, quelqu’un de Bien !

La dévalorisation.

Le conflit de dévalorisation est une maladie très répandue. Un tel ressenti non géré dans le domaine dit de la conscience, donc avec toute l’attention qu’elle mérite, va entraîner une réaction de la structure osseuse. Comment comprendre une déminéralisation de l’os sous l’impulsion de cette perception de soi par le système mental ? La différence entre un os quelconque du corps et l’os des maxillaires nous invite à comprendre que, dans la cartographie de soi, la structure neurale associe les os du maxillaire à l’identité corticale, identité verbale qui prend vie par la bouche. Ainsi, si notre corps vient au monde par les organes génitaux de la femme, notre identité corticale, ce fameux « je » exposé ci-dessus, va prendre vie en traversant l’orifice buccal. Ce dernier correspond alors à l’orifice d’accouchement de l’identité virtuelle. Cela explique de nombreuses similitudes entre les maladies des tissus mous de la bouche et celles qui touchent les organes génitaux de la femme… Les os du squelette sont responsables de la hauteur mesurable du corps. Or, « plus haut » est un des enjeux préférés de l’égo, aux côtés de « plus fort » et « plus vite ». La prévalence d’un de ces trois vecteurs de futur, de dynamique de développement est intimement associée à la notion de groupe. Devenir « plus », ou « mieux » nous garantit une place et nous assure un rôle dans le groupe. De la naissance à six ans, nous n’assistons qu’à la structuration d’une triade : père, mère, je. A partir de six ans, le père nous désigne le clan qui nous prendra avec lui par lien hormonal, nous assignant un rôle dans le groupe dit de « chasseurs », et la mère nous désigne le groupe famille qui nous offre une place. Place et rôle sont donc fondamentalement différents ! Les deux groupes fondamentaux que sont le Clan et la Famille offrent une réponse à notre pulsion grégaire : nous sommes d’une espèce animale qui a besoin du groupe pour survivre…

Dr Christian Beyer

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