Peu importe le nom qu’on lui donne – compulsion, addiction, dépendance, assuétude, obsession ou monde refuge – ce phénomène nous concerne tous plus ou moins. Beaucoup nuisent gravement à la santé ou sont très handicapantes ; certaines mènent à la ruine ; et d’autres sont finalement très positives. En tout cas, les satisfaire emploie beaucoup de monde et participe grandement à l’économie mondiale, légale ou souterraine. Sans oublier l’investissement humain et financier pour en gérer les conséquences.
Elles sont nombreuses : de l’alcoolisme jusqu’aux troubles obsessionnels compulsifs, en passant par l’onychophagie ou la pratique d’une activité de loisir. Mais la finalité est toujours la même : nous aider à gérer notre stress.

Définition

Celle du Larousse est encore la meilleure : « processus par lequel un comportement permet d’accéder à un plaisir immédiat pour réduire un malaise interne ». C’est très bien dit puisque valant pour les addictions jusqu’aux mondes refuges. Il est ensuite précisé : « il s’accompagne d’une impossibilité à contrôler ce comportement malgré la connaissance de ses conséquences négatives. Ce peut être une dépendance – voire un esclavage – à une substance, un aliment, un comportement ou une activité ». Cela décrit parfaitement l’addiction.
En sachant que je différencie arbitrairement l’addiction et le monde refuge : l’addiction demande absolument à être satisfaite sous peine de malaise psychique et/ou physique, à l’inverse du monde refuge qui n’induit pas d’état de manque s’il est insatisfait.

Le stress

Il y a bien des façons d’être stressé, mais cet état est toujours néfaste pour notre santé psychique et/ou physique lorsqu’il est intense et/ou durable. Car pour notre cerveau, le stress est synonyme de danger de mort puisque, dans la nature, il n’est question que de cela. Pour l’imager : dès que nous sommes stressés, notre cerveau nous croit attaqués par un prédateur, la taille et la férocité de ce dernier dépendant de l’intensité de notre stress.
Dans ce cas, notre cerveau archaïque met en œuvre divers mécanismes physiologiques de sauvegarde (augmentation du rythme cardiaque, etc.), le tout sous la haute autorité de notre système nerveux autonome, le problème étant qu’ils s’épuisent rapidement. Le stress nous affaiblit, tant au niveau psychique que physique, ce qui nous rend de plus en plus vulnérables. Sans compter qu’un grand stress peut tuer.

La Logique du symptôme

Mais notre cerveau est toujours prêt pour nous aider à gérer notre niveau de stress, par tous les moyens possibles, y compris certains qui nous seront néfastes à long terme. Il faut bien le comprendre : il y a une intentionnalité positive ‘bio-logique’ derrière toutes nos compulsions, même les plus dangereuses. Parmi tous, le plaisir est le moyen le plus rapide et le plus efficace pour atténuer notre stress. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’avoir du plaisir signifie que tout va bien et qu’il n’y a donc pas de danger. À noter qu’il induit aussi la sécrétion d’endorphine, à laquelle on devient vite ‘accro’ : c’est une des clés du problème.
La seule vraie question est de savoir quelle est la nature et la cause de notre stress, ce qui est bien plus facile à dire qu’à faire : une vie ne suffit pas toujours à le comprendre. Cela dit, la quasi-totalité de nos stress sont maintenant liés à seulement trois grandes thématiques : l’insécurité affective (et donc rejet), l’insécurité matérielle et la frustration.

Les addictions

Il y a addiction dès lors que l’on peut dire : « C’est plus fort que moi ; je ne peux pas m’en passer ou m’en empêcher ». Elles sont très diverses puisque ne se limitant pas à la consommation de stupéfiants, d’excitants ou d’aliments. Ce peut être une activité, telles que l’addiction au jeu d’argent, la dépendance à l’internet, la compulsion d’achat, etc.
Il en est une autre, très fréquente, dont il est parfois impossible de se sevrer mais qui, par bonheur, n’est pas néfaste à la santé : l’onychophagie, soit le fait de se ronger les ongles. Ce comportement aussi a pour utilité de nous aider à gérer notre stress. On trouvera cette même logique derrière d’autres attitudes, telle que la trichotillomanie, soit le fait de se tirebouchonner les cheveux et/ou de se les arracher.
Il y a aussi toutes nos petites habitudes et manies du quotidien sans lesquelles il nous manque quelque chose (j’y reviendrai). Il y a bien sûr nos dépendances affectives vis-à-vis de nos proches qui induisent un manque en cas de décès ou de rupture. Quant à la sexualité, surtout masculine, elle est le plus souvent compulsive.
Le problème que pose l’addiction est simple : c’est un plaisir qui devient un besoin. C’est plus particulièrement vrai en cas de dépendance à certaines molécules qui induit une souffrance physique en situation de manque ; il existe même des drogues pour lesquelles le sevrage est impossible, plus particulièrement le « crocodile » qui fait des ravages en Russie.

L’histoire de Pierre

Parmi tous les cas d’addiction que j’ai eu à ‘décoder’, le plus marquant est l’alcoolisme de Pierre, sa particularité démontrant parfaitement la logique du symptôme. L’histoire commence lorsqu’il a 3 mois et que sa mère le confie à la garde de sa grand-mère (= 1re rupture). Durant les onze années suivantes, il ne verra sa mère qu’une fois par an, dans des conditions peu propices à l’établissement d’une relation mère-enfant. D’autant que la grand-mère est une femme très aimante que Pierre considère vite comme sa mère. Malheureusement, onze ans plus tard, la vieille dame tombe malade et ne peut plus garder l’enfant qui soudain doit vivre avec sa mère (= 2e rupture).
La vie passe. Pierre se marie et réussit professionnellement. Mais il fait aussi beaucoup la fête avec les copains, jusqu’à ce que sa femme ne le supporte plus et le quitte (= 3e rupture). C’est alors qu’il bascule dans l’alcoolisme, jusqu’à tout perdre. Par chance, alors qu’il est en train de se clochardiser, Pierre rencontre une femme généreuse dans les bras de laquelle il va se ‘désalcooliser’, jusqu’à l’indépendance complète. Sauf une fois par an, pendant deux semaines, où il replonge, jusqu’au coma éthylique parfois. Car traditionnellement, sa compagne part quinze jours en vacances chez sa fille, ce qui, à chaque fois, est une rupture pour Pierre ; et il redevient immédiatement sobre dès l’instant où elle est de retour.

(À suivre)

Laurent Daillie

Naturopathe causaliste et consultant en Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels (Paris et Bourgogne), Laurent Daillie est passionné par les origines de l’Homme et par ses réflexes de survie primitifs. Il anime des formations et des conférences en France et en Belgique. Il est l’auteur du livre « La Logique du Symptôme », publié aux éditions Bérangel.
Info : www.biopsygen.com

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