Pourquoi nous tenons-nous d’une façon plutôt qu’une autre ? Quels sont les effets de notre posture sur notre bien-être ? Peut-on la modifier pour soulager nos douleurs, augmenter notre confort de vie, être plus efficace et améliorer notre santé ? Depuis des siècles, pratiquants de yoga et d’arts internes ont tenté d’apporter des réponses à ces questions. Plus récemment, médecins, posturologues, ostéopathes, sportifs ou éducateurs se sont emparés du sujet. Il ressort de cette confrontation entre arts millénaires et sciences récentes que les habitudes culturelles, les traumatismes physiques ou psychiques, et même les mémoires transgénérationnelles, se lisent dans notre posture dominante, altérant les moindres gestes de notre quotidien et perpétuant des souffrances et des fonctionnements limitants. Voici une revue non exhaustive des connaissances sur le sujet et des solutions pour retrouver une posture qui soigne le corps comme l’esprit.

Par Emmanuel Duquoc

Tiens-toi droit ! Cette injonction, nous l’avons presque tous entendue pendant notre enfance ou notre adolescence. Mais d’où vient cette attitude affaissée, ces épaules et ce cou projetés en avant qu’unanimement, ostéopathes, kinésithérapeutes et autres posturologues considèrent comme responsables du mal moderne, à savoir les douleurs dorsales ? Esther Gokhale, une américaine née en Inde a un avis sur la question. Dans l’école qu’elle a fondée, le Gokhale Method Institute (1), elle reçoit depuis vingt ans des centaines de personnes victimes de lombalgies, dorsalgies et autres tassements vertébraux. En quelques semaines, elle obtient parfois des miracles. « Dans la société moderne, nous avons vraiment oublié comment utiliser notre corps, ce qui génère beaucoup d’inconforts », explique-t-elle. « La bonne nouvelle, c’est qu’on peut réduire la plupart des douleurs de cou et de dos dont nous souffrons et limiter les blessures simplement en restaurant notre « posture primale » et en retrouvant la manière vraiment naturelle de nous pencher, de marcher, de soulever un poids ou simplement d’être assis. » Ce propos d’une simplicité déroutante, elle l’a développé au cours d’une conférence TED (2) à l’Université de Stanford, disponible en anglais sur Youtube (3). En à peine sept minutes, presque tout est dit, ou plutôt montré : Il lui suffit en effet d’afficher une photo de deux cavaliers vus de dos pour que tout soit clair. « Les deux hommes sont détendus » précise-telle. « L’un est affaissé, l’autre a le dos droit. Comment la plupart des parents, voyant leur enfant se tenir comme le cavalier voûté, s’y prennent-ils pour le rectifier ? Ils lui disent de se tenir droit. Et l’enfant peut le faire mais en provoquant une tension du bas du dos. Il tient un petit moment puis fatigue et revient à sa posture initiale, affaissée. » Pour Esther Gokhale, la plupart d’entre nous, Occidentaux, faisons des allers-retours entre une position droite et tendue que nous croyons juste – alors qu’elle ne l’est pas – et une position détendue mais affaissée que nous savons ne pas être juste. Est-il possible de nous tenir droits et détendus ? « Oui et de manière simple », affirme-t-elle. « Tout vient d’une bonne position du bassin. C’est notre fondation. »

La posture primale

Pour celle que la presse américaine a surnommée le gourou de la posture, la manière la plus facile d’identifier la position du bassin de quelqu’un qui se tient assis ou debout est d’imaginer qu’il a une queue. En un clin d’œil, on remarque que la queue d’une personne voûtée est sous ses fesses. Et que celle d’une personne qui se tient droite et détendue part derrière elle. « Dans notre espèce, le positionnement naturel de la queue, c’est derrière ! Le bassin antéversé ! Si vous faites cela, vos vertèbres s’alignent correctement les unes au-dessus des autres, les muscles se relaxent et quand vous respirez, votre dos entier bouge, stimulant la circulation. C’est comme un petit massage qui se produit toute la journée et ça vous soigne. » Mais alors, si cette position du bassin erronée – queue rentrée sous les fesses – pose autant de problèmes, pourquoi la plupart d’entre nous l’adoptent-ils ? Il semble que la réponse commence tôt dans la vie. Tout d’abord dans la manière dont nous sommes portés bébés – bassin en antéro-versé bien souvent, puis dans la manière dont on nous assoit ou laisse dormir, dans des sièges en forme de coquille que tous les parents adoptent sans imaginer les effets délétères qu’ils auront plus tard. « Une fois nos routes neurologiques posturales construites, nous transportons ces habitudes dans la vie adulte et continuons de nous asseoir en position affaissée, queue sous les fesses. La conception du mobilier, y compris le mobilier dit ergonomique, n’arrange rien. Pas plus que les conseils de bien des instructeurs de fitness qui nous indiquent de bien basculer le bassin en avant pour protéger notre colonne vertébrale ! » Comment dès lors retrouver notre véritable posture primale, queue en arrière, vertèbres bien alignée ?

La motricité libre

En commençant par ne rien faire, aurait pu dire Emmi Pickler, une médecin-pédiatre hongroise fondatrice du concept de « motricité libre » (4) qu’elle appliqua pour la première fois à la pouponnière Loczy, à Budapest, en 1947. Dans cet établissement destiné aux orphelins de guerre, outre la sécurité affective induite par une relation privilégiée avec un ou plusieurs adultes, elle indiqua aux nurses de « laisser libre cours à tous les mouvements spontanés de l’enfant sans lui enseigner quelque mouvement que ce soit ». Selon Emmi Pickler, le développement psychomoteur d’un enfant est programmé. Il se déroule spontanément dans un ordre donné. Aussi le bébé n’a aucun besoin de l’intervention d’un adulte pour apprendre la maîtrise de son corps. Aujourd’hui encore, aucun mobilier visant à l’assister n’est utilisé dans les crèches et chez les assistantes maternelles appliquant la méthode. Même pas un siège ! Le bébé est laissé à plat dos sur un sol souple, sans rien qui le surélève ni hochet au-dessus de la tête, comme chez les peuples indigènes. « Il importe de ne pas le contrarier en faisant intrusion, en exposant par exemple le bébé à des postures qu’il n’a pas encore découvertes et qu’il n’est pas encore prêt à adopter », plaidait Myriam David, pédiatre française créatrice de Centre familial d’action thérapeutique qui appliquait cette méthode. Résultat : Moins de chutes, plus de confiance en soi, une autonomie plus rapide et une posture spontanément plus juste que chez les bébés « assistés ».

Une noblesse instinctive

Et pour les adultes ? Tout le défi pour les Occidentaux consiste à retrouver par la conscience la position de bassin juste qui a été perdue au cours de l’enfance par excès d’interventions ou de mobilier « confortable ». En France, un Institut a été fondé spécialement pour cela par Noëlle Perez, une enseignante de yoga formée auprès d’un maître indien célèbre, BKS Iyengar. En 1976, alors que, fraîchement diplômée, elle avait ouvert son centre de yoga, le maître, en visite à Paris, lui fit remarquer que les Occidentaux ont le poids du corps en avant et le dos voûté. A l’inverse, visitant une exposition sur l’Égypte, puis le musée Guimet, il attira son regard sur des statues anciennes : nombre d’entre elles étaient comme tirées vers le haut. Cet art d’être debout ou assis, de se mouvoir avec aisance et sans tensions, Noëlle Perez fut persuadée qu’il devait être à la base du yoga, du tai chi, de la danse et même de tous les sports. « Sans cela, ces techniques risquent d’être sources de souffrances plutôt que de bien-être ». C’est pourquoi en 1978, elle fonda l’Institut Supérieur d’Aplomb (ISA) (5). Première mission : enquêter avec son équipe sur différents terrains à la recherche de personnes qui se tiennent de manière saine dans le but de les prendre comme exemple. « Rééduquer notre oeil pour observer ceux qui offrent dans leur ensemble une allure et une noblesse d’homo-sapiens bien planté. » Chez un enfant qui commence à se mettre debout, cette noblesse apparaît spontanément. Tout s’organise naturellement vers l’équilibre. A l’image des statues antiques et à l’instar des ressortissants de peuples autochtones ou de pays où le mobilier de confort n’a pas pris toute la place, ils adoptent d’instinct la posture primale et se tiennent spontanément d’aplomb… Simple, sauf que, pour Noëlle Perez, l’aplomb ne saurait être transmis par des mots. « Il s’agit d’éveiller la sensation juste, une sensation de l’équilibre des poids et contrepoids de chaque os et muscle, obéissant à la gravité. » A l’ISA comme chez Esther Gokhale, une fois ces principes posturaux de base réappris, les étudiants s’emploient à les intégrer en conscience dans toutes les positions et dans tous les mouvements du quotidien – s’asseoir, dormir, se lever, marcher, et se plier – de manière à se protéger et se renforcer plutôt que s’user ou se blesser. Par exemple, pour se pencher en avant, alors que beaucoup d’entre nous gardent les hanches fixes et plient la taille, les étudiants en quête d’aplomb, après avoir observé cette tendance chez eux, vont réapprendre à plier les hanches tout en gardant la taille allongée. Le but : recâbler le cerveau pour que les mouvements justes deviennent réflexes.

Un corps sans douleur

Retrouver une posture et un mouvement qui ne génère pas de tensions, c’est également le cheval de bataille de Christophe Carrio. Prolifique auteur de tutoriels vidéo, cet ancien karatéka décrit toute une série d’exercices simples visant à rééquilibrer la posture mise à mal par nos habitudes de vie. Dans nombre de ses interventions en libre accès sur Internet, il déplore les effets délétères de la position assise, cause de déséquilibre du tonus des différents muscles, de malpositions et de souffrances. Pour l’auteur de « Un corps sans douleur » (6), les habitudes culturelles, qu’elles soient adaptées par mimétisme ou par adaptation à notre mobilier, sont un facteur majeur d’éloignement de la posture « naturelle ». Dans ses vidéos comme dans ses livres, le coach sportif invite à revisiter nos gestes quotidiens et à les réaliser de manière à assurer l’équilibre tonus-souplesse des muscles agonistes et antagonistes. La posture idéale ? De profil, elle est alignée sur une verticale reliant le milieu de la malléole, et l’arrière de l’oreille en passant par le fémur, le sommet de l’os iliaque et le milieu de l’épaule. Dans la réalité, nous nous en éloignons tous par divers déséquilibres constituant notre posture dominante. Première étape de la méthode Christophe Carrio, déterminer cette posture réflexe que l’on adopte spontanément lorsque l’on ne réfléchit pas. (Cfe encadré « Déterminer sa posture dominante »). La connaître, c’est la première étape pour choisir des exercices correctifs. Mais attention, une personne ayant une posture vrillée devrait avant tout corriger ce défaut avant de pratiquer des étirements. Avis partagé par André Cognard, maitre d’Aikido internationalement reconnu qui précise même qu’aucun exercice postural poussé ne devrait être proposé tant que la torsion n’est pas corrigée. Brûler les étapes risquerait en effet de déclencher des troubles psychiques !

Rétroaction somatopsychique

« Le psychisme a partie liée avec la posture », confirme le Docteur David O’Hare, spécialiste de la gestion du stress et auteur de plusieurs livres sur ce sujet : « Le corps traduit en langage, positions, postures et sensations chacune des pensées ou émotions », affirme-t-il. Force est en effet de constater que lorsque nous sommes abattus, notre buste et notre cage thoracique se replient, tandis que quand nous sommes heureux et remplis de gratitude, ils s’ouvrent. Or pour certains scientifiques, la réciproque est également vraie. Amy Cuddy, professeure de psychosociologie à l’université de Harvard et son équipe, après avoir observé comme les animaux affirment leur domination en adoptant une posture qui les fait paraître plus gros, ont isolé trois positions typiques, universellement adoptées par le vainqueur d’un sprint olympique, l’auteur d’un but au football ou encore un manager sûr de lui. Mains sur les hanches, mains croisées derrière la nuque ou encore bras levés au ciel : Ces positions possèdent les mêmes caractéristiques d’auto-grandissement que celles observées chez les animaux. Les chercheurs ont alors eu l’idée de demander à des volontaires de mimer ces postures, tout en mesurant leurs niveaux de testostérone – associée à la dominance dans le monde animal – et de cortisol, l’hormone du stress. Résultat : après deux minutes de posture de domination, le niveau de testostérone des volontaires avait augmenté de 20 % et leur niveau de cortisol avait baissé de 25 %. Au niveau comportemental, la prise de risque, bien connue pour sa corrélation positive avec le niveau de confiance, augmentait également. À l’inverse, les volontaires à qui l’on avait fait adopter des postures de soumission, repliées, ont montré exactement les fluctuations inverses.

Se verticaliser, la voie de la dignité

Rien d’étonnant à ce que dans bien des traditions méditatives, on incite les pratiquants à adopter une assise verticale. « Digne comme une montagne », suggèrent certains maître zen. Une posture droite induirait-elle un sentiment de dignité ? David O’Hare en est persuadé et incite les pratiquants de la respiration en cohérence cardiaque – discipline de gestion du stress qu’il enseigne – à se verticaliser pendant tout le temps de leur pratique respiratoire quotidienne, soit neuf minutes de dignité par jour. « Vous envoyez un message de dignité au cerveau. Lui va le traduire en dignité de pensées, de sentiments, etc. La posture influence en effet le fonctionnement du système nerveux autonome ». Constitué de deux axes, ce dernier comprend une branche sympathique, responsable de l’adrénaline et qui favorise l’action tandis que la branche parasympathique est responsable des états de relaxation et de repos via l’hormone DHEA. Or les nerfs parasympathiques émergent de la moelle épinière, au niveau du sacrum et des vertèbres cervicales tandis que les nerfs sympathiques émergent du dos. C’est ainsi que la position allongée en appui sur un matelas inhibe l’expression des nerfs sympathiques, favorisant le sommeil, tandis qu’une posture verticale exerce une pression vertébrale équilibrée et par conséquent une stimulation harmonieuse de l’émergence des nerfs responsable du repos et de l’action. A l’inverse, une position voûtée favoriserait-elle le sympathique et donc le stress ? L’expression « faire le gros dos » exprime bien l’attitude de celui qui endure sans pouvoir se défendre. Précisément, l’attitude usuelle de beaucoup de nos contemporains…

L’art de lire la posture

Dans cette compréhension du sens psychique de la posture, une discipline japonaise reliée de l’Aikido de maître Kobayashi, un disciple direct du fondateur de cet art martial, est allée particulièrement loin : L’Aikishintaiso (8) convoque une connaissance millénaire, issue de l’ésotérisme zen et du bouddhisme dans le but d’améliorer l’équilibre psychosomatique par l’entremise de la mécanique corporelle (chaînes musculaires, articulations, organes). Pour l’Aikishintaiso, toutes les tensions corporelles sont liées à des traumatismes physiques ou psychologiques et expriment l’inconscient de la personne. Contrainte par ces tensions, la posture réflexe de tout un chacun « mime littéralement ce qui ne peut être pensé », résume André Cognard, un français récemment reconnu par l’empereur du Japon comme étant le représentant de l’Aikido. Violences familiales dans la lignée, viols, crimes et autres vécus douloureux, rien n’échappe à qui sait lire une posture. Lors d’une interview au cours de laquelle il me résumait les fondements de cette discipline, le maître s’était mis, afin d’illustrer son propos, à détailler une certaine manière réflexe de positionner l’épaule gauche, traduction physique d’un mode particulier de relation au père. Sans avoir l’air de me regarder directement, il analysait ma propre posture et la problématique qu’elle sous-tendait ! J’étais bien obligé de me reconnaître. D’un seul regard, cet homme avait pris connaissance de pans entiers de ma biographie ! « Cette lecture de posture n’a aucune portée thérapeutique par elle-même », me précisa-t-il. « C’est le travail postural, strictement codifié, qui amène progressivement le corps à stabiliser ses appuis et ses différents axes, à harmoniser ses chaines musculaires, à déverrouiller les tensions qui l’habitent. Quand ces verrouillages se lèvent, ils passent à la conscience psychique via des rêves, des prises de conscience, des changements de comportement ou même de conditions existentielles. Ce passage signifie l’intégration des conflits et leur résolution. » Le but de l’Aikishintaiso est élevé : Mettre fin à la souffrance. A tout le moins accéder à une plus grande liberté intérieure. Infléchir les parcours qui vont de douleurs en douleurs et se libérer des déterminismes… Les postures prescrites aux pratiquants changent régulièrement afin de les amener à déverrouiller progressivement les stases énergétiques. Parmi les nombreuses postures et gestuelles de l’Aikishintaiso, la marche du cadeau à l’empereur a des effets correctifs profonds sur la posture naturelle. C’est l’une des seules qui peut être pratiquée quotidiennement et en continu sans danger (Cf. Marcher comme un samurai pour changer de vie).
Certes, cette pratique n’est pas franchement confortable. Au cours des nombreuses postures spécifiques indiquées aux pratiquants d’Aikishintaiso, il n’est pas rare de voir ces derniers saisis de tremblements plus ou moins forts. Pour André Cognard, ces manifestations corporelles sont bienvenues. Elles signalent que le corps s’emploie à déverrouiller blocages et vieux schémas. Même discours du côté du yoga Iyengar où les tremblements, quand ils surviennent sont toujours accueillis comme le signal d’un travail en profondeur sur la structure corporelle. Coïncidence, les tremblements sont le cœur même d’une nouvelle méthode de soins développée par David Bercelli, un formateur et conférencier internationalement reconnu dans le domaine de la réduction des stress post-traumatiques. Sa méthode appelée T.R.E. (Trauma releasing exercises) consiste, par une série de sept exercices posturaux simples, à susciter la survenue de tremblements spontanés, tout d’abord dans les jambes puis dans la colonne vertébrale et le reste du corps. Le but : reproduire le tremblement naturel que nous expérimentons tous, à l’instar des animaux sauvages ou de nos enfants après une grande frayeur, tant que nous ne l’avons pas inhibé. Selon un mécanisme encore non détaillé, le tremblement, en favorisant la détente des muscles impliqués dans la réponse aux situations dangereuses – le psoas iliaque par exemple qui nous permet de nous replier sur nous-même – enverrait une information de détente aux zones cérébrales concernées, favorisant une résilience et mettant fin aux souvenirs envahissants et à l’anxiété. Or, au fur et à mesure que les tensions psychiques se relâchent, on constate une modification de la posture réflexe. « Cela ne se fait pas en un jour, mais au fil des mois de pratique, je vois les corps se détendre et les dos se verticaliser, sans l’avoir recherché », note Malachy Coleman, formateur de la méthode en Europe. « De vieilles douleurs s’apaisent également. »

L’aspect alimentaire

David Trifilio, kinésithérapeute formé à la naturopathie confirme l’importance des tensions du psoas dans la survenue de certaines douleurs mais propose une autre explication. « Dans ma pratique, j’ai observé que les douleurs lombaires sont toujours associées à une inflammation de la paroi intestinale ». En cause, certains aliments, tels les céréales contenant du gluten ou les laitages qui, en favorisant l’hyperperméabilité intestinale, provoquent une rétraction des tissus, des tensions du psoas qui par résonance, entraine une altération de la posture et une pression déséquilibrée sur les vertèbres. « Regardez quelqu’un qui a mal au ventre. Il est incapable de maintenir une posture verticale, saine. Eh bien il existe un mal de ventre à bas bruit qui a les mêmes effets. » La seule intervention sur l’alimentation par éviction des céréales ne suffit pas à mettre fin aux douleurs lombaires, bien-sûr, mais elle est peut être un élément nécessaire pour retrouver un certain confort et rendre efficace les soins manuels.

Posture et matériaux parasites

Autre point de vue inhabituel, celui de Gérard Dieuzaide (9), dentiste à Toulouse formé à la posturologie. Ce praticien pas comme les autres essaie de repérer les « incompatibilités » de ses patients avec certains matériaux. Ces dernières seraient selon lui reliées à des maux aussi divers que la fibromyalgie, la fatigue chronique, certains maux de têtes et nombres de troubles neurovégétatifs, de l’équilibre ou du rythme cardiaque… Officiellement, la posturologie vise à corriger les défauts posturaux à l’origine de diverses douleurs. Or Gérard Dieuzaide semble en avoir découvert une nouvelle application. En retirant simplement une bague, des lunettes, un vêtement ou encore une reconstitution dentaire, il a maintes fois constaté comment une personne bloquée, parfois de longue date, pouvait retrouver subitement sa liberté de mouvement. Pour lui, tout matériau émet un rayonnement électromagnétique spécifique et nombre d’entre nous présentent des incompatibilités individuelles avec certains d’entre eux : « En présence d’un matériau incompatible, la personne voit ses tensions musculaires augmenter, ce qui entrave sa liberté de mouvement de manière visible et aisément mesurable », affirme le praticien. Dans son cabinet, il m’a autorisé à assister à une série de consultations. Une femme entre. Cette sexagénaire se plaint de fatigue et de douleurs chroniques. Gérard Dieuzaide lui suggère de s’adosser à un mûr puis de lever latéralement ses bras tendus. Visiblement bloquée dans son mouvement, la dame, le visage grimaçant de douleur, ne peut les monter plus haut qu’à l’horizontale. S’ensuit une batterie de tests posturaux : sans son bracelet-montre, la patiente obtient une légère amélioration de ses mouvements. Sans ses lunettes, la libération est encore plus franche. D’autres tests révèlent qu’elle est incompatible avec ses montures de lunettes ainsi qu’avec plusieurs matériaux dentaires. « Les incompatibilités sont individuelles », précise Gérard Dieuzaide. « Mais il est sûr que les étiquettes de vêtement ou les amalgames dentaires au mercure sont problématiques pour tout le monde ». La patiente repart munie d’une liste indiquant les matériaux qu’elle tolère et celle dont son dentiste devra la débarrasser. D’autres patients défilent un à un dans le cabinet. Après une batterie de tests, le docteur Dieuzaide démasque les coupables : des verres de lunettes, une montre, un ou plusieurs matériaux de reconstruction dentaire et même des boucles d’oreilles en or… Les résultats sont souvent spectaculaires et effectivement répétables. Chacun repart avec sa feuille de route personnelle à l’attention de son dentiste ou même de son opticien…

S’accroupir, c’est la santé

La boucle est donc bouclée ! Mobilier, habitudes posturales, traumatismes psychiques, alimentation et matériaux parasites : notre mode de vie tout entier est à revisiter pour retrouver la posture juste… Y compris la manière dont nous allons à la selle ! Dans la rubrique Naturo-pratique du numéro d’été 2016 de Néosanté, nous évoquions le fait que nombre de pathologies – appendicites, colopathies, diverticulites, descentes d’organes post-partum et même cancer du colon – sont apparues concomitamment à la démocratisation des toilettes assises ! Dans les populations qui défèquent à l’ancienne, en position accroupie et ce quel que soit leur régime alimentaire, ces désagréments sont pratiquement inconnus (10). Réapprendre à s’accroupir est donc une mesure de santé importante. Sauf que la plupart des Occidentaux sont incapables de se tenir dans cette position plus de quelques secondes, voire d’y entrer ! En cause, l’usage de chaussures à talons ainsi que des chaises, fauteuils et autres éléments de confort moderne qui, utilisés dès l’enfance, raccourcissent nos tendons d’Achille. Pourtant, les bambins s’accroupissent spontanément et demeurent longuement dans cette position, tout comme nombre d’humains qui ne connaissent pas la chaise. Concernant les enfants, il est du plus haut intérêt de ne pas contrarier cette heureuse disposition. Et pour les adultes, de retrouver cette manière de s’asseoir, de déféquer… Et d’accoucher ! L’accouchement accroupi préviendrait en effet les lésions post-partum, l’incontinence et bien des problèmes gynécologiques en évitant la lésion du nerf pudendal qui innerve le périnée. Abandonnée dans la plupart des maternités occidentales, cette position est encore la norme chez les peuples traditionnels. Des vidéos sur Internet permettent de se rendre compte à quel point elle facilite et accélère la délivrance. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit la position spontanée adoptée le plus souvent par une femme qui accouche sans assistance médicale. Pour se réapproprier la position accroupie tout en gardant les pieds au sol, il faut commencer par écarter suffisamment les pieds avant de descendre. On peut également s’appuyer dos contre un mur, se tenir à un meuble par les mains ou mettre un support sous les talons et diminuer sa hauteur progressivement…
Cet aperçu non exhaustif laisse présager de beaucoup d’efforts et de sueur aux sédentaires que nous sommes. Heureusement, il semble qu’il existe des voies moins fatigantes pour favoriser le retour à une posture naturelle et à un corps confortable. Parmi elles, la Technique neuro-cutanée (TNC) récemment évoquée dans les pages de Néosanté a pour ambition première de réduire voire supprimer les douleurs par des « manœuvres tissulaires guidées par un bilan des mouvements cutanés » (11). Autrement dit, des effleurements de la peau. Or il semblerait qu’elle soit aussi à même de contribuer à la correction d’une posture déficiente en nous évitant un contrôle permanent de nous-même. Nous avons interrogé Stéphane Delalande, son fondateur, à ce sujet (voir encadré).