Comme toutes les grosses articulations, l’épaule se caractérise par la mise en jeu de nombreux muscles, tendons et os . Nous aborderons le décodage de cette articulation en nous limitant, dans un premier temps, aux douleurs au niveau de la jointure entre la tête de l’humérus et la cavité glénoïde. J’ai décidé de vous parler de cette articulation à la suite de l’accident de vélo de mon père. A cinquante ans d’intervalle, il fait une chute de Vespa (il a alors 24 ans) et se luxe l’épaule . Il y a deux mois, c’est en vélo qu’il fait une chute (il a alors près de 74 ans) et se démet l’épaule de la même façon. Avant de comprendre ce que raconte la luxation, regardons l’épaule dans sa globalité.

Approche biologique

Gérard Athias raconte une anecdote à propos d’une dame qui, autour d’une table de bar, lui explique qu’elle a des douleurs à l’épaule qui persistent malgré un travail de décodage basé sur la notion d’identité. Il lui dit alors : « Si je suis enfermé, c’est avec l’épaule que je vais défoncer la porte. Dans ta généalogie il n’y a pas des mineurs qui sont restés au fond ? ». C’était en effet le cas. Cette femme a alors pris sa bière et levé le bras sans plus ressentir aucune douleur à l’épaule ! Cette guérison instantanée nous montre que les douleurs à l’épaule témoignent plus généralement d’une difficulté (réelle ou symbolique) pour sortir d’une impasse. Ce peut être à la suite d’un enfermement réel, comme la prison (être emmuré), une séquestration, ou dans ce cas le fait d’être bloqué sous des gravas …. Dans cette histoire, une fois la mémoire et le lien avec le symptôme conscientisés, la douleur n’a plus raison d’être. Cependant, le ressenti d’ « être dans une impasse » peut aussi se vivre de façon symbolique. Lorsque je vis une situation qui me semble sans issue et que malgré mes efforts pour m’en sortir, je n’en trouve pas les clefs ! Alors, la seule solution (parfaite pour le cerveau) est de défoncer la porte (virtuelle) avec l’épaule.

Le conflit d’identité

L’épaule est l’articulation par laquelle nous lançons le mouvement, et donc nos actions. Si je ne suis pas en accord avec mes actions, je peux faire une dévalorisation en terme de jugement de moi sur moi-même. Si la douleur concerne l’épaule directrice (la droite pour le droitier, la gauche chez le gaucher), la dévalorisation concerne mon identité personnelle en tant qu’homme ou femme. Par exemple, il peut s’agir d’un homme qui ressent une attirance pour un autre homme (pulsion homosexuelle) sans pouvoir l’accepter : « mais quel homme suis-je donc ? » « suis-je vraiment un homme ? » . Ce peut être une femme qui culpabilise d’avoir tenu des propos violents à l’égard de collègues de travail : « mais quel genre de femme suis-je pour parler de la sorte ? » « Suis-je vraiment cette femme méchante ? ». C’est au moment où nous nous interrogeons sur notre valeur en tant qu’homme ou femme que l’épaule parle. Pour l’épaule directrice, le jugement auto-dévalorisant est orienté sur moi-même.
Pour l’épaule dite controlatérale (gauche chez le droitier, droite chez le gaucher), la dévalorisation portera sur mon statut en tant que membre de la famille. C’est par exemple un homme qui place, contre leur gré, ses parents en maison de retraite : « Quel genre de fils suis-je pour délaisser ainsi mes parents ? » .Cela peut être une mère qui, parce que son fils fait des petits actes de délinquances, culpabilise et pense avoir mal éduqué son enfant. Elle est alors dévalorisée dans son image en tant que parent : « Quelle mère suis-je donc pour avoir élevé mon enfant de la sorte ? ». Le conflit de dévalorisation est ici bien orienté sur mon statut de membre de clan familial élargi (frère, parrain, neveu …).

La luxation de l’épaule

Dans la luxation, la tête de l’humérus sort de la cavité glénoïde. C’est comme si on libérait la tête (humérale) de son moule. Le conflit exprimé ici est « on t’a mis dans un moule et tu veux en sortir ». De plus, il existe d’autres sous tonalités dans cette blessure.

Lors d’une luxation de l’épaule, les liens de celle-ci avec l’omoplate et la clavicule sont aussi rompus. On pourra aussi ajouter à cette interprétation les sous-tonalités suivantes :

⁃ une tonalité liée à l’omoplate : L’omoplate c’est la partie par laquelle on se fait piétiner lorsque l’on a été mis au sol. C’est l’homme mis a plat, écrasé, jeté et foulé face contre terre. La luxation raconte aussi le fait de « ne plus accepter de se faire marcher sur le dos », c’est à dire « refuser la soumission ».
⁃ une tonalité liée à la clavicule : Le terme hébreu pour désigner la clavicule est « etsém-bria’h » qui signifie « l’os verrou ». Bria’h signifie verrou et, prononcé baria’h devient fugitif. La clavicule exprime un besoin de se libérer, de fuir les enclaves. Dans les accidents de motos (engin symbolisant la liberté), la clavicule est souvent touchée. Ce déboitement témoigne du besoin de se libérer d’une vie trop étroite et contraignante.

Le bras est aussi le glaive, au sens biblique . Les tics de l’épaule, que nous connaissons chez notre ancien président français, traduisent des désirs de frapper qui ne vont pas jusqu’au bout et sont frappés d’interdit, nous dit Olivier soulier. Une volonté impossible de se débattre et de ne pouvoir se battre.
La difficulté à frapper, comme ne pas savoir donner ses coups en boxe ou en karaté, est du même registre dans une forme atténuée
. On peut comprendre la luxation autrement. La cavité glénoïde (le moule de la tête humérale) renvoie au terme « Glen » qui signifie (encore) une « arme ». Le bras, en anglais, c’est aussi « arm ». Une luxation, c’est comme si l’on démontait une arme. On rechercha ainsi qui, dans la généalogie ou dans sa vie, « a voulu sortir des armes ». Qui a été réformé ou a souhaité l’être ?

Pour illustrer la luxation, revenons à l’exemple de mon père. Quand il a son premier accident de Vespa, nous sommes après la guerre d’Algérie. Moment douloureux de sa vie qui le ramène inconsciemment au fait que son père fut fait prisonnier en 1940 par les Allemands. Nous sommes alors dans sa période du projet-sens. Toute sa vie, il tentera de reconquérir cette liberté perdue, refusera le conformisme et vivra comme un insoumis. Dans cette période, il tentera de sortir de sa condition d’ouvrier en se lançant dans des études de sport. Passer sa vie à l’usine est inconcevable pour ce jeune homme qui ne vit que pour la nature, le sport et pour conquérir sa souveraineté. De plus, la Vespa et surtout le vélo (véhicules avec lesquels il a chuté) ont toujours été considérés comme le moyen de s’évader, de fuir les contingences du quotidien et de vivre l’aventure : ils sont, pour lui, symboles de liberté. Quand il se luxe l’épaule, c’est tout cela qu’il raconte. Sa volonté de sortir du moule d’une vie rangée, à répéter les mêmes gestes sous l’autorité d’un chef, son besoin de s’échapper de son quotidien en deux roues et ses mémoires de refuser de prendre les armes (rejet du service militaire)…

En se déboitant l’épaule, il montre aussi qu’il tente d’atteindre quelque chose d’inaccessible (un statut de professeur de sport, considéré comme une sorte de Graal), véritable chemin vers la liberté. En allongeant le bras au delà de sa limite naturelle, il témoigne de sa volonté de sortir d’une vie trop restreinte pour accéder à sa souveraineté d’homme libre. Il finira par y arriver…

Jean-Brice Thivent

jeanBriceThiventPraticien–naturopathe et consultant en bio-décodage, Jean-Brice Thivent dirige avec cette double approche la « Formation Alsacienne de Naturopathie et de Psychobiologie ». Conférencier- formateur, il anime aussi (dans l’Est de la France) des séjours de détoxination par le jeûne. Son ambition : donner les moyens à chacun de devenir acteur de sa santé. Il est aussi l’auteur du livre « De l’homme dévitalisé à l’homme vivant », aux éditions Néosanté. Infos : www.alsace-naturo.com