portrait de Yves RasirLamentable. Depuis le 22 mai, jour où la revue The Lancet  a publié une étude ne montrant pas d’effet thérapeutique de la chloroquine dans le traitement du Covid-19,  le Pr Didier Raoult  est au centre d’une virulente polémique fracturant la France en deux. D’un côté, la meute de ses détracteurs se déchaîne et lui taille le costard d’un charlatan égaré par sa mégalomanie. De l’autre, ses partisans hurlent au complot et persistent à le considérer comme un génie incompris. Et s’il n’était ni l’un ni l’autre ? S’il ne méritait ni excès d’honneur ni indignité ? Si vous nous suivez depuis le mois de janvier, vous savez tout le bien que nous pensons de l’infectiologue marseillais. C’est lui qui, le premier, a osé dire que la terreur inspirée par un banal agent viral tenait de l’hystérie irrationnelle et de la « déconnexion totale avec la réalité ». C’est lui qui, l’un des premiers,  avait bien prédit que cette virose saisonnière ne méritant pas psychose  allait s’éteindre naturellement avec le retour du printemps. C’est lui qui, à contre-courant de l’establishment médical, a fustigé la politique de confinement  des bien-portants en expliquant que l’isolement des malades était la seule méthode prophylactique ayant fait ses preuves au cours de l’histoire.  C’est lui aussi qui, à l’inverse des politiciens et de ses confrères liés aux laboratoires pharmaceutiques, a très vite souligné que la quête d’un vaccin était un « défi idiot » n’ayant que très peu de chances d’aboutir. Bref, ce n’est pas seulement son look de druide gaulois qui nous a plu chez Didier Raoult, c’est surtout sa résistance irréductible à la terreur et à l’envahissement  médiatique des marchands de panique. Qu’il en soit chaleureusement félicité et remercié !
 
La question à se poser
 
Pour autant, Néosanté s’est bien gardé de vénérer le Panoramix de la Cannebière et de lui vouer une admiration sans bornes. D’abord parce que cet homme est un médecin tout ce qu’il y a de plus classique fonctionnant sous logiciel pasteurien. C’est un chasseur de germes, virus et bactéries, qui n’a de cesse de considérer les micro-organismes comme des ennemis du genre humain. Ensuite parce que c’est un praticien recourant très volontiers aux antibiotiques à large spectre (bonjour la biorésistance !) et aux vaccins dont il critique seulement l’inutilité de quelques-uns. Emporté par son zèle pro-vaccinal, le Pr Raoult recommande même de relancer de grandes campagnes contre l’hépatite B  – dont le vaccin serait, selon lui, « lavé de tout soupçon »,- et d’instaurer la vaccination obligatoire contre la varicelle ! Ce n’est pas pour rien qu’il a reçu comme premier soutien celui du « Lyme Doctor » Christian Perronne, fanatique des antibiotiques et vaccinolâtre invétéré. Enfin, dans la saga du coronavirus, nous n’avons jamais adhéré à la conviction raoultienne que la chloroquine constitue un remède de choix à la fois dénué de danger et doté d’une belle efficacité. Dès nos premières infolettres sur le sujet, nous avons souligné que ce médicament antipaludéen engendrait pas moins de 70 effets secondaires potentiels,  dont celui de provoquer des … détresses respiratoires. Et nous ne voyions pas très bien ce qui permettait de croire que cette molécule chimique allait beaucoup         apporter sur le plan thérapeutique face au Covid-19.  C’est logique d’être pragmatique et de « soigner d’abord ceux qui souffrent » au lieu d’attendre de vastes  études scientifiques en double aveugle randomisées. Mais quand ces travaux de haut niveau arrivent, il faut pouvoir en accepter les conclusions ! Le 7 mai déjà, le New England Journal of Medicine a publié les résultats d’une grande recherche américaine montrant que les  811 patients ayant reçu l’hydroxychloroquine n’en avaient nullement bénéficié : ils présentaient le même risque d’intubation et de décès que ceux qui n’avaient pas reçu le médicament. Et avec la méga-étude du Lancet, c’est encore pire : non seulement les 90.000 patients suivis dans 671 hôpitaux de six continents n’ont pas tiré profit de la consommation de chloroquine, mais le risque d’arythmie cardiaque et de mortalité était plus élevé dans le groupe traité ! S’agit-il d’une étude  biaisée et méthodologiquement « foireuse » comme l’affirme Raoult ?  Une manœuvre  téléguidée par Big Pharma  pour saper un remède bon marché, comme certains « lanceurs d’alerte » le prétendent ?  Personnellement, ce débat ne m’intéresse guère. Ce qui m’importe, c’est d’élucider un insondable mystère : comment se fait-il que l’IHU de Marseille ait pris en charge 4.000 « covidés » et que seulement 18 d’entre eux, aux dernières nouvelles, soient ressortis les pieds devant ? Comment se fait-il que Didier Raoult et son équipe aient obtenu « les meilleurs résultats du monde »  – et là, ce n’est  pas de la vantardise – dans la gestion de l’épidémie ? Si ce n’est pas la potion magique à base de chloroquine,  d’où vient que le druide phocéen ait pu sauver  la très grande majorité des malades faisant la file devant son chaudron ? À mon sens, ce succès phénoménal tient probablement moins au protocole médicamenteux qu’à d’autres facteurs préventifs et guérisseurs négligés par les observateurs. Voici, selon moi,  la vraie recette du triomphe marseillais :
 

  1. Un effet nocebo proche de zéro

 
Venant du latin « je nuirai », ce terme désigne l’impact possiblement délétère d’une substance inerte, mais aussi, par extension, l’action dommageable du stress psychique sur la physiologie. L’angoisse et l’anxiété, c’est très mauvais pour la santé en général et pour l’immunité en particulier. Or qui cherche toujours à rassurer et tranquilliser ? S’il est devenu récemment une star mondiale, Didier Raoult n’est pas un illustre inconnu pour ses concitoyens français. Publié en 2016 par un éditeur grand public, son livre « Arrêtons d’avoir peur » a eu un relatif retentissement et lui a apporté une certaine notoriété. Dans cet ouvrage, le microbiologiste disait déjà qu’il fallait arrêter de s’épouvanter avec les fléaux infectieux. Pour lui, ce sont des tragédies du passé liées à des écosystèmes particuliers et peu susceptibles de se reproduire aujourd’hui. Quand le coronavirus a déboulé sur les écrans, il a haussé les épaules, indiqué que cette famille de particules n’était pas à craindre outre-mesure et qu’au final, l’épidémie hivernale ferait probablement moins de morts que les accidents de trottinettes ! Depuis le mois de février, j’ai regardé beaucoup de ses vidéos et le discours anxiolytique du Dr Raoult n’a jamais varié. Reviennent sans cesse des phrases comme « je suis très serein », « je ne suis absolument pas inquiet » ou « cessons d’exagérer le danger». On pourrait lui reprocher d’avoir sous-estimé la menace mais on pourrait également se demander si ses propos apaisants n’ont pas étouffé le phénomène nocebo chez les cohortes de patients qui lui ont fait confiance et sont venus de toute la France se faire soigner chez lui. Avec lui, peu de risque d’encaisser ce que le Dr Hamer appelait le « conflit de diagnostic », à savoir un choc émotionnel pathogène généré par l’annonce même de la maladie.

  1. Un super effet placebo

 
Extincteur du stress négatif, le docteur Raoult a également le profil du docteur insufflant un puissant placebo, autrement dit une foi décuplée dans le bien-fondé du traitement et se traduisant par une augmentation parfois spectaculaire des guérisons. Comme nous l’avons maintes fois souligné dans  la revue Néosanté,  ce phénomène participe grandement à l’action des médicaments dont il représente toujours un large pourcentage, (30%, 40%, 50 % et jusqu’à 100% pour certains antidépresseurs !). Or on sait – de nombreuses études l’ont déjà montré –  que la performance d’une substance résulte aussi de  la personnalité et du comportement de celui qui la prescrit. Invariablement vêtu de son tablier blanc, Didier Raoult incarne le savant sûr de sa science et fort de sa longue expérience. Pour ceux qui ont connu les anciens catéchismes et leurs chromos ridicules, il fait aussi irrésistiblement songer au Dieu-le-Père à barbe et robe blanches s’adressant à ses enfants humains depuis son nuage. Chez les plus vieux de ses patients, ça a peut-être joué inconsciemment. Surtout que le bonhomme barbu est assez imbu de sa personne et qu’il n’hésite jamais à proclamer qu’il est le meilleur et le plus reconnu de sa corporation : voilà encore un élément qui a pu renforcer l’adhésion au protocole proposé et en multiplier les effets psycho-physiologiques bénéfiques. Vous vous souvenez d’ « Astérix chez les Bretons » ? À la fin de cette aventure, au moment de se confronter aux Romains, le druide Panoramix ne dispose plus d’un ingrédient indispensable de la potion magique et il le remplace par des feuilles de thé, ce qui n’empêche pas Bretons et Gaulois de remporter la bataille. Face aux légions de coronavirus,  Raoult et sa chloroquine ont sans doute – au moins partiellement – remporté la guerre de « placebelle » manière….
 
 

  1. Un traitement peu iatrogène

 
C’est, vous le savez, une hypothèse que je soulève depuis des mois: la létalité attribuée à un agent viral est en réalité, en grande partie, la conséquence  funeste de l’interventionnisme médical.  Dans de nombreux hôpitaux, et singulièrement en Italie, on a administré des antiviraux très toxiques,  donné des anti-inflammatoires favorisant les orages de cytokines,  recouru hâtivement à l’oxygénation artificielle et employé trop fréquemment la très périlleuse technique d’intubation pour protéger le personnel soignant.  Sans ce déferlement iatrogénique, la pandémie aurait certainement fait beaucoup moins de victimes ! Tout s’est passé différemment à Marseille : Didier Raoult et ses assistants s’en sont tenus  en première ligne au tandem chloroquine/ azithromycine et ont ainsi évité de nuire davantage à leurs patients.  Même si leurs effets secondaires ne sont pas nuls, ces deux molécules sont assurément moins nuisibles que l’arsenal chimique déployé ailleurs. Chose remarquable : Didier Raoult attribue aussi une part de son succès au fait que les malades ne sont pas restés chez eux à consommer du paracétamol. Dans sa vidéo du 25 mai, il déclare que le Doliprane est bien plus dangereux que l’hydroxychloroquine et que ce médicament par trop banalisé est « la première cause d’intoxication dans les pays modernes ». Depuis janvier, j’ai lu plein de témoignages de « covidés » parus dans la presse :  on  y retrouve systématiquement – je dis bien dans TOUS les récits que j’ai lus – le recours au paracétamol pour faire taire les premiers symptômes douloureux. Il faudra encore combien de crises planétaires pour bannir ce poison sur terre ?
 

  1. La vidange intestinale

 
Comme le Pr Raoult n’a jamais cessé de le préciser, le protocole appliqué à l’IHU de Marseille est un tout composé de deux parties indissociables : la chloroquine et l’azithromycine. L’antipaludéen et l’antibiotique  sont prescrits de conserve car leurs effets seraient à la fois complémentaires et synergiques. Et quand la chloroquine ne peut pas être donnée en raison de ses risques pour le cœur, l’antibactérien est donné seul pour qu’il exerce ses supposés effets antiviraux. Dans son dernier livre paru en avril, (« Épidémies : vrais dangers et fausses alertes »), Didier Raoult  raconte même qu’il a conseillé au grand spécialiste mondiale du virus Zika de tester l’azithromycine, médicament qui, selon lui, « marche parfaitement » dans le traitement de cette virose entraînant (selon la théorie dominante) de graves malformations du fœtus. Et si, bien plus que la chloroquine, c’était l’antibiotique qui avait fonctionné chez les « Covidés » ?  Il est très dommage que l’étude du Lancet n’ait pas suivi de patients soignés uniquement avec l’azithromycine. Impossible donc à vérifier. Mais comme  je le notais dans ma lettre du 29 avril , on peut sérieusement le subodorer puisque des médecins italiens et français  ont obtenu tout autant de succès et n’ont déploré aucun décès  en prescrivant le seul antibiotique, ou un autre équivalent de la famille des macrolides. Or leur effet secondaire le plus fréquent, à ces médocs, comme vous pouvez le constater en cliquant ici , est de provoquer une diarrhée. Ce qui a très probablement sauvé des tas de gens, c’est la vidange intestinale induite par la composante bactéricide du protocole. Désolé pour le glamour et les pages glacées de Paris-Match, mais c’est dans la chiasse qu’il faut à mon avis  chercher le secret  de la réussite Raoult…
 

  1. Le soleil et la mer

 
Ils ne font pas partie du protocole, mais peut-on douter que l’écosystème marseillais, et celui du Sud de la France plus globalement, a joué un rôle  dans la faible mortalité enregistrée en bord de Méditerranée ?  De façon scandaleusement tardive, l’Académie nationale française de Médecine a fait savoir il y a 10 jours que la vitamine D était un très précieux allié anti-infectieux.  Dans son communiqué du 22 mai,  l’institution informe que cette vitamine procurée par le soleil  « joue un rôle dans la régulation et la suppression de la réponse inflammatoire cytokinique à l’origine du syndrome  de détresse respiratoire aigu qui caractérise les formes sévères et souvent létales de Covid-19 ».  Et elle ajoute qu’ «une corrélation significative entre de faibles taux sériques de vitamine D et la mortalité par Covid-19 a été montrée» .  Tous les vieux emprisonnés dans les maisons de retraite apprécieront cette révélation ! En plus de l’ensoleillement vitalisant, les Marseillais ont pu bénéficier d’une autre ressource méridionale primordiale : les produits de la mer.  Ceux-ci apportent du zinc à profusion et on sait combien cet oligo-élément joue un rôle essentiel dans le système immunitaire.  Le Dr  Philippe Maurin, dont nous avons publié une « lettre aux patients » le  26 mars , insistait beaucoup sur l’action cruciale du minéral. En cherchant plus avant dans la littérature médicale, le médecin de Béthune a trouvé et m’a communiqué que la chloroquine et l’azithromycine avait tous deux pour effet indirect de stabiliser les niveaux de zinc dans l’organisme !  Qui dit ressources halieutiques dit aussi richesse en sélénium. Or une étude chinoise parue l’American Journal of  Clinical Nutrition  du 11 mai  vient de montrer qu’il existe une nette  corrélation entre  la gravité du Covid-19 et  la consommation de sélénium, laquelle était validée par examen du cheveu.  Selon les chercheurs, la mortalité par cas confirmé a été 5 fois plus élevée dans les provinces faiblement consommatrices. Dernière de la classe de ce point de vue nutritionnel,  la province de Hubei (dont Wuhan est la capitale), a enregistré un taux de guérison  trois  fois moindre qu’ailleurs en Chine. Poissons et crustacés sont les meilleurs vecteurs de sélénium et on peut se demander si les patients du Dr Raoult n’ont  pas aussi profité de leur cadre de vie marin et de la culture culinaire locale. Si ça trouve, la raison majeure de leur résistance au coronavirus  réside dans  un formidable protocole thérapeutique  appelé…. la  bouillabaisse.