Vendredi dernier, je me suis laissé embarquer dans une discussion sur Facebook à propos des vaccins. C’était sur le mur d’un homme politique qui avait assisté la veille à la projection du film Vaxxed et avait posté une réflexion pour ouvrir le débat.  Naïvement,  je pensais que mes positions critiques sur la vaccination seraient accueillies avec respect et intérêt sur la page d’un élu écologiste. Erreur ! Dès le début des échanges, on m’a taxé d’irresponsable et d’extrémiste. Après 10 minutes, j’étais déjà traité de criminel pour ne pas avoir vacciné mes trois filles et  qualifié de  « gourou illuminé » pour mes idées psychosomatiques.  C’est dingue que même dans l’entourage des Verts, le dogme vaccinal demeure si  intouchable et la conception de la santé  reste à ce point engluée dans le matérialisme cartésien.  Dans un de ses messages agressifs, un des participants m’a envoyé un lien menant vers un article qui se partage beaucoup sur internet. C’est devenu une référence incontournable des lobbies provaccinaux. Il a été écrit par une Anglaise, une certaine Amy Parker, qui y raconte une enfance sans vaccins et néanmoins gâchée par de multiples maladies. Sans condamner ses parents, cette femme apporte son témoignage pour défendre la vaccination et justifier son choix d’y recourir pour ses enfants.   J’avais déjà lu distraitement  cet article et je l’ai relu un peu plus attentivement.  Je vous laisse à votre tour  le (re)lire en cliquant ici et je vous rejoins tout de suite après.

C’est fait ?  Vous avez bien lu ?  Rien ne vous a sauté aux yeux ?  Moi, en tout cas, j’ai été frappé par un énorme détail : Amy Parker prétend avoir eu « l’enfance la plus bio qu’on puisse imaginer » alors que rien  n’est moins vrai ! Certes, son papa et sa maman « ayatollah » étaient visiblement des écolos convaincus. Pour allaiter son enfant pendant un an,  lui interdire le sucre,  lui imposer des légumes, le rationner en viande et lui faire avaler de l’huile de foie de morue, il faut avoir les convictions « bio » bien accrochées. L’hygiène alimentaire de la famille et sa prédilection pour les médecines douces dénotent clairement d’une volonté de vivre en harmonie avec les lois de la nature.  Le cadre y était propice et la petite Amy  avait aussi de saines habitudes (sport, marche, danse…) favorables à une belle vitalité et à une robuste immunité.  Elle ne comprend donc pas pourquoi elle a contracté tant de maladies infectieuses et en a tant souffert. Sous-entendu : les microbes se fichent du terrain et vous tombent dessus par malchance, il faut donc s’immuniser artificiellement.  Le hic, c’est que Mme Parker dévoile  une information capitale plus loin dans son texte : « J’ai eu tellement de maladies nécessitant un traitement aux antibiotiques que j’ai développé une résistance, ce qui m’a conduit à 21 ans à être hospitalisée pour une amygdalite purulente résistante à la pénicilline ». Très curieusement, cette idyllique « enfance bio » a donc été marquée par un recours systématique  à la médecine classique et à son arsenal antibiotique. Elle a été tellement gavée de médicaments antibactériens que son organisme a fini par épuiser toutes ses capacités de défense et à frôler la mort lors d’une banale  inflammation des amygdales.

Apparemment,  Amy Parker n’est pas consciente de la contradiction flagrante de son récit.  Elle est persuadée d’avoir reçu l’éducation la plus biologique qui soit alors ses géniteurs se précipitaient sur les drogues chimiques à la moindre infection bénigne.  Ils essayaient peut-être les huiles essentielles et les granules dans un premier temps, mais ils se ruaient ensuite chez le médecin et à la pharmacie pour se procurer des traitements conventionnels.  Si ça tombe,  la fillette recevait aussi  de l’aspirine ou du paracétamol pour faire tomber la fièvre, et des anti-inflammatoires pour contrer cette réaction normale du corps. Cette incohérence ahurissante, ce n’est pas la première fois que je la constate.  Je la vois souvent à l’œuvre dans mon entourage et même dans des familles acquises aux médecines alternatives.  Je l’ai observée plusieurs fois chez des écologistes militants qui n’avaient pas du tout l’air de comprendre où était le problème. Ils mangent bio et s’indignent qu’on puisse déverser des pesticides dans les champs, mais ils trouvent normal d’en épandre dans leurs intestins. Car c’est bien là que la passionaria anglaise se fourre complètement le doigt dans l’œil : on ne peut pas à la fois prétendre à la solidité immunitaire et abuser des antibiotiques.  Ceux-ci détruisent rapidement la flore intestinale et en déséquilibrent durablement la composition.  Toutes les recherches récentes sur le microbiote l’ont amplement démontré, et la science a  saisi depuis longtemps  les liens étroits entre le fonctionnement de l’intestin et celui de l’immunité. Le phénomène  de l’antibiorésistance  commence d’ailleurs – il est grand temps ! – à alarmer les autorités  de santé.  De toute évidence, la vulnérabilité infantile de Mme Parker s’explique beaucoup moins par l’absence de vaccins que par l’usage immodéré de substances biocides.  

Sur Facebook, j’ai bien sûr attiré l’attention de mes contradicteurs sur  l’illogisme et l’irrationalité de cette plaidoirie vaccinaliste. Impossible de faire confiance à la vie tout  en arrosant ses organes de produits « antivie ».  Et pour appuyer mon argumentation, j’ai précisé que personnellement, je n’avais pas non plus donné d’antibiotiques à mes enfants. Leurs très rares maladies infectieuses (varicelle, impétigo, otites et autres menues infections ORL), elles les ont surmontées sans  aucun remède « anti », et surtout sans cette classe de médicaments nuisibles au microbiome. Vous pensez que cette confidence fut bien accueillie ?  Au contraire, elle m’a valu une nouvelle volée de bois vert de la part de ces écologistes décidément très conformistes.  Selon eux, j’avais eu énormément de chance et j’étais un parent indigne pour avoir ainsi exposé ses enfants au péril microbien.  En guise de torpille ironique, un interlocuteur  m’a balancé que « les antibiotiques étaient des champignons » et que les partisans des médecines naturelles devraient donc les plébisciter. Là, je vous avoue que j’en suis tombé sur le cul et que j’ai laissé tomber le débat.  En 2017, il y  encore des gens qui ne font pas la différence entre une molécule naturelle et un principe actif isolé et synthétisé en éprouvette !  Il y en a  encore qui pensent qu’une pharmacie est une sorte  d’herboristerie améliorée par la modernité. Certes, la pénicilline est une toxine secrétée par certaines moisissures naturelles, mais son administration massive par voie orale ou transdermique n’a rien de naturel. Et tous les antibiotiques de générations ultérieures doivent encore plus à la  biochimie. Si un antibiotique est un vulgaire  champignon, alors le caoutchouc est du latex, l’aspirine de la poudre de saule  et l’aspartame un sucre comme un autre. Tant qu’on y est, les avions sont des oiseaux et les missiles nucléaires des aiguillons de guêpe. Si Flemming peut être considéré comme un pionnier du biomimétisme,  son invention n’a strictement  rien de biologique car elle attaque la partie  (la flore bactérienne)  en nuisant au tout (l’être humain dans sa globalité). Apparemment, même les défenseurs des écosystèmes sont en train de perdre ça de vue…

À leur décharge, il faut dire que le culte antibiotique, un véritable TOC (trouble obsessionnel compulsif),  se répand absolument partout. Jusque dans les rangs des  plus vibrants avocats des médecines naturelles. J’en ai encore eu l’illustration à  la vision  du film Vaxxed  et à l’issue de la projection. Dans son documentaire, Andrew Wakefield tend le micro à l’illustre professeur  Luc Montagnier. Et dans  le panel de personnalités conviées à s’exprimer sévèrement sur les vaccins,  les organisateurs avaient également cru bon d’inclure le célèbre Prix Nobel de médecine, co-découvreur du HIV. Ça va durer longtemps, cette comédie ?  Depuis qu’il ne traque plus les virus, ce grand prêtre de l’église pasteurienne s’est pris de passion pour les bactéries qu’il accuse de tous les maux.  Il fait notamment partie des médecins menant croisade pour que la maladie de Lyme chronique soit reconnue et combattue  par pilonnage antibactérien.  Dans le dossier de l’autisme, l’inventeur du sida comme maladie infectieuse démontre encore une fois l’étendue de son TOC : il aurait identifié l’ennemi, une bactérie de la famille Sutterella. C’est elle qui serait la cause première de l’affection autistique régressive.  Étrangement, son laboratoire ne cherche pas à mettre au point un vaccin mais il suit des enfants soignés à grand renfort d’antibiotiques à large spectre prescrits pour de longues cures. Les résultats ? « Encourageants », déclare-t-il.  Mais vu le contexte, il ajoute quand même que l’amélioration n’est pas garantie et que la solution n’est sans doute pas idéale à long terme. Il n’a rien contre l’homéopathie et l’aromathérapie. Ouf….

Attention : je ne suis pas un  impitoyable détracteur  de monsieur Montagnier auquel je trouve énormément de qualités. Je trouve très courageux de sa part d’avoir délaissé les honneurs des milieux académiques pour s’aventurer du côté des médecines parallèles et pour  effectuer de passionnantes recherches sur l’empreinte électromagnétiques des molécules. Â l’âge où il pourrait profiter d’une retraite dorée, le savant continue sa quête éperdue de savoir.  Ce que je lui reproche, c’est une certaine inconséquence et une certaine tendance à renier ses  propres propos. Je m’en suis expliqué naguère dans un éditorial du mensuel Néosanté. Au-delà de ça, je ne comprends pas que son acharnement antimicrobien trouve tant d’écho dans les cercles hostiles aux vaccins. La vaccinologie et l’antibothérapie, c’est la même logique myope envers les subtilités de la vie.  Pour moi, ce type est en train de pasteuriser les esprits et de refiler son TOC à autrui. Évidemment, mon jugement est très influencé par ma petite connaissance des travaux d’Antoine Béchamp sur le polymorphisme microbien,  mon adhésion à la vision du Dr Hamer sur le système ontogénétique des microbes et par mon expérience pratique de la naturopathie hippocratique. Au risque de radoter, j’écris encore une fois que TOUTES les maladies  se verront un jour découvrir un germe associé. Aujourd’hui l’autisme, l’obésité et le diabète, demain la dépression, la fatigue chronique et l’éventail complet des pathologies mentales. C’est écrit dans les astres, mais il est également prévisible qu’on fera un jour justice aux découvertes hamériennes et qu’on pigera qu’aucun agent infectieux n’est jamais la cause initiale des solutions de survie appelées « maladies ». Braquer les regards sur ce qui se passe avant les troubles de santé, dans le vécu psycho-émotionnel, c’est mon obsession compulsive à moi. Un TOC toutefois  résolument probiotique.