Y a-t-il un lien entre divers désordres intestinaux et des troubles psychiques comme l’hyperactivité, la dyslexie ou l’autisme ? La neurologue anglaise Natasha Campbell-Mc Bride en est convaincue. Elle a fondé la clinique de nutrition de Cambridge en 1998 parce qu’elle s’était aperçue que des changements alimentaires pouvaient apporter une aide thérapeutique essentielle. Aujourd’hui, elle pense que le GAPS (Gut and Psychology Syndrome) joue aussi un rôle dans des maladies comme la dépression ou la schizophrénie. Son livre vient enfin d’être traduit en français et a été notamment préfacé par le Pr Luc Montagnier.
Néosanté vous en propose l’introduction, ainsi que plusieurs extraits choisis. (*)

Ce livre est l’aboutissement de plus de trois années de recherche auprès de centaines d’enfants malades reçus dans ma clinique. À l’origine, je pensais n’y aborder que l’autisme, car c’était à des enfants que j’avais avant tout affaire. Mais j’ai été frappée de constater, au fil des consultations, l’émergence d’autres épidémies qui méritaient tout autant notre attention.
Les troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), la dyspraxie, la dyslexie, certains troubles du comportement et de l’apprentissage, les allergies, l’asthme, et l’eczéma ont tous atteint des proportions confinant à l’épidémie. Plus encore, ces maladies a priori sans rapport entre elles sont en réalité liées. Après plusieurs années passées aux côtés d’enfants malades, j’ai découvert que la grande majorité d’entre eux avaient rarement une seule de ces maladies, mais le plus souvent, deux ou trois d’entre elles (parfois même plus) simultanément ; par exemple, un enfant allergique pouvait présenter des crises d’asthme ou d’eczéma, une extrême maladresse gestuelle (dyspraxie) et des troubles de l’apprentissage. Un grand nombre d’enfants allergiques et asthmatiques sont également dyspraxiques et hyperactifs à des degrés divers. Beaucoup d’entre eux rencontrent des difficultés de concentration et manquent d’attention, ce qui entraîne des troubles de l’apprentissage. Environ 50 % des dyslexiques sont aussi dyspraxiques, tandis que 30 à 50 % d’enfants souffrant de troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) sont aussi dyslexiques. Les enfants ayant fait des crises d’eczéma sévères dans leur enfance sont également susceptibles de développer des troubles du spectre autistique plus tard dans leur vie. L’autisme et le TDA/H se manifestent en lien avec toutes les maladies citées ci-dessus.
En dehors de l’hyperactivité, la plupart des enfants autistes sont également atteints d’allergies sévères, d’asthme, d’eczéma, de dyspraxie et de dyslexie.
Comme nous pouvons le constater, en collant des étiquettes sur chaque diagnostic, la médecine finit par enfermer nos enfants dans des boites bien étiquetées. Or l’enfant d’aujourd’hui n’entre dans aucune de ces catégories, mais plutôt dans un tableau d’ensemble aux allures composites.
Pourquoi tous ces troubles sont-ils liés ? Quel est le problème sous-jacent responsable de l’asthme, de l’eczéma, des allergies, de la dyspraxie, de la dyslexie, des troubles du comportement, des TDA/H et de l’autisme ? Pourquoi la plupart de ces enfants prennent-ils de la drogue lorsqu’ils atteignent l’adolescence ? Pourquoi beaucoup d’entre eux, en grandissant, sont-ils atteints de schizophrénie, de dépression, de troubles bipolaires et d’autres troubles d’ordre psychologique et psychiatrique ?
Pour apporter un début de réponse à ces questions, nous devons identifier le dénominateur commun qui caractérise tous ces patients : il s’agit de l’état de leur système digestif.
Jusqu’à présent, je n’ai jamais rencontré d’enfants atteints d’autisme, de TDA/H, d’asthme, d’eczéma, d’allergies, de dyspraxie ou de dyslexie qui ne présentent pas de troubles digestifs. Bien que tous ces troubles soient souvent assez graves pour que les parents les mentionnent en premier, certains parents n’en parlent que si on les questionne à ce sujet. C’est alors qu’ils se livrent à un inventaire détaillé des troubles digestifs de leur enfant. Mais quel peut bien être le lien entre ces problèmes digestifs et l’autisme, l’hyperactivité, les troubles de l’apprentissage, les troubles de l’humeur et du comportement ?
Selon les dernières études et recherches cliniques, ce lien est indéniable !
Il semblerait que le système digestif de l’enfant conditionne son développement mental et que les troubles qui l’accompagnent trouvent leur origine dans les intestins !
Plûtot que d’essayer de faire entrer dans un tiroir les enfants à tendances autistiques ou souffrant d’asthme, d’eczéma, d’hyperactivité, de dyspraxie, de dyslexie et d’allergies, nous devrions chercher à mettre un nom sur ce trouble qui prend naissance dans les intestins et qui est lié aux symptômes cités ci-dessus.
Je propose d’appeler ce trouble «syndrome entéropsychologique» ou « syndrome GAP » (Gut And Psychology Syndrome)
Les enfants touchés par ce syndrome sont malheureusement confrontés à l’impuissance du corps médical qui ne dispose à ce jour d’aucun traitement approprié. Dans les chapitres suivants, nous aborderons de manière détaillée le syndrome entéropsychologique, son origine et les modalités de traitement. En dehors des troubles de l’apprentissage chez l’enfant incluant l’autisme, les TDA/H, la dyslexie, la dyspraxie, les problèmes comportementaux et autres problèmes d’apprentissage, on trouve un groupe de maladies spécifiques au syndrome entéropsychologique : la schizophrénie, la dépression, les troubles de l’alimentation, les troubles maniaco-dépressifs, les troubles bipolaires et les troubles obsessionnels compulsifs.
Le psychiatre français, Philippe Pinel (1745-1828), père de la psychiatrie moderne, a consacré de nombreuses années à l’étude des maladies mentales. Il conclut en 1807 :
« Le siège de la folie se trouve communément au niveau de l’estomac et des intestins. »
Et pourtant, la grande majorité des psychiatres n’accordent toujours aucune importance au système digestif de leurs patients !

Les manifestations du GAPS

(….) Les adultes et les enfants atteints du syndrome entéropsychologique souffrent généralement de troubles digestifs, parfois graves. Coliques, ballonnements, flatulences, diarrhées, constipation, alimentation déséquilibrée, difficultés à ingérer des aliments et certaines formes de malnutrition sont, à des degrés divers, des symptômes typiques chez les personnes autistes, schizophrènes ou atteintes d’autres maladies liées au syndrome GAP. En général, les médecins considèrent que les mauvaises habitudes alimentaires du patient en sont responsables et n’y attachent guère d’importance.
Chez les enfants comme chez les adultes atteints du syndrome entéropsychologique, les troubles digestifs apparaissent en général au moment du sevrage ou lorsque le lait maternel est remplacé par du lait en poudre et d’autres aliments.
En règle générale, les parents se souviennent que les premières diarrhées ou épisodes de constipation sont apparus durant la deuxième année de la petite enfance, mais avec un petit effort de mémoire ils réalisent que leur enfant a souffert dès sa première année de coliques, vomissements (reflux gastriques) ou d’autres troubles digestifs. Dans le cas d’adultes souffrant du syndrome GAP, il est important que leurs parents soient, dans la mesure du possible, associés à la démarche thérapeutique. Le médecin peut ainsi recueillir de précieuses informations sur l’histoire médicale du patient depuis sa naissance. Chez un adulte n’ayant pas connu de troubles gastriques durant sa jeunesse, le syndrome peut s’être déclaré suite à un incident de santé.

C’est à partir de l’âge de deux ans que la majorité des enfants atteints du syndrome GAP vont commencer à devenir difficiles en matière d’alimentation, à refuser bon nombre d’aliments et à préférer en général ceux qui sont riches en sucres rapides et en amidon, tels que : céréales, chips, frites, maïs soufflé, gâteaux, biscuits, bonbons, bananes, pain, riz, yaourts sucrés. La plupart de ces enfants refusent les légumes, les fruits (sauf les bananes), la viande, le poisson et les oeufs. Environ 60 à 70 % des enfants autistes que j’ai vus en consultation avaient un régime alimentaire très pauvre, limité à deux ou trois aliments. Rares sont les enfants autistes qui ne sont pas difficiles en matière de nourriture ; les enfants souffrant d’une autre pathologie du syndrome GAP sont eux aussi difficiles à table, mais dans une moins grande mesure.
La plupart des parents m’ont également confié avoir remarqué des selles anormales chez leur enfant. Dans le cas des enfants autistes, ce constat est encore plus frappant. On note une alternance d’épisodes de diarrhée et de constipation. Souvent, des aliments non digérés sont clairement visibles dans les selles qui ont généralement une odeur très forte, désagréable, et peuvent être liquides et mousseuses au point que l’enfant a du mal à les retenir. Parfois aussi, elles sont très acides et brûlent la peau au niveau du siège. (…)

Les recherches sur l’autisme

Chez les enfants autistes, il est certain que tous ces symptômes sont source d’inconfort et de souffrance. Or, ces enfants étant malheureusement incapables de communiquer efficacement et de faire part de leur douleur à leurs parents, la plupart s’expriment en adoptant des comportements d’autostimulation, d’autodestruction, d’accès de colère, de refus de s’alimenter…
Beaucoup d’enfants adoptent en outre des postures et des positions inhabituelles afin de soulager leurs douleurs abdominales, en appuyant leur ventre contre un objet dur, un meuble par exemple. Les enfants présentant d’autres troubles typiques du syndrome GAP, mais n’ayant pas de problèmes de communication se plaignent généralement de maux de ventre et de nausées. La plupart du temps, ces enfants ne sont pas amenés en consultation chez un gastro-entérologue.
La recherche fait état de cas d’enfants autistes chez qui, grâce à une radiographie de la paroi intestinale, on a presque toujours trouvé une occlusion fécale associée à un syndrome « overspill ».
Mais qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que des matières fécales anciennes et volumineuses restent fixées aux parois de l’intestin où elles peuvent fermenter des mois, créant un environnement favorable à la prolifération des parasites, bactéries, champignons et virus. Ce phénomène provoque la libération de substances toxiques dans le sang. Les aliments fraîchement ingérés circulent donc à travers un étroit passage laissé par les matières fécales accumulées. Les selles qui sont expulsées ne sont donc que le trop-plein (d’où le nom overspill), mais l’intestin ne se vide pas.
Jusqu’à ces dernières années, mis à part quelques articles succincts dans la littérature médicale, aucune recherche sérieuse n’a été menée dans ce domaine. En 1998, le Dr Andrew Wakefield, gastro-entérologue au Royal Free Hospital de Londres, a publié les résultats d’une recherche menée avec son équipe suggérant un lien entre l’autisme et les maladies inflammatoires chroniques intestinales. Ils ont pratiqué des endoscopies et des biopsies sur un groupe d’enfants autistes présentant des troubles gastro-intestinaux.
Les recherches du Dr Wakefield et son équipe ont permis d’identifier la maladie affectant l’intestin de ces enfants, appelée Colite non spécifique iléale et hyperplasie lymphoïde .
L’équipe du Dr Wakefield a appelé cette maladie ENTEROCOLITE AUTISTIQUE. Si ce terme n’est pas encore entré dans le vocabulaire médical officiel, il apparaît comme tout à fait adéquat à ceux qui s’occupent d’enfants autistes. Les recherches du Dr Andrew Wakefield et de son équipe, portant sur des centaines d’enfants autistes, ont été corroborées en toute indépendance par plusieurs groupes de chercheurs à travers le monde (Buie, Uhlmann, Furlano, Morris et leurs équipes). Outre les travaux publiés par la communauté scientifique, les observations cliniques de plusieurs médecins dans le monde entier tendent à prouver qu’il existe en effet des troubles digestifs plus ou moins graves chez l’enfant autiste.
Mon expérience clinique m’incite à me rallier à leur point de vue :
à ce jour, je n’ai jamais rencontré d’enfants autistes qui ne présentent pas de troubles digestifs.

Schizophrénie et autres troubles

(…) Pour le moment, nous avons surtout abordé le cas de l’autisme.
Mais qu’en est-il des autres patients souffrant du syndrome entéropsychologique ?
De nombreuses recherches ont démontré l’existence d’une corrélation entre la schizophrénie et les troubles digestifs apparentés aux maladies coeliaques. Les docteurs C. Dohan, R. Cade, K. Rachelt, A. Hoffer, C. Pleiffer, et d’autres collègues et chercheurs, à partir de données scientifiques tout à fait solides, ont émis l’hypothèse selon laquelle il existerait un lien entre le cerveau et l’intestin dans les cas de schizophrénie.. D’autre part, l’expérience clinique montre que la majorité des patients schizophrènes souffrent de troubles digestifs qui ont débuté dès la petite enfance.
En dehors de l’autisme et de la schizophrénie, très peu de données scientifiques existent sur les troubles gastro-intestinaux liés au TDA/H, à la dyslexie, à la dyspraxie, à l’asthme, aux allergies, à l’eczéma et autres troubles associés au syndrome entéropsychologique.
Toutefois, lorsqu’on se penche sur les observations cliniques, on constate que la majorité des adultes et des enfants sont atteints de troubles digestifs plus ou moins prononcés.
De nombreux enfants atteints du syndrome entéropsychologique limitent exclusivement leur alimentation aux glucides transformés.
Les adultes atteints de ce syndrome sont également très difficiles en matière d’alimentation. Au cours de ma carrière, j’ai vu de nombreux patients qui ne sont jamais plaints de troubles digestifs.
Toutefois, lorsqu’ils se sont mis à suivre un programme de traitement GAP, leur état de santé s’est amélioré considérablement.
On peut donc se demander pourquoi les enfants et les adultes atteints du syndrome entéropsychologique ont un système digestif aussi mal en point et quel est le lien avec leur état psychique.
Pour mieux comprendre ce phénomène, nous nous pencherons sur le fonctionnement de l’intestin dans l’organisme humain.

Le lien « intestin-cerveau »

(…) On étudie les maladies mentales sous plusieurs angles : la génétique, les expériences liées à l’enfance, les influences psychologiques… mais jamais on ne prend en compte le système digestif du patient. La psychiatrie moderne ne s’occupe pas de cela. Et pourtant, l’histoire de la médecine est remplie d’exemples prouvant que de sévères pathologies psychiatriques ont été guéries par un simple « nettoyage » intestinal. Le professeur japonais de renom Kazudzo Nishi a estimé qu’au moins une pathologie psychiatrique sur dix était due à une auto-intoxication intestinale.
La grande majorité des patients en psychiatrie souffrent de problèmes digestifs largement ignorés par leurs médecins. Le lien entre l’intestin et le cerveau n’est d’ailleurs pas compris par beaucoup de praticiens modernes. Pourtant, dans le monde entier, des médecins prescrivent des antidépresseurs, des somnifères et autres médicaments par millions, substances qui doivent passer par l’appareil digestif et le cerveau. Or tout le monde sait quels effets l’alcool a sur le cerveau. Et par où passe l’alcool ? Eh bien par l’appareil digestif, bien sûr…
Nul besoin cependant d’ingérer des substances « toxiques » pour influencer négativement son cerveau. En effet, certaines bactéries du système digestif remplissent déjà ce rôle : ce sont des sources de toxicité permanente produisant les mêmes effets.
Comme indiqué dans les chapitres précédents, le système digestif des patients atteints du syndrome entéropsychologique représente une source importante de toxicité pour l’organisme. Un nombre considérable de neurotoxines sont produites par la flore intestinale déséquilibrée de ces enfants et de ces adultes ; celles-ci traversent la paroi intestinale endommagée et sont absorbées dans le sang avant d’atteindre le cerveau. La combinaison de toxines est très variable d’une personne à l’autre, ce qui explique pourquoi les patients atteints du syndrome GAP sont si différents les uns des autres. Comme indiqué précédemment, on n’est pas encore parvenu à déterminer le nombre exact de toxines. Malgré tout, nous avons accumulé beaucoup de connaissances sur certaines neurotoxines trouvées fréquemment chez les enfants ou adultes GAP. Ces substances nocives ne peuvent que perturber le fonctionnement mental d’un individu ; (…)

Le rôle des levures

Lorsque l’on aborde l’autisme, le TDA/H, la schizophrénie, la dyslexie, la dyspraxie et d’autres troubles psychologiques, peu de gens font un rapprochement avec l’alcoolisme. Pourtant, ce rapprochement existe. Nous savons qu’en raison de divers facteurs, une prolifération de bactéries pathogènes se développe dans l’organisme des enfants et des adultes atteints par le syndrome GAP. Parmi ces bactéries pathogènes, on trouve pratiquement dans tous les cas des levures, dont font partie les champignons candida. Les levures se nourrissent de glucoses et d’autres sucres issus de la digestion des glucides. Chez les personnes en bonne santé, le glucose provenant de l’alimentation est converti en acide lactique, en eau et en énergie à travers un processus biochimique appelé « glycolyse ». Chez les personnes touchées par la prolifération de levures, le candida capte et digère le glucose de manière particulière. On nomme ce processus biochimique « fermentation éthylique (ou alcoolique) ”.
Au cours de ce processus, les candida et autres levures convertissent le glucose provenant des aliments en alcool (éthanol) et en un de ses sous-produits, l’acétaldéhyde. On a d’abord observé ce phénomène chez des adultes présentant des signes d’ivresse sans avoir consommé d’alcool. Ce n’est que quelques années plus tard qu’on a trouvé l’explication : la prolifération de levures dans l’intestin produisait de l’alcool et provoquait un état d’ivresse permanent. Ces patients étaient généralement « ivres » après un repas riche en glucides, captés par le candida qui en échange produisait de l’alcool. Bien que sobres, ces personnes semblaient avoir bu.
La faible masse moléculaire de l’alcool et de ses sous-produits leur permet de franchir aisément les barrières internes de l’organisme. Ces substances sont rapidement absorbées par le sang ; elles peuvent aussi très facilement traverser le placenta d’une femme enceinte.
La grossesse entraîne un état naturel d’immunosuppression et si une femme abrite déjà de nombreux champignons de type candida, la grossesse ne fait qu’aggraver le problème. Une prolifération de levures chez la femme enceinte produira de l’alcool ainsi que des sous-produits alcooliques, affectant le développement de l’enfant. Le nouveau-né continuera à absorber ce type de substances à travers le lait maternel, qui normalement en contient autant que le sang. L’enfant héritant de la flore trop riche en levures de sa mère se mettra à produire à son tour des substances alcooliques et beaucoup d’autres toxines. La consommation d’alcool et la prolifération de levures chez le père exercent également un effet sur le développement de l’enfant. Dans ma clinique, plus de 50 % des pères d’enfants autistes que j’ai pu recevoir souffraient d’un déséquilibre de la flore intestinale et de problèmes de santé associés. (…)

Toxicomanie du gluten et de la caséine

Les opiacés comprennent des drogues comme l’opium, la morphine et l’héroïne, couramment consommées par les toxicomanes. Quel rapport existe-t-il entre ces substances et les patients touchés par le syndrome entéropsychologique ? Le gluten est une protéine que l’on trouve dans les céréales, principalement dans le blé, le seigle, l’avoine et l’orge. La caséine est une protéine présente dans le lait de vache, de chèvre, de brebis, dans le lait de la femme ainsi que dans tous les autres laits et produits laitiers. Dans l’organisme des personnes atteintes du syndrome GAP, ces protéines ne sont pas digérées convenablement et se transforment en substances dont la structure chimique est proche de celle des opiacés, comme la morphine et l’héroïne. De nombreuses recherches sur le sujet, menées à bien par Dohan, Reichelt, Shattock et Cade, ont montré que les peptides du gluten et de la caséine — glutéomorphines et casomorphines — étaient présents dans l’urine des patients atteints de schizophrénie, d’autisme, de TDA/H, de psychose post-partum, d’épilepsie, de mongolisme (trisomie 21), de dépression et de maladies auto-immunes telles que la polyarthrite rhumatoïde. Il semble que ces opiacés dérivés des céréales et du lait traversent la barrière hémato-encéphalique et à la façon de la morphine et de l’héroïne bloquent certaines zones du cerveau. Comment expliquer ce phénomène ? Le système digestif du malade est indubitablement en cause.
Comme nous venons de le voir, le système digestif des patients atteints du syndrome GAP est dans un piètre état. La digestion des protéines commence dans l’estomac avec l’action de la pepsine, enzyme de digestion des protéines produite par la paroi stomacale. L’acide gastrique joue un rôle essentiel dans la digestion des protéines en petites chaînes peptidiques. Les patients GAPS ont généralement un faible taux d’acidité gastrique en raison d’un déséquilibre de la flore intestinale et de la prolifération d’une flore pathogène. Le champignon candida en est un bon exemple. À lui seul, il peut fabriquer des toxines inhibant la production d’acide gastrique. Ces toxines, présentes dans l’intestin d’une mère atteinte de candidose, seraient sécrétées dans le lait maternel, affectant chez l’enfant la production d’acide gastrique dès son plus jeune âge. Le lait maternel étant très digeste, un enfant exclusivement nourri au sein n’a pas besoin de produire une grande quantité d’acide gastrique. Mais lorsque d’autres aliments sont introduits dans l’alimentation du bébé, une faible acidité gastrique commence à lui poser problème. Au moment du sevrage, les candida et autres agents pathogènes auront suffisamment proliféré chez l’enfant pour produire leurs propres toxines, qui réduiront le taux d’acidité dans l’estomac.
Les protéines introduites le plus fréquemment au moment du sevrage sont la caséine du lait en poudre et le gluten de blé. Dans un estomac ayant une faible acidité gastrique, les premières étapes de la digestion de ces protéines (ainsi que de beaucoup d’autres protéines) sont perturbées. Les protéines mal digérées passent alors dans l’intestin, où les enzymes digestives sécrétées par le pancréas sont sensées les dégrader. Une faible acidité gastrique inhibe la production de digestion des protéines. Enfin, ces protéines mal digérées atteignent le stade final de la digestion : la paroi intestinale. (…)

À la suite de recherches sur la glutéomorphine et la casomorphine, un régime sans gluten et sans caséine (régime SGSC) a été mis au point. Certains enfants autistes ont montré des signes d’amélioration spectaculaires en suivant ce régime, mais pour beaucoup d’autres, les résultats n’ont pas été probants. Ceci est dû au fait que les glutéomorphines et les casomorphines sont loin d’être les seuls à jouer un rôle dans le syndrome GAP. Pour la majorité des patients, le régime alimentaire doit tenir compte de bien d’autres aspects de cette affection.

Par le Dr Natasha Campbell-Mc Bride

(*) Ajoutés par la rédaction pour un confort de lecture, plusieurs des intertitres ne font pas partie du texte original.

Autant savoir

Traduit et publié en français par le Centre de Nutrition Holistique (Suisse), le livre “Le syndrome entéropsychologique” n’est pas disponible en librairie. Vous ne pouvez donc l’obtenir que par des canaux de diffusion alternatifs, comme par exemple La Médiatèque de Néosanté (voir pages 31 à à 35)