portrait de Yves RasirSamedi dernier, après mon match de football hebdomadaire, un de mes équipiers m’a demandé si je m’entrainais beaucoup pendant la semaine pour afficher une telle condition physique. Sans me vanter, c’est vrai que je cours beaucoup sur un terrain et que du haut de mes 59 balais, je prends souvent l’ascendant sur des vétérans à peine quadragénaires dont je pourrais être le père. Je  ne suis pas le lapin Duracell mais je parviens à rester en mouvement durant une bonne partie de la rencontre tout en multipliant les sprints pour récupérer le ballon ou foncer à l’attaque.  La tête de mon  partenaire de club lorsque je lui ai répondu  que je ne foutais rien de la semaine, à part un peu de stretching,  trois minutes de gainage, un tennis de temps à autre et une partie de mini-foot deux fois par mois avec quelques copains !  Pour lui, qui s’adonne quotidiennement au jogging et fréquente une salle de fitness,  une telle parcimonie de dépense physique confine à l’oisiveté  et mes quelques activités sportives ne pouvaient pas expliquer mon état de forme pour le « grand foot » du samedi. Il avait bien raison d’être dubitatif car je ne lui avais pas tout dit…
 
D’abord, je ne lui ai pas révélé les quelques « trucs de santé » que je vous ai divulgués dans plusieurs infolettres durant l’année 2017. L’air de rien, je pense que des rituels journaliers comme l’automassage ventral, l’hygiène nasale, la suspension ou la posture yogique du sapin participent de ma bonne énergie vitale. Ensuite, je ne lui ai pas signalé que mon organisme était probablement moins encrassé que le sien du fait de mon régime alimentaire particulier, de type paléo-cétogène avec exclusion quasi-totale des produits laitiers et des céréales à gluten. La troisième mi-temps n’est pas faite pour s’embarquer dans un cours de nutrition qui demanderait de longues explications. Enfin, je lui ai caché que mon regain de vitalité à l’approche de la soixantaine trouvait peut-être sa source dans les exercices respiratoires auxquels je m’astreins depuis bientôt un an, et particulièrement dans celui de la « rétention du souffle à poumons vides ». Rebaptisée « respiration intermittente », cette technique ancestrale consiste à se mettre en apnée jusqu’à l’hypoxie, celle-ci débouchant paradoxalement sur une meilleure oxygénation cellulaire  (*) . C’est un peu au système pulmonaire ce que le jeûne est à l’appareil digestif : un moyen inouï et gratuit de se régénérer le corps et l’esprit. Je n’ai pas trouvé le temps cette année de rédiger le dossier que je mijote sur ce sujet mais je me promets de le faire en 2020. L’année prochaine, je compte aussi inaugurer dans Néosanté une nouvelle rubrique entièrement consacrée à la respiration et qui sera tenue par un médecin français très calé en la matière. Normalement, le mensuel commencera dès janvier à vous révéler comment vous pouvez améliorer nettement votre santé rien qu’en respirant autrement ! 
 
À mon pote footballeur, j’ai donc dissimulé quelques pans de mon mode de vie pouvant expliquer mon épatante condition physique. En revanche, je lui ai confié ma conviction que la course à pied n’est pas si bonne que ça pour entretenir la sienne. Déjà, le sort funeste du premier marathonien devrait lui revenir en mémoire : si la légende raconte que le messager grec parti de Marathon à Athènes pour  annoncer la victoire contre les Perses en 490 avant J-C s’est écroulé en arrivant, ça veut dire que les Anciens n’ignoraient pas les inconvénients inhérents à ce qu’on appelle aujourd’hui le « running ». Autant savoir également que l’inventeur  contemporain du jogging,  l’américain James Fuller Fixx, est mort à 52 ans d’une crise cardiaque, ce qui en dit long sur les effets pervers de la course de fond. Courir longtemps à même allure épuise progressivement les surrénales et habitue le cœur à battre au même rythme, lui qui a besoin au contraire de varier le tempo pour se renforcer. La variabilité est l’une des voies d’accès à l’antifragilité, pour ceux qui ont lu le passionnant dossier explorant cette notion  dans le Néosanté N° 75 de  février 2018. Certes, nos ancêtres chasseurs-cueilleurs pouvaient parcourir de longues distances pour pister le gibier convoité, mais ils le faisaient vraisemblablement en trottinant avant de fondre sur leurs proies comme Usain Bolt sur une ligne d’arrivée. Génétiquement, l’être humain n’est pas programmé pour jogger tranquillement mais pour alterner la marche, le trot et le galop. Or c’est précisément ce que la médecine du sport a (re)découvert depuis la fin du siècle dernier : pour améliorer leurs performances, les sportifs ont intérêt à « fractionner » leur entrainement et à opter pour l’alternance entre efforts intenses et plages de récupération.
 
Si cela vous intéresse, sachez que je vais précisément consacrer ma rubrique « Zoom » du Néosanté de novembre à ce que les Américains appellent The High Intensity Interval Training( HIIT) ou  « l’entraînement fractionné de haute intensité »  en bon français. Dans cet article, je parlerai notamment d’une étude écossaise qui vient de montrer que des personnes âgées hypertendues retrouvaient une tension artérielle normale avec seulement 20 minutes de vélo… en dix semaines. J’y évoquerai également une étude canadienne ayant comparé des jeunes hommes pédalant à allure moyenne durant 50 minutes et d’autres qui sprintaient trois fois 20 secondes : les deux méthodes d’entraînement ont  donné des résultats équivalents et ont permis aux participants de bonifier leur capacité respiratoire, leur réponse insulinique et leur activité enzymatique musculaire, soit trois indicateurs d’un meilleur état de santé. Il est donc scientifiquement prouvé que le « sport express » peut faire merveille et que quelques fugaces efforts intensifs peuvent avantageusement remplacer de longues séances d’exercice modéré. Après avoir suggéré à mon équipier de lire ce futur papier, je lui ai alors dévoilé ce que je considère comme le principal secret de mon dynamisme footballistique : chaque jour ou presque, je me fais mon petit HIIT personnel…
 
Vous savez que le matin, je rejoins mon bureau à pieds en compagnie de mon chien Lucky.  Une promenade de 20 minutes, c’est déjà ça de pris. Mais ce que vous ignorez sans doute, c’est que je reviens le soir sans lui car une de mes filles ou mon épouse vient le rechercher vers 16 h pour sa deuxième balade quotidienne. Sur le trajet de retour, je fractionne ma marche rapide sur le trottoir avec plusieurs sprints d’une centaine de mètres où je me donne à fond, en gardant la bouche fermée pour ne pas ruiner mes exercices d’hypoventilation. Le vendredi, je me force même à sprinter les narines bouchées, comme le font les athlètes bien informés pour optimiser l’oxygénation de leurs mitochondries. Certains passants doivent me prendre pour un dingue ou pour un voleur en fuite, mais je m’en fiche parce que ça me fait clairement du bien et que c’est devenu ma drogue.  Sans bien sûr lui garantir que ce dopage naturel est la clé de ma bonne forme du samedi, ni qu’il aurait le même effet sur lui, j’ai incité mon ami footeux à laisser tomber  le jogging et la salle pour exploiter les avantages de l’Interval training. Il m’a promis d’essayer et de me donner ses impressions. Je vous tiendrai au courant et je vous demande de faire pareil si vous  testez le truc de votre côté. Si ça se trouve, on va peut-être populariser ensemble un magnifique outil de santé et de vitalité réservé pour l’heure à une élite sportive…