L’être humain possède en lui un puissant instinct vital.

Son rôle est d’abord de construire l’organisme, puis de maintenir son équilibre.

Malheureusement, si sa puissance est grande au début de la vie, elle se retrouve souvent bien affaiblie à l’âge adulte .

Les causes de cet affaiblissement sont multiples, mais la première d’entre elles est sans doute la lutte incessante que l’on mène contre tout symptôme douloureux ou perturbant, qu’il soit physique ou psychique. Dans la plupart des cas, quel que soit le moyen thérapeutique utilisé, on cherche à faire disparaître ces manifestations sans se demander si elles ont une fonction.

Certains de ces symptômes nécessitent effectivement une intervention, mais la plupart devraient au contraire être accueillis avec gratitude, car ils sont le signe que l’organisme est en train de réagir pour restaurer son équilibre : la fièvre est une réaction de défense en cas d’invasion microbienne; le rhume permet de se rétablir après un choc thermique (quand on a «pris froid»), mais aussi de dissiper un excès de fatigue physique ou psychique (un homme a ainsi «traîné un rhume» pendant plus d’un mois après avoir appris que sa femme était atteinte d’un cancer). Tensions musculaires, crampes, larmes, agitation nocturne chez les enfants permettent elles aussi d’évacuer des pressions trop fortes.

On pourrait multiplier les exemples de ces manifestations, certes désagréables, mais qui sont pour le corps et l’esprit, à un moment donné, le meilleur moyen de se réguler.

Si on neutralise ces symptômes, on ne règle pas pour autant le problème qui les a fait naître.

Pis encore, en contrariant le travail de l’organisme, on retarde sa guérison effective et on s’expose à des risques de rechute ou d’aggravation. On a pu voir ainsi une crispation au niveau maxillaire dégénérer en hypertension artérielle après qu’un praticien mal avisé l’ait «traitée» par un moyen mécanique : la tension interne, ne pouvant plus s’extérioriser dans les mâchoires, avait cherché une autre voie de sortie.

De même, si on perturbe l’évolution naturelle du rhume par la prise de médicaments – mais aussi par son impatience ou son inquiétude -, on en ressortira épuisé; si on lui laisse faire son travail, on se sentira «remis à neuf» après son passage, la peau plus transparente. Il faut préciser que la durée du rhume – qui peut varier de quelques minutes à plusieurs semaines – est une indication précieuse sur l’état de l’organisme, de même que la vitesse de cicatrisation.

Au niveau psychique, refuser de voir un problème, ou simplement chercher à le «gérer», risque, en empêchant sa libre expression, de le recouvrir, d’en masquer les symptômes, sans pour autant le régler en profondeur. D’où les désillusions de personnes croyant s’être libérées d’un aspect gênant de leur personnalité par un «travail sur soi», et qui se rendent compte à un moment ou un autre qu’au fond rien n’a vraiment changé.

La plupart des «maladies» courantes portent donc mal leur nom, elles ne sont pas un «mal», mais au contraire une réaction saine face à une anomalie. C’est plutôt leur absence – comme le fait de ne jamais être enrhumé – qui devrait inquiéter, car elle est le signe que l’organisme a perdu sa capacité à détecter ce qui n’est pas en ordre; privé du signal d’alarme qu’est la douleur, il ne réagit pas. Le mal fait alors son nid en silence, et quand les premiers symptômes apparaissent, il est souvent déjà bien avancé. Le cancer ou la dépression nerveuse font partie de ces maladies dites de désensibilisation.

La sagesse populaire avait bien compris la valeur des maladies «bénignes». Un vieux dicton disait: «Pour ne pas avoir de grosses maladies, il faut en avoir de petites». Ces petits désordres au quotidien sont en effet la marque d’un corps et d’un psychisme réactifs, qui ne laisseront pas les dysfonctionnements s’installer et prendre de l’ampleur. Un organisme qui a perdu cette capacité à sentir vite et réagir fort (les deux piliers de la vraie santé) ne sera plus capable de maintenir son équilibre tout seul, et il deviendra dépendant d’aides extérieures. D’où le déficit actuel de la Sécurité Sociale et la multiplication des thérapies de tous genres à laquelle on assiste aujourd’hui.

 

Cette dégradation n’est pas irréversible. Il est en effet possible de réveiller les capacités d’auto-régulation qui sommeillent en chacun de nous. Celles-ci feront alors preuve d’une puissance et d’une efficacité inégalables. Rien d’étonnant à cela : la force qui est à l’œuvre est celle qui a su construire un organisme aussi complexe que le nôtre à partir d’un simple embryon.

Pour redonner toute sa vigueur à cette sagesse instinctive, il faut d’abord arrêter de contrarier les symptômes évoqués plus haut, même si cela implique des passages forcément pénibles. Mais cela ne suffit pas : il faut également lui accorder des plages de temps où elle pourra s’exprimer en toute liberté. C’est la fonction de ce qu’on appelle séances de «mouvement régénérateur».

Il ne s’agit pas d’une pratique au sens habituel du terme : on ne prend pas de postures, on ne contrôle pas sa respiration, on ne cherche même pas à se relâcher. Les quelques gestes techniques en début de séance ne sont là que pour aider à lâcher prise et favoriser la resensibilisation. Ensuite on coupe toute activité volontaire : on est assis, immobile, les yeux fermés. On met de côté – autant que faire se peut – ses préoccupations du moment, ses connaissances et ses idées.On ne fait rien, on n’attend rien.

On donne ainsi carte blanche au système involontaire de l’organisme (celui qui fait battre le cœur, provoque étirements, bâillements et pleurs, expulse les corps étrangers, cicatrise les blessures, ressoude les fractures, etc…) pour qu’il mène à bien son travail de régulation. Si on ne précipite pas les choses – surtout pendant la période initiale de «rodage» – il déclenchera de lui-même, et à son heure, les réactions aptes à régulariser ce qui a besoin de l’être.

Ces réactions spontanées – les mouvements involontaires notamment – pourront surprendre dans un premier temps. Elles ne font pourtant que répondre aux besoins de l’organisme : sa sagesse innée est en effet capable de détecter, sans risque d’erreur, la cause des dysfonctionnements et elle sait d’instinct ce qu’il faut faire pour les normaliser. On peut lui faire confiance, elle n’agira jamais au détriment de la personne qu’elle a pour mission de protéger.

La présence d’une personne expérimentée sera utile pour ne pas confondre réactions spontanées et réactions induites par un esprit avide d’effets rapides : il est facile en effet, au nom du spontané, de faire n’importe quoi !… La pratique en groupe aura quant à elle un effet catalyseur, de même que le «yuki», un geste simple mais puissant.

Commencera alors un processus de réajustement en trois phases:

1. Détente : les muscles tendus se relâchent, quittant des habitudes sclérosées; on peut éprouver une douce lassitude et un besoin de sommeil accru, qu’il faut respecter.

2. Hypersensibilisation : les résidus physiques et psychiques de l’histoire personnelle vont remonter à la surface, d’où l’apparition temporaire – ou la réapparition – de symptômes dont l’origine peut remonter aux premières années de la vie.

C’est un passage obligé: un dysfonctionnement ne peut être régularisé s’il n’est pas d’abord perçu comme tel.

Durant cette phase d’hypersensibilisation, douleur physique et déstabilisation psychique ne seront plus considérées comme des phénomènes inquiétants qu’il faut neutraliser à tout prix; ils apparaîtront au contraire comme le signe que l’organisme perçoit de nouveau les anomalies et qu’il est en train de les rectifier. (A noter que dans le cas de symptômes déjà douloureux, il peut y avoir d’emblée soulagement, car on passe plus vite à la phase de résolution).

On sera surpris par la puissance et la pertinence de ce travail instinctif : il est capable d’effectuer d’importants réajustements posturaux (comme le repositionnement d’une vertèbre ou la rectification d’une cambrure) par la prise spontanée de postures parfois complexes ou le déclenchement de mouvements d’une très grande précision; il peut aussi faire remonter à la surface, avant de les expulser, des mémoires enfouies au fond de l’inconscient depuis parfois plusieurs décades.

La science se rend de plus en plus compte à quel point chaque être humain est unique. Un cancérologue disait récemment que dans l’idéal il faudrait trouver LE traitement adapté à chaque patient. Un organisme sensible connaît mieux que personne ses besoins spécifiques; s’il a conservé – ou retrouvé – sa réactivité première, il déclenchera de lui-même la réaction adéquate. Il le fera avec la bonne intensité et la bonne durée, autant de paramètres extrêmement difficiles à évaluer par une personne extérieure, quelle que soit l’étendue de ses connaissances.

3. Evacuation : elle succède, de façon parfois soudaine et inattendue, à la phase d’hypersensibilisation. Une personne dont l’existence avait été empoisonnée depuis l’enfance par des douleurs dorsales aigües a découvert ce que signifie vivre sans avoir mal au dos; d’autres qui ne pouvaient plus s’endormir sans l’aide de somnifères ont retrouvé un sommeil de bébé; une femme a revécu physiquement et psychiquement, au cours de séances d’une très forte intensité, l’inceste qu’elle avait subi dans son enfance; elle a redécouvert le goût de vivre. On a pu observer des cas de régularisation de maladies très graves à la suite de la pratique : disparition d’une tumeur cérébrale («plus d’ombre dans la zone suspecte» indiquait le rapport médical après I.R.M), ou de symptômes d’épilepsie. Cela ne veut pas dire bien sûr que tout peut être guéri, mais de tels exemples montrent que les capacités d’auto-régulation de l’organisme sont parfois étonnantes.

Ce nettoyage en profondeur concerne la personne dans sa globalité, corps et esprit liés.

Il dépasse de loin les notions habituelles de «santé» et d’«équilibre».

Sans avoir rien fait pour cela, on retrouvera sa souplesse naturelle et on adoptera sans même y penser la posture et le geste justes (n’importe quel animal le fait spontanément, sans avoir besoin de prendre de cours…). La respiration descendra peu à peu dans le ventre, le centre de gravité s’abaissera. Les pieds se réchaufferont, la tête se rafraîchira, signe d’une meilleure répartition de l’énergie à l’intérieur du corps. Ce recentrage amènera une vraie stabilité face aux inévitables turbulences de l’existence. En même temps, il réactivera les capacités intuitives, si souvent étouffées par une cérébralisation excessive. On pourra de nouveau se fier à sa «première impression» face aux personnes, aux situations, et même aux lieux.

On découvrira un autre mode de fonctionnement, où la sensation occupe la première place : la pensée consciente – si souvent manipulée par l’inconscient personnel – ne sera plus le seul moteur des décisions et des actions. Une autre voix, indépendante du «caractère», des idées ou des habitudes, se fera entendre. En sortant de la sempiternelle répétition des mêmes schémas figés, on deviendra imprévisible, même pour soi-même.

Des forces qui dépassent les frontières connues du «moi» commenceront à se manifester plus librement, à l’intérieur de soi, et à travers soi.

 

Toute la conduite de la vie peut en être transformée.

Denis Emonet anime des stages de mouvement régénérateur en France et en Belgique denis.emonet@hotmail.fr 04 74 88 61 55

Il est l’auteur de «L’intelligence instinctive, réajuster corps et esprit» publié aux éditions Le Souffle d’or en avril 2007. Contact: denis.emonet@hotmail.fr 04 74 88 61 55