Quand les beaux jours sont revenus, les prairies se transforment pour quelque temps en véritables tapis d’or. Joli spectacle, dû aux fumures trop copieuses, qui ont terrible¬ment appauvri la flore. Mais le pissenlit prospère dans les terres grasses, célèbre « dent-de-lion » aux feuilles en croc de carnivore. Du centre de ses touffes s’élèvent des tiges de caoutchouc portant un capitule éclatant qui s’enfle ensuite en une boule duveteuse vite éparpillée au vent. Cette plante si commune, et facile à identifier, est l’un des légumes sauvages les plus récoltés. Il faut dire qu’on peut le trouver à peu près partout depuis le niveau de la mer jusqu’à plus de 3 000 m dans les Alpes. Et que ses tendres feuilles sont délicieuses en salade. Elles prennent en vieillissant une légère amertume, qui ne m’a jamais semblé gênante. De toutes façons, on peut ramasser presque toute l’année de jeunes feuilles au centre de la rosette. Et il est possible de faire cuire le pissenlit. Chez nous, les racines de pissenlit se mangent le plus tard possible… Mais en Asie, on les déguste comme légume sans arrière-pensée macabre. Torréfiées comme les racines de chicorée, c’est un bon succédané du café. On en fait aussi une purée de saveur douce en laissant cuire les racines à l’étouffée pendant plusieurs heures. Quant aux fleurs, elles servent à préparer une gelée couleur d’or. Les Anglo-Saxons, amateurs de boissons fermentées originales, les transforment en un vin pétillant. Et les boutons floraux, boules vertes allongées qu’entoure une collerette de même couleur, sont couramment conservés au sel ou au vinaigre, comme les câpres, en Europe de l’Est. Les hampes florales coupées en tronçons puis incisées en croix se recroquevillent, formant de jolies décorations comestibles, à la fois légèrement amères et sucrées. Le pissenlit est un excellent dépuratif, qui facilite la production et l’élimination de l’urine (d’où son nom) et favorise le bon fonctionnement du foie. Le pissenlit appartient à la grande famille des Composées, comme la laitue ou la marguerite. Les botanistes le désignent du joli nom de Taraxacum officinale. Cette appellation, qui date de la fin du Moyen-âge, dérive probablement de l’arabe tharakhchakon qui désigne une Composée similaire. L’épithète officinale signale que la plante était jadis estimée pour ses vertus médicinales et figurait à ce titre dans les officines des pharmaciens. Une variété « améliorée » de pissenlit est parfois plantée pour la salade dans les potagers. Une espèce voisine a été cultivée en Union Soviétique pendant la dernière guerre pour produire, à partir du latex, du caoutchouc dont on fabriquait des pneus. Le pissenlit ne manque pas de ressources !

François Couplan

RECETTE:

Salade de pissenlit « Néosanté »

Ingrédients :
400 g de feuilles de pissenlit, 2 échalotes, 5 cl d’huile d’olive, 1 pincée de sel aux herbes, 2 gousses d’ail, 4 cl de vinaigre de cidre, 1 cuillerée à soupe de spiruline, 2 carottes
1.Lavez les feuilles de pissenlit, égouttez-les, coupez-les en gros morceaux et mettez-les dans un saladier avec l’échalote finement émincée, l’huile d’olive et le sel aux herbes.
2. Remuez la salade.
3. Coupez les carottes en très fines rondelles et disséminez ces dernières sur la salade. Parsemez la salade de poudre de spiruline. Servez.

Ethnobotaniste et auteur prolifique, François Couplan a publié 55 ouvrages différents sur les plantes sauvages comestibles, la cuisine sauvage, la nature et d’autres aspects liés aux relations entre l’homme et les végétaux. Il anime des conférences et des stages dans toute la francophonie. Infos : www.couplan.com