Un jour qu’un journaliste lui demandait d’imaginer  ses obsèques,  Karl Lagerfeld a répondu : « Un enterrement ? Quelle horreur ! Plutôt mourir… ».  Cette répartie témoigne que le  célèbre couturier disparu la semaine dernière ne manquait vraiment pas d’humour, comme l’ont d’ailleurs souligné ses proches et ses amis à l’annonce de son décès. L’icône de la mode savait amuser la galerie et il savait rire aussi des bons mots d’autrui. En lisant les éloges funèbres parus dans la presse, j’ai  appris que l’illustre créateur était  également un homme  charmant, toujours aimable avec son entourage et redevable envers ses assistants, même avec les « petites mains » de la maison Chanel. Tout le contraire d’une star hautaine et prétentieuse dont il donnait pourtant l’image. C’était aussi un ascète qui détonait un peu dans son milieu puisqu’il ne fumait pas, ne buvait pas et  ne se droguait pas. Quel était alors son drame secret ? Car si le styliste allemand a bien vécu (85 ans !) et s’il est mort comme il le souhaitait, c’est-à-dire en solitaire et en parfaite discrétion (il n’est entré à l’hôpital que la veille de son trépas), il a succombé à un cancer du pancréas, une maladie implacable et douloureuse qui  ne tombe pas du ciel et trahit une intense souffrance psycho-émotionnelle. En décodage biologique, le carcinome pancréatique est  en effet imputé à un  conflit d’ignominie,  autrement dit au ressenti d’être la victime de quelque chose d’ignoble. Quand l’estomac ne suffit pas à « digérer un morceau » trop indigeste, le pancréas intervient pour sécréter des enzymes digestives encore plus puissantes et permettre ainsi  l’assimilation par l’intestin grêle. Chez l’être humain,  c’est bien sûr rarement une question de nourriture, le morceau étant généralement un événement excessivement stressant.  Lorsque le stress dépasse les capacités conscientes d’un individu,  la tumeur et son action « turbo » sont la solution parfaite du cerveau archaïque, celui qui veille à la survie en temps réel et choisit toujours le moindre mal à court terme.  Par quelle abjection Karl Lagerfeld était-il donc attristé ? Quelle situation éprouvée par lui comme ignominieuse a affecté son âme au point d’être si terriblement somatisée ?
 
Avant d’avancer une hypothèse explicative,  je voudrais d’emblée répondre aux lecteurs qui critiquent l’habitude que j’ai prise d’émettre pareilles suppositions.  Après mes articles sur David Servan-Schreiber, Michel Delpech, Bernard Tapie ou Johnny Halliday, on m’a vertement reproché de faire du « décodage sauvage » et même de « faire mon beurre » de ces interprétations  spéculatives et non autorisées. Il est vrai que le sens  d’une maladie appartient  à l’intimité du malade, nul autre que lui n’étant plus apte à en trouver confirmation dans son histoire personnelle, avec l’aide éventuelle d’un bon  thérapeute.  Aussi je me garde bien d’affirmer quoi que ce soit. En proposant des explications, mon but est seulement d’illustrer le processus de psycho-somatisation tel que découvert par le Dr Hamer et ses prédécesseurs.  Derrière toute pathologie, se cache un conflit existentiel non exprimé. Et comme la vie privée des personnalités publiques est largement connue, on peut raisonnablement conjecturer sur l’origine conflictuelle de leurs maux. L’exercice ne me semble  nullement immoral quand la célébrité est décédée et qu’elle n’a pas de descendant vivant, ce qui est le cas de Karl Lagerfeld. En lisant des tas de trucs sur lui, je n’ai  cependant rien trouvé qui fasse farine au moulin de la médecine nouvelle. L’invariant biologique du cancer du pancréas, je l’ai cherché en vain  dans sa biographie et je ne vois pas de quel contexte ignoble l’idole de la mode aurait pu pâtir. Il a tout réussi sur le plan professionnel et ne semblait guère affecté par le  désert  notoire de sa vie affective. Les seules tragédies qu’on lui connaît, c’est la perte de sa maman chérie et celle de son amant que lui avait ravi son ami Yves Saint-Laurent. Mais ces drames étaient bien trop anciens pour être en cause dans  son délabrement pancréatique. Par comparaison avec celle de Steve Jobs,  atteint du même mal et chassé comme un malpropre de sa société Apple peu avant le diagnostic, la vie de Lagerfeld ressemblait à une ascension croissante  et semblait devoir se terminer dans la sérénité d’un succès à son apogée. Sauf qu’il ne faut pas s’arrêter aux apparences : comme l’ont pointé les pionniers de la psychobiologie, l’entrée en souffrance du pancréas résulte fréquemment de sordides affaires d’argent, d’héritage et de succession. Or n’est-il pas évident que le « Kaiser » du dé à coudre était à cet égard très vulnérable ?
 
Certes, quand on lui posait la question, il s’en tirait par une pirouette en blaguant sur son immortalité.  Certes aussi, il savait que la relève chez Dior serait assurée par sa plus proche collaboratrice, ce qui ne devait certainement pas le fâcher. Mais quid de son immense fortune ? Peut-on croire qu’elle n’a pas attiré les convoitises et que les requins, par l’odeur de l’âge alléchés, ne tournaient pas autour du vieillard ? Homosexuel et célibataire endurci, Karl Lagerfeld n’avait personne à qui léguer  la richesse accumulée durant sa vie de labeur.  Ah si,  un être très cher à son cœur, sa chatte Choupette ! Le plus sérieusement du monde,  il a en effet envisagé de désigner  son animal domestique comme légataire de tous ses biens.  Mais ce qui est juridiquement possible en Allemagne ne l’est pas en France, son pays de résidence,  et il a dû renoncer à ce projet. Au point de trouver ça ignoble ? À mon avis, l’homme avait trop d’humour pour faire une maladie de cet empêchement testamentaire. Par contre, l’information qu’il voulait céder ses capitaux à son chat est à mon sens capitale : lui qui avait beaucoup d’amis à qui faire plaisir leur préférait la seule compagne de ses vieux jours, avec les 300.000 livres dont il vivait entouré !  N’est-ce pas là le signe d’une indicible et insoutenable solitude ? De la désespérante désillusion qui l’étreignait au soir de sa vie ? À quoi bon être matériellement comblé si toutes ces sources de revenus ne reviennent à personne de son sang ?  Le génie de la haute couture avait bien un filleul, le fils d’un  ancien mannequin, mais pas de progéniture ni d’héritier apparenté. Or, pour rappel, le sens premier de la vie est de la prolonger. Le premier sens du mot « sens » est celui de « direction », la direction de la flèche du temps et de la succession des générations. Dans la nature, il n’est pas du tout normal de ne pas chercher à transmettre ses gènes. Étymologiquement,  le mot pancréas signifie « toute chair ». Situé entre le foie et la rate, c’est un organe qui est particulièrement sensible aux conflits avec la descendance, la « chair de sa chair ».
 
En feuilletant un dictionnaire de synonymes, je me suis aperçu que l’ignominie pouvait aussi se ressentir comme une infamie. Et en jouant avec les sons, on obtient rapidement « in-famille », l’absence de famille. À défaut d’être écœuré par des conflits familiaux, se pourrait-il que Karl Lagerfeld ait été en proie à la détresse d’être privé d’héritier biologique ? À l’heure de faire ses adieux à la vie, n’aurait-il pas profondément regretté son existence d’homosexuel sans attache et sans lignée ? Une vie de création peut-elle  vraiment compenser le renoncement à la procréation ? Quand on le questionnait sur son homophilie, le génial couturier répondait que son orientation sexuelle lui semblait aussi naturelle que la couleur de ses yeux. Mais ces yeux, précisément, il ne les aimait pas car, disait-il, ils lui donnaient un air  de « chien battu ».  C’est la raison pour laquelle il a adopté les lunettes noires, cet écran permanent qui cachait son regard et dissimulait ses émotions. Avec son look de rock star gothique, cet accessoire  anti-solaire qui a fait sa légende fut aussi son armure. Derrière les verres sombres et le masque de cire, il y avait un petit enfant apeuré qui a toujours vécu, de son vivant, à l’ombre de sa mère vénérée. Et même jusque dans la mort puisqu’il a exigé que ses cendres soient dispersées avec celles de sa maman dont il avait conservé l’urne ! Autre détail troublant pour la quête des conflits programmants, l’empereur Karl est mort au même âge que son papa, ce père  souvent absent avec qui les rapports ont toujours été distants. On peut raisonnablement penser qu’au crépuscule de son parcours terrestre, monsieur Lagerfeld souffrait intensément de ne pas avoir semé sa graine et de n’avoir pas guéri ses racines abîmées.  Mes hypothèses vous agacent ?  Il n’est pas important qu’elles soient justes ou fausses mais de les considérer comme plausibles.  Car ce qui est sûr, c’est que le cancer pancréatique traduit une extrême difficulté à « digérer un morceau » rendu très dur par un coagulant ignoble, souvent en lien avec la famille et/ou une question d’héritage (réel, virtuel ou symbolique).  Si ce « décodage sauvage » pouvait aider un ou deux pancréas souffrants, j’en serais déjà très heureux.