ARTICLE N° 38

Longtemps négligée dans la pharmacopée et toujours snobée par la médecine conventionnelle, l’argile sort pourtant de l’oubli et est à nouveau plébiscitée pour ses prodigieuses vertus thérapeutiques. C’est un moyen extraordinaire que nous offre la nature pour soigner de nombreux maux de manière extrêmement efficace. Ex-rédactrice en chef du magazine Alternative Santé, auteure d’un livre qui vient de paraître sur le sujet (1) et utilisatrice de longue date de ce remède exceptionnel, Cécile Baudet nous en dévoile le mode d’action, les pouvoirs étonnants et les nombreuses propriétés.

Mon premier souvenir du pouvoir thérapeutique de l’argile date du printemps 1975. J’étais en vacances dans les Pyrénées et une cousine était venue me rejoindre pour quelques jours. Le fait que cette jeune parisienne ait la tête enfouie sous une sorte de passe-montagne informe qu’elle garda une fois entrée dans le chalet m’avait un peu étonnée. Mais ma surprise fit place à un certain effarement quand le soir venu, elle ôta son étrange couvre-chef. Elle avait au sommet du crâne un énorme abcès purulent recouvert d’un gros pansement d’argile collé à ses longs cheveux noirs. Deux fois par jour, j’assistai aux soins qu’elle se prodiguait elle-même. Elle détachait à l’eau l’argile séchée puis en remettait une couche. Alors jeune maman d’un nourrisson de 5 mois, je n’étais guère rassurée sur l’éventuel transmission de germes infectieux dangereux.
Ma cousine affichait, elle, une sérénité complète, bien que la plaie n’en finisse pas de rejeter un abondant pus épais et vert du plus mauvais effet. Végétarienne et fidèle aux médecines naturelles, refusant l’emploi d’antibiotiques, ou au minimum de produit antiseptique pour nettoyer l’abcès, elle persista à utiliser exclusivement de l’argile appliquée à même la peau, dans le « trou » creusé par l’infection. Au bout de 5 jours, la source de pus tarit, laissant place à une plaie propre qui cicatrisa sans problème.
Quand une méthode, aussi étrange qu’elle puisse paraître, donne des résultats, quelle attitude doit-on adopter ? La rejeter parce qu’elle ne correspond pas aux standards médicaux de l’époque ou s’interroger en toute honnêteté ? Je décidai, moi, de m’y intéresser. Le livre que je viens d’écrire (*) est le résultat de cet intérêt.
Cet intérêt rejoint celui de grands personnages de l’histoire. Comme celui d’ Imhotep, architecte et médecin (2700 av. J.-C.) qui utilise l’argile en usage externe, pour calmer les brûlures et panser les plaies et, par voie interne, pour soigner les maux d’estomac, les diarrhées, les hémorragies de l’appareil digestif ; ou celui d’Hippocrate, médecin grec (500 ans av. J.-C.) qui préconise le recours à la Terre de Lemnos, une île des Cyclades pour traiter les morsures de serpent, les plaies vives, les brûlures, les maladies de peau, les rhumatismes et les goitres. Plus tard, Avicenne, illustre médecin arabe (980-1037 ap. J.-C.), en parle lui aussi dans ses nombreux traités.
Tombé peu à peu en désuétude, l’emploi de l’argile a été remis à l’honneur dans les années cinquante par Raymond Dextreit, auteur de « L’argile qui guérit », plusieurs fois réédité, vendu à des centaines de milliers d’exemplaires et traduit en différentes langues. Ma cousine et sa famille étaient de fervents adeptes du mouvement harmoniste créé aussi par Raymond Dextreit, prônant de conserver et rétablir la santé par les médecines naturelles et une alimentation saine et végétarienne.

Ce que dit la science

Utilisée dans des domaines aussi divers que la médecine, l’agriculture et l’industrie, l’argile a donné lieu à diverses recherches qui ont permis de préciser sa structure en millefeuilles observable seulement avec un microscope capable de grossir la réalité des centaines de milliers de fois. Si donc on disposait d’un tel outil, on pourrait observer que les poussières d’argile sont en fait de très petits cristaux de silicate d’alumine constitués d’un empilement de feuillets dont l’épaisseur et l’écartement sont analysables par diffractométrie aux rayons X. Chaque feuillet est formé de deux types de couches, les unes sont faites de molécules de silicates- SiO4- disposées en tétraèdres (volume à 4 côtés) au centre desquels se trouve le silicium ; les autres de molécules d’alumine -Al2O3- disposées en octaèdres (volume à 8 côtés) au centre desquels se trouve l’aluminium.
La distance entre les feuillets et la combinaison, entre elles, des couches de silicate et d’alumine détermine le type d’argile. Ainsi la kaolinite a des feuillets espacés de 7 angströms et fait partie des argiles type 1/1 : une couche de silicate fait face à une couche d’alumine ; l’illite, elle, qui constitue l’essentiel des argiles commercialisées communément sous le nom d’argile verte, présente un intercale de 10 angströms entre les feuillets composés de couches de silicate prises en sandwich entre deux couches d’alumine, ce qui caractérise les argiles de type 2/1. Cet espace entre les feuillets est important, il donne la possibilité d’échange avec l’extérieur qui dépend très étroitement des ions (potassium, zinc, fer, manganèse, magnésium, cuivre, chrome…) disponibles à la surface des feuillets. Ainsi la montmorillonite, terre plus rare, type d’argile 2/1, dont l’ espace interfoliaire varie de 14 angströms à 19 angströms, a une capacité d’échange cationique parmi les plus élevées.
Pourquoi entrer dans des détails aussi compliqués ? Parce qu’ils ont un impact direct sur l’usage fait de telle ou telle argile.

Des qualités exceptionnelles

Elle absorbe les liquides. Les potiers le savent bien qui malaxent l’argile pour la transformer en poterie. L’eau s’insinue entre les feuillets du minéral, rendant le matériau malléable. L’absorption est un phénomène passif, comme l’éponge se gonfle d’eau.
Elle adsorbe les molécules. Prenez un simple filtre à café ; déposez dans le fond une cuillérée à soupe d’argile préalablement humectée d’eau ; versez dessus un demi-verre de vin rouge. Le filtrat obtenu au bout d’une demi-heure n’est plus rouge mais rose. Les pigments du vin ont été partiellement fixés par l’argile. Cette propriété d’adsorption (avec un « d ») est un phénomène actif de fixation de molécules ou d’ions. Comme la peau de chamois capable de fixer les poussières.
Elle attire et fixe les bactéries. Si on réalise par exemple un mélange eau-argile, auquel on ajoute une suspension microbienne de différents germes pathogènes (Escherichia coli, Pseudomonas aeruginosa, Staphylococcus aureus, Enterococcus hirae), on constate après sédimentation de l’argile que le nombre de bactéries dans le liquide surnageant est réduit respectivement de 92,6 %, 95,5 %, 99,7 %, 87,3%. D’autres protocoles concernant Listeria monocytogenes, Salmonella enterica, Vibrio cholera, et le champignon Candida albicans, autant de microorganismes pathogènes incorporés à une solution argileuse, conduisent aux même résultats : une réduction très significative du nombre de germes. Cette réduction est par ailleurs d’autant plus importante que l’opération est recommencée plusieurs fois. Une fois fixés, les micro-organismes ne se multiplient plus, ce qui leur fait perdre la plus grande partie de leur potentiel pathogène. Ces résultats obtenus in vitro présagent de ce qui se passe in vivo lors de l’utilisation d’argile par voie interne : les germes sont fixés par l’argile au niveau du tube digestif puis éliminés par les selles sans avoir pu proliférer. Pour confirmer cette action antibactérienne, des études sont actuellement en cours, aux Etats Unis, financées par le National Health Institute. Le même effet peut expliquer le maintien de la stérilité des plaies lorsque l’argile est employée en cataplasme.
Et aussi… Les argiles fixent les odeurs qui sont, en fait, portées par des molécules organiques volatiles. Cela explique comment les cataplasmes d’argile parviennent à éliminer l’odeur malodorante de certaines plaies. Selon le même mécanisme, elles fixent également les toxines, les poisons, les gaz intestinaux, les métaux lourds… Enfin, le phénomène d’adsorption explique l’effet draineur des argiles : elles attirent le pus, les échardes…, et aident à dégonfler les tissus œdémateux.
Elle forme des solutions colloïdales. Les particules d’argile ne se dissolvent pas dans l’eau comme le font le sucre et le sel, elles restent dispersées dans le liquide de façon relativement stable, selon un subtil équilibre entre des forces d’attraction et de répulsion (au gré des charges négatives et positives). Elles finissent par s’agglomérer, formant des micelles (agencements de molécules) dont la taille varie du nanomètre au micromètre, ce qui les rend facilement absorbables par les cellules de l’organisme. Mais le moindre courant électrique, la plus petite agitation modifient cet état de dispersion, les micelles se redistribuent alors dans la solution. Quand la stabilité en termes de charges ioniques s’opère, les micelles s’agglomèrent ; on dit qu’il y a floculation, un dépôt se forme dans le fond, floculat capable de se disperser à nouveau s’il est agité. Cette solution, appelée hydrocolloïde, a comme propriété de modifier les propriétés des constituants du mélange. Les micelles adhérent avec certains ions du liquide, entraînant sa modification. C’est ainsi que si on met de l’argile dans du lait, on obtient, après mélange, ce que l’on appelle du « lait d’argile » qui n’a plus les propriétés du lait, ni celles de l’argile. Ces propriétés des colloïdes offrent aux argiles des applications en tant que dispersants ou émulsifiants ou comme agents de suspension. Autant de voies d’action qui restent à explorer, pour finir d’expliquer, entre autres, les étonnantes propriétés thérapeutiques des argiles.

Dans quels cas utiliser l’argile ?

Les usages thérapeutiques sont nombreux, listés dans mon livre de A comme abcès à V pour varice. En passant par C comme colite, D comme diarrhée et T pour tendinite… Au total, pas moins d’une trentaine de maux pour lesquels le mode d’emploi de l’argile est décrit. Selon les cas, on emploiera l’argile par voie externe ou interne. Sous forme le plus souvent de cataplasmes dans le premier cas, et dans le second cas d’ingestion d’eau mélangée à de l’argile (après repos ou non).
Inutile de revenir sur le traitement des abcès évoqué au début de cet article. Personnellement, j’utilise l’argile quand j’ai des aphtes, quand je pars en voyage pour éviter la turista. Je la conseille en cas d’entorse ou de diarrhées, d’hémorroïdes, bref elle fait partie de ma pharmacie de tous les jours.
Voici quelques exemples d’usages thérapeutiques :
-Maux d’estomac :
L’absorption d’argile couvrira la paroi de l’estomac d’une pellicule protectrice et neutralisera l’excès d’acide. On fera une cure d’argile pendant 3 semaines à raison d’un verre d’eau argileuse avant chaque repas. Après la cure, et pour éviter une rechute, prendre un verre d’eau argileuse chaque matin, une semaine par mois.
– Turista :
Dès les premières selles molles, prendre un verre d’eau dans lequel on aura dilué une cuillérée à café d’argile. Préparer ensuite un litre d’eau dans lequel on laisse reposer, pendant 2 à 3 heures, 6 cuillérées à café d’argile. Après chaque selle molle, boire 1 verre d’eau du litre préparé. Au fur et à mesure que les selles s’espacent et qu’elles retrouvent leur aspect habituel, on réduit les prises d’argile à 3 verres par jour, matin, midi et soir. On continue cette posologie tout le temps du voyage.
-Tendinite :
Quatre fois par jour, on emploiera des cataplasmes juste chauds de 2 cm d’épaisseur sur la zone douloureuse. On étendra largement le cataplasme alentour pour favoriser la détente des tissus et leur réparation douce. Le cataplasme sera retiré dès qu’il commence à refroidir. Entre les cataplasmes, la zone continuera d’être couverte chaudement.
-Rhumatisme :
C’est sur la douleur et l’inflammation du rhumatisme qu’agira l’argile. Par voie interne, on prendra 2 verres d’eau argileuse par jour, le matin à jeun et le soir 2 h au minimum après le repas. Par voie externe, on appliquera sur les zones douloureuses des cataplasmes chauds renouvelés 2 ou 3 fois par jour. Dans de nombreuses stations thermales (Dax, Aix-les- Bains, Vichy… ) des boues d’argile sont employées pour soigner les rhumatismes.

Un remède anticancer ?

Et le cancer ? La faculté de l’argile d’attirer les germes pathogènes, les éléments indésirables comme les échardes, de vider les abcès, de réduire les inflammations, d’aider à la cicatrisation des plaies rend-il son emploi intéressant pour traiter le cancer ? Des témoignages répondent par l’affirmative. Sylvia par exemple, atteinte d’un cancer du sein, a vu réduire la taille de sa grosseur sous l’effet de cataplasmes d’argile, puis s’ouvrir une plaie ulcérée à l’endroit de la tumeur qui a finalement cicatrisé. Mais la guérison qu’elle espérait de ses vœux n’a été que temporaire. Après 3 ans de tranquillité, le cancer est revenu plus insidieux et résistant que jamais. Incontestablement, l’argile réduit les inflammations, même celles engendrées par le processus cancéreux, elle peut faire diminuer le volume d’une tumeur et drainer un kyste induré. Mais elle reste d’utilité réduite pour faire disparaître les cellules cancéreuses incrustées et dispersées dans l’organisme (2). Or, c’est le propre des cellules cancéreuses de sortir des tissus qui les ont abritées pour former plus loin des métastases. Loin de dire que l’emploi de l’argile est inefficace, il est nécessaire de parler, dans le cadre du cancer, de techniques d’appoint pour limiter surtout les effets indésirables des traitements conventionnels, en particulier pour aider le foie à supporter la chimiothérapie. Ainsi on peut faire des cataplasmes d’argile chaude sur la zone hépatique ou absorber un verre d’eau d’argile deux fois par jour.

Le renouveau de l’argile

Il suffit d’entrer dans un magasin diététique, une boutique de produits biologiques ou une parapharmacie pour se rendre compte de l’importance accordée désormais à ce matériau. Outre les sacs d’argile brut de 1 à 5 kg, les présentations se sont multipliées : coussinets, bandes, infusettes, gélules, … les emballages précisent les types d’argile utilisés : illite, montmorillonite, kaolinite…
Comment choisir ?
Quand il n’est rien précisé sur l’emballage, l’argile utilisée est de l’illite qui a un bon pouvoir couvrant et une capacité d’échange cationique tout à fait correcte. Elle est excellente pour tous les usages et se vend relativement bon marché. La montmorillonite possède, elle, une excellente capacité d’échanges, on la préfèrera quand on vise à reminéraliser l’organisme ou à drainer fortement. Mais c’est une terre plus rare donc plus chère. Attention :un produit qui indique en gros sur l’emballage contenir de la montmorillonite peut en fait n’en contenir qu’un pourcentage restreint, le reste étant composé d’illite ! Une précision utile à connaître, les produits listés sur une étiquette le sont en fonction de leur quantité dans la formule. Ainsi un savon « à l’illite jaune » peut n’en contenir qu’un faible volume, l’illite en question figurant parmi les derniers ingrédients indiqués.
C’est dans le domaine des soins d’hygiène et de beauté que l’argile a pris, ces dernières années, beaucoup de place. Dans la composition des shampoings, en particulier pour traiter les cheveux gras, des dentifrices, des masques de beauté et des crèmes de soins. L’argile n’est alors qu’un ingrédient , parfois le plus important, parmi d’autres principes actifs eux aussi d’origine naturelle. Huiles essentielles, extraits divers (aloès par exemple), macérats huileux, huiles végétales agrémentent les préparations à base d’argile, leur conférant de nouvelles propriétés.
Sur les 143 pages de l’ouvrage, « En forme grâce à l’argile » en propose une dizaine consacrées à des recettes de beauté qui donneront sans doute envie de jouer avec ce matériau agréable à malaxer, pour le plaisir de faire soi-même et aussi de créer. Pour définitivement adopter l’argile, tant dans sa trousse de toilettes que dans son armoire à pharmacie !

1) « En forme grâce à l’argile », Cécile Baudet, éd. Terre Vivante.
2) « Cancer et traitements complémentaires », Cécile Baudet, éd. Souffle d’Or.

La couleur ?
Une question de fer

Blanc, vert, jaune, rose, bleu, rouge, violet, la couleur d’une argile la rend-elle différente d’une autre ? Cette teinte indique en réalité la teneur du matériau en fer et son degré d’oxydation. Pour mémoire, rappelons que la rouille correspond à un fer très oxydé. Le noir traduit la présence de sulfure de fer, le vert, celle de fer ferreux (peu oxydé), l’orange, celle de fer ferrique (très oxydé). Le violet correspond à un taux élevé en manganèse.
C’est principalement dans le domaine des soins corporels ( savon, crème, dentifrice … ) que se décline la gamme des couleurs. Dépourvue de fer, l’argile blanche est considérée comme neutre. Verte, elle est vue comme plus agressive pour la peau. Rouge, comme plus douce. L’argile rose correspond à un mélange d’argile rouge et blanc. Jaune enfin, elle semble satisfaire tous les types de peau. (C.B.)

Universitaire et enseignante passionnée par la biologie humaine, Cécile Baudet est devenue journaliste à L’Impatient dès 1980 avant de devenir rédactrice en chef de la publication devenue entretemps Alternative Santé. L’alimentation, l’environnement et la santé, les maladies graves comme le cancer, les pollutions et les médecines alternatives ont été ses sujets de prédilection. Elle est aussi auteure de « Cancer et médecines complémentaires » ( éd. Le Souffle d’or ) et co-auteure de « Plantes qui purifient l’air de votre maison » (éd. Anagramme.)
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