Que fait une grenouille bloquée dans un bocal et qui ne parvient pas à en sauter malgré de nombreuses tentatives ? Elle déclenche une sclérose en plaques ! Grâce à cette maladie auto-immune qui le paralyse, le batracien évite la mort par épuisement et récupére des forces pour effectuer plus tard le bond qui va lui permettre de s’échapper.

Chez l’animal, le sens biologique de la SEP et le mécanisme de sa guérison naturelle sont donc facilement compréhensibles. Chez l’être humain, c’est évidemment un peu plus compliqué. On y retrouve les mêmes invariants conflictuels que chez l’animal ( la peur d’une chute verticale dans un ressenti de dévalorisation), mais les facteurs déclencheurs ne sont pas toujours très clairs. Et malgré d’indéniables succès thérapeutiques, les praticiens en décodage n’ont pas encore élucidé tous les aspects psychosomatiques de cette pathologie. Dans un précédent numéro (Néosanté N° 9), le Dr Olivier Soulier nous avait confié sa lecture de la SEP, qui frapperait selon lui les personnes enfermées dans un schéma sclérosant, contraintes de “vivre une vie qui n’est pas la leur”. Cette fois, c’est le Dr Salomon Sellam qui nous fait partager les découvertes issues de sa longue pratique clinique. Il apporte de nombreux éléments neufs et les illustre par des cas éloquents. Oui, on peut guérir de la sclérose en plaques ! (YR)

Je viens de publier le volume 5 de l’encyclopédie Bérangel, “ Lorsque l’esprit influence le corps ”, entièrement dédié à la Sclérose en Plaques (*). Evidemment, le rédacteur en chef de Néosanté n’a pas manqué de réagir à cette publication et m’ a posé la question: Y a-t-il quelque chose de nouveau dans la compréhension de cette maladie neurologique ? Ma réponse est nette : oui, et à plusieurs titres.

Physiopathologie de la SEP

La démyélinisation
Le rôle de la myéline est de protéger, d’isoler et de nourrir le nerf. Dans la SEP, cette gaine fait l’objet de processus inflammatoires en relation avec des phénomènes auto-immuns, aboutissant à sa fragilisation, voire à sa destruction. Posons-nous donc la question suivante : qu’est-ce qu’une maladie auto-immune ? Dans le phénomène auto-immun, la personne produit des anticorps contre elle-même, ou plutôt, contre un tissu particulier ou un type de cellules. Par exemple, dans la thyroïdite d’Hashimoto, les anticorps se dirigent vers la thyroïde et provoquent une hypothyroïdie par atteinte des cellules productrices d’hormones. Lors d’une poussée de SEP, les anticorps sont dirigés contre la gaine de myéline et provoquent une inflammation localisée à leurs divers points d’impact. Il en résulte une fragilisation également localisée de la gaine avec une diminution de la qualité de l’influx nerveux. Ce dernier passe moins bien, voire pas du tout dans le cas d’une destruction totale. Après la poussée, il existe une remyélinisation partielle mais jamais complète, expliquant les séquelles évolutives de cette maladie. Quelquefois, il y a une régression complète et les symptômes disparaissent, surtout lors des premières poussées. D’ailleurs, elles passent souvent assez inaperçues dans certains cas. Ainsi, la fréquence des poussées devient un élément primordial dans l’évolution clinique de la maladie.

L’inflammation
Cette inflammation serait à l’origine du processus auto-immun qui, lui-même, serait à l’origine de la démyélinisation. Pour cela, plusieurs pistes infectieuses sont classiquement évoquées, sans oublier le choc vaccinal. Pour nous, cette inflammation est synonyme d’une grande colère intérieure, rentrée, voire d’une véritable rage impossible à extérioriser et à exprimer. Je l’avoue, au début de ma carrière de médecin généraliste en 1983, et ensuite, de psychosomaticien à partir de 1992, je ne pensais vraiment pas que cette maladie, réputée incurable, pouvait être accessible à cette discipline… jusqu’à la première amélioration clinique, jusqu’à la première guérison clinique. J’insiste sur le mot clinique – d’amélioration ou de guérison – car je sais au fond de moi que les lésions anatomiques décrites par d’innombrables médecins anatomopathologistes ne peuvent régresser au même rythme que ces mêmes améliorations. D’ailleurs, même les spécialistes de la question n’arrivent pas à expliquer la discordance entre l’importance des plaques de démyélinisation et le véritable degré d’atteinte clinique. Voici quelques exemples :
Une jeune femme de vingt-cinq ans présente une très forte poussée, la cinquième en un an – une névrite rétrobulbaire et un important déficit moteur des deux membres inférieurs – sans atteinte neurologique notable à l’IRM !
Un homme de trente-cinq ans, atteint depuis l’âge de vingt-trois ans et alternant actuellement entre son fauteuil roulant et ses béquilles, s’est considérablement amélioré en peu de temps : disparition de l’amaurose et mobilité partiellement retrouvée.
Une femme de trente-neuf ans, en fauteuil roulant depuis trois ans, s’est levée toute seule et a fait quelques pas à la fin d’un stage thérapeutique de cinq jours.

Dans ces deux derniers cas, les plaques n’ont certainement pas bougé alors que la clinique s’est modifiée dans le bon sens. Ainsi et en résumé, même si je n’ai pas de réponse précise à formuler, je me permets d’émettre quelques doutes sur la physiopathologie classique. L’esprit serait-il plus fort que la matière ?
A dire vrai, j’avais déjà perçu ce type de discordance dans le domaine ostéo-articulaire, à propos des épaules dites gelées, soi-disant provoquées par un processus de calcification tendineuse. Pour tout le monde, une telle atteinte parfaitement visible à la radio, expliquait parfaitement et très logiquement l’impossibilité pour ces personnes de lever leurs bras. Force est de constater que dans certains cas, la rapide amélioration clinique, matérialisée par une mobilité retrouvée de l’épaule, n’était vraisemblablement pas due à la disparition synchrone des calcifications, mais à un tout autre phénomène, celui des tensions musculaires et tendineuses, à l’origine, elles, des douleurs et de la gêne. Pour cette raison, j’aime à rappeler le célèbre slogan psychosomatique suivant : les tensions psychiques se convertissent toujours en tensions physiques. Mettre en évidence ces premières et aider la personne à les résoudre représentent le meilleur chemin qui mène à l’amélioration et à la guérison cliniques. Logiquement, vous me poserez immédiatement la question suivante : et pour la SEP, qu’en est-il exactement ? En fait, je ne le sais pas vraiment.

De 2 à 5 invariants

Mes idées sur la SEP ont évolué au fil de ma pratique clinique quotidienne, depuis mon installation en tant que psychosomaticien en 1997. Voici mon parcours dans le domaine de la SEP.
– En 1997, j’apprends trois points importants. :
La SEP correspond à l’interaction de plusieurs activités conflictuelles précises, trois exactement, à l’origine de ce que nous nommons déclenchement de la maladie : la dévalorisation, le déplacement et la verticalité. En langage technique, nous les nommons invariants car nous les retrouvons pour chaque cas clinique étudié.
Le thème du conflit de diagnostic. Il représente un frein non négligeable à l’amélioration clinique.
L’analyse de la dynamique d’installation, essentiellement centrée sur l’étude des poussées successives.

– En 2001, s’amorcent cinq virages théoriques et pratiques.

Le virage 1, dès le début de mon expérience dans ce domaine, m’a poussé à ajouter trois autres activités conflictuelles, trois autres invariants : la séparation, la thyroïde et la peur frontale.

La séparation
La SEP touche le tissu nerveux, d’origine ectodermique. Par principe, ce feuillet embryologique étant également à l’origine de l’épiderme, je cherche toujours s’il n’y a pas des événements particuliers, ayant un lien étroit avec une problématique centrée sur les activités conflictuelles en lien avec la peau, qui peuvent aisément se résumer par le mot séparation. En fait, séparation ne représente que la partie émergée de l’iceberg cutané, fait de contact, de rupture de contact, de sensation d’être protégé, d’être aimé, entre autres. Cette séparation est souvent réelle, comme dans un divorce par exemple. Quelquefois, elle est définitive et difficile à admettre et à intégrer, comme dans un décès. Aujourd’hui, je ne compte plus le nombre de divorces, de séparations réelles ou symboliques, passagères ou définitives, en lien avec une SEP. Voici la réflexion d’une femme atteinte de la SEP : je me suis beaucoup améliorée mais c’est le thème de la séparation qui m’a permis de finaliser ma guérison. Cette notion a donc déjà favorisé au moins  une personne !

La peur frontale et la thyroïde
Une remarque d’abord. J’ai progressivement inclus ces deux facteurs dans l’étude générale de la SEP grâce à l’analyse des cas cliniques, alors qu’ils ne figuraient pas dans la liste de départ. Ils interviennent essentiellement lorsque les signes cliniques s’installent, notamment les signes moteurs et oculaires. Ainsi, ils sont rarement à l’origine des toutes premières poussées. De plus, ils interviennent simultanément, comme nous allons le voir. La problématique est toujours identique pour la SEP, une fois que certains signes se sont installés, lorsque la personne se sent dépendante pour se mouvoir ou ne voit plus très bien. Instinctivement, ces deux thèmes s’activent et participent davantage à la notion de dépendance pour son autonomie et sa survie. En effet, lorsqu’une personne ne peut plus se déplacer ou voir correctement, inconsciemment, elle court un réel danger, car elle n’est plus maîtresse de ses gestes ou de ses évaluations visuelles. A tout moment, un prédateur peut surgir. Cet état de fait était valable pour nos lointains ancêtres préhistoriques, mais il l’est tout autant aujourd’hui, même si nous avons la nette impression que rien ne peut nous arriver, calfeutrés que nous sommes dans notre appartement sécurisé. Il s’agit donc d’une sorte de réflexe archaïque, inconscient. Lorsque nous ne pouvons plus nous déplacer aisément, nous courrons un risque d’être confrontés (peur frontale) à une problématique très difficile à résoudre et, au même instant, nous savons bien que nous risquons de ne pas avoir le temps de réagir (thyroïde). Détaillons ces deux notions.

Tout d’abord, et je le répète, elles s’installent inconsciemment et automatiquement, car elles appartiennent aux réflexes archaïques de survie, comme la fuite par exemple. Ensuite, ces deux notions sont assez novatrices et un peu moins faciles à mettre en évidence d’emblée, car, de manière générale, elles s’activent en même temps.
La notion de peur frontale signifie simplement l’existence d’un sentiment de peur en rapport avec un éventuel danger se situant en face de nous. Pour ressentir une peur frontale, il suffit de s’imaginer en train de marcher seul dans la rue à minuit dans un quartier difficile. A chaque instant, je peux être confronté à un agresseur. C’est une crainte permanente et ma vigilance doit être élevée afin de repérer ce danger le plus vite possible. Un autre exemple plus frappant : la peur frontale peut se ressentir lorsque nous sommes en voiture. Nous roulons sur notre file et, brusquement, nous voyons arriver un camion juste en face, sur la même voie. Je vous laisse deviner ce ressenti. Automatiquement, la thyroïde est également sollicitée. En effet, cette glande est la spécialiste des problématiques de temps : aurai-je assez de temps pour m’enfuir en cas d’agression ?
Voici un exemple très démonstratif, issu du transgénérationnel : je suis dans une tranchée de la guerre 14-18 et je dois sortir pour attaquer une position. Imaginez ce qui se passe dans la tête de ce fantassin ! Maintenant et de manière très pratique, mettons-nous à la place d’une personne en mobilité réduite. Elles me disent toutes, ou presque, qu’elles sont régulièrement envahies par un sentiment d’insécurité dans leur vie quotidienne. Elles ne se sentent pas capables de faire face à la plupart des situations, surtout si elles deviennent progressivement dépendantes d’une tierce personne : se déplacer, faire les courses, sortir, vivre tout simplement. Une patiente me disait ceci : depuis que je suis en fauteuil roulant, je ne sors plus du tout. Quelquefois, ces deux invariants sont à l’origine directe d’un symptôme en particulier, notamment oculaire. En pratique, nous chercherons des situations conflictuelles où la confrontation, quelle qu’elle soit, se positionne au premier plan : réprimandes parentales, à l’école, accident de voiture, choc frontal, traverser une route, voir une image ou une scène déstabilisante, etc.

Voici quelques exemples en lien avec la SEP :
Un incendie : j’ai toujours peur que le feu prenne chez moi. Le temps d’appeler les pompiers et qu’ils viennent, je serai certainement parti en fumée.
Risque de noyade lors d’activités aquatiques ou pendant les vacances : heureusement qu’il y avait mon grand frère qui me surveillait. Je ne pouvais plus avancer dans l’eau, contre le courant qui me tirait vers le large. J’ai eu la peur de ma vie.
Cambriolage éventuel : vous savez, je suis une proie facile pour les cambrioleurs !
Risque d’accident : je conduis encore et je fais extrêmement attention. Si j’avais un accident, je ne saurais pas quoi faire pour me défendre, sortir de la voiture, faire le constat – confrontation -, etc.
Ajoutons à cela les confrontations psychiques, comme cette demoiselle (« mademoiselle Je veux partir », voir plus loin) qui redoutait de croiser le regard de sa mère dans le couloir ou à table.

Pour terminer le chapitre sur les différents invariants de la SEP, j’aimerais insister sur un point particulier : quelquefois, un même événement peut être à l’origine de l’activation de plusieurs invariants en même temps. Voici quelques exemples :
– La prison, que ce soit une mémoire transgénérationnelle ou réelle : déplacement (coincé, incarcéré…), verticalité et dévalorisation (impuissance, déchu, dévalorisé….)
– Faillite, qu’elle soit transgénérationnelle ou réelle : dévalorisation avant tout, verticalité et peur frontale (confrontation avec les autres, avec la réalité.)
– Divorce ou séparation, non désirés : séparation avant tout, déplacement (problèmes avec la garde des enfants ), peur frontale (confrontation ), verticalité (se sentir être rabaissé par exemple).

La double contrainte

Le virage 2, c’est l’importance des répercussions de notre manière de penser et d’agir de manière masculine ou féminine sur notre fonctionnement général. Il existe ainsi des SEP plutôt féminines et des SEP plutôt masculines. Un exemple typique vous sera donné un plus bas.

Le virage 3 décrit le phénomène de la double contrainte, très actif dans la SEP. A la suite d’une problématique quelconque, la personne doit résoudre la quadrature d’un cercle dans un même laps de temps : réagir ou ne pas réagir, voilà la question. Elle se trouve entre deux feux, comme écartelée entre deux possibilités opposées. Si elle réagit – si elle s’exprime -, elle s’expose à une éventuelle explosion des relations. Si elle ne réagit pas, elle ronge son frein et rumine ses pensées – l’énergie s’imprime. En fait, se trouver en double contrainte représente une sorte de lutte intérieure, plus ou moins forte, en lien avec la qualité des rapports entretenus avec l’entourage. De plus, dans la SEP, cette double contrainte se met en place dans un contexte conflictuel neuromoteur, comme le sentiment d’être coincé ou de ne pas vouloir partir, par exemple. Si le contexte est autre – neurohormonal, neurovégétatif ou neuro-immunitaire -, le tissu ou l’organe sollicité par les processus de conversion est différent.

Deux exemples
Voici deux exemples, avec une problématique inverse, relatant les circonstances déclenchantes typiques d’une poussée de SEP. De plus, ces deux exemples illustrent la SEP masculine ou féminine.

Mademoiselle Je Veux Partir

Une jeune femme, fille unique, désire partir en voyage dans un pays réputé dangereux, contre l’avis de ses parents, logiquement très inquiets. Partir à l’aventure est une évidence pour elle, car elle s’en sent tout à fait capable, puisqu’elle est âgée de 21 ans, donc majeure aux yeux de la loi. De nombreuses discussions plus ou moins houleuses s’établissent au sein de la famille. D’un côté, elle veut réellement partir – c’est son intention, sa volonté. De l’autre, elle hésite à faire marche arrière car elle voit bien que ses parents – et surtout sa mère – sont de plus en plus tristes et très préoccupés à son sujet. Après quelques mois passés à vivre et à subir cette double contrainte, une magnifique SEP se déclare, avec une forte poussée à dominante motrice. Un matin au réveil, je ne sentais plus mes jambes. Elles ne répondaient plus à mes ordres. Elle aurait pu agir et partir coûte que coûte. Elle aurait pu également se résigner et accepter l’avis de ses parents. Non, elle a hésité en tentant de trouver une solution, la meilleure possible pour ménager toutes les susceptibilités de son entourage immédiat, pour arranger tout le monde, en vain. Comme toujours, et encore une fois ici, le Surmoi a gagné, semble-t-il. En effet, son intention était de partir mais le résultat s’est inversé, à cause de la SEP – ou grâce à elle !

Mademoiselle Je Veux Rester

Elle a vingt-deux ans et, malheureusement, elle ne trouve pas de travail, malgré les promesses d’attribution d’un poste par son employeur lors de son stage pratique de fin d’études. Elle se retrouve donc à vivre chez ses parents en attendant de trouver un job. Et le temps passe… plusieurs mois. Alors que son père ne semblait pas incommodé par la présence de sa fille – au contraire ! -, sa mère ne l’entendait pas du tout de cette oreille. Régulièrement, cette dernière le faisait bien sentir à sa fille, sous forme d’allusions, de moqueries et même avec un certain degré de mesquinerie, mais sans jamais le formuler clairement, surtout devant son mari.
Au bout de quelques mois, j’avais peur d’elle. Elle voulait que je parte et moi, je ne m’en sentais pas capable mentalement et surtout financièrement. Je ne lui demandais jamais d’argent pour sortir avec mes amies, c’était impossible pour moi. Je préférais nettement m’adresser à mon père, beaucoup plus compréhensif. Quelquefois, je redoutais de la croiser dans la maison et j’évitais le plus possible son regard inquisiteur. Progressivement, je me sentais littéralement tiraillée. Un véritable supplice pendant les repas, par exemple, lors desquels je devais encaisser sans broncher ses piques enrobées de miel frelaté. Puis un jour, vers quatre heures de l’après-midi, ma vue s’est troublée et je ne voyais plus de l’œil droit. Je n’osais même pas en parler à ma mère. Quelques jours plus tard, je ne sentais plus mes deux jambes, mais je pouvais quand même marcher en me tenant au mur. Là, mon père s’est immédiatement occupé de moi en m’emmenant aux urgences à l’hôpital. Diagnostic : première poussée de SEP avec névrite oculaire et déficit moteur modéré.
Ce récit met en avant la soumission forcée, à l’origine d’une magnifique double contrainte, résolue biologiquement par une poussée de SEP. Ici, son intention était de rester chez ses parents, le temps de trouver un travail et ensuite partir dans les meilleures conditions matérielles possibles.

Personnalité féminine, comme pour Mlle Je Veux Rester : le déplacement est ressenti comme étant dangereux et peut revêtir plusieurs aspects :
Je ne veux pas me déplacer, je veux rester.
On m’oblige à me déplacer alors que je veux rester.
On ne veut pas que je reste.
Je ne m’autorise pas consciemment à rester – ou inconsciemment.

Personnalité masculine, comme pour Mlle Je Veux Partir : rester à l’intérieur et être empêchée de partir est ressenti comme étant dangereux et peut revêtir également plusieurs aspects :
Je ne veux pas rester, je me sens coincé.
On m’oblige à rester, on me coince.
On ne veut pas que je parte.
Je ne m’autorise pas consciemment à partir – ou inconsciemment.

Dans les deux cas de figure :
De cette double contrainte, naît une colère intérieure qui concerne tout mon être – atteinte centrale – en lien avec l’incompréhension de l’entourage qui empêche de rester et pousse à partir pour la version féminine et qui pousse à rester et empêche de partir pour la version masculine.
Cette colère intérieure, voire cette rage intérieure, se convertit en inflammation au niveau de la gaine de myéline, retardant ou arrêtant le passage de l’influx nerveux, à l’origine de l’atteinte motrice des membres inférieurs.

Syndrome du Gisant & Projet-Sens gestationnel

Le virage 4, le plus important pour moi, est en relation étroite avec ce que nous nommons programmation d’une maladie. Deux thèmes dominent les débats, plus particulièrement le premier :
Le Syndrome du Gisant, dont une première édition a été publiée en 2003, suivie rapidement d’une seconde édition publiée en 2004. Depuis, pas un seul cas de SEP n’y échappe ! C’est dire son importance. Quelquefois, sa seule exploration a permis à certains patients de débuter leur chemin vers l’amélioration, sans même avoir évoqué les autres points théoriques.
La notion de Projet Sens Gestationnel ou, très schématiquement, les influences de l’histoire familiale pendant la gestation, la naissance et la toute petite enfance.

Voyons les relations entre le Syndrome du Gisant et les invariants de la SEP.

Relations psychosomatiques entre les invariants de la SEP et le Syndrome du Gisant

Avec une SEP, l’individu va tenter de respecter le rôle qui lui a été inconsciemment donné : prendre la place d’un défunt, le faire revivre en imitant sa vie.

– Déplacement : il ne faut pas bouger pour mimer le mort. Je n’ai pas le droit de bouger, je ne m’autorise pas à bouger, on ne m’autorise pas à bouger, je veux partir de chez moi mais je ne le peux pas, car je dois rester pour mimer le mort. Mes propres projets de vie sont relégués au second plan.
– Verticalité : il ne faut pas se lever pour mimer le mort. Je n’ai pas le droit de me lever, je ne m’autorise pas à me lever, on ne m’autorise pas à me lever, je veux me lever mais je ne le peux pas, car je dois rester pour mimer le mort. Le muscle quadriceps, celui de la jambe, est directement concerné par cet invariant. Il sert à se lever de la position assise.
– Dévalorisation : double contrainte avec impuissance et se sentir incapable de franchir le pas pour savourer normalement la vie.
– Séparation : je dois rester auprès de ma famille et je n’ai pas le droit de la quitter.
-Non-plaisir de vivre/Inversion : je ne vis pas la vie que j’aimerais vivre, j’ai l’impression de ne pas vivre ma vie, je me sens freiné, entravé, etc. Je suis triste. Je ne m’autorise pas à prendre du plaisir. Nous rejoignons le fameux je ne peux pas me réaliser. L’Inversion représente un élément important pouvant expliquer les difficultés à s’engager sur le chemin d’évolution personnelle afin de retrouver une joie de vie naturelle.

Le virage 5, qui découle du précédent, concerne l’aspect structurel de cette pathologie et non pas une unique succession d’événements conjoncturels indépendants les uns des autres, chacun à l’origine de sa propre poussée. En d’autres termes, les problématiques sont profondément enfouies dans le fonctionnement général de l’individu et la maladie ne représente que l’aboutissement de toute une histoire, débutant bien avant sa naissance.

Contrairement à la médecine classique qui nous apprend à gérer le symptôme en priorité, nous, de notre côté, cherchons à mettre en avant une sorte de logique générale, incluant à la fois le symptôme lui-même et son pourquoi psychique. Ce point primordial représente la pierre angulaire de la guérison psychosomatique. Ici, la réponse est dominée par le Syndrome du Gisant dans la majorité des cas. Une fois mis en place, tous les signes cliniques s’expliquent naturellement dans cette logique primaire. Pour terminer, j’aimerais vous présenter un cas assez démonstratif, celui de Monsieur Virtuose.

Monsieur Virtuose

Sa guérison instantanée
Depuis plusieurs jours, je lisais votre livre et je n’arrêtais pas de me poser des questions. D’ailleurs, je m’en pose toujours depuis cette première poussée. En haut de la page 33, il y a une phrase qui m’a fait une sorte d’électrochoc … trouble du comportement permettant à la gazelle « déséquilibrée » d’attirer le lion sur elle pour sauver ses copines. Vous évoquiez l’existence de solutions de survie de l’individu et du clan, cette dernière passant largement en priorité. Ainsi, lorsque les gazelles sont prises en tenailles par les lionnes, l’une d’entre elles va se sacrifier pour sauver le troupeau. Cette phrase a résonné très fort en moi car j’étais persuadé que j’étais moi aussi une sorte de gazelle qui, avec cette SEP, se sacrifiait pour sauver sa famille. Il était dix- huit heures et je devais descendre faire quelques courses. J’ai senti une sorte de déclic au niveau de mon front à droite d’abord, puis derrière le crâne, également à droite. J’étais certain que quelque chose s’était passé en moi à cet instant. Je suis descendu sans mes cannes, car le magasin était proche et, d’habitude, je pouvais bien me débrouiller seul en m’appuyant sur le mur pour avancer, doucement mais sûrement. Arrivé au rez-de-chaussée, je sentais déjà mieux mes jambes. En sortant, sur le milieu du trottoir, une sensation étrange au niveau de la vision : je commençais à mieux voir de l’œil gauche qui ne voyait pas grand chose depuis longtemps. Bref, en quelques dizaines de minutes, je marchais assez bien et voyais également bien. Cette amélioration quasi instantanée a duré depuis et je ne voulais pas vous téléphoner de suite. J’ai attendu trois mois avant de me décider.
Au total : une grande prise de conscience qui a dépassé le niveau habituel de l’analyse psychosomatique d’une SEP. En d’autres termes, il a touché le cœur de la logique générale de la SEP, grâce à cette phrase anodine pour la plupart d’entre nous, mais d’une importance capitale pour lui. Elle lui a permis de rencontrer sa profonde vérité viscérale, centrée autour de cette idée de sacrifice individuel pour sauver le clan. Ce n’est qu’ensuite que j’ai pu l’interviewer et mettre en évidence tous les ingrédients psychosomatiques théoriques de sa SEP.

Mode de déclenchement
Je suis pianiste sur la Côte d’Azur, à Cannes exactement. En 1995, j’avais 23 ans et je rencontre un grand saxophoniste américain, de New York exactement. Nous nous sommes liés d’amitié à l’occasion de plusieurs bœufs en fin de soirée et c’est tout naturellement qu’il m’a invité à participer à l’enregistrement de son nouvel album qui devait commencer mi-septembre. Je connaissais les thèmes par cœur et me voilà fin prêt à embarquer sur le vol Nice-Paris-New York en ce début septembre. La veille, je ne me sentais pas très bien et je n’ai pratiquement pas dormi. Je mettais cela sur le fait que c’était la première fois de ma vie que j’allais prendre l’avion. En fait, j’avais une grosse trouille. Le voyage pour Paris ne m’a pas posé trop de problème car cela ne durait qu’un peu plus d’une heure. Ma tension interne a débuté à Roissy Charles De Gaulle, dans la salle de transit. Mes jambes commençaient à trembler et je ne pouvais absolument pas les contrôler. Tant bien que mal, j’ai réussi à prendre l’avion et ce n’est qu’à l’arrivée que tout s’est emballé. Une grosse confusion a eu lieu entre les pm et les am et la personne qui devait venir me chercher à trois heures du matin, avait prévu de venir me prendre à trois heures de l’après-midi mais je n’étais pas au courant. Au total, je suis seul à JFK Airport et j’attends pendant plus d’une heure. Finalement, une hôtesse d’accueil me propose de me trouver un hôtel et j’ai accepté car j’étais en plein désarroi. Mes jambes tremblaient de plus en plus et, arrivé dans ma chambre, je m’écroulais sur le lit. Je n’ai pas pu dormir et au petit matin je désirais me lever : impossible. Mes jambes ne répondaient plus… et je voyais moins de l’œil gauche. Hospitalisation en urgence et traitement de la crise de SEP. Je ne savais pas ce que cela signifiait exactement mais tout était rentré dans l’ordre au bout d’une semaine environ et j’ai quand même pu enregistrer les derniers morceaux fin septembre. Naturellement, je redoutais le voyage retour. Une nouvelle poussée en arrivant chez moi m’a permis de comprendre ce qu’était une SEP. Le médecin m’a tout de suite mis au courant de l’évolution de cette maladie à moyen et long terme et c’est là que j’ai commencé à gamberger. Au fond de moi, je me disais que c’était injuste. Moi, jeune pianiste plein d’avenir, qui commençait à être demandé un peu partout. Non, ce n’était pas possible. J’ai continué mon métier avec difficultés mais j’y suis arrivé à force de ruses pour ne pas choquer mes partenaires et le public.
Les autres poussées possèderont toujours un lien avec des déplacements problématiques et une peur irraisonnée.

Programmation de la SEP 
L’étude de la dynamique familiale a mis en évidence un drame familial marquant. Ses arrière-grands-parents du côté du père de son père ont été dénoncés à la gestapo et ils ont été emmenés en camp de concentration en cette année 1944. Leurs trois enfants étaient à l’école à ce moment-là et ils ont été récupérés grâce à un réseau de Justes parisiens. Dirigés et cachés rapidement en province, ils n’ont plus jamais revu leurs parents. D’ailleurs, le fils aîné a développé une maladie neurologique quelques années après la libération et ne pouvait plus marcher normalement et est décédé assez tôt. Monsieur Virtuose est transgénérationnellement relié à son arrière-grand-père et à ce fils aîné, tous les deux décédés trop tôt et injustement. Par définition, il est le Gisant de ces deux personnages. Nous noterons aussi que le thème conflictuel transgénérationnel est concentré sur un déplacement définitif vers les camps de la mort.

Cet exemple est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, nous retrouvons, a posteriori, les différents points théoriques concernant le déclenchement, l’évolution et la programmation transgénérationnelle de sa SEP. Ensuite, sa guérison est passée par dessus cette théorie car, à mon sens, il a « percuté » sur l’essentiel : la logique générale de sa SEP, en lien étroit avec le Syndrome du Gisant. Enfin, j’ai confié ce monsieur à un correspondant thérapeute de sa région. Trois ans plus tard, je reçois un coup de fil de ce dernier : il a refait une crise, contre toute attente ! Ma réponse a été claire : la Psychosomatique Clinique ne vaccine pas contre les récidives, donc il faudrait encore chercher dans le même sens, le déplacement problématique en ce qui le concerne.

Encore une fois, cette maxime de la psychosomatique s’est avérée vraie. La mise en évidence de cet ingrédient – déplacement problématique, source d’inquiétude ou de peur -, lui a permis de guérir de cette nouvelle crise en quelques semaines, sans traitements particuliers.
Très courte conclusion : la SEP devient de plus en plus accessible à la Psychosomatique Clinique. Alors, pourquoi s’en priver ?

A lire

“La sclérose en plaques, une veritable arnaque transgénérationnelle ”
Dr Salomon Sellam, Editions Bérangel

Docteur en médecine depuis 1983, Salomon Sellam est psychosomaticien, conférencier, formateur en Psychosomatique Clinique et auteur de 25 ouvrages. Parmi ses best-sellers: « Origines et prévention des maladies » (Ed. Quintessence), « Le syndrome du gisant », « Boulimie-Anorexie », « Le sens caché des désordres amoureux » et l’encyclopédie Bérangel « Lorsque l’esprit influence le corps. » (Ed. Bérangel).
www. salomon-sellam.org