L’intoxication

Le mois dernier j’ai redit pourquoi le foie peut effectivement somatiser à cause d’une situation réelle ou conflictuelle en tonalité de manque, sous-entendu alimentaire ; et j’ai fulminé en constatant combien nous sommes nombreux, nous autres ‘décodeuses’ et ‘décodeurs’, à être aveugles et à n’envisager aucune autre piste de réflexion en cas d’hépatopathie, alors que cet organe a des centaines de fonctions.

L’épuration

Parmi toutes, il en est une essentielle : l’épuration du sang. Le foie est le principal filtre de l’organisme, le ‘désintoxiqueur’, le centre antipoison. Chaque jour il traite entre 1700 et 2600 litres de sang – soit 1,2 à 1,8 litre chaque minute – suite à quoi il excrète quotidiennement entre 0,5 et 1 litre de déchets sous forme de bile : ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Le foie ayant cette fonction cruciale, il ne manque pas de réagir si pour une raison ou pour une autre, réelle ou conflictuelle, nous sommes confrontés à un problème d’intoxication ou d’empoisonnement.

Le conflit d’intoxication

Je propose que l’on ajoute – enfin – cette autre hypothèse à la liste pour ‘décoder’ un symptôme hépatique lorsqu’il est d’origine conflictuel. Le cerveau ne faisant pas la différence entre le réel, le symbolique, le virtuel et l’imaginaire, un grand stress dans cette tonalité d’intoxication pourra induire une réaction bio-logique de la sphère hépatique pour nous aider à résoudre le problème.

Pour ma part, je dois de l’avoir compris à une patiente reçue il y a une dizaine d’années. Grâce à elle, j’ai découvert combien je souffrais du syndrome de Procuste : dans mon cas je croyais qu’un symptôme hépatique était nécessairement et invariablement la conséquence d’un conflit de manque.

L’histoire de Chantal

Elle a une cinquantaine d’années et consulte parce que, depuis ses douze ans, elle est en grande souffrance au niveau hépatique. Sans trop exagérer, Chantal peut faire une ‘crise de foie’ après avoir mangé un bol de riz et deux rondelles de carottes cuites à l’eau ; et parfois même avant d’avoir mangé, juste à l’idée de devoir le faire.

Je me suis donc mis à chercher dans son histoire et sa préhistoire tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à un manque, puisqu’à l’époque je n’envisageais pas d’autre hypothèse ; et bien évidemment j’en ai trouvé tant et plus. Car c’est justement là où réside le piège : quand on recherche des manques dans l’histoire d’une personne, on en trouve toujours, surtout au niveau affectif.

Ensuite, je me suis évertué à lui expliquer les conséquences sur son foie de ses différents conflits de manque, sans que cela ait vraiment l’air de la toucher ; et pour cause, puisque le problème était ailleurs. Heureusement, alors qu’elle se prépare à partir, Chantal me donne sur son histoire une petite info originale : elle connaît très précisément le contexte de sa conception.

Elle a été conçue à l’été 1954 dans une chambre d’hôtel d’une station balnéaire de la Costa Brava en Espagne, où ses parents venaient d’arriver pour y passer des vacances. Elle sait aussi qu’après ce gros câlin, ses parents sont allés dîner au restaurant et que, peu après, sa mère a été admise en urgence à hôpital de Barcelone pour cause d’intoxication alimentaire grave.

De ce fait, la conception de Chantal, la fécondation de l’ovule, les premières divisions cellulaires et le début de sa vie intra-utérine, tout cela se fait alors que sa mère, et surtout son organisme, gèrent cette intoxication. C’est l’origine du symptôme ; mais cela n’explique pas pourquoi Chantal a été en parfaite santé hépatique les douze premières années de sa vie.

C’est évident en sachant ceci : les ‘crises de foie’ ont commencé à l’occasion d’un voyage qu’elle fait en 1966 avec ses parents, sur la Costa Brava, dans la même cité balnéaire où elle fut conçue. La logique du symptôme est limpide : pendant que l’organisme de la mère combat cet empoisonnement, la biologie naissante de Chantal mémorise un ensemble de données, telles que la nature profonde du stress de sa mère et d’autres paramètres, peut-être même la spécificité moléculaire des ingrédients locaux ayant servi à préparer le plat qui rendra la mère tellement malade.

Douze ans plus tard, d’une manière ou d’une autre, Chantal rencontre un ou plusieurs éléments associés au stress d’empoisonnement initial et sa biologie met le foie en alerte maximum puisque qu’elle s’attend à une intoxication alimentaire. À noter que ce mécanisme correspond précisément à celui de l’allergie, c’est-à-dire de l’avertissement de l’imminence du danger.

Reste à comprendre pourquoi cette alerte pour intoxication imminente a duré pendant presque 40 ans ? À mon avis parce que Chantal n’a jamais été intoxiquée. De ce fait, sa biologie a rejoué “le Désert des Tartares” : elle a attendu un empoisonnement qui n’est jamais venu et le foie de cette femme est resté tout ce temps en alerte maximum, au cas où. En tout cas, la santé hépatique de Chantal s’est rapidement et grandement améliorée après ce ‘décodage’, à 80% selon son estimation.

L’histoire de Jeanne

C’est à l’époque où je la reçois une jeune étudiante de 21 ans et elle consulte pour cause d’hépatite auto-immune chronique active type 1 atypique. En langage clair, cela veut dire que son système immunitaire fabrique des anticorps, lesquels s’attaquent à son foie, soit un processus mortel s’il dure trop longtemps.

Il faut savoir deux choses pour comprendre la logique de son symptôme : d’abord qu’il commence peu de temps après qu’elle soit retournée vivre chez ses parents après avoir vécu pendant trois ans dans une autre ville, le temps de faire sa licence ; et ensuite que Jeannette a une mère très gentille et totalement dévouée à ses enfants, mais au point d’en être ‘toxique’.

La problématique s’énonce ainsi : Jeanne vit au plus profond d’elle sa mère comme un ‘poison’ dont elle doit se ‘désintoxiquer’. Mais elle ne le doit pas car c’est sa mère, personnage dont archaïquement dépend notre survie et qu’il ne faut donc pas ‘éliminer’. Pour l’aider à gérer ce dilemme, sa biologie a mis en place cette dynamique auto-immune afin que son foie n’élimine pas la mère. C’est en tout cas ce que j’ai expliqué à Jeanne ; et ses analyses de sang sont rapidement redevenues normales.

À suivre, car il y a encore beaucoup à dire au sujet du foie.

Laurent Daillie

laurentDaillieNaturopathe causaliste et consultant en Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels (Paris et Bourgogne), Laurent Daillie est passionné par les origines de l’Homme et par ses réflexes de survie primitifs. Il anime des formations et des conférences en France et en Belgique. Il est l’auteur du livre « La Logique du Symptôme », publié aux éditions Bérangel. Info : www.biopsygen.com