Pourquoi le cancer existe-t-il ?

Dans cette série d’articles, Boris Sirbey aborde les nouvelles théories psychosomatiques sur le cancer. Son but est de montrer que, loin de se ramener à une simple affaire de génétique et de produits nocifs, cette maladie est toujours en relation étroite avec le vécu personnel du patient.

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La médecine officielle a atteint une limite décisive. Tout au long du XXe siècle, elle a investi une quantité toujours croissante d’efforts et de fonds pour tenter d’éradiquer un ensemble de fléaux allant des maladies dégénératives aux épidémies virales. Concentrant massivement ses ressources sur la recherche de produits chimiques susceptibles d’en contrôler l’évolution, elle a constamment promis leur disparition prochaine. Or, loin de reculer, ces maladies ne font que s’étendre de façon inquiétante.

Chaque année, le cancer coûte plus de 200 milliards de dollars aux Etats-Unis, et cette somme ne cesse d’augmenter. Aujourd’hui, les grands groupes pharmaceutiques produisent une quantité colossale de médicaments, mais il s’avère que la plupart d’entre eux n’ont au mieux qu’une action palliative ou nulle face au cancer, à la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, au diabète, au sida ou à la sclérose en plaques. Quant à la recherche génétique, en dépit des grands espoirs qu’elle a suscités, il apparaît maintenant de façon de plus en plus évidente qu’elle a abouti à un échec. La première modification génétique d’un animal de laboratoire remonte à 1980, et plus de 15 000 différents modèles animaux transgéniques ont été créés à l’échelle mondiale depuis ; mais, en dépit de trente ans de recherche sur de tels animaux et de l’application de centaines de thérapies géniques sur des dizaines de milliers patients dans le monde, la médecine n’a obtenu que des résultats très décevants : jusqu’à présent, pas un seul patient n’a été totalement guéri et, depuis 1998, plusieurs sont morts à cause d’une thérapie génique.
Bien sûr, il est tout à fait incontestable que les patients sont mieux accompagnés qu’auparavant, mais il faut bien admettre que les résultats sont désespérément maigres par rapport à l’énergie économique et intellectuelle investie.
Plus fondamentalement, même si la médecine arrive un jour à trouver un traitement radical contre le cancer en arrêtant le mécanisme de prolifération des cellules (par les médicaments ciblés, qui bloquent la réplication des cellules dans un endroit donné du corps), il est presque évident qu’elle ne trouvera jamais de sens à l’existence d’une telle affection. Frappant indifféremment les individus, cette maladie ne semble avoir strictement aucune fonction de sélection ou de survie, et ne suivre aucune logique repérable. A part provoquer la souffrance, ces affections n’ont aucune place dans l’économie de la nature et se présentent comme une sorte d’inexplicable erreur de l’évolution.
Face à cette situation, la médecine institutionnelle exige toujours plus d’argent et de moyens. Pourtant, un nombre croissant de chercheurs commencent à se rendre compte que, avant d’être une question de moyens, cette impuissance chronique de la médecine vient peut-être surtout d’une question d’approche. Ils en viennent ainsi à remettre

progressivement en question les présupposés de leur discipline, préparant ce qui se révèle comme une révolution imminente.
Voilà pourquoi, depuis quelques années, on assiste à une montée en puissance de toutes les disciplines que la médecine officielle considère comme secondaires : homéopathie, ostéopathie, diététique, acupuncture, médecine énergétique, etc. Petit à petit, les gens réalisent que les médicaments ne résolvent pas tous les problèmes, et qu’une bonne santé dépend avant tout d’un équilibre global incluant aussi bien l’alimentation que l’environnement humain, social et naturel. Mais le vrai point sensible – celui qui va, à mon sens, de plus en plus sous-tendre les débats à ce sujet – est avant tout le rapport entre le corps et l’esprit.

Le corps ou l’esprit ? Un faux problème

On a souvent défini la pensée et la science occidentales comme matérialistes. Je crois que c’est vrai, mais je crois aussi que c’est une définition incomplète. Pour moi, ce qui définit avant tout l’idéologie scientifique actuelle est qu’elle repose sur un dualisme entre le corps et l’esprit, qu’elle considère comme deux réalités indépendantes, qui ne dialoguent pas entre elles.
A l’heure actuelle, si une personne a un trouble physique, elle va voir un médecin généraliste, qui va probablement lui conseiller de prendre des médicaments ou de se faire opérer. Dans la mesure où il estime que tout est déterminé à un niveau biochimique1, il écartera la possibilité que l’esprit de son patient puisse réellement avoir une influence sur la maladie.
En revanche, si cette même personne présente un trouble psychique, alors elle ira voir un psychologue, un psychanalyste ou un psychiatre, parce que « c’est dans la tête », et que les problèmes psychologiques ne sont aujourd’hui envisagés qu’au niveau psychologique.
Entre ces deux mondes, il y a un mur, et rares sont les thérapeutes qui le traversent, dans un sens ou dans l’autre. Cependant, tout le problème est qu’un grand nombre de réactions biologiques se décident au niveau du cerveau, et que le cerveau est le siège du psychisme et, donc, de l’esprit. Si vous avez peur, votre rythme cardiaque s’accélère. Si vous êtes agacé, votre estomac se met à produire de l’acide, au point que vous pouvez développer un ulcère. De façon générale, le simple fait d’entendre une nouvelle qui nous choque ou qui nous attriste a tendance à affecter notre état de santé, et il n’est donc pas du tout contradictoire d’imaginer que l’esprit puisse influencer physiquement le corps. C’est d’ailleurs ainsi que toute une série de pathologies telles que l’asthme, l’ulcère gastrique, les rhumatismes chroniques, la névrodermite ou l’eczéma séborrhéique ont fini par être considérées par la médecine comme des maladies dont la cause est psychique.
Mais, réciproquement, tout trouble physique affecte notre comportement, et il n’est donc pas non plus contradictoire d’envisager que, parce qu’elle a été blessée au visage ou qu’on lui a amputé un sein, une femme puisse faire une dépression. La relation marche dans les deux sens.

Voilà pourquoi je pense que le débat qui oppose la psychologie à la physiologie (discipline qui s’occupe des phénomènes propres au corps humain) est un faux débat, dont la seule utilité jusqu’ici a été d’empêcher le développement d’une science médicale réellement complète.
Quand il s’agit de guérir un trouble grave, la question n’est pas de savoir s’il provient d’une lésion physique ou d’un déséquilibre psychologique, mais d’envisager la personne que l’on a en face de soi comme un être à part entière, chez lequel la dimension psychologique et la dimension physiologique s’emboîtent dans une seule unité. A partir de là, la question n’est plus de dire si c’est le psychisme qui agit sur le corps, ou le corps sur le psychisme, mais comment le système qu’ils forment est structuré.
Or, comme le cancer est certainement l’une des maladies sur lesquelles le problème de cette « origine » est le plus frappant, c’est d’abord de lui que je vais parler pour introduire l’approche psychosomatique.

Le cancer, enfant terrible du hasard ?

La médecine institutionnelle considère le cancer comme le résultat de l’apparition d’une cellule anormale qui, après avoir été mise en contact avec une substance pathogène, se met à se multiplier à une vitesse exponentielle. Apparaissant d’abord dans un organe donné, le foyer primitif libère alors des cellules cancéreuses capables de former, dans d’autres parties du corps, des métastases, c’est-à-dire des cancers secondaires. Les perturbations qu’entraîne le cancer finissant inévitablement par entraîner la mort, il est alors justifié de recourir à des moyens particulièrement drastiques comme la chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie pour l’oblitérer rapidement.
Ce modèle, à première vue, semble bien rendre compte des observations expérimentales sur cette maladie. Néanmoins, il implique aussi un certain nombre de contradictions. Une part très importante du processus de formation du cancer tel qu’il est envisagé par la médecine conventionnelle, en effet, relève du hasard : en premier lieu, dans le fait même de l’apparition de cellules anormales, dont la raison de la formation reste encore un mystère ; ensuite, dans le passage à l’état de cellule cancéreuse, qui est provoqué par la mise en contact accidentelle avec un produit pathogène ; enfin, dans l’évolution du cancer, la création de colonies se faisant au gré du déplacement erratique des cellules cancéreuses dans les systèmes sanguin ou lymphatique.
Pourtant, un certain nombre de facteurs semblent contredire cette hypothèse du hasard :
L’organisme produit en moyenne 300 cellules cancéreuses par jour : toutefois, au lieu de devenir des cancers, elles sont automatiquement éliminées par le système immunitaire, qui les identifie comme éléments indésirables. La médecine institutionnelle en conclut donc que ce qui provoque le cancer est une déficience du système immunitaire, qui, pour une raison inconnue, devient incapable de faire la différence entre une cellule normale et une cellule cancéreuse. Cependant, l’organisme est un système d’une extraordinaire sophistication, et qui ne survit que parce qu’il arrive, en dépit de changements constants, à maintenir un équilibre global, ce qui suppose d’incessants ajustements au niveau de l’interaction des organes. Cette capacité à s’autoréguler dans un équilibre dynamique est appelée l’homéostasie. La composition du sang, par exemple, met en jeu presque tous les processus métaboliques, ce qui suppose un degré de complexité que le plus puissant ordinateur aurait du mal à gérer. Or, il semble pour le moins difficile d’expliquer comment un système de surveillance aussi efficace peut connaître des dysfonctionnements aussi grossiers que le postule la cancérologie, contredisant l’intelligence qu’il démontre par ailleurs dans le maintien de l’homéostasie organique.
Si vraiment le cancer est le produit d’un dysfonctionnement immunitaire et d’un hasard, pourquoi est-ce que tous les cancers ne sont pas d’emblée des cancers généralisés ? Dans la mesure où le système immunitaire ne fait plus son travail, il faudrait logiquement que des foyers cancéreux apparaissent non dans un endroit précis, mais un peu partout dans le corps. Or, dans la majorité des cas, les cancers sont circonscrits à un seul organe, avec des métastases elles aussi placées de façon précise dans le corps. Pourquoi est-ce que le système immunitaire continue d’éliminer les cellules cancéreuses qui se forment partout ailleurs dans le corps, pour ne les laisser proliférer qu’à un endroit bien localisé ?
Comment expliquer le processus de formation des métastases ? Se fondant sur le caractère mécanique de la propagation du cancer, la médecine conventionnelle postule qu’elles transitent par le système circulatoire pour former de nouveaux cancers à un endroit ou à un autre de l’organisme ; mais il est en réalité extrêmement difficile de prouver que quelque chose d’aussi gros qu’une cellule cancéreuse puisse réellement migrer à travers ce filtre extrêmement précis et complexe qu’est le système sanguin, surtout si cette migration a pour but de former une colonie dans un organe dont les tissus sont totalement différents. Or, il est fréquent que des cancers du foie génèrent des métastases au poumon ou au cerveau, ce qui contredit la logique de dissémination spatiale qu’ils sont censés suivre. Par ailleurs, personne n’a encore pu observer de façon réellement directe la migration des cellules cancéreuses, ce qui rend cette hypothèse difficilement tenable. Mais si ce n’est pas cette migration qui est à l’origine des métastases, qu’est-ce qui les provoque ?
Comment expliquer l’existence de cancers au développement fulgurant, qui n’évoluent pas sur une période de quelques années, mais se manifestent au bout de quelques jours seulement ? Compte tenu de la vitesse de division des cellules cancéreuses, un enfant qui aurait respiré des particules d’amiante en passant sous un porche vétuste en 1984 ne devrait contracter un cancer des poumons qu’en 2001. Or, il se présente régulièrement des cas de cancers apparaissant non en dix ans, mais en l’espace de quelques semaines, les analyses qui n’avaient rien révélé auparavant montrant soudain l’apparition d’importantes masses tumorales. Là encore, la médecine officielle postule le plus souvent qu’une erreur a été faite au niveau des examens, mais on peut légitimement douter du fait que de telles erreurs puissent se répéter de façon aussi systématique et à si grande échelle. Seulement, si vraiment le phénomène des cancers à développement brusque existe, comment l’expliquer du point de vue de la théorie classique ?
Que penser de l’existence de cancers « en sommeil », c’est-à-dire de tumeurs inactives, composées de cellules qui ont suivi un développement cancéreux, mais qui ont cessé de se multiplier ? Là encore, compte tenu du fait que les cancers sont censés suivre une croissance mécanique, leur présence dans l’organisme semble tout à fait inexplicable. Pourtant, on sait parfaitement qu’elles existent, et que des personnes peuvent vivre normalement pendant des années en dépit de la présence dans leur corps d’énormes tumeurs dormantes.
Enfin, le dernier point, et non le moindre, à expliquer, est évidemment celui de la rémission spontanée du cancer. La médecine conventionnelle postule que la loi qui dirige le cancer est celle de l’expansion systématique et que, une fois déclaré, un cancer continue à se développer sans retour en arrière. Or, on sait parfaitement qu’il existe depuis longtemps des cas de guérisons spontanées, obtenues en l’absence de tout traitement médical. Comment expliquer qu’un cancer puisse disparaître naturellement, si vraiment il s’agit d’un processus totalement mécanique et irréversible ?
Mis bout à bout, tous ces « phénomènes parasites » remettent en cause le modèle appliqué par la science dite « classique » et démontrent que, contrairement aux apparences, cette affection semble suivre une logique différente que celle que lui prête la médecine institutionnelle.
Les cancérologues, à l’image des médecins en général, tendent à considérer le corps comme le produit d’un strict déterminisme biochimique, ce qui les amène à laisser de côté un certain nombre de phénomènes pourtant essentiels dans la pathologie2 du cancer. Postulant que l’organisme se réduit, en dernière analyse, à l’ensemble des actions et réactions chimiques observables expérimentalement, ils en déduisent que le développement des maladies est consécutif à une insuffisance quelconque du système immunitaire, qui, pour des raisons contingentes (fatigue ou stress de l’organisme, incapacité à répondre à la virulence d’un virus ou d’une bactérie) ou fonctionnelles (prédispositions génétiques), n’arrive plus à faire son travail.
Cependant, tout le problème, c’est que le concept de « biochimie » que les cancérologues utilisent comme ciment dans leurs modèles ne renvoie évidemment pas à une entité existant réellement et agissant pour son compte propre, mais à un ensemble de processus qui dépendent en grande partie du système nerveux central, c’est-à-dire du cerveau. Or, le cerveau, en tant qu’il régule les fonctions conscientes et inconscientes de l’organisme, est le siège du psychisme, qui peut donc être considéré comme l’acteur de toutes les modifications biochimiques du corps. Aussi, s’il est certain que la biochimie « contrôle » le corps et le psychisme, on peut tout aussi bien dire que la biochimie est elle-même « contrôlée » par le psychisme.
De ce point de vue, ce qui caractérise véritablement la médecine actuelle, c’est que, bien qu’elle reconnaisse le rôle joué par le cerveau, elle part du principe que c’est le corps qui détermine l’esprit, et que, par conséquent, l’esprit humain n’est qu’un « symptôme » du fonctionnement du cerveau.
La médecine psychosomatique, pour sa part, reconnaît à la fois l’existence du corps et de l’esprit, et considère que le cerveau joue en réalité un rôle de transmetteur dans les deux sens, ce qui permet à l’esprit d’agir sur le corps, et au corps d’agir sur l’esprit.
C’est en cela que l’approche dite « holistique » en médecine, qui envisage l’être humain comme un tout, se révèle incomparablement plus efficace que l’approche biochimique, qui, en réduisant les phénomènes qu’elle étudie à un schéma déterministe strict, évacue purement et simplement une partie d’entre eux hors de son champ de compréhension. Et, pour peu que l’on considère cette approche totale, on se rend compte que, loin d’être une sorte de mode de détermination plus vague et plus subjective, la compréhension holistique est en réalité beaucoup plus précise et efficace.

(à suivre)

NOTE

(1) En sciences, le déterminisme est l’idée selon laquelle tout se réduit à des relations mécaniques de cause à effet. Concernant l’être humain, cela peut aboutir à l’idée que nos sentiments, nos pensées sont provoqués uniquement par le corps, l’esprit n’y jouant aucune part. On parle alors de déterminisme matérialiste.
(2) La pathologie est la science qui analyse les symptômes d’une maladie, et qui permet de la reconnaître quand elle se manifeste.

Cette série d’articles est largement empruntée au contenu du livre « La vérité sur le cancer que la médecine ne nous dit pas encore », premier ouvrage de Boris Sirbey et cinquième livre publié aux Editions Néosanté. En vente dans toutes les bonnes librairies et sur le site www.neosante.eu
Docteur en philosophie, Boris SIRBEY est l’auteur d’une thèse sur la théorie des sciences à l’université de Paris X. Il y aborde la science du XXIème siècle par une approche finaliste et systémique. Il a écrit cet essai sur le cancer en hommage à sa mère. Il y raconte la tragédie qui s’est déroulée lorsqu’elle a été hospitalisée, démythifie la vision officielle de la maladie, explore la piste psychosomatique et développe une série de réflexions sur l’avenir de la médecine.
(www.sirbey.com)