Pour compléter les articles de mes collègues Bernard Tihon et Jean-Brice Thivent dans les n° 2 et 11 de cette revue, je me permets d’apporter mon humble contribution au décodage de la sphère biliaire et à la compréhension du fameux conflit de rancœur qu’on y associe.
Pour mémoire : les canaux intra-hépatiques collectent la bile sécrétée par le foie (environ deux litres par jour), laquelle est temporairement stockée dans la vésicule biliaire. En phase de digestion, la vésicule se contracte et la bile se déverse dans l’intestin via le canal extra-hépatique. À noter que la vésicule a aussi pour fonction de concentrer la bile grâce au mécanisme de réabsorption (jusqu’à un facteur de dix à un), cet avantage pouvant aussi malheureusement contribuer à produire des boues et des lithiases biliaires.
Quant à la bile, sa fonction principale est d’émulsifier les graisses présentes dans l’alimentation afin qu’elles soient assimilables par l’intestin grêle. Cette fonction fait précisément le lien entre la sphère biliaire et la rancœur.

La rancœur

La logique du symptôme s’explique facilement du fait que cette émotion viscérale très particulière ressemble absolument à ce qu’on éprouve face à une alimentation trop grasse, écœurante. C’est même le meilleur exemple pour expliquer comment un ressenti spécifique peut induire un symptôme bien déterminé. Pour en faire l’expérience, imaginez une magnifique tranche coupée au centre d’une grosse miche de pain de campagne cuit au feu de bois et préparé dans les règles de l’art avec une farine parfaitement biologique, d’environ quinze millimètres d’épaisseur et repassée au four pour la rendre croustillante. Je vous laisse la visualiser, en avoir l’eau à la bouche. Et quand vous serez prêt(e), juste avant de croquer la tartine, alors je vous propose d’y ajouter un centimètre… de saindoux (de la meilleure qualité bien évidemment). Il y a de fortes chances que cela vous écœure.
Imaginez maintenant l’histoire suivante : de braves parents ayant toute confiance en leur fils, acceptent de se porter caution pour un emprunt et l’achat d’une maison. À peine installé, le fils fait en sorte d’être insolvable. La banque se retourne contre les parents et les oblige à honorer leur engagement : ils doivent vendre leur maison et se retrouvent à la rue. Pendant ce temps, leur fils se prélasse au bord de la piscine qu’il a fait construire, sans se préoccuper des difficultés de ses parents. Que ressentez-vous devant un tel comportement ? Probablement la même chose : c’est écœurant.
C’est cette similitude qui peut amener la biologie à intervenir sur la sphère biliaire lorsque nous vivons inconsciemment une forte émotion viscérale en ressentiment dans cette tonalité spécifique de rancœur. Notre biologie nous croit alors confrontés à une alimentation très grasse et donc cherche à nous aider à bien l’émulsifier.

L’alcalinisation

À noter que la bile a aussi pour utilité d’alcaliniser le chyle qui est extrêmement acide au sortir de l’estomac : de ce fait et en théorie, on peut envisager qu’un symptôme au niveau de la sphère biliaire pourra aussi avoir pour origine un conflit quelconque en lien avec une situation qu’il faut « désacidifier ».

La culture de la rancœur

J’ai plusieurs fois reçu en consultation des personnes chez lesquelles la culture de la rancœur s’élève au rang de l’Art. J’en déduis que, parfois, c’est la rancœur elle-même la solution parfaite, les éventuelles pathologies de la sphère biliaire n’étant alors que des effets secondaires indésirables. En effet : peut-être vaut-il mieux parfois cultiver une rancœur vis-à-vis de l’autre plutôt que d’être confronté à une remise en question de soi. Il est effectivement plus facile de se dire que l’autre est la cause de tous nos malheurs plutôt que de réaliser qu’ils sont la conséquence de notre incurie, de notre incapacité chronique à résoudre nos problèmes.
C’est le cas d’une personne, benjamine de sa fratrie, qui est franchement passée à côté de sa vie à tous les niveaux (affectif, professionnel, social, etc.) et qui en rend responsable ses frères et sœurs au motif qu’ils l’ont laissé seule avec leurs parents quand ils ont quitté le nid. Que se passerait-il si un jour elle découvrait qu’elle est seule responsable de sa vie et du marasme existentiel dans lequel elle se trouve ? Il se pourrait que le choc soit rude, trop peut-être.
C’est à mon avis pour cela qu’on a parfois besoin d’un bouc émissaire individuel ou sociétal. Ainsi on pourra à loisir l’accuser d’être la cause de toutes les plaies de l’Égypte. À noter que cette problématique du bouc émissaire n’est pas une exclusivité humaine puisqu’on la retrouve chez d’autres mammifères. Chez les lycaons par exemple (un canidé d’Afrique Australe), il y a systématiquement un bouc émissaire dans chaque portée sur lequel les frères et les sœurs se font les dents et le caractère. En règle générale il ne survit pas à ce traitement mais souvent, s’il en réchappe, il devient plus tard chef de meute.
Mais on peut ainsi être piégé dans cette culture de la rancœur parce qu’on aura été inconsciemment obligé durant l’enfance d’adopter celle de nos référents. En effet je crois qu’un enfant qui grandit dans un environnement familial plein de rancœurs personnelles ou sociales devra d’une manière ou d’une autre faire la preuve que lui aussi est bien contre ceci ou contre cela. Autrement il prend le risque d’être mal vu de son entourage.
Ainsi, parfois c’est le conflit lui-même la solution parfaite et non pas le manifesté, ce cas précis l’étant parmi d’autres. Et peut-être même faut-il s’intéresser d’abord à l’utilité profonde d’une structure avant de vouloir la modifier : cela peut nous éviter d’être ensuite confronté à une autre, moins écologique. Je laisse cela à votre réflexion.

L’injustice

Je partage l’avis du Dr Robert Guinée qui préfère parler d’injustice, plutôt que de rancœur. Car une rancœur est forcément la conséquence d’un ressentiment dû à ce que, à tort ou à raison, nous estimons être une injustice à notre égard. C’est d’ailleurs la tonalité conflictuelle du tube digestif en général : le conflit d’injustice. Je nomme aussi cela le conflit de Caliméro, ce petit personnage de dessins animés, sa coquille sur la tête, à qui il arrive toujours plein de misères et qui répète souvent : « C’est vraiment trop injuste ».

Laurent Daillie

Naturopathe causaliste et consultant en Décodage des Stress Biologiques et Transgénérationnels (Paris et Bourgogne), Laurent Daillie est passionné par les origines de l’Homme et par ses réflexes de survie primitifs. Il anime des formations et des conférences en France et en Belgique. Il est l’auteur du livre « La Logique du Symptôme », publié aux éditions Bérangel.
Info : www.biopsygen.com
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