portrait de Yves Rasir Vous connaissez la ligne éditoriale de Néosanté :  expliquer sans relâche que les maladies ont un sens biologique et qu’elles résultent, dans leur  grande majorité, de conflits psycho-émotionnels.  Sauf  surcharge toxique  ou carences nutritionnelles sévères,  les facteurs environnementaux ne sont pas décisifs dans la genèse des pathologies.  Ils sont pris à tort pour des causes tandis que les effets du stress et de la détresse psychique sont erronément minimisés.  Ce  double fourvoiement  est le propre d’une médecine  contaminée par le matérialisme ambiant. Pour autant, nous ne nions pas que certains comportements et certains polluants nuisent gravement à la santé et favorisent sa perte.  À nos yeux, les pesticides agricoles sont des produits particulièrement dangereux  pour leur action neurotoxique et leurs effets perturbateurs sur le système endocrinien. Beaucoup d’autres journaux – notamment le quotidien Le Monde–   nous informent heureusement de leur dangerosité. Si nous montons au créneau aujourd’hui, c’est parce qu’une classe méconnue de fongicides, les SDHI,  sont largement utilisés  en agrochimie. Or ces inhibiteurs d’enzyme ont la propriété de bloquer la respiration cellulaire de tous les êtres vivants. Ils n’impactent pas seulement les champignons et les moisissures, mais une diversité d’organismes comme l’abeille domestique, le lombric ou…  l’être humain.  Scandale sanitaire ?  On pourrait parler de crime contre l’humanité tant l’écocide en cours prend des allures de génocide.  Journaliste indépendant, Fabrice Nicolino vient de publier une enquête-choc  sur ces poisons devenus omniprésents dans la nature.  Viviane de Laveleye a lu ce livre (1)et  en a résumé les révélations les plus fracassantes dans le numéro de décembre de Néosanté.  Au moment de conclure l’introduction à son article, j’apprenais  que les chercheurs de l’INSERM à l’origine du lancement d’alerte venaient de publier une nouvelle étude accablante pour les SDHI dans la revue de référence Plos One. Seront-ils enfin entendus ? 
 
Deux semaines plus tard, d’autres chercheurs français jetaient un autre pavé dans la mare : les néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles » continuent à contaminer les sols et les plantes ! Pour leur étude parue dans  Science of the total Environment,  les scientifiques du CNRS ont analysé du nectar et du pollen prélevés sur quelques 300 parcelles de colza entre 2014 et 2018, c’est-à-dire après la mise en place du moratoire de 2013 interdisant l’utilisation  des trois principales molécules (imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine) sur les cultures visitées par l’abeille. Résultat : on retrouve encore des traces de « néonics » dans 43 % des échantillons et aucune tendance à la baisse n’est observée. Cette pollution persistante a été relevée dans  les exploitations conventionnelles, mais aussi dans de nombreuses fermes « bio », du fait que les néonicotinoïdes sont solubles dans l’eau et que la pluie les charrie vers d’autres parcelles.  Comme ce sont des molécules dites « systémiques »  (qui imprègnent tous les tissus de la plante), elles peuvent être réabsorbées par la végétation et demeurer suffisamment actives pour tuer la moitié des insectes butineurs s’aventurant dans les parages. On ne me fera pas croire qu’une telle toxicité épargne le reste de la faune, dont les vertébrés que nous sommes. À propos de la nocivité  des pesticides pour la santé humaine, saviez-vous que la science a élucidé un effet délétère supplémentaire du glyphosate ? Ce produit agit sur la zonuline, une protéine qui permet de réguler l’ouverture des jonctions de la paroi intestinale. La perméabilité des intestins s’en trouve accrue et la composition du microbiote  en est perturbée. Notre collaborateur Yves Patte explique tout ça dans sa rubrique du mois  de décembre et il consacrera celle du Néosantéde janvier aux troubles neurologiques corrélés au déséquilibre de la flore microbienne. Oui, il y a tout lieu de penser que l’omniprésence du glyphosate soit liée à  l’affolante prévalence de l’autisme ! 
 
Pesticides encore : en France,  la  commission d’enquête parlementaire vient de rendre son rapport dans le dossier de la chlordécone.  Selon ses conclusions  dévoilées le 26 novembre,  l’État français est bien le « premier responsable » de ce scandale sanitaire d’autant plus révoltant qu’il en émane des relents de racisme et de colonialisme.  Interdite aux États-Unis dès 1975, classée comme cancérogène possible par l’OMS en 1979, la chlordécone n’a été interdite en France métropolitaine qu’en 1990 et aux Antilles en 1993. Or sa malfaisance et sa rémanence étaient connues à Paris depuis 1969 ! Aujourd’hui, plus de 90%  des Guadeloupéens et des Martiniquais sont encore imprégnés par ce « monstre chimique » pouvant provoquer des naissances prématurées,  entraîner des troubles du développement et favoriser le cancer de la prostate.  Avec 227 nouveaux cas pour 100 000 hommes chaque année, la Martinique détient le triste record mondial de cette pathologie cancéreuse. Les eaux et les sols étant toujours pollués, les  Antillais ont été interdits de pêche et avertis que leurs potagers pouvaient produire des légumes impropres à la consommation, malgré quoi le gouvernement Macron n’envisage nullement de les indemniser. Il est d’ailleurs à redouter que  cette triste affaire sera bientôt étouffée. Dans la foulée de son film « Malaria Business », qui avait révélé la honteuse prohibition d’une plante-remède  du paludisme, mon ami cinéaste Bernard Crutzen a réalisé « Pour quelques bananes de plus » un documentaire dévoilant tous les tenants et aboutissants du  scandale Chlordécone. Or au moment de programmer sa diffusion,  un des coproducteurs, en l’occurrence la télévision publique belge,  a … réalisé que le produit toxique naguère  pulvérisé aux pieds des bananiers ne se retrouvait pas dans les fruits et ne mettait donc pas en danger le consommateur européen. Décision a dès lors été prise de diffuser le docu discrètement, sur une chaîne peu regardée et dans une case assez confidentielle (2).  Les coproducteurs de France Télévision auront-ils le même réflexe « métropolitain » ? On peut espérer que non et que le souci d’informer va prévaloir. 
 
Il est vrai qu’avec le glyphosate,  le chlopyrifos, les néonicotinoïdes et maintenant les SDHI,  l’opinion publique est déjà saturée d’informations anxiogènes relatives aux pesticides.  Le commerce de la peur me faisant horreur, je me suis d’ailleurs demandé si Néosantédevait contribuer à alimenter l’anxiété et participer, au passage, à l’occultation des causes émotionnelles des maladies. Si j’ai décidé de le faire, c’est d’abord  parce que l’heure me paraît grave. Avec les inhibiteurs d’enzymes, la toxicité des intrants agricoles atteint une telle perversité qu’il me paraît utile de relayer les alertes scientifiques trop peu prises au sérieux. On ne peut pas impunément agresser nos mitochondries, véritables centrales énergétiques de  nos cellules ! Ensuite, je trouve important de faire passer un message aux jeunes générations : on vous enfume avec la prétendue urgence climatique ! Pendant que tout que le monde se focalise sur le réchauffement et sa présumée causalité anthropique,  on oublie que le CO n’a rien à voir, ou infiniment peu, avec  l’effondrement de la biodiversité et le déclin de nombreuses espèces animales et végétales. La terre est surtout malade de l’agriculture industrielle et de ses méthodes biocidaires, lesquelles impactent bien davantage notre santé que la composition gazeuse de l’atmosphère. Enfin, je ne répugne pas à dramatiser la problématique des pesticides parce que nous avons le pouvoir de la résoudre rapidement. En 2016, des chercheurs de l’INRA ont publié une étude montrant que la productivité obtenue en permaculture biologique était SUPÉRIEURE à celle de l’agriculture conventionnelle. Il est donc possible d’abandonner l’agrochimie sans délai et sans regrets. Les agriculteurs classiques,  que je qualifie pour ma part d’ « agricul-tueurs » (3), n’ont plus d’arguments à faire valoir pour persister dans leurs pulvérisations criminelles.   La peste soit des pesticides !