D’accord, la commotion cérébrale n’est pas une « vraie » pathologie. C’est un accident. Mais vous savez, si vous lisez Néosanté depuis suffisamment longtemps, que le décodage biologique ne se limite à l’exploration du sens des maladies. Tous les comportements des êtres vivants et tous les événements de la vie peuvent être lus à travers le prisme de leur sens en terme de survie. Les accidents n’arrivent pas non plus par hasard, et il est possible d’en percer la signification afin d’atténuer leurs séquelles et d’en éviter la répétition. Auteur d’un livre sur le sujet (« Nos accidents ont-ils un sens » ?), notre collaborateur Emmanuel Ratouis s’est fait une spécialité d’investiguer dans cette direction, notamment en répérant les mémoires transgénérationnelles et les syndromes d’anniversaire chez les personnes accidentées.

La piste du volcan

C’est donc dans son ouvrage que j’ai plongé en priorité lorsque, le 23 novembre 2013, j’ai été « victime » d’une commotion cérébrale lors d’un match de football. Les principales questions à se poser, écrit Emmanuel, sont de savoir si on traversait à ce moment-là une période de grand stress, dont la commotion serait en quelque sorte l’interruption forcée, ou si l’accident a permis d’éviter un stress encore plus intense. Dans les deux cas, cette lecture attribue donc à l’accident un rôle vital mais néanmoins péjoratif. On se blesse à la tête parce qu’on n’est pas bien dans sa tête. Abondant dans ce sens, le Dr Olivier Soulier m’a pour sa part suggéré que la commotion cérébrale était « un conflit se cherchant son DHS(*) », autrement dit la biologisation d’une intense pression psychologique. Laquelle ? Pour le médecin lillois, il est évident que je devais être dans un état psychique de « prise de tête » et d’affrontement violent à caractère intellectuel, puisque somatisé à l’étage cérébral. Ce décryptage était d’autant plus réaliste que le choc subi l’a été contre la tête d’un adversaire. « Or, ajoutait Olivier Soulier, ce cas de figure arrive seulement dans la nature lorsque deux mâles se combattent à mort ». Cette conversation m’a secoué parce que c’est précisément la situation que j’avais vécu la veillle de mon accident sportif : je m’étais effectivement « pris la tête » avec un ami à propos de l’édition d’un livre. Selon ce scénario, mon cerveau inconcient aurait « cherché » l’impact crânien matérialisant ma souffrance psycho-émotionnelle, le but biologique étant bien entendu d’offrir un exutoire physique. Dans cette optique, la commotion cérébrale pourrait être comparée à une éruption volcanique évacuant le trop-plein de lave et expulsant des roches. D’ailleurs, une des séquelles fréquentes, et que j’ai péniblement expérimentée, est le vertige paroxystique positionnel, un trouble de l’équilibre provoqué par le décrochemnt de cristaux de calcium dans l’oreille interne. Ces « pierres auriculaires » sont les vestiges des otolithes que possèdent encore les poissons et qui leur servent à s’orienter avec une prodigieuse précision lorsqu’ils se déplacent en bancs. Par ce symptôme, j’aurais pour ainsi dire manifesté que la prise de tête du jour précédent m’avait également désorienté. Mes violentes nausées exprimaient quant à elles combien j’étais révulsé et écoeuré par le « duel intellectuel » m’ayant opposé à mon ami.

La piste du séisme

La piste du volcan était séduisante, mais je ne l’ai pas trouvé convaincante. Pour la simple et bonne raison que la dispute préalable à mon accident ne m’avait pas perturbé outre-mesure. Si je devais frôler la fracture du crâne à chaque querelle de ce genre, il y a longtemps que je serais six pieds sous terre ! Ce samedi-là, la page était déjà tournée, j’avais très bien dormi et j’étais dans un excellent état d’esprit à l’idée de jouer une partie de foot avec ma nouvelle équipe, dans laquelle j’avais été très bien accueilli. Le match se déroulait parfaitement, on menait au score et je faisais une très bonne rencontre. Il n’est pas exagéré de dire que je baignais dans une certaine euphorie, dûe notamment à la production d’endorphines que stimule le sport intensif. Une autre clé explicative m’a été fournie par le Dr Eduard Van den Bogaert : pour lui, la commotion cérérale n’est rien moins qu’une crise épileptoïde ! Pour la définition de ce concept que nous devons au Dr Hamer, je vous renvoie à l’éditorial (page 3) du présent numéro de Néosanté. Ce n’est pas à proprement parler une découverte hamérienne, mais c’est bien le médecin allemand qui a interprété le tremblement de type épileptique comme un signal de « basculement » en guérison. Ce serait le signe indubitable du passage de conflit actif à la deuxième phase de la maladie, celle où se réparent les dommages occasionnés par la première. Selon le Dr Van den Bogaert, il fallait donc envisager ma commotion, non pas comme le choc conflictuel, mais comme sa solution soudaine. C’est ce que je vais appeler la piste du séisme. S’il était bien l’indice d’une conflictolyse, mon « tremblement de tête » devait forcément avoir succédé à un événement majeur très positif.

Des douleurs éloquentes

De fait, 48 heures avant la collision de ma tempe avec le front d’un adversaire, j’avais rendez-vous chez le dentiste. J’y allais pour me faire arracher la racine de la dent 25, vestige sur lequel on m’avait fixé une fausse prémolaire à l’âge de 18 ans. C’est le tiers de mon âge actuel (54 ans) et la moitié de l’âge (36 ans) où j’ai traversé une période existentielle assez critique, comme dix-huit ans auparavant. Ce cycle de 18 ans débute à ma première année de vie au cours de laquelle, comme je l’ai déjà raconté, j’ai échappé de peu à la mort et j’ai été séparé de mes parents pour un séjour à l’hôpital. Il y a donc un lien probable entre l’arrachage de cette racine dentaire et l’arrachement du bébé à se mère, période ponctuée tous les 18 ans par un réveil du conflit originel. Tiré par les cheveux ? Je ne pense pas : l’autodestruction d’une dent témoigne d’une dévalorisation profonde. L’extraction de la racine est une façon, certe brutale, mais efficace, de « régler le problème ». Après un tel nettoyage radical, la crise épileptoïde ne peut qu’être fulgurante et douloureuse. Et une commotion, pour ça, c’est assez bien choisi. Au moment même, ça ne fait pas mal puisqu’on s’évanouit. C’est à la sortie de ce bref coma que les choses se corsent. Outre les vertiges, j’ai énormément souffert de névralgies qui partaient du lieu d’impact et qui me martyrisaient la mâchoire. Consulté, un spécialiste de l’articulation mandibulaire m’a montré comment je pouvais calmer ces névralgies atroces en positionnant autrement ma langue, celle-ci s’étant problement contractée dans ma prime enfance « parce que j’avais été obligé de respirer par la bouche pour survivre » . Bingo : c’est pour une pneumonie que je me suis retrouvé à l’hosto début… décembre 1960. Comme je le raconte aussi dans l’édito, la piste du séisme salutaire m’a paru encore plus crédible lorsque j’ai entamé la thérapie Neurofeedback. Lors des séances, à trois reprises, j’ai été agité de spasmes épileptoïdes. Pour moi, ces « répliques » du tremblement de tête en soulignaient clairement le caractère salutaire. Je crois que ma commotion était le cap à franchir pour guérir d’un très vieux conflit de peur pour ma vie. Le mois prochain, j’évoquerai quelques éléments symboliques qui m’ont renforcé dans cette conviction.

(*) Dirk Hamer Syndrom = choc émotionnel psychiquement ingérable selon la terminologie hamérienne

Yves Rasir

[rasir]