« Maman, est-ce que tu m’aimes quand même si j’ai toujours faim? » Cette question, posée par mon fils un beau matin, fut percutante dans mon esprit. Il a ainsi amorcé ma réflexion sur son problème de surpoids et son rapport à l’alimentation. Des pistes allaient bientôt s’offrir à moi. En effet, un peu plus tard, mon attention fut attirée par l’annonce du sujet de la prochaine émission de Contact Animal, le 15 juin 2011, à canal D. Alors que je venais tout juste de terminer une peinture à numéros qui représentait un tigre (oui, bon, j’aime la peinture à numéros), on annonçait toute une émission sur le comportement du bébé tigre et de sa mère! Ces « hasards » convergents auront donc orienté mon choix de l’animal à étudier pour écrire cet article.
Gérard Athias nous suggère d’observer le comportement naturel d’un animal et de regarder ensuite quelle maladie ou comportement il nous inspire. C’est de cette manière que ma réflexion s’est élaborée. Ma quête d’informations concernant le comportement alimentaire et la méthode de chasse du tigre a été réalisée avec l’aide des ressources sur internet et bien sûr du documentaire de l’émission de télévision citée précédemment. Assez rapidement, cette recherche m’a permis de découvrir qu’il existait un problème alimentaire chez le cousin domestiqué du tigre, le chat. Ce problème, appelé justement le « syndrome du tigre », me conduisit à faire un lien avec le problème particulier qu’est la boulimie chez les humains. Par la suite, en regardant l’éducation que reçoivent les petits tigres, j’ai réalisé qu’il était possible que le comportement des mères soit à l’origine du problème d’obésité que l’on observe de plus en plus dans notre société.

Le tigre et son alimentation

Le tigre doit parcourir de grands territoires pour chasser sa nourriture. Les principaux observateurs de cette espèce mentionnent que le tigre ne réussit qu’une chasse sur dix, et peut-être encore moins. Compte tenu de sa relative difficulté à attraper ses prises, il ne rate jamais une occasion de partir à la chasse. Quand la chance se présente, il la saisit. Ses repas se font au rythme des proies capturées. Lors d’une chasse, s’il doit courir au delà de 500m, il laissera tomber sa proie. Il doit impérativement économiser son énergie et ne pas s’épuiser sur des proies trop rapides. Le tigre passe beaucoup de temps à cette activité. Sa stratégie d’attaque se déroule en 4 étapes : il se met à l’affut, il avance très lentement et attend que sa proie se rapproche, puis il attaque brusquement et fond sur sa victime et, enfin, l’égorge à mort. Son régime alimentaire est très varié et aussi très aléatoire selon les périodes de l’année. Il préfère les proies faciles (les jeunes, les âgées). Il peut ingurgiter jusqu’à quarante kilos de viande en une seule fois, puis ne rien manger pendant plus d’une semaine. C’est pourquoi les tigres sont capables de manger plus qu’à leur faim. Ils profitent au maximum d’une chasse réussie. S’il a une trop grosse carcasse entamée et qu’il a mangé à satiété, le tigre la protègera en la cachant, en réserve, pour y revenir quelques heures plus tard.

Le « syndrome du tigre » chez le chat

C’est un trouble alimentaire décrit comme étant de la boulimie. Le chat se jette sur la nourriture et mange tout d’une traite ,comme le fait le tigre. De même, il est en mode « recherche de nourriture » de manière permanente. Il mange tant qu’il y en a et, enfin, un état d’apaisement survient après ingestion. Certains vétérinaires prétendent que le « syndrome du tigre » découlerait du fait que le chaton a été sevré trop tôt. D’autres sites associent aussi ce syndrome à un mode inadapté de distribution des aliments qui entraine des réactions agressives du chat lorsque le propriétaire lui donne à manger : le chat griffe et mord le mollet de celui qui le nourrit. C’est le comportement d’un prédateur. Une fois la nourriture à sa portée, il se met à grogner pour empêcher quiconque de lui voler son dû, de peur d’en manquer.
Nous constatons que le chat se comporte de façon très similaire au tigre lorsque la nourriture n’est pas suffisamment disponible. Il devient agressif, il cherche la nourriture constamment et se goinfre lorsque celle-ci apparait.

La boulimie chez l’humain

Maintenant, est-ce que la définition de la boulimie chez l’humain rejoint le comportement alimentaire du tigre ? Selon la définition classique, la boulimie est l’absorption d’une quantité importante de nourriture, épisodiquement et compulsivement. Le tigre est un opportuniste, il mange dès qu’il en a l’occasion (compulsif). L’estomac du tigre est un estomac de festin et de misère (épisodique). Il peut ainsi ingurgiter jusqu’à quarante kilos de viande en une seule fois (grande quantité de nourriture) puis ne rien manger pendant plus d’une semaine. Le chat et l’humain se comporteraient-ils comme un tigre lorsque la nourriture n’est pas disponible régulièrement ? Dans notre société, l’humain ne manque généralement pas de nourriture. Elle est à notre disposition en tout temps. Alors comment expliquer qu’une personne peut développer ce trouble de comportement alimentaire ?
Du point de vue de la psychologie conventionnelle, on explique l’origine de la boulimie par une mauvaise expérience de séparation entre l’enfant et la mère ou une autre personne à laquelle il est attaché. Habituellement, l’enfant vit une angoisse de séparation dite développementale. Cette dernière est normale et souhaitable pour l’acquisition de son autonomie et de sa confiance en lui. L’enfant s’apaise dès que la figure d’attachement revient. Dans certains cas, cette séparation est vécue dramatiquement par l’enfant. Si cette angoisse de séparation devient excessive, il est en détresse. Il demande compulsivement et systématiquement des informations sur sa mère. Ces enfants risquent d’évoluer vers des personnalités dépendantes, c’est-à-dire qu’ils auront un besoin viscéral d’être pris en charge ou d’adopter un comportement soumis et collant. Ils garderont une faible estime d’eux-mêmes et auront besoin d’être constamment réassurés. En conséquence, la personnalité dépendante aura exagérément besoin de soutien. Cette personne aura peur de déplaire, de faire des erreurs. Elle aura de la difficulté à faire des choix, à se débrouiller seule. Elle sera angoissée à l’idée d’évoluer en dehors du clan familial. La réduction des symptômes « boulimiques » concorderait avec l’acquisition des compétences telles que la capacité de choisir, la prise de responsabilités, l’expression de ses désaccords, de son affirmation, de sa confiance en soi et en son propre jugement.

Nous verrrons dans un prochain article ce que la biologie totale peut apporter comme nouvelle vision.

Marie-Danelle Balthazard