« Le covidisme est une forme de religion,  avec ses temples médiatiques et ses prêtres-experts »

Mensonges, supercheries, comportement magique, quasi-religion, charlatanisme : on ne peut pas dire que François Jortay y va avec le dos de la cuillère dans sa longue analyse de la gestion de la crise du Covid-19. Pour vous en donner un avant-goût et peut-être le désir de la lire (deux fois, comme il le conseille), nous lui avons demandé d’en résumer les points les plus saillants. Dans cette interview exclusive, il montre l'ampleur du catastrophisme médiatique et sa puissance de conviction (c-à-d de conditionnement) sur les gouvernements et une partie considérable de la communauté scientifique. En outre nombre de scientifiques seraient victimes d'une incompréhension des limites de la modélisation mathématique appliquée à des phénomènes écosystémiques et sociologiques. L'incapacité (historiquement vérifiée) des modèles épidémiologiques à prédire l'avenir a "justifié" l'inversion du principe de précaution, foulant ainsi au pied les principes élémentaires de la méthode scientifique. Cette « nouvelle religion » qu'il dénomme "covidisme" entraîne la population dans un enfermement  cognitif délétère. L’analyse de François Jortay est implacable. Il démonte les modèles prévisionnels, au centre de toute la machinerie covidiste, et il dénonce la supercherie consistant, dans la gestion de l’épidémie, à utiliser le nombre brut de tests positifs sans le rapporter au nombre de tests réalisés (cas positifs/tests). Alors que l'indicateur le plus important, assène-t-il, c'est la mortalité toutes causes. En fin de compte, non seulement dit-il tout haut ce que de nombreuses personnes, y compris des scientifiques, pensent tout bas, mais son voyage au cœur des modèles mathématiques a le mérite de révéler au grand jour les failles du discours officiel – faut-il l’appeler « propagande » ? Néosanté a souhaité mettre en lumière son travail citoyen, loin des spotlights, pour contribuer à la réappropriation du débat scientifique par la société autour de la gestion de la crise du Covid-19.

1. Pourquoi accusez-vous les « experts » scientifiques du gouvernement ou des plateaux télés d’incompétence ou de charlatanisme ?

Il faut distinguer la compétence de l'utilisation qui en est faite. Lors de l'analyse d'articles "scientifiques" sur l'épidémie de covid-19, je lis tellement d'énormités que je pose la question : s'agit-il d'incompétence ou de charlatanisme ? Certes, il ne faut pas sous-estimer la possibilité de l'incompétence de certains professeurs d'université  – aux capacités de mémorisation et vitesse de travail certes exceptionnelles, mais "singes savants". Je crois toutefois que dans la plupart des cas il s'agit plutôt de charlatanisme, en l'occurrence par des individus exploitant leur statut de scientifique pour abuser la population. Un cas d'école, largement documenté, est celui du LancetGate.

2. Quelle est alors votre propre légitimité à analyser et à critiquer la gestion de l’épidémie en Belgique ?

Ma légitimité personnelle est, ni plus ni moins, celle d'un citoyen qui consacre beaucoup de temps à la lecture d'articles scientifiques et à la recherche. C'est là une approche que j'ai théorisée au travers des concepts de recherche libre et de transdisciplinarité et que je mets en pratique dans l'ensemble de mes publications. Il y a dans les notions de temps libre et de droit à la parole transdisciplinaire un lien direct avec mes travaux sur l'allocation universelle et la démocratie directe.

3. Quel est le rôle des médias dans le débat scientifique ?

La concurrence que représentent les médias sociaux pour les entreprises "d'information" incite ces dernières à toujours plus de catastrophisme ("biased news" voire "fake news") afin de doper l'audimat. Depuis le covidisme il est flagrant que ces entreprises n'ont aucune peine à attirer des scientifiques considérant être injustement méconnus. Ils espèrent peut-être que la fréquentation des plateaux de télévision et les contributions dans les colonnes de la presse écrite, leur permettra, en alimentant le catastrophisme, d'enfin briller sous les spotlights. Il existe d'ailleurs dans le jargon des médias "d'information" professionnels un terme pour dénommer ces experts : des "bons clients". Je ne puis dire si ces scientifiques charlatans sont majoritaires au sein de la communauté scientifique, mais il est, en revanche, flagrant que leur surmédiatisation favorable a pour effet d'inhiber le débat contradictoire au sein de celle-ci. Ils ne sont pas nombreux, les scientifiques qui prennent le risque de  voir leur réputation massacrée par les entreprises "d'information". C'est pourquoi une des conclusions de mon étude "Gestion des épidémies" est la nécessité de contrôle démocratique des moyens de production de l'information et du savoir.

4. Au cœur de votre démonstration, vous mettez en doute l’outil principal de gestion gouvernemental : les modèles mathématiques. Quel est le problème ?

Les modèles mathématiques peuvent être très utiles, mais à condition de ne pas être déconnectés de la réalité. Or, lorsqu'on modélise des phénomènes qui relèvent des sciences dites "humaines" ou "molles" comme l'économie ou l'infectiologie, on risque souvent d'appliquer le réductionnisme de la modélisation mathématique à des phénomènes complexes et écosystémiques qui ne sont pas… réductibles. Utiliser un modèle pour simplement reproduire des courbes épidémiques observées est possible, mais en adaptant à chaque fois les valeurs des paramètres du modèle. Dans ces conditions, il est impossible de prédire l'avenir, qui plus est si le virus est nouveau. Quand votre médecin de famille dit que "cette année la grippe est virulente et tenace" il veut dire que la valeur des paramètres bêta et lambda est plus élevée que d'habitude. Or, les modèles dessinent une courbe épidémique sur base de la valeur attribuée à chacun de ces paramètres. Si cette valeur est modifiée, alors la forme de la courbe est modifiée, notamment sa hauteur (nombre d'infections et, partant, nombre de décès). Dans ces conditions il est impossible de prédire l'avenir à partir du passé.

5. Mais ne peut-on adapter la valeur des paramètres en cours d'épidémie afin qu'ils décrivent correctement la réalité ?

Oui, c'est du paramétrage en temps réel. Mais c'est le signe que les modèles épidémiologiques ne sont pas prévisionnels mais uniquement descriptifs, c’est-à-dire qu’ils peuvent dessiner une courbe théorique lisse qui est une bonne approximation de la "courbe" réelle. Pour pouvoir faire des prévisions il faut nécessairement que la valeur des paramètres soit constante dans le temps (et de préférence aussi dans l'espace). Faisons une analogie pour bien comprendre cela : si on peut prédire le temps qu'un corps mettra à tomber d'une certaine hauteur et sa vitesse au moment de l'impact, c'est parce que la force de gravitation est connue. Si, dans un même référentiel, celle-ci changeait au gré de mécanismes mal compris, cette prévision ne serait pas possible. Or, dans les paramètres des modèles épidémiologiques, il n'y a  rien qui ressemble de près ou de loin à la constante qu’est l’accélération gravitationnelle. La valeur de ces paramètres n'est stable ni dans le temps ni dans l'espace. Certes, cela ne pose pas de problème aux adeptes des modèles épidémiologiques, car c'est la moyenne des paramètres qui les intéresse. Ils affirment 1. que cette moyenne est constante dans le temps et l'espace, et 2. que l'écart-type des valeurs sur base desquelles la moyenne est calculée serait "suffisamment petit" (ndr : l'écart type est une mesure de l'écart moyen entre les valeurs d'une variable dont on a calculé la moyenne. Plus cet écart est grand, moins la moyenne est représentative de l'ensemble des valeurs). Mais les récurrentes et gigantesques erreurs de prévision des modèles épidémiologiques montrent que leurs conclusions sont fallacieuses. Et là, on n'a même pas encore abordé le problème du manque de fiabilité des mesures des variables épidémiologiques en cours d'épidémie (infections, hospitalisations, mortalités,…), qui sont les variables d'entrée ("input") des modèles …

6. Les autorités  affirment que le virus étant nouveau, le principe de précaution s'impose. Pourquoi fustiger cet excès de prudence ?

Ce n'est pas un excès de prudence, mais un comportement magique. Le principe de précaution ne consiste pas à appliquer une mesure incertaine sous prétexte qu'elle pourrait peut-être fonctionner (on pourrait aussi bien brûler des cierges, sait-on jamais … !) mais au contraire à ne pas appliquer une mesure sans être certain que ses effets pervers ne l'emportent sur ses effets positifs escomptés. C'est cette seconde interprétation du principe de précaution qui prévalait avant le covidisme. La question est de savoir pourquoi en 2020, un basculement sémantique a eu lieu. Et très peu de personnes se sont aperçu de la supercherie !

7. Comment pouvez-vous être certain que toute épidémie s’éteint naturellement ?

Cette question revient à suggérer que covid-19 serait dans l'histoire de l'Humanité le premier virus dont, sans le confinement et les masques, l'épidémie ne se serait éteinte qu'avec le décès du dernier humain ! Cela ne fait aucun sens. Plutôt que de sombrer dans les croyances apocalyptiques, observons les faits historiques : les précédentes pandémies, y compris celles de virus "nouveaux", n'ont jamais confirmé les prévisions ultra-catastrophiste "à la Neil Ferguson", et cela sans que le confinement ou les masques aient été imposés aux populations ! Contrairement à ce que laisse croire le simplisme des modèles épidémiologiques, les raisons de l'auto-extinction des épidémies sont mal connues : il pourrait y avoir des immunités de naissance ou des immunités croisées non encore identifiées ou sous-estimées. Et peut-être d'autres facteurs explicatifs jouent-ils, notamment en amont du phénomène épidémique.

8. Certains ont démontré de façon scientifique les « morts évités » grâce au confinement. Vous êtes exactement à l’opposé : comment démontrez-vous de façon indiscutable l’inutilité (voire la contre-productivité) du confinement ?

Je n'ai trouvé à ce jour aucune démonstration sérieuse de morts évitées grâce au confinement. Il y a certes une énorme production d'articles "scientifiques" affirmant le démontrer mais lorsqu'on prend la peine d'en lire quelques-uns avec attention, on constate deux choses. Soit les auteurs ne mentionnent pas toutes les informations nécessaires pour vérifier leurs conclusions. Soit ces études sont des supercheries manifestes consistant à confondre corrélation (le confinement a été suivi par un ralentissement de l'épidémie) et causalité (le ralentissement serait causé par le confinement). Or toute épidémie commence par une phase de croissance qui est ensuite suivie par une phase de décroissance. Ce fut le cas de toutes les épidémies précédentes de virus "nouveaux", et sans que le confinement ou les masques aient été imposés !

9. Vous voulez dire par là qu’on utilise une pseudo-science pour démontrer n’importe quoi ?

Je pose la question : le LancetGate est-il une exception ou plutôt la norme ? Le célèbre ouvrage "Impostures intellectuelles" publié en 1997 par Sokal et Bricmont montrait déjà l'efficacité très relative de la validation par des pairs. En l'occurrence, il me semble extrêmement difficile voire impossible, d'un point de vue pratique, de mesurer expérimentalement l'efficacité du confinement général ou de l'obligation du port du masque par l'ensemble de la population. C'est pour cette raison que, afin d'imposer leur "prévisions" catastrophistes, les covidistes ont dû inverser la définition du principe de précaution. Mon travail se base donc sur le raisonnement logique, ce que l'on pourrait appeler le bon sens populaire, mais fondé sur des données crédibles. Et là il n'y a pas photo, et on comprend pourquoi la stratégie préventive dite « non pharmaceutique » (confinement, distanciation, masques, lavages) n'a jamais été imposée aux populations lors des précédentes pandémies de virus, même "nouveaux".

10. Il y a un matraquage dans la communication gouvernementale sur le « rebond ». Y a-t-il un « rebond » à craindre ?

D'une part, il suffit que le nombre de tests augmente (par exemple suite à la surmédiatisation de "prévisions" catastrophiques) pour qu'augmente le nombre de « cas positifs ». Par conséquent l'indicateur pertinent en matière d'infections est le ratio positifs/tests et non pas son numérateur. D'autre part l'indicateur ultime, c-à-d le plus pertinent, c'est évidemment le taux de mortalité toutes causes. Il suffit de regarder ces indicateurs pour constater que la question fondamentale n'est pas celle du rebond, mais de savoir pourquoi la définition du principe de précaution a été inversée et pourquoi de nombreux appareils d'État (gouvernement, entreprises "d'information", experts de plateau TV, …) se sont mis à terroriser la population.

11. Les autorités affirment que le « taux de reproduction » (possibilité d’infecter d’autres personnes) R0 est encore élevé. Les tests montrent de plus en plus de cas, donc des possibilités de contact. N’est-ce donc pas normal que gouvernement cherche à les réduire en poursuivant les mesures « de prévention » ?

Le taux de reproduction Rt dit qu'une hausse du nombre d'infections correspond à Rt > 1 et une baisse à Rt < 1. Point barre. R0 c'est soit Rt à t=0 , soit une sorte de moyenne de Rt calculée sur une période arbitraire. Point barre. Dans aucun de ces deux cas il n'est question de prévision : soit on parle du passé, soit on parle de possibles scénarios  (au sens de "il est possible que demain vous tombiez dans l'escalier" …). Tout le reste c'est du charlatanisme, lequel est illustré par les récurrentes et gigantesques erreurs de prévision des modèles épidémiologiques. Dans le cas de covid-19, leurs adeptes, avec le concours des entreprises "d'information", ont réussi à convaincre de nombreux gouvernements d'appliquer le confinement. Et maintenant, ils affirment que c'est grâce au confinement que cette épidémie ne s'est pas avérée exceptionnelle.  Mais ils auraient pu dire cela aussi lors des précédentes pandémies de nouveaux virus, si on avait cédé à leur catastrophisme, comme on l'a malheureusement fait en 2020. Comprenons donc bien la gravité de l'enfermement cognitif dans lequel nous sommes aujourd'hui, qui résulte de l'inversion du principe de précaution. Parler de "covidisme" comme d'une forme de religion,  avec ses temples médiatiques et des "prêtres-experts", est donc bien fondé.

12. En fin de compte, quelle est la meilleure stratégie de suivi épidémique ? Ou, dit autrement : pourquoi le gouvernement se trompe-t-il ?

La meilleure stratégie c'est celle qu'on a toujours appliquée avant le covidisme. De nature essentiellement réactive (traiter) plutôt que préventive (confinement, distanciation, masques, lavages), la meilleure stratégie repose sur la confiance dans l'auto-régulation des écosystèmes (dont les multiples formes d'immunité) et sur la capacité du système médical à neutraliser des maladies, même apparemment nouvelles. Je rappelle à cet égard que dans de nombreuses maladies virales, le seul traitement symptomatique peut réduire de moitié le taux de mortalité. Quant au traitement curatif il est hallucinant de constater que sous la houlette de l'OMS de nombreux pays ont durci la réglementation médicale pour ce qui concerne l'utilisation de médicaments non spécifiques (ce qu’on appelle le « repositionnement »), donc exactement le contraire de ce que l'on aurait dû faire.

13. Pourquoi, à votre avis ?

Dans mon étude "Gestion des épidémies", je tente d'identifier des possibles "forces tectoniques" qui ont conduit au covidisme, phénomène probablement multifactoriel et où s'entremêlent des intérêts pas nécessairement coordonnés mais convergents. Parmi ces possibles facteurs il y a les liaisons incestueuses entre l'OMS et le business pharmaceutique, qui sont largement documentées. En tant qu'économiste je suis frappé par le parallèle flagrant avec le couple FMI / secteur bancaire : 1. importance croissante des modèles mathématiques et du "big data" dans les business modèles ; 2. "caution" par des scientifiques aux motivations très éloignées de la science (culte de la personnalité, spéculation boursière,…) ; 3. déconnexion par rapport au monde réel ; 4. "crises" récurrentes "justifiant" des transferts monétaires massifs, théoriquement pour "sauver l'économie", mais qui en réalité enrichissent les plus riches (cf. la remontée des écarts de richesse depuis le début des années 2000).

14. Que faudrait-il faire pour nous libérer du covidisme ?

En ce qui me concerne j'essaie de ne pas perdre trop de temps à convaincre les adeptes de cette nouvelle religion. Ils sont subjugués par les médias, phénomène que j'ai théorisé dans le concept d'info-dépendance. Cela fait vingt ans que j'ai viré ma télé, ce n'est donc pas nouveau pour moi. Par contre j'ai été surpris par la sidération et la soumission de la quasi-totalité de la communauté scientifique face à la surpuissance dont le business de "l'info" a fait la preuve dans la création du covidisme. Cela est extrêmement inquiétant car la communauté scientifique devrait être le dernier rempart avant le précipice vers les ténèbres. Ce dernier rempart a manifestement sombré. Si l'intelligence collective ne s'y substitue pas, le risque est réel d'une grave et longue régression de la société humaine. Pour empêcher cela nous devrions arrêter de réagir uniquement par rapport aux productions de la presse. Notre travail de révolte ne doit plus être réactif mais proactif. Il s'agit de construire une nouvelle norme politique, économique et sociale. Pour ce faire konfedera.org propose un cadre organisationnel. Mais il importe également que ce travail collectif d'auto-organisation soit complété par un travail individuel d'auto-formation à la transdisciplinarité, ce que je propose via une autre de mes publications sur la philosophie du savoir. C'est une démarche de fond qui doit s'inscrire dans le long terme ("un petit peu mais chaque jour").

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