Dans ma lettre de la semaine dernière, j’ai oublié  de vous expliquer pourquoi on appelait le D.I.P un déficit immunitaire primaire. On l’appelle ainsi parce qu’il existe aussi des déficits immunitaires « secondaires » (D.I.S.), ceux qui ne sont pas congénitaux mais acquis durant la vie.  Dans cette catégorie, la faculté range bien entendu le SIDA, attribué à un virus, les immunodéficences suscitées  par des pathologies (leucémie, myélome multiple…) , celles provoquées par la malnutrition, ou celles qu’on observe chez les grands-brûlés. Il a également les D.I.S. iatrogènes, autrement dit ceux qui sont consécutifs à des traitements médicaux. Par exemple, les chimiothérapies du cancer sont reconnues immunosuppressives, de même  que les transfusions sanguines répétées ou l’administration de cortisone à hautes doses sur une  longue période. Last but not least, certains médicaments servent  à  induire volontairement une immunodépression chez les patients en attente d’une greffe d’organe, afin que ce dernier ne se pas rejeté par le système immunitaire du receveur. Dans les années 70, lorsque la transplantation  était encore balbutiante, il n’était pas rare que les patients greffés développent des maladies opportunistes mortelles, comme ce sera le cas plus tard des sidéens. Il n’est donc pas nécessaire qu’un germe intervienne ou qu’un gène soit altéré pour faire chuter l’immunité d’un individu : celle-ci peut s’effondrer  par la seule influence de facteurs  liés à l’environnement, au mode de vie ou à la médicalisation intrusive. C’est sur cette évidence que se sont fondées les théories « dissidentes » sur le sida. Aujourd’hui encore, les « repenseurs » du syndrome d’immunodéficience acquise estiment que ce fléau n’est pas imputable au H.I.V mais bien à une combinaison de facteurs immunodépresseurs comme la malnutrition, les antibiothérapies à large spectre, la toxicomanie « récréative », l’injection de drogues par voie intraveineuse et/ou une sexualité anale hors-norme. Le fait que l’épidémie de sida n’a pas pris l’ampleur annoncée dans les scénarios catastrophistes des années 80 plaide largement en faveur de son origine non infectieuse.

Mais bon, je ne vais pas ouvrir une nouvelle fois le débat sur le sida. C’était juste une parenthèse pour souligner que les coupables désignés par la médecine officielle ne sont pas forcément les bons. À présent, j’en viens à ma péroraison de la semaine dernière sur le rapport entre le système immunitaire des êtres humains et leurs besoins identitaires. Selon la formule qui prévaut en psychobiologie, l’immunité est au corps ce que l’identité est au psychisme. En d’autres termes, il y a une étroite correspondance entre ce que vit un individu sur le plan de son identité et la vitalité qu’il manifeste au niveau de son immunité. Ce sont les deux faces d’une même médaille, l’un des côtés représentant le corps physique et la matière, l’autre la psyché et sa réalité immatérielle. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ces deux instances ne sont pas séparées et qu’elles sont en constante  interaction. Le corps n’existe pas, l’esprit n’existe pas, il n’existe que le corps-esprit de l’être global. C’est pourquoi il n’est pas abusif  d’écrire que « l’immunité = l’identité ». Tout ce qui renforcera l’une renforcera l’autre, toute ce qui nuira à l’une nuira à l’autre. Mais qu’est-ce que l’identité, me direz-vous ?  Vaste question ! Des générations de philosophes,  psychologues et sociologues  discourent depuis des siècles sur le sujet sans l’épuiser.  Je ne vais pas entrer dans ces savantes considérations mais me contenter d’une définition beaucoup plus simple : l’identité, pour l’essentiel,  c’est  ce qui est inscrit sur la carte d’identité. Ou du moins ce qui était imprimé naguère sur le document en papier,  avant que  le format électronique n’impose des codes chiffrés et ne relègue sur la puce quelques  précieuses informations. Celles-ci variaient selon les pays, certaines n’étaient pas de mise partout,  mais on peut estimer leur nombre habituel  à sept.  Il y a sept critères qui permettent généralement de décliner l’identité de quelqu’un. Quand on doit remplir un formulaire quelconque pour s’identifier, ce sont presque toujours ces 7 éléments qui reviennent :    1) Le nom ; 2) Le prénom ; 3) La date de naissance ; 4) L’adresse du domicile ; 5) Le sexe ; 6) La nationalité ; 7)  La profession.  

Bien sûr, cette liste est trop limitative. On peut se forger une multitude d’autres identités, par exemple son appartenance à une religion, ses opinions politiques ou son activité de loisir préférée. Mais un policier qui vous contrôle dans la rue ne va pas vous demander quel sport vous pratiquez, quel dieu vous priez ni pour qui vous votez. Dans une soirée, vous n’allez pas non plus vous présenter à des inconnus en tant que protestant luthérien, électeur de Mélenchon ou  philatéliste. Dans un premier temps,  deux individus qui se rencontrent font connaissance en échangeant l’une ou l’autre des sept « briques de base » de l’identité. Le nom de famille, c’est celui que nous recevons en héritage et qui sert véritablement de pilier fondateur à notre système identitaire. On ne peut pas vivre en société sans  porter au moins le patronyme d’un parent (les deux dans le monde hispanique). Le prénom, c’est celui que nous recevons à la naissance, qui nous appartient en propre et définit notre particularité au sein de la fratrie. La date de naissance n’a pas d’utilité « identifiante » évidente, sauf qu’elle permet de décliner son âge. On est un enfant, un adolescent ou un adulte. Un adulte en âge de travailler ou un sénior dont « le ticket n’est plus valable », comme disait Romain Gary. Dans nos pays, l’adresse constitue également un élément indispensable, ne fût-ce que pour bénéficier de droits sociaux. Si on n’a pas de domicile fixe, on n’existe pour ainsi dire pas aux yeux de l’État. Sa ville ou son village, c’est un point d’ancrage. Le sexe ? N’en déplaise aux « théoriciens du genre », il n’y a en a que deux et le passage de l’un à l’autre est rigoureusement impossible dans l’espèce humaine. On peut changer l’orientation sexuelle, et même modifier la sexualité apparente, mais on naît garçon ou fille. On ne devient pas ses chromosomes. Qu’on le déplore ou non, la nationalité est également constitutive d’une identité, surtout parce qu’elle est associée à une culture, souvent à une langue commune,  et à des valeurs collectives plus ou moins partagées. L’important est cependant de ne pas vouer un culte à la nation, sous peine  de se fermer à d’autres citoyennetés dépassant les frontières. La profession, enfin, est la dernière pièce maîtresse de la  construction identitaire. Si vous n’avez pas de métier, si vous êtes sans emploi, notre époque moderne ne vous inclura jamais tout à fait. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?  » est sans doute la question la plus posée entre personnes cherchant à se connaître.

Dans de prochaines infolettres, je vais reprendre un par un  ces points « identitaires » fondamentaux et me risquer à quelques pistes et hypothèses sur leurs  correspondances avec les troubles immunitaires. L’immunité, on le sait aujourd’hui, est impliquée dans la plupart, si pas la totalité des maladies.  Du simple rhume au cancer,  nombre de pathologies peuvent s’installer parce qu’une des composantes de la mécanique immunologique se met à dysfonctionner. Si vous êtes malade, demandez-vous donc ce qui vous fait défaut en termes d’identité. Et si vous êtes thérapeute, pensez à enquêter dans l’histoire de vos patients et efforcez-vous d’y repérer les failles identitaires. Un exemple éloquent en guise d’illustration : l’année dernière, dans notre mensuel (Néosanté n° 58), nous avons interviewé Virginie Tyou, auteure du livre « Voyage en mer intérieure ». Cette femme souffrait de nombreux symptômes invalidants et d’insupportables douleurs pelviennes incomprises par la médecine classique. Suite à des séances d’hypnose, elle a découvert que son père n’était pas son géniteur et que sa mère lui avait toujours menti « pour son bien ». C’est en rencontrant son père biologique  et en trouvant ses racines que l’éternelle souffrante a fini par triompher de ses maux  et par devenir une femme bien dans sa peau. La preuve spectaculaire qu’un déficit d’identité  – en l’occurrence, Virginie ne portait pas le nom  de son vrai père –  était à l’origine de ses problèmes de santé.

Parmi les protagonistes de la nouvelle médecine du sens, c’est sans doute le Dr Olivier Soulier (*) qui a le plus approfondi les rapports entre immunité et identité. Dans ses conférences et séminaires, le médecin français souligne notamment que les maladies de l’enfance interviennent précisément au moment où le petit d’homme acquiert à la fois ses « défenses » immunitaires contre le non-soi et les éléments identitaires nécessaires à l’affirmation de soi. Comme les anciens médecins le savaient et comme les parents le remarquaient aisément, les épisodes infectieux sont autant d’étapes sur le chemin de la maturité et de l’autonomie. Après une varicelle, une scarlatine ou une rougeole, les jeunes malades faisaient des progrès rapides et devenaient curieusement plus mûrs et plus réfléchis, comme si ce passage difficile avait pouvoir d’initiation. Dès lors, le Dr Soulier se montre critique envers les vaccinations, dont le grand tort serait finalement leur relative efficacité, et il met en garde contre les facteurs nuisibles à la flore intestinale tels que le gluten ou les métaux lourds. En effet, l’homéopathe lillois ne manque jamais de rappeler le rôle central de l’intestin, acteur majeur de l’immunité et  véritable interface entre le ventre et le cerveau. Comme d’autres, il suit de près les progrès de l’entéro-psychologie,  c’est-à-dire de la médecine transdisciplinaire faisant le lien entre le microbiote et certains troubles cérébraux comme la maladie d’Alzheimer,  la  schizophrénie ou l’autisme. Et si de tels troubles identitaires profonds n’étaient pas étrangers au désordre immunitaire engendré, entre autres, par la multiplication des vaccins ? On peut au minimum se poser la question. Pour la psychanalyste Annick de Souzenelle, qui l’a écrit un jour dans un de ses livres, la médecine pasteurienne et  l’immunisation artificielle qu’elle préconise ne sont rien de moins qu’une « catastrophe spirituelle pour l’humanité ». Selon elle aussi, l’immunité et l’identité sont si intimement liées que l’être humain maltraite son âme lorsqu’il leurre son corps et prétend se substituer à la nature. C’est par ce « lancement d’alerte » malheureusement très peu médiatisé que je conclus provisoirement le rapprochement entre ce qui immunise physiquement et ce qui édifie psychiquement. En attendant d’examiner ensemble les sept soutiens fondamentaux de l’identité, retenez-bien ça : qu’il soit déprimé (immunodéficiences primaires ou secondaires), qu’il manifeste des défaillances (comme dans la Maladie de Lyme) ou qu’il réagisse à l’excès (allergies, auto-immunité), le mauvais fonctionnement immunitaire est  toujours le miroir d’un mal-être identitaire préexistant. L’un reflète l’autre et inversement.

     

Yves Rasir